La Bible en ses Traditions

Deutéronome 27,5–26

M V
G S Sam

Et tu bâtiras là un autel à YHWH

Vau Seigneur ton Dieu

un autel de pierres sur lesquelles tu ne porteras pas le fer

Vque le fer n'aura pas touché

...

M
G S Sam
V

tu bâtiras en pierres brutes l’autel de YHWH ton Dieu

et tu offriras dessus des holocaustes à YHWH ton Dieu

...

de pierres brutes et non polies

 et tu offriras sur cet autel des holocaustes au Seigneur ton Dieu

M V
G S Sam

tu offriras des sacrifices

Vimmoleras des hosties de paix

et tu mangeras là et tu te réjouiras

Vtu feras des festins devant Vle Seigneur  ton Dieu ;

...

tu écriras sur ces

Vles pierres toutes les paroles de cette loi expose-les bien

Vclairement et nettement.

...

Alors Moïse avec les prêtres lévitiques

Vde la race de Lévi parla

Vdirent à tout Israël :

— Garde silence et écoute, ô Israël !

Aujourd’hui tu es devenu

Vas été fait le peuple de YHWH

Vdu Seigneur ton Dieu

...

10 tu obéiras donc à sa la voix de YHWH ton Dieu

Vécouteras sa voix et tu mettras en pratique ses

Vles commandements et ses

Vles lois queV moi je te prescrisM aujourd’hui.

10 ...

M
G S Sam
V

11 Le même jour Moïse donna cet ordre au peuple :

11 ...

11 Moïse ordonna au peuple, en ce jour-là, disant :

M V
G S Sam

12 — Lorsque vous aurez passé le Jourdain, ceux-ci se tiendront sur le mont Garizim pour bénir le peuple :

Vle Seigneur : 

Siméon, Lévi, Juda, Issachar, Joseph et Benjamin ;

12 ...

13 et ceux-là se tiendront Vde l'autre côté  sur le mont Ebal

VHébal pour la malédiction :

Vpour maudire :

Ruben, Gad, Aser, Zabulon, Dan et Nephthali

VNephtali

13 ...

14 et les Lévites prendront la parole et diront à voix haute à tous les hommes d’Israël :

14 ...

15 — Maudit soit l’homme qui fait une image taillée ou fondue, abomination de YHWH

Vdu Seigneur

œuvre des mains d’un artisan

Vdes artisans, et qui la place

Vplacera dans un lieu secret.

Et tout le peuple répondra et dira : — Amen.

15 ...

16 — Maudit soit celui qui méprise

Vn'honore pas son père et sa mère.

Et tout le peuple dira : — Amen.

16 ...

17 — Maudit soit celui qui déplace la borne de son prochain.

Et tout le peuple dira : — Amen.

17 ...

18 — Maudit soit celui qui fait égarer un aveugle dans le chemin.

Et tout le peuple dira : — Amen.

18 ...

19 — Maudit soit celui qui fait dévier

Vdétourne le droit

Vle jugement de l’étranger, de l’orphelin et de la veuve.

Et tout le peuple dira : — Amen.

19 ...

20 — Maudit soit celui qui couche

Vdort avec la femme de son père car il

Vet soulève la couverture de son père

Vlit.

Et tout le peuple dira : — Amen.

20 ...

21 — Maudit soit celui qui couche

Vdort avec une bête quelconque.

Et tout le peuple dira : — Amen.

21 ...

22 — Maudit soit celui qui couche

Vdort avec sa sœur, fille de son père ouV fille de sa mère.

Et tout le peuple dira : — Amen.

22 ...

23 — Maudit soit celui qui couche

Vdort avec sa belle-mère.

Et tout le peuple dira : — Amen.

23 ...

24 — Maudit soit celui qui frappe en secret son prochain.

Et tout le peuple dira : — Amen.

24 ...

25 — Maudit soit celui qui reçoit un présent

Vdes présents pour frapper à mort une vie, répandre le sang innocent.

Vfrapper la vie de sang innocent.

Et tout le peuple dira : — Amen.

25 ...

26 — Maudit soit celui qui ne maintient pas

Vdemeure pas dans les paroles de cette loi pour les mettre en pratique

Vet ne les accomplit pas par ses œuvres.

Et tout le peuple dira : — Amen.

26 ...

Contexte

Repères historiques et géographiques

12 mont Garizim Aussi Gerizim. Une montagne d'Éphraïm, où les Samaritains érigèrent un temple alternatif à celui de Jérusalem. Ce mont allongé et en crête possède plusieurs pics :

  • le sommet principal où se trouvait le temple samaritain,
  • Tell er-Ras sur le versant nord où se trouve un site archéologique,
  • et la large colline plate à l'ouest. 

Dominicains, Le mont Garizim (négatif sur plaque de verre, début 20e s.)

© Couvent St-Étienne de Jérusalem – É.B.A.F.

Récit biblique

  • Suivant l'injonction de Dt 11,29, les tribus israélites se divisèrent en deux groupes à leur arrivée en Canaan : six tribus positionnées au sommet de la montagne de Garizim répondirent « Amen » à la bénédiction de YHWH donnée par les Lévites, tandis que les six autres tribus répondirent aux malédictions du sommet du mont Ébal (Jos 8,33-35).
  • Après qu'Abimélek eut réussi à se faire reconnaître comme roi, son frère Jotham parla aux Sichémites du haut du mont Garizim et se plaignit qu'ils eussent nommé roi un homme qui avait assassiné sa propre famille (Jg 9,7-21).
  • Dans le second livre des Maccabées, le roi Antiochus IV décida que les deux temples de Jérusalem et de Garizim devaient être dédiés à Zeus (2M 6,2). Garizim est aussi mentionné comme le siège de l'un des gouverneurs nommés par le roi séleucide (2M 5,23).
  • Quand Jésus parle avec une femme samaritaine au puits de Jacob, elle lui dit que ses « ancêtres avaient adoré sur cette montagne » (Jn 4,20), c'est-à-dire le mont Garizim.

M.R. Fournier, Panorama du site du mont Garizim (photo, mai 2023)

© BEST AISBL

Autres sources écrites

  • Environ cinq cents inscriptions ont été retrouvées sur le site, dont certaines mentionnent « maison de sacrifice », « maison de YHWH » ou « Dieu Très-Haut ».
  • Selon les pièces de monnaie de la ville de Néapolis du 2e s. ap. J.-C. et une inscription retrouvée dans la ville (Repères historiques et géographiques Jg 9,1–57), un temple romain dédié à Zeus aurait été érigé sur le mont.

Histoire du site selon les historiens anciens et des sources rabbiniques

  • Manassé, frère du grand-prêtre Jaddua, fut contraint de divorcer de sa femme étrangère, qui était la fille de Sanballat, gouverneur perse de Samarie. Manassé refusa et s'enfuit en Samarie. Son beau-père Sanballat lui promit qu'il érigerait un temple semblable au temple de Jérusalem au sommet du mont Garizim, et que Manassé pourrait en être le grand prêtre (Josèphe A.J. 11,302-312). Pendant la guerre entre le roi Darius III et Alexandre le Grand, Sanballat s'enfuit chez les Macédoniens et obtint la permission d'Alexandre de construire un temple sur le mont Garizim pendant le siège de Tyr en 332 av. J.-C. (A.J. 11,321). Cependant, la chronologie de ces événements est débattue car le Livre de Néhémie raconte aussi l'histoire de l'expulsion de Manassé, mais la place durant la vie de Néhémie sous le roi Artaxerxès Ier, ca. 432 av. J.-C. (Ne 13,28). De nombreux chercheurs ont tenté de donner un sens à cette différence et d'offrir une chronologie reconstituée des événements (Cross 1975).
  • Des Juifs et des Samaritains installés en Égypte se disputèrent à propos du lieu où envoyer leurs contributions : au temple de Jérusalem ou bien au temple de Garizim (A.J. 12,7-10 ; 13,74-79).
  • Sous Antiochus IV, les Samaritains acceptèrent de consacrer le temple de Garizim à Zeus Hellenios, lui évitant ainsi le sort du Temple de Jérusalem (A.J. 11,302-347).
  • Le temple de Garizim fut détruit par le roi hasmonéen Jean Hyrcan en 128 av. J.-C. (A.J. 13,157-158). Après sa destruction, il était encore considéré comme un lieu sacré par les Samaritains, qui n'avaient plus le droit d'y prier (B.J. 3,307-315 ; A.J. 18,85-87).
  • L'empereur Zénon expulsa les Samaritains de leur lieu de culte au sommet du mont Garizim et érigea une église dédiée à la Théotokos sur le site ; il y installa également une garde de dix soldats (Procope de Césarée Aed. 5,7). Selon Jean Malalas Chron. 15,582-583, il s'agissait d'une synagogue samaritaine transformée en église, tandis que selon la chronique samaritaine (Abū al-Fatḥ al-Tarīkh 53), l'église aurait été construite à l'intérieur du temple samaritain. La même source ajoute que l'empereur est enterré à côté d'un de ses fils dans une tombe qu'il fit construire au sud du temple.
  • Selon Procope de Césarée Aed. 5,7,11-15, sous le règne de l'empereur Anastase Ier (491-518 ap. J.-C.), un groupe d'hommes samaritains de Néapolis envahit l'église et assassina la garnison ; ils furent ensuite arrêtés et exécutés par le gouverneur.

M.R. Fournier, La colline éternelle (Gib‘at ‘ôlām) (photo, mai 2023)

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Cette roche mère est considérée par les Samaritains comme étant le lieu le plus saint du mont Garizim, celui où se dressait autrefois  la tente de la Rencontre.

Traditions interprétatives

  • Selon les traditions samaritaines, c'est sur le mont Garizim que Jacob construisit un autel quand il habitait dans les environs de Sichem (Gn 33,18-20) ; qu'Abraham fut béni par Melchisédek (Gn 14,17-24) et emmena son fils Isaac pour le sacrifier sur l'ordre de YHWH (Gn 22 ; cette attribution était connue du Pèl. Bordeaux 587). Ce serait là aussi que Josué dressa les douze pierres que douze Israélites des douze tribus avaient prises au milieu du Jourdain pour marquer leur passage (Jos 4 ; cf. Dt 27,2-4).
  • Le jour où Jean Hyrcan détruisit le temple sur le mont Garizim fut inscrit dans la Meg. Ta‘an. et a été commémoré comme une fête, le 21 Kislev. 
  • Dans son récit du soulèvement samaritain sous le règne de l'empereur Zénon (474-491 ap. J.-C.), Procope de Césarée Aed. 5,7,3 interprète les paroles de Jésus à la Samaritaine pour indiquer que le culte chrétien réinstaurerait le culte samaritain au sommet du mont Garizim.

M.R. Fournier, Les pierres dressées de Josué (photo, juin 2021)

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Sources archéologiques

  • Selon les derniers archéologues en charge des fouilles du site, Stern et Magen 2002, les chapiteaux en pierre calcaire trouvés sur les pentes appartenaient au temple israélite de Sichem (Jos 24,26) et furent réutilisés par les nouveaux arrivants, qui avaient été déplacés par les rois assyriens (2R 17,23-32), pour ériger une « maison de YHWH » sur le mont Garizim, au cours des 7e et 6e s. av. J.-C.
  • Un premier temple fut érigé au milieu du 5e s. av. J.-C., pendant la période perse. Il comprenait au moins une porte à six chambres et un grand bâtiment où des milliers d'os d'animaux calcinés ont été retrouvés.
  • Au début du 2e s. av. J.-C., l'enceinte du temple fut magnifiquement reconstruite et incorporait des éléments de l'architecture grecque. Une tour de défense fut ajoutée, ainsi qu'un escalier monumental. Des os d'animaux calcinés de cette période ont également été retrouvés. Une ville s'étendit autour de l'enceinte hellénistique sacrée, qui comprenait des bâtiments publics, un manoir et une citadelle. L'implantation de la période hellénistique fut détruite à la fin du siècle, et abandonnée par la suite.

M.R. Fournier, Vestiges de l'époque hellénistique (photo, mai 2023) 

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  • Au cours du 4e s. ap. J.-C., les Samaritains occupèrent de nouveau l'enceinte sacrée où ils adoraient (Magen 2008, 264).
  • Au 5e s. ap. J.-C., l'empereur Zénon construisit une église et un monastère sur le sommet. Elle était composée de deux octogones concentriques, avec une abside orientale flanquée de deux chambres carrées. L'espace restant entre les deux octogones était occupé par quatre chapelles dont les sols étaient pavés de mosaïques. Dans la chapelle du sud-est, un bassin hexagonal a été retrouvé. L'église se trouvait au milieu d'une cour pavée qui était fermée par une colonnade et une série de pièces. Les murs extérieurs des chambres ont été construits contre un mur de défense. Une crypte avec des tombes a été excavée juste à l'extérieur de l'église. Quelques années plus tard, en 529, la révolte samaritaine éclata et fut violemment réprimée par Justinien, qui occupa l'église et la fit fortifier (Procope de Césarée Aed. 5,7,16-17). 
  • L'église a été reconstruite au 6e s. ap. J.-C., après avoir été détruite par un incendie.
  • Bien que l'église ait été détruite par les musulmans au 8e s. ap. J.-C., elle tient en grande partie encore debout.
  • Sur la crête nord du mont Garizim (Tell er-Ras), des vestiges d'un temple du 2e s. ap. J.-C., dédié à Zeus Hypsistos, ont été découverts. Il fut reconstruit au 3e s. sous l'empereur Caracalla. Ses caractéristiques les plus emblématiques sont des marches monumentales en pierre, qui apparaissent sur un certain nombre de pièces de monnaie romaines.

M.R. Fournier, Église octogonale byzantine sur le sommet du mont Garizim (photo, mai 2023)

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Cette église fut élevée en 480 en l'honneur de Marie, Mère de Dieu.