La Bible en ses Traditions

Job 29,1–19

M
G S
V

Job continua de proférer son discours et dit :

...

Job prenant encore de nouveau sa parabole, dit :

Qui me rendra comme les mois d’autrefois comme aux jours où Dieu me gardait ?

...

— Qui m'accordera que je sois comme dans les anciens mois, comme aux jours où Dieu me gardait ?

M V
G S

Quand sa lampe brillait sur ma tête, et qu'à sa lumière je marchais dans les ténèbres,

...

M
G S
V

comme j'étais au jour de mon hiver, dans l'initimité de Dieu sur ma tente

...

comme j'étais au jour de mon adolescence, quand secrètement Dieu était dans ma tente,

quand Shaddaï était encore avec moi et mes fils autour de moi

...

quand le Tout-Puissant était avec moi, et qu'autour de moi étaient mes enfants,

quand mes pas baignaient dans la crême et le rocher faisait jaillir pour moi des flots d’huile

...

quand je lavais mes pieds dans le beurre, et que le rocher répandait pour moi des ruisseaux d’huile.

Lorsque je sortais à la porte de la ville sur la place je faisais préparer mon siège 

...

quand je m'avançais vers la porte de la cité, et qu'on me préparait sur la place publique un siège ?

M V
G S

les jeunes hommes me voyaient et se cachaient, les anciens, se levant, se tenaient debout.

...

M
G S
V

Les princes retenaient leurs paroles et mettaient la main sur leur bouche

...

Les princes cessaient de parler et posaient le doigt sur leur bouche.

10 la voix des chefs se cachait leur langue collait à leurs palais

10 ...

10 Les chefs retenaient leurs voix, leur langue collait à leur palais,

M V
G S

11 car une oreille 

VL'oreille qui entendaitM et me proclamait heureux, un 

Vet l'œil voyaitM et me rendait témoignage,

11 ...

12 car je sauvais

Vj'avais délivré le pauvre qui suppliait et l’orphelin qui n'avait pas de secours.

12 ... 

13 La bénédiction du mourant venait sur moi, je réjouissais

Vconsolais le cœur de la veuve.

13 ...

14 Je revêtais la justice et elle me revêtait, mon droit

Vjugement était comme mon manteau et mon turban

Vdiadème.

14 ...

M
G S
V

15 J’étais les yeux de l’aveugle c'était moi les pieds du boiteux

15 ...

15 J’étais l'œil pour l’aveugle, le pied du boiteux.

M V
G S

16 J’étais un père pour les pauvres, je menais Vavec grande diligence le procès de celui que je connaissais pas.

16 ...

17 Je brisais les mâchoires de l’injuste et de ses dents j'arrachais la proie.

17 ...

M V
G
S

18 Je disais :  — Avec mon nid je mourrai

V— C'est dans mon petit nid que je mourrai, et comme le sable

Vpalmier je multiplierai mes jours.

18 Je disais : — Mon espérance de vie s'allongera, comme le stipe d'un phénix je vivrai une longue vie 

18 ...

M
G S
V

19 Mes racines seront ouvertes vers les eaux la rosée passera la nuit dans mes branches

19 ...

19 Ma racine s'étend le long des eaux et la rosée s'attardera sur ma moisson.

Texte

Vocabulaire

18 palmier (V) ou « phénix » (G) ou « sable » (M) : Lexicographie

  • Le mot hébreu חול [ḥôl] signifie généralement sable, mais G semble indiquer un autre sens possible : Comparaison des versions Jb 29,18.
  • G présente φοῖνιξ  [phoinix] qui réfère au palmier-dattier, mais peut aussi désigner le phénix, oiseau fabuleux qui était censé renaître de ses cendres (cf. Milieux de vie Jb 29,18 Symbolique, Résurrection ; Textes anciens Jb 29,18).
  • En français, depuis Linné le nom scientifique du palmier-dattier est « Phœnix dactylifera. » L'arbre, qui rejaillit toujours de sa souche, comme le phénix renaît de ses cendres, évoquerait ainsi la résurrection et l’éternité. Pourtant la polysémie aurait une autre raison : le palmier serait l’arbre symbole de la Phénicie, d’où dériverait son nom.

De telles polysémies ont rendu les imaginations fécondes tant dans la littérature juive Tradition juive Jb 29,18 que dans la littérature (Tradition chrétienne Jb 29,18) et l’iconographie chrétiennes (Arts visuels Jb 29,18).

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Contexte

Milieux de vie

18 palmier FLORE Palmier Il existe 2600 espèces de palmiers. Parmi elles, pousse le palmier-dattier.

Palmier dattier à Ein Guedi, Israël 

photo: M.R. Fournier, 2022 © BEST AISBL,

Ex 15,27 ; Lv 23,40-42 ; Dt 34,3 ; Jg 4,5 ; 1R 6,29-35 ; 2M 10,7 ; Ps 92,13 ; Ct 7,8 ; Ez 40,16 ; Ez 41,18 ; Jl 1,12 ; Jn 12,13 ; Ap 7,9 

Classification
  • Famille : arecaceae
  • Genre : phoenix (nom dérivé de Phoenicia, pays du palmier)
  • Espèce : dactylifera (signifie : « qui porte des dattes »)

Le nom hébreu du palmier est Tamar.

Localisation
  • Ce palmier pousse naturellement dans les zones tropicales et sud-tropicales d’Asie (Golfe persique, Inde, péninsule arabique) et d’Afrique (Sahara, Somalie, oasis du sud).
  • On a retrouvé des traces de sa présence à l’état sauvage à Ein Guedi sous forme fossilisée dans du grès quaternaire.
  • La culture de palmiers existait en Mésopotamie et en Égypte vers 4500 av. J.-C.
  • Ils ont été implantés en Europe et en Amérique dès le 16e s. dans un but ornemental.
Description
  • Au sens strict, le palmier n’est pas un arbre car il n’a pas un tronc mais un stipe qui se forme avec le pétiole des feuilles mortes. C’est une plante monocotylédone qui a besoin de beaucoup de lumière, de chaleur et même d’une certaine sécheresse pour se développer. Elle peut toutefois résister au froid.
  • Son stipe est fibreux (Théophraste Historia plantarum 1,5,3) et n’a pas d’écorce. Il pousse droit, sans élargir son diamètre, et il peut s’élever jusqu’à 30 m.
  • Ses palmes peuvent mesurer jusqu’à 7 m de long et sont composées de folioles linéaires vertes disposées en deux rangs opposés qui, pour certaines (partie inférieure), sont recouvertes d’épines. Les feuilles sont persistantes (Théophraste Historia plantarum 1,9,3) ; le feuillage et les fruits sont regroupés à la cime.
  • Des inflorescences composées de petites fleurs beiges apparaissent vers le mois d’avril.
  • Ces fleurs donnent des fruits charnus, cylindriques et sucrés de 3 à 7 cm de long que l’on récolte en été et que l’on appelle « dattes » en raison de leur forme de « doigts », dactylos en grec. Les dattes pendent entre les palmes, en grappes, attachées à un rameau.
  • Les racines sont peu ramifiées, longues et fines.
  • Le dattier est une plante dioïque : on différencie donc les dattiers mâles, qui portent des branches couvertes de fleurs (8000 à 12000) possédant 6 étamines, des dattiers femelles aux fleurs moins nombreuses (100 à 2000) possédant 3 carpelles. Seuls les pieds femelles portent les fruits. Sans présence de pied male, il ne peut y avoir pollinisation et les pieds femelles ne peuvent donc donner de fruits.
  • Des rejets apparaissent au pied du palmier ; rattachés au système vasculaire de la plante mère, ces rejets développent peu à peu des racines afin d'acquérir une vie autonome.
Usages

Selon un dicton arabe il y aurait autant d'usages du palmier que de jours dans l'année. 

Alimentation
  • Les dattes, qui contiennent vitamine B9, fibres et minéraux (potassium, fer), peuvent être consommées fraîches ou sèches. Hypercaloriques, elles permettent de faire le plein d’énergie. En raison de leur forte teneur en sucre, elles sont utilisées pour sucrer des plats, des pâtisseries. Certaines variétés de dattes, farineuses, sont broyées pour faire des galettes, des biscuits ou du pain (Pline Naturalis historia 13,27). En les laissant fermenter avec de l’eau, on obtient un vin de dattes.
  • La sève de couleur blanche, laiteuse, récoltée en incisant la spathe entourant les fleurs, est douce et sucrée. Après extraction, elle fermente rapidement, prenant une teinte plus foncée et permet de produire un vin de palme, pétillant fort et âpre : la Bible parle de « boisson forte » (Dt 14,26 ; Is 5,11). 
  • Même le bétail est parfois nourri de dattes (Pline Naturalis historia 13,27).
Culture matérielle
  • Les palmes étaient utilisées pour confectionner des paniers, des nattes, des cordages (Pline Naturalis historia 16,89), des chapeaux de soleil (Pline Naturalis historia 13,30). Pour cela on faisait sécher les palmes à couvert pendant quatre jours puis on les étendait au soleil. Les feuilles étaient ensuite découpées. (Pline Naturalis historia 16,89).
  • Les palmes servaient à recouvrir les toits des maisons ou à consolider les clôtures. Les cabanes de la fête de Souccot sont recouvertes de palmes.
  • Les palmes étaient aussi le moyen utilisé par les esclaves et serviteurs pour éventer les visages de leurs maîtres ; aussi, avoir la tête entourée de palmes est devenu signe de luxe, de noblesse.
  • Le stipe du palmier, appelé parfois dans le langage courant « tronc du palmier », ne développe pas le tissu cellulaire à l’origine du bois ; cependant, dans le langage courant, on parlera de « bois de palmier ». Ce « bois » est léger, facile à travailler, élastique, tendre. (Théophraste Historia plantarum 5,3,6) Il servait à faire des ébauches. Sa solidité lui permet de supporter des charges. On l’utilise parfois pour faire des poutres, des toitures, des portes mais aussi du mobilier.
Autres
  • Le palmier est combustible : il donne des braises qui durent très longtemps (Pline Naturalis historia 13,39).
  • La présence de palmiers dans le désert crée un microclimat qui favorise le développement d’autres plantes.
  • Le palmier est une source d’inspiration pour les artistes : stylisé, il est utilisé comme motif architectural, en décoration (temple de Salomon 1R 6,32). Ce motif est appelé en hébreu timorah, c’est-à-dire « palmettes » (Ez 40,34).
Histoire
  • Pline Naturalis historia 13,50 « Des soldats d’Alexandre périrent étouffés par des dattes vertes ; en Gédrosie, ce fut la qualité du fruit qui causa leur mort ; ailleurs, ce fut la quantité. C’est que dans leur fraîcheur, les dattes sont si délicieuses que seul le danger de périr vous arrête d’en manger. »
  • Des graines de palmier-dattier de l’époque d’Hérode le Grand ont été retrouvées dans les années 1960 à Massada. Parfaitement conservées en raison de l’environnement particulier qui règne dans la région de la mer morte, l’une de ses graines a germé en 2005 permettant de retrouver la variété ancienne de dattier qui poussait en Judée. 
  • Dennis Mizzi, "Archeology of Qumran." T&T Clark Companion to the Dead Sea Scrolls. Ed. George J. Brooke and Charlotte Hempel. London : T&T Clark, 2019. 17—36. Bloomsbury Companions. Bloomsbury Collections. Web « Le palmier-dattier étant l'une des ressources les plus importantes et les plus précieuses de la région, il est très probable que les Qumranites aient été impliqués dans la production de dattes. Cette probabilité est corroborée par la découverte de grandes quantités de dattes et de noyaux de dattes, de jarres scellées contenant du miel de datte, d'un pressoir qui servait probablement à la production de vin de datte, et peut-être par la découverte d'un tesson de poterie qui semble suggérer que les habitants de Qumran possédaient des palmeraies. » (Notre trad.)
Symbolique
Fécondité
  • Très tôt, dans les civilisations sumérienne et égyptienne, le palmier a représenté la fécondité car, bien que vivant en des lieux désertiques, il porte des fruits en abondance.
Féminité
  • En raison de sa beauté, de son port élancé, de ses palmes comparables à des cheveux longs, le palmier est souvent associé à la femme (Ct 7,8-9). Dans des scènes anciennes, le palmier abrite la femme en train d’accoucher (accouchement de Léto à Delos), d’allaiter (stèle de Karatépé 7e s. av. J.-C.).
  • Plusieurs femmes dans la Bible portent son nom : « Tamar » (Gn 38,6 ; 2S 13,1 ; 2S 14,27). 
Droiture
  • Son stipe poussant bien droit et s’élevant vers le ciel, le palmier est symbole de droiture (Ps 92,13). 
Arbre de vie

Le palmier est considéré comme l’archétype de l’arbre de vie :

  • Par sa hauteur il semble relier la terre et le ciel.
  • Parce qu’il pousse dans des lieux chauds et ensoleillés, près de points d’eau, il évoque les terres paradisiaques, l’oisiveté heureuse.
  • Sa sève blanche et sucrée évoque le lait et le miel qui coule en terre promise. Il semblerait d’ailleurs que lorsqu’il est question de miel dans la Bible, ce ne soit pas toujours le miel des abeilles mais aussi du « miel » du palmier-dattier qu'il s’agit (Gn 43,11 ; 1S 14,25 ; Ps 19,10 ; Pr 24,13 ; 25,16 ; 27,7 ; Is 7,15 ; Ct 4,11 ; Ap 10,9). 
  • À partir de ses dattes il est possible d’obtenir à la fois du pain et du vin, (Pline Naturalis historia 13,27) symboles eucharistiques.
Royauté
  • Parce qu’il est source de richesse le palmier devient symbole royal : le roi étant celui qui garantit la prospérité du royaume.
Victoire

Brandir des palmes était un signe d’allégresse et de victoire :

  • Dans l’antiquité romaine, la victoire était symbolisée sur les pièces de monnaies par une femme tenant en main une couronne et une palme. Lors des jeux, on donnait au vainqueur une palme comme récompense.
  • Reconnu roi de Syrie par Démétrius, Simon lui envoie une palme d’or comme symbole de la victoire (1M 13,37) (cf. 2M 13,4). 
  • En Orient, il était de coutume d’agiter des palmes pour acclamer les héros (cf. 2M 10,6-7 ; 1M 13,51). 
  • Chaque année lors de la fête de Souccot, les juifs processionnaient vers le Temple (cérémonie des Hoshanot) au cri d’ « hosanna », tenant en main quatre espèces de rameaux dont la palme.
  • Lors de l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem, (fête des rameaux) la foule l’acclamait en agitant des palmes et en étendant des manteaux sur son passage.
Résurrection
  • La résurrection étant la « victoire de la Vie sur la mort », la palme est aussi symbole de résurrection.
  • Le palmier, renaissant en quelque sorte de lui-même par ses surgeons, va donner son nom au Phénix (phoenix), oiseau mythique qui renait de ses cendres. (Pline Naturalis historia 13,9).
  • Les saints (Ps 92,13) et plus particulièrement les martyrs, sont représentés avec des palmes à la main (Ap 7,9). 
Marie

Le palmier est parfois associé à la Vierge Marie : en raison des symboles précédemment cités (beauté, féminité, sainteté, fécondité, arbre donnant le fruit de vie) et de récits anciens :

  • Évangile du pseudo-Matthieu 20-21 : Lors de la fuite en Égypte, Marie, fatiguée, s’assied au pied d’un palmier qui, sur les ordres de l’enfant Jésus, s’incline jusqu’à elle pour la nourrir de ses dattes. Entre les racines, une eau douce s’écoule pour la désaltérer. En récompense, Jésus accorde au palmier le privilège de voir l’un de ses rameaux être emporté par un ange au paradis.
  • Coran S19,24-25 situe la naissance de Jésus sous un palmier. Une eau s’écoule alors entre les racines et Marie, secouant le tronc, obtient des dattes pour retrouver des forces.

Réception

Comparaison des versions

18 palmier : V | M : sable | G : phénix

Texte hébreu

  • M : חול [ḥôl] signifie généralement sable, mais avec cette signification, la cohérence des deux stiques de ce verset est problématique 

Texte grec

  • G en choisissant le mot φοῖνιξ [phoinix] pour traduire le sens ḥôl semble vouloir éliminer tout quiproquo en supprimant le nid et en rajoutant le στέλεχος [stelechos], tronc ou stipe de l'arbre.  

Texte latin

  • V : saint Jérôme écarte le jeu de mots en utilisant le terme latin palma pour palmier.

Pourtant, son disciple l'évoque dans son commentaire (cf. Marie Frey Rébeillé-Borgella, « Le commentaire sur Job de Philippe le Prêtre, témoin de l’histoire du textebiblique », 2019. hal-03466470v2→) :

  • Philippe le Prêtre (5e s., † 455-456),Commentaire sur Job (ca 397 ou 439-455?) ad loc. : « Le “nid” doit être compris comme l’homme extérieur, que Dieu avait formé et construit avec la paille de sa chair. […] Dans ce nid donc, il disait toujours qu’il mourait, en témoignage qu’il ne vivait pas dans les vices du monde ni dans ses convoitises, haïssant cette tunique souillée qui est charnelle. [...]  Le palmier, en effet, est appelé par les Grecs phoînix. Ce même mot désigne aussi un oiseau : celui dont certains affirment qu’il vit plusieurs siècles, le phénix, nommé par exactement le même terme. Il est possible qu’il ait voulu parler de cet oiseau ici, de sorte que, comme celui-ci, se construisant un nid, est dit après un long temps s’y consumer de lui-même, puis ressusciter de ses cendres dans le même nid en peu de temps, pour vivre ensuite de très nombreuses années, ainsi le saint Job, à la manière de cet oiseau, peut dire qu’il sera par la mort dans la cendre de la chair comme dans un nid pour un temps, et qu’il en ressuscitera pour la gloire. Et ce sont ces jours éternels et bienheureux qu’il souhaite et qu’attend de voir multipliés le fidèle serviteur de Dieu (Jb 19). Car plus haut il parlait déjà ainsi, disant : “Et de nouveau, je serai revêtu de ma peau, et dans ma chair je verrai Dieu"» (J. Sichard éd., Philippi Presbyteri uiri longe eruditissimi in historiam Iob commentariorum libri tres, Bâle, 1527, en ligne→ p.123-124, notre trad.).

Remarque : les données biographiques sur le prêtre Philippe viennent d’une source unique.

  • Gennade de Marseille, De uiris illustribus, 63, « Philippe, prêtre, le meilleur des élèves de Jérôme [optimus auditor Hieronymi : à Bethléem sans doute ?], ayant commenté le livre de Job, en fit paraître un livre en style simple [sermone simplici]. J’ai aussi lu de lui les lettres à ses proches, qui sont extrêmement relevées et exhortent fortement à supporter la pauvreté et les souffrances. Il est mort quand Marciano et Avitus étaient au pouvoir » (CPL 0957 ; E. Richardson, Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Literatur, XIV, 1a,  Leipzig :  J.C. Hinrichs, 1896, p.57-97)

Frontispice de la bible Polyglotte d’Alcalà (1514-1517), (gravure sur bois) © Domaine public→

Encadré par le chapeau du cardinal Cisneros, commanditaire de l'ouvrage, cet écu est une allégorie de la Parole dans la diversité de ses versions. Les 15 carreaux symbolisent les 15 jours que passèrent ensemble à Jérusalem Pierre apôtre des Hébreux et Paul apôtre des nations (Ga 1,18) : 7 carrés rouges pour la loi antique ; 8 blancs pour la loi de grâce, 15 en tout rassemblés sous la Croix du Verbe incarné.

Tradition juive

18 comme le sable (M) ou le palmier, ou le phénix ? Invitations du phénix dans la Genèse et dans l’Arche de Noé, grâce à l’interprétation du mot hébreu dans ce passage de Job  La polysémie de חול [ḥôl] (Vocabulaire Jb 29,18) a tant plu que les sages du Talmud et ceux qui ont écrit le Midrash rabba ont invité le phénix dans le jardin de la Genèse et dans l’Arche de Noé.

  • →b.Sanh.108b, guemara, fait allusion au Phoenix חול [ḥôl] : « Quand au volatile qui s’appelle "Ourichna", mon père l’avait trouvé installé dans son nid dans l’arche. Il lui a demandé : —Tu ne veux pas quelque chose à manger ? L’autre lui a répondu : — J’ai vu que tu es occupé, je me suis dit que je ne vais pas moi aussi te déranger. Noé lui a dit : — Que ce soit la volonté de Dieu que tu ne meures pas. C’est ainsi qu’il est dit : — Je m’étais dit :— Avec mon nid je disparaîtrai, j’aurai des jours nombreux comme le ‘Hol" [i.e. le phénix] » (Jb 29,18).
  • Gen. Rab. 19,5, sur Gn 3,6 « Ève en fit aussi manger le bétail, les animaux sauvages et les volatiles. Tous lui obéirent à l’exception d’un oiseau nommé "Phénix", comme l’atteste le verset : Comme le Phénix, j’aurai des jours nombreux (Jb 29,18). Le Phénix, dit l’école de Rabbi Yannaï, vit mille ans. Au bout de ces mille ans, une flamme jaillit de son nid et le consume. Il en reste toutefois autant qu’un œuf, si bien qu’à nouveau ses membres se développent. Le Phénix, dit Rabbi Soudan bar Simon, vit mille ans. Au bout de ses mille ans son corps se décompose et ses ailes tombent. Il en reste toutefois autant qu’un œuf, si bien qu’à nouveau ses membres se développent. »

Dans la compilation traditionnelle des Mikraot Gedolot [Grandes lectures], le חול est un mot polysémique qui signifie le sable et un oiseau qui serait le phœnix.

  • Rachi, Comm. Jb 29,18  « et je multiplierai les jours comme le phénix Hébreu : וכחול. Il s'agit d'un oiseau appelé חול, "phénix", sur lequel la peine de mort n'a pas été prononcée car il n'a pas goûté au fruit de l'arbre de la connaissance, et au bout de mille ans, il se renouvelle et retrouve sa jeunesse. »

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Tradition chrétienne

18 palmier ou : « phénix ». Images de la résurrection Le phénix est certainement l'oiseau merveilleux le plus connu au monde. La légende qui l'entoure s'est particulièrement développée au cours du Moyen âge, mais elle est directement issue de l'Antiquité.

DESCRIPTION DE L'EXTRAORDINAIRE PHÉNIX

  • Isidore de Séville Etym. 12,7,22 : Le phénix (phœnix) est un oiseau d’Arabie, ainsi nommé parce qu’il possède une couleur écarlate (phœniceus), ou parce qu’il est singulier et unique dans le monde entier, car les Arabes disent phœnix pour « singulier ». Cet oiseau vit plus de cinq cents ans, et lorsqu’il voit qu’il a vieilli, il construit pour lui-même un bûcher funéraire avec des rameaux aromatiques qu’il a rassemblés, et, tourné vers les rayons du soleil, par le battement de ses ailes, il allume délibérément un feu pour lui-même, et ainsi il renaît de ses propres cendres (trad. franç. d’après l’anglais Stephen A. Barney, W. J. Lewis, J. A. Beach et Oliver Berghof). 
  • Avit de Vienne, Histoire spirituelle, I, 238-244 « Ici naît le cinnamome, qu'à tort la tradition attribue aux habitants de Saba. Ce sont ses branches que rassemble l'oiseau à la longue vie, lorsqu'il périt d'une mort qui le fait renaître, et que, consumé sur son nid, il se survit à lui-même et ressuscite d'une mort volontaire ; non content de vivre une seule fois selon son destin naturel, son corps alangui par le grand âge se régénère et des naissances réitérées soulagent sa vieillesse qui se termine par le feu » (trad. Nicole Hecquet-Noti).
  • Corbichon Propriétés 12,13 : Fenix est un oisel singulier dont il n’est que un au monde desquoy les laîcs gens se esbahissent moult; Fenix en arabie ou il naist est appelle singulier si comme dit Ysidore. De cest oisel dit Aristote qu’ils vit sans pareil pour 500 ans. Et quant il sent qu’il deffault par sa vieillesse il fait un ni de buches aromatiques et de bonne odeur qui sont si seiches que le feu si prant en este quant le vent vente que on appelle sanone ou zephyr. Et quant le feu est allumé le fenix y entre de sa volente et se art et de sa cendre il nasit un ver dedenz 3 jours qui croist petit à petit et lui viennent les plumes et la forme d’un oisel. Derechef, dit saint Ambroise en son hexaemeron que de li vieux ou de la cendre en vient un nouvel auquel les plumes croissent ou proces du temps et si prend la forme d’un oisel. Fenix est un oisel moult bel en ses plumes et ressemble a plume de paon et est moult solitaire et vit de grains et de froment moult nez. De cet oisel raconte alors que o mas le souverain nes que de la loy fist en la cite de eliopolis en egypte un temple a la semblance de celui de ... Il fist le premier jour de la solempnité de la pasques un feu sur l'autel de buches seiches aromatiques pour mettre leur sarifice dedenz er soudanement devant tous il descendit dedens ce feu un tel oisel qui fut ars et remene en cendre. Laquelle cendre fut cueillie du commandement de l'evesque et dedenstrois jours il en vuit un ver qui prist apres fourme d'oisel semblable à l'autre et s'envola tout hors du temple devant tous ceuls qui la estoient.

Anonyme (France), Le Phénix sur son bûcher, enluminure dans Bestiaire de la version B-Is de la première Famille, (encres, pigments à la détrempe et feuille d'or sur parchemin, vers 1270-1280), 19,1 x 14,2 cm (page)

MS Ludwig XV 3, f° 74v. , The J. Paul Getty Museum, Los Angeles, États-Unis d'Amérique © CC0 - J. Paul Getty Trust→

LE PHÉNIX, UN SYMBOLE MERVEILLEUX

De la puissance de Dieu
  • Origène Cels. 4,98 « Puis, continuant à défendre la piété des animaux sans raison, Celse donne en exemple: L'oiseau d'Arabie, le Phéniz, qui après de longues années émigre en Égypte, transporte le corps de son père, enfermé dans une boule de myrrhe comme en un cercueil, et le dépose au lieu où se trouve le temple du soleil. C'est bien ce que l'on raconte¹; mais le fait, fût-il exact, peut encore venir de la nature. La générosité de la divine Providence apparaît aussi dans les différences entre les animaux, pour montrer aux hommes la variété qui existe dans la constitution des êtres de ce monde, et jusque chez les oiseaux. Et elle a créé un animal unique afin de faire admirer par là, non point l'animal, mais Celui qui l'a créé» (trad. Marcel Borret).
  • Philippe de Thaon Best. 27 : Fenix dous eles at, Signefiance i at: Par cez eles entent Dous leis veraiement, La viez e la nuvele, Ki mult est sainte e bele; Ço vint Deus aemplir Pur sun pople guarir. Or fine la raisun, Altre cumencerum.
De la Résurrection du Christ
Chez les pères de l'Église

C'est depuis Clément que le phénix est une image chrétienne de la résurrection.

  • Clément de Rome 1 Cor. 25-26 « Considérons le signe prodigieux que nous offrent les régions de l’Orient, c’est-à-dire l’Arabie. Il y a là bas, un oiseau qu’on nomme "phénix". Il est seul de son espèce et vit cinq cents ans ; et lorsqu’il approche du terme de sa vie, il construit lui-même son cercueil où il pénètre, son temps accompli, pour mourir. De sa chair corrompue naît un ver qui se nourrit de la charogne de l’oiseau mort, puis se couvre de plumes ; et lorsqu’il est devenu fort, il soulève le cercueil rempli des ossements de son ancêtre, et l’emporte loin de l’Arabie, en Égypte, jusqu’à la ville nommée Héliopolis. Là, en plein jour, aux yeux de tous, il s’en vient à tire‑d’aile le déposer sur l’autel du soleil, puis il reprend son vol pour le retour. Alors les prêtres consultent leurs annales et constatent qu’il est venu après cinq cents ans révolus. Sera-ce donc à nos yeux prodige et merveille, que le Créateur de toutes choses ressuscite ceux qui l’ont servi saintement, avec la confiance de la foi parfaite, Lui qui nous a montré dans un simple oiseau la magnificence de sa promesse ? » (Trad. Annie Jaubert). 
  • Tertulien, De la Résurrection de la chair, 13 « Si le renouvellement de l’univers figure imparfaitement la résurrection ; si la création ne prouve rien de semblable, parce que chacune de ses productions finit plutôt qu’elle ne meurt, est rendue à sa forme plutôt qu’à la vie, eh bien ! voici un témoignage de notre espérance complet et irrécusable. Il s’agit en effet d’un être animé, sujet à la vie et à la mort. Je veux parler de cet oiseau particulier à l’Orient, célèbre parce qu’il est sans pareil, phénoménal parce qu’il est à lui-même sa postérité ; qui, préparant volontiers ses propres funérailles, se renouvelle dans sa mort, héritier et successeur de lui-même, nouveau phénix où il n’y en a plus, toujours lui quoiqu’il ait cessé d’être, toujours semblable, quoique différent. Quel témoignage plus explicite et plus formel pour notre cause ? ou quel autre sens pourrait avoir cet enseignement ? Dieu l’a déclaré lui-même dans ses Ecritures : "Il se renouvellera, dit-il, comme le phénix" ; qu’est-ce à dire ? Il se relèvera de la mort et du tombeau, afin que tu croies que la substance du corps peut être rappelée, même des flammes. Le Seigneur a déclaré que nous "valons mieux que beaucoup de passereaux". Si nous ne valons pas mieux que le phénix aussi, l’avantage est médiocre » (trad. Antoine-Eugène Genoud)
Dans les Bestiaires
  • Physiol. 7 « Le Seigneur a dit dans les Évangiles : "J'ai le pouvoir de déposer ma vie et j'ai le pouvoir de la reprendre ", et les Juifs furent irrités de ces paroles. Il existe en Inde un oiseau qui est appelé phénix. Tous les cinq cents ans il pénètre dans les forêts du Liban, et il imprègne ses ailes d'aromates et il transmet un signe au prêtre d'Héliopolis, lors du nou-veau mois, qui est Nisan ou Adar (c'est-à-dire Phaménôth ou Phar-mouthi). L'oiseau pénètre dans Hiéropolis imprégné d'aromates et le prêtre qui a reçu le signe vient et couvre entièrement l'autel de bois de vigne. L'oiseau monte alors sur l'autel où il allume avec son corps un feu qui le consume entièrement. Le lendemain, le prêtre inspecte l'autel et découvre un ver dans la cendre. Le surlendemain il découvre à sa place un oisillon. Et le troisième jour il découvre à sa place un oiseau adulte. L'oiseau salue alors le prêtre et s'en va vers la résidence qui est la sienne. Si donc cet oiseau a le pouvoir de se donner la mort et de se donner la vie, pourquoi les Juifs insensés s'irritent-ils contre le Seigneur quand il dit : "J'ai le pouvoir de déposer ma vie et j'ai le pouvoir de la reprendre ?" Le phénix représente le Sauveur. Il est venu des cieux, a déployé ses deux ailes, et il a apporté avec lui un parfum, et cela pour exalter la parole du ciel, afin que nous aussi nous étendions les mains et propagions le parfum de l'esprit par des conduites vertueuses » (trad. Arnaud Zucker)
  • Guillaume le Clerc Best. 9 : En cet oisel poez entendre / Nostre Seignor, qui vout descendre / Ca jus por nostre sauvement ; / De boenes odors finement / Fut charchie, quant en terre vint, / Por les prisons que enfer tint ; / En l’autel de la croiz sacree, / Qui tant est douce et aoree, / Fu sacrifie cest oiseaus, / Qui au tierz jor resort noveaus. / Mes plusors ne veulent pas crerre / Que la chose fust issi veire ; / Si ont grant tort, ce m’est avis. / Quant l’oisel qui a non fenix / Se demet et se mortefie, / Et au tierz jor reprent sa vie, / Moult est a creirre plus legier / De Deu qui tot a a jugier. / Ce que il dist en son sarmon / Ou n’a rien se verite non, / Ce dist cil qui est verite : / « Je ai, dist-il, la poeste / De poser m’ame et de reprendre. » / Veir dist il, veir nos fist entendre ; / Cil devon oir et retraire. / « Je ne vinc pas, dist il, desfaire / La loi, einz la vinc aconplir / Et assumer et aenplir. » / Issi ert le sage escrivains / Del reigne de ciel soverains, / Qui de son tresor met avant / Comme prouz et comme vallant. / Les viez choses et les noveles / Ensemble sunt boenes et beles. »

L’iconographie des premiers siècles symbolise la résurrection du Christ par un phénix sur un palmier, l’image traduisant l’homonymie du terme.

Anonyme (Angleterre), Le phénix perché sur un arbre, tenant un ver dans son bec, enluminure dans Bestiaire, (encres, pigments à la détrempe et feuille d'or sur parchemin, ca 1225-1250), ca 29,4 x19,5 cm (page)

MS. Bodl. 764, f° 70r., Bodleian Libraries, Oxford, Royaume Uni © Bodleian Libraries, University of Oxford - CC BY-NC 4.0→

Littérature

18 phénix « vous êtes le phénix des hôtes de ces bois » Impossible de parler du phénix sans faire un clin d’œil du côté de chez La Fontaine. Cette célèbre phrase, tirée de la fable Le Corbeau et le Renard de Jean de La Fontaine, est une flatterie extrême utilisée par le renard pour duper le corbeau. le renard fait croire au  corbeau qu'il est la créature la plus belle, exceptionnelle et unique (« le phénix ») parmi tous les autres animaux de la forêt (« les hôtes de ces bois »). L'ironie est grande car tandis que le phénix est un oiseau mythique unique en son genre, symbolisant la perfection, la rareté et la beauté suprême, le corbeau est un oiseau commun et bruyant, et non une merveille... 

Le voici en prononciation et rhétorique gestuelle baroques :

Jean de la Fontaine (1621-1695), « Le corbeau et le Renard »,,  deuxième fable du Livre I du premier recueil des Fables choisies,1668, lu par Thierry Péteau, Les Persifleurs du Grand Siècle © Licence YouTube standard

Et dans la version drôlatique du comique préféré des Français :

Jean de la Fontaine (1621-1695), « Le corbeau et le renard »,  deuxième fable du Livre I du premier recueil des Fables choisies,1668,lu par Louis de Funès

Les Fables de La Fontaine par Louis de Funès, Fernandel et Gérard Philipe, album, Isis : 2009 © Licence YouTube standard

Avec truculence, le grand comique met en valeur tout le cocasse de la rencontre.