La Bible en ses Traditions

Apocalypse 21,22

Byz V S TR Nes

22 De temple, je n'en vis pas en elle

le Seigneur, en effet, Dieu tout-puissant est son temple ainsi que l’agneau.

Texte

Procédés littéraires

1,1–22,21 NARRATION Construction d'un espace qui transcende l'espace

De la terre au ciel et retour ?

Psyberartist, Patmos, (photographie numérique, 2013)

© CC BY 2.0→ Ap 6,14 ; 20,12-15

Quand l’île a un relief aussi torturé que Patmos, elle s’avère à la fois solide et fragile: trouée vers le ciel par le vent et par l’eau et en constant contact avec les enfers à travers les séismes. À Patmos, le haut et le bas, l’ici et le là-bas se mêlent; on est assez suspendu entre ciel et terre. Et de fait, il est difficile de suivre les mouvements du Voyant de l’Apocalypse et de le situer précisément au fil du récit, entre rivage et mer, montagne et désert, ciel et terre :

  • D’abord, en Ap 1,9 il est dans l’île de Patmos.

Il monte ensuite deux étapes : 

  • Ap 1,10, saisi par l’Esprit, il se retourne (transe ?) ; 
  • Ap 4,1 : il monte vers le ciel dont une porte s’est ouverte ; il y observe une liturgie grandiose avec des échanges entre ciel et terre (les sceaux ouverts Ap 6, les humains marqués Ap 7), toutes sortes de catasrophes cosmiques aux sept coups de trompette (Ap 8-11) des anges debout ou s’activant entre ciel et terre (Ap 10,6) finalement dans le ciel le signe de la femme accouchant sur la terre, son enfant menacé par le dragon mais enlevé au ciel, le dragon restant aux aguets sur le sable de la mer (Ap 12,18) d’où émerge une terrifiante bête, bientôt rejointe par une autre montée, elle, de la terre (Ap 13).

Le voyant semble alors entre ciel et terre, entendant des voix venant du ciel (Ap 14,2.13).

  • puis il se concentre à nouveau sur le sanctuaire céleste d’où sont envoyés les septs anges porteurs de coupes (Ap 16) 
  • Il est rejoint par un ange qui le transporte dans un désert pour lui montrer la prostituée Babylone (Ap 17,1), dont il déchiffre la vision, puis il voit descendre du ciel (Jn 18,1) l’ange qui annonce sa chute ; entend dans le ciel l’alleluia de la foule des élus (Ap 19,1), voit au ciel le Verbe sur son cheval blanc et ses armées (Jn 19,11) ; un ange descend du ciel avec chaîne et clef pour enfermer le dragon (Ap 20,1), puis en présence de celui qui siège sur le trône blanc (au ciel ?)

Du cosmos au Logos et retour

Il est donc bien difficile de situer le Voyant. Finalement, le lieu où l'on est toujours le plus certain de se trouver, c’est encore la page du livre. Et justement, l'apocalypticien ne cesse de comparer le monde à un livre Procédés littéraires Ap 6,12–16 ; 20,12–15 ; 22,7–10.18s

Réception

Arts visuels

9–27 il me montra la cité sainte La Jérusalem céleste

Enluminure du 8e s.

Est mise au centre la « lampe » ou le « temple » de cette Jérusalem céleste : l'Agneau lui-même.

Beatus de Liébana (ca. 730-798), Commentaire sur l'Apocalypse (ca. 784), manuscrit, Latin 8878, folio NP

Bibliothèque Nationale de France, Paris © Gallica→

Enluminure du 15e s. 

La paix, l'ordre et la joie de cette scène céleste forment un contraste saisissant avec les tableaux infernaux précédents de cette œuvre anonyme.

Anonyme, Apocalipsis in dietsche (enluminure sur parchemin, 1401-1500), 84 x 24 cm, manuscrit, folio 19r, département des Manuscrits. Néerlandais 3

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→

Tapisserie du 14e s.

La tenture de l'Apocalypse est une représentation de l'Apocalypse de saint Jean réalisée à la fin du 14e s. sur commande du duc Louis Ier d'Anjou. Cette œuvre est le plus important ensemble de tapisseries médiévales subistant au monde. Le registre inférieur de la 6e pièce représente la Jérusalem nouvelle, avec de beaux .

Atelier de Nicolas Bataille sur cartons de Hennequin de Bruges, La Nouvelle Jérusalem (laine, ca. 1373-1382, in La Tapisserie de l'Apocalyspe), 10 000 x 450 cm (à l'origine : 14 000 x 450 cm)

musée de la Tapisserie de l'Apocalypse, château d'Angers (France) © GNU-FDL→, Ba 5 ; So 3 

Gravure du 15e s.

Dans la quatorzième gravure de ce qu'il appelait son célèbre « grand livre », Dürer mêle Ap 20,1-3 et Ap 21,1-4.

Albrecht Dürer (1471-1528), Apocalipsis cum figuris (gravure sur bois, 1497-98, La chaîne du dragon et la nouvelle Jérusalem), 39,8 x 28,6 cm

Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe (Allemagne) © Domaine public→

En haut à droite, Jean se tient sur une colline avec un ange, l'ange montre de la main la « nouvelle Jérusalem » dont la porte est gardée par un autre ange. Comme dans toutes ses images de ville, Dürer montre une ville allemande contemporaine

Gravures du 19e s.

La ligne de fuite et tous les personnages (dont le Christ lui-même) convergent vers la lumière, centrale et au-delà de la représentation.

Julius Schnorr von Carolsfeld (1794-1872), La Bible en images (gravure sur bois, 1851-1860, La Nouvelle Jérusalem) 

© Domaine public→

Doré est plus onirique, tout en observant une certaine fidélité à la topographie de la Jérusalem terrestre.

Gustave Doré (1832-1883), La Grande Bible de Tours  (gravure sur bois, 1865, La Nouvelle Jérusalem)

© Artbible.info→

Cinéma

1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse

  • Ingmar Bergman, Det sjunde inseglet [« le septième sceau »] (1957).
  • Vincente Minnelli, The Four Horsemen of the Apocalypse (1961).
  • Andrei Tarkovski, Offret [« le sacrifice »] (1985).
  • Peter Jackson, The Lord of the Rings (en particulier le 3e film, 2003).