La Bible en ses Traditions

Apocalypse 7,9–17

Byz V S TR Nes

Après cela, je vis une foule immense que personne ne pouvait compter

de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue.

Ils étaient debout devant le trône et devant l’Agneau

vêtus de robes blanches

et Byz S TR Nestenant des palmes à la main.

10 Et ils criaient d’une voix forte disant :

— Le salut est à notre Dieu qui est assis sur le trône et à l’Agneau !

11 Et tous les anges se tenaient autour du trône, des vieillards et des quatre animaux

et ils se prosternèrent sur leurs faces devant le trône

12 disant : — Amen !

La louange, la gloire, la sagesse, l’action de grâces

l’honneur, la puissance et la force soient à notre Dieu pour les siècles des siècles, amen !

13 Alors un des vieillards prenant la parole me dit :

— Ceux que tu vois revêtus de ces robes blanches, qui sont-ils et d’où sont-ils venus ? 

14 Je lui dis : — Mon Seigneur, tu le sais.

Et il

Byz S TR Neslui me dit : 

— Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation ;

ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau.

15 C’est pour cela qu’ils sont devant le trône de Dieu

et le servent jour et nuit dans son sanctuaire.

Et celui qui est assis sur le trône les abritera sous sa tente.

16 Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif

l’ardeur du soleil ne les accablera plus, ni aucune chaleur brûlante

17 car l’Agneau qui est au milieu du trône sera le pasteur

et les conduira aux sources des eaux de la vie

et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.

Réception

Arts visuels

9–17 une foule immense que personne ne pouvait compter Dessiner n'est pas compter

Enluminure du 8e s. 

Beatus de Liébana (ca. 730-798), Commentaire sur l'Apocalypse (ca. 784), manuscrit, folio NP

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→

Cette foule innombrable et bariolée (qui ne comprend ici néanmoins que des hommes) n'a pas ses regards tournés vers le trône et l'Agneau comme les autres personnages, mais vers nous. Comme pour nous dire qu'ils furent à notre place et que nous pouvons les rejoindre à la leur : dès lors, ils sont nombreux non pas pour qu'on les compte mais pour qu'on mesure que tous les lecteurs peuvent à leur tour grossir leur groupe.

Art contemporain

Hubert Dolinkiewicz (1998-), Męczennicy [Les Martyrs] (huile sur toile), 50 x 70 cm

© Dolinkiewicz→

La représentation est ici évocation, et à l'inverse de la précédente : l'on ne voit personne, aucun martyr, mais seulement un pan de ces robes blanchies « dans le sang de l'Agneau ». Ce sang est rappelé par l'encre rouge qui sort d'une des quatre plumes auréolées de lumière sur fond rouge sombre : les martyrs témoignent en effet, et leur sang versé, qui est témoignage, est une parole venant illuminer les ténèbres.

Musique

10ss et ils criaient d'une voix forte Le cri d'un peuple La foule innombrable venue de toutes nations, de tous peuples et de toutes langues crie d'une seule voix devant le trône et devant l'Agneau. Ce n'est pas un chant organisé : c'est un cri collectif, celui de ceux qui ont traversé la grande tribulation et qui, en même temps, reconnaissent ensemble ce qui les a tenus debout. 

21e s.

Alors que montaient les tensions avec l'impérialisme russe qui ne voulait pas reconnaître le mouvement national naissant en Ukraine, Valentin Silvestrov composa une œuvre chorale en quatre cycles, incluant chacun une variation sur l'hymne national, en écho aux événements de ce que les Ukrainiens appellent la « Révolution de la Dignité » sur la place du Maïdan à Kiev de novembre 2013 à février 2014. Musique Ap 1,1

L'hymne qui sait déjà qu'il va devoir porter des visages

Le Cycle III du Maïdan 2014 est composé aux heures les plus sombres du 18 et 19 février 2014, jours où les tirs font leurs premières victimes sur la place. Silvestrov y répond par le geste liturgique le plus complet des quatre cycles, son hymne national est suivi d'un Notre Père, un Requiem et un Agnus Dei.

Ces quatre pièces forment une arche allant de la résistance civique à l'intercession pour les morts. L'hymne national porte une tension nouvelle : la mélodie est comme alourdie par ce qui suit, sachant déjà qu'elle va devoir porter des noms, des visages. La foule de l'Apocalypse chante avec ses blessures transfigurées tandis que l'hymne de Silvestrov intercède pour hâter la venue d'un tel miracle.

Valentin Silvestrov (1937-...), Pavlo Platonovich Chyubynsky (paroles), Maidan 2014, Cycle III: I. National Anthem, 2014

Mykola Hobdych (dir.), Kiev Chamber Choir © Licence YouTube Standard→

Composition

Les quatre cycles traversent l'arc complet de cette révolution, de la veille hivernale et silencieuse de janvier aux jours meurtriers de février, jusqu'à la berceuse fragile qui clôt le cycle après la victoire, comme si l'hymne national avait dû mourir et renaître plusieurs fois pour dire ce que le peuple ukrainien venait de traverser.

Comme les cantiques de l'Agneau dans l'Apocalypse, reprendre le même chant à travers les épreuves successives est un acte d'espérance, une conviction obstinée que ce qui est chanté, même dans le sang et la nuit, finira par advenir. 

Cinéma

1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse

  • Ingmar Bergman, Det sjunde inseglet [« le septième sceau »] (1957).
  • Vincente Minnelli, The Four Horsemen of the Apocalypse (1961).
  • Andrei Tarkovski, Offret [« le sacrifice »] (1985).
  • Peter Jackson, The Lord of the Rings (en particulier le 3e film, 2003).