La Bible en ses Traditions

Apocalypse 4,1–2

Byz V S TR Nes

1 Après cela je vis et voici, une porte était ouverte dans le ciel

et la première voix que j’avais entendue

Vj’entendis, comme celle d’une trompette qui me parlait, dit

Vdisant :

— Monte ici et je te montrerai ce qui doit arriver après cela !

2 Aussitôt

Byz TREt aussitôt je fus ravi en

V Sje fus en esprit

et voici, un trône était

Vavait été dressé dans le ciel

et sur ce trône un Siégeant ;

Texte

Procédés littéraires

1,1–22,21 NARRATION Construction d'un espace qui transcende l'espace

De la terre au ciel et retour ?

Psyberartist, Patmos, (photographie numérique, 2013)

© CC BY 2.0→ Ap 6,14 ; 20,12-15

Quand l’île a un relief aussi torturé que Patmos, elle s’avère à la fois solide et fragile: trouée vers le ciel par le vent et par l’eau et en constant contact avec les enfers à travers les séismes. À Patmos, le haut et le bas, l’ici et le là-bas se mêlent; on est assez suspendu entre ciel et terre. Et de fait, il est difficile de suivre les mouvements du Voyant de l’Apocalypse et de le situer précisément au fil du récit, entre rivage et mer, montagne et désert, ciel et terre :

  • D’abord, en Ap 1,9 il est dans l’île de Patmos.

Il monte ensuite deux étapes : 

  • Ap 1,10, saisi par l’Esprit, il se retourne (transe ?) ; 
  • Ap 4,1 : il monte vers le ciel dont une porte s’est ouverte ; il y observe une liturgie grandiose avec des échanges entre ciel et terre (les sceaux ouverts Ap 6, les humains marqués Ap 7), toutes sortes de catasrophes cosmiques aux sept coups de trompette (Ap 8-11) des anges debout ou s’activant entre ciel et terre (Ap 10,6) finalement dans le ciel le signe de la femme accouchant sur la terre, son enfant menacé par le dragon mais enlevé au ciel, le dragon restant aux aguets sur le sable de la mer (Ap 12,18) d’où émerge une terrifiante bête, bientôt rejointe par une autre montée, elle, de la terre (Ap 13).

Le voyant semble alors entre ciel et terre, entendant des voix venant du ciel (Ap 14,2.13).

  • puis il se concentre à nouveau sur le sanctuaire céleste d’où sont envoyés les septs anges porteurs de coupes (Ap 16) 
  • Il est rejoint par un ange qui le transporte dans un désert pour lui montrer la prostituée Babylone (Ap 17,1), dont il déchiffre la vision, puis il voit descendre du ciel (Jn 18,1) l’ange qui annonce sa chute ; entend dans le ciel l’alleluia de la foule des élus (Ap 19,1), voit au ciel le Verbe sur son cheval blanc et ses armées (Jn 19,11) ; un ange descend du ciel avec chaîne et clef pour enfermer le dragon (Ap 20,1), puis en présence de celui qui siège sur le trône blanc (au ciel ?)

Du cosmos au Logos et retour

Il est donc bien difficile de situer le Voyant. Finalement, le lieu où l'on est toujours le plus certain de se trouver, c’est encore la page du livre. Et justement, l'apocalypticien ne cesse de comparer le monde à un livre Procédés littéraires Ap 6,12–16 ; 20,12–15 ; 22,7–10.18s

Réception

Liturgie

1–4 Je vis Antienne grégorienne Ecce Ego Joannes Grégorien dominnicain, antienne du commun des évangélistes : 

Antiphonarium O.P. (Gillet), Dominican, 1933, p. 42

Texte : Ecce ego Ioannes vidi ostium apertum in caelo;et ecce sedes posita erat in eo,et in medio sedis et in circuitu eiusquattuor animalia plena oculis ante et retro,et dabant gloriam et honoremet benedictionem sedenti super thronum,viventi in saecula saeculorum.

Voici que moi, Jean, je vis une porte était ouverte dans le ciel ;et voici qu'un trône y était placé,et au milieu du trône et autour de lui,quatre animaux, pleins d'yeux par devant et par derrière,et ils rendaient gloire et honneuret bénédiction à celui qui est assis sur le trône,et qui vit dans les siècles des siècles.

Arts visuels

1–11 et sur ces sièges vingt-quatre vieillards + chacun six ailes ... Enluminer pour rendre gloire

« À ta santé ! »

Beatus de Liébana (ca. 730-798), Commentaire sur l'Apocalypse (ca. 784, manuscrit, folio NP)

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→

C'est ce que semblent clamer les vingt-quatre vieillards, ne brandissant plus de couronnes mais des coupes, avec un instrument à cordes dans l'autre main.

Apocalypse now

Anonyme, Apocalipsis in dietsche (enluminure sur parchemin, 1401-1500), 84 x 24 cm, manuscrit, folio 5r, Département des Manuscrits. Néerlandais 3

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→

L'espace est ici plus détaillé et plus complexe, tenant tout ensemble : narration (Jean monte, aidé par l'ange) et description exhaustive (l'ange tient littéralement entre ses mains la vision, dans une mandorle). L'enlumineur achoppe aux limites du représentable.

Cinéma

1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse

  • Ingmar Bergman, Det sjunde inseglet [« le septième sceau »] (1957).
  • Vincente Minnelli, The Four Horsemen of the Apocalypse (1961).
  • Andrei Tarkovski, Offret [« le sacrifice »] (1985).
  • Peter Jackson, The Lord of the Rings (en particulier le 3e film, 2003).