La Bible en ses Traditions

Matthieu 11,0 ; 5,1–6,34

Byz V S TR Nes

Voyant les foules, il monta sur la montagne

et, s'étant assis, ses disciples s'approchèrent de lui

et ouvrant la

Vsa bouche il les enseignait en disant :

— Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux.

Byz S TR Nes
V

Heureux ceux qui s'affligent, car ils seront consolés.

Heureux les doux, car ils posséderont la terre.

Heureux les doux, car ils hériteront de la terre.

Heureux ceux qui s'affligent, car ils seront consolés.

Byz V S TR Nes

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu.

Heureux ceux qui font œuvre de paix

Vles pacifiques, car ils seront appelés « fils de Dieu ».

10 Heureux ceux qui sont persécutés

Vsouffrent persécution à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux.

11 Heureux êtes-vous quand on vous insultera, vous persécutera

et dira toute sorte de mal 

Sde parole mauvaise contre vous en mentant, à cause de moi.

12 Réjouissez-vous et exultez, car votre salaire est grand

Vcopieux dans les cieux

car c’est ainsi qu'on a persécuté les prophètes, d'avant

Vqui furent avant vous.

13 Vous, vous êtes le sel de la terre.

Si le sel s'affadit

Vse perd, avec quoi salera-t-on ?

Il n'est plus bon à rien si ce n'est, en étant jeté

Byz V S TR à être jeté dehors, Byz V S TRet à être piétiné par les hommes.

14 Vous, vous êtes la lumière du monde.

Une ville ne peut être cachée, située sur une montagne. 

15 Et on n’allume pas une lampe et la met sous le boisseau

mais sur le chandelier

et

Vafin qu' elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.

16 Que brille ainsi votre lumière devant les hommes

en sorte qu'ils voient vos œuvres bonnes

et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux.

17 Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les prophètes

je ne suis pas venu abolir mais accomplir.

18 Amen, Vcertes je vous le dis

jusqu’à ce que passent le ciel et la terre 

pas un iota

Sioud ni un seul trait de la Loi ne passera

Vsera omis jusqu'à ce que tout arrive.

19 Celui donc qui aura enfreint l'un de ces plus petits commandements et enseigné ainsi aux hommes

sera appelé « le plus petit » dans le royaume des cieux 

mais celui qui [les] aura pratiqués et enseignés

celui-là sera appelé « grand » dans le royaume des cieux.

20 Car je vous dis que si votre justice n'abonde pas plus que celle des scribes et des pharisiens

vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux.

21 Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres : « Tu ne tueras pas

celui qui tuera sera passible de jugement. »

22  Moi, je vous dis :

 — Quiconque

V Sque quiconque se met en colère contre son frère Byz S TRpour rien sera passible du jugement 

et celui qui dira à son frère : — « Raca », sera passible du sanhédrin

Vconseil 

celui qui lui dira : — « Fou » sera passible de la géhenne du feu.

23 Si donc tu présentes ton offrande sur l’autel

et là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi

24 laisse là ton offrande devant l’autel

et va d'abord te réconcilier avec ton frère 

et alors viens présenter ton offrande.

25 Mets-toi d'accord avec ton adversaire au plus tôt tant que tu es encore avec lui en chemin

de peur que l'adversaire ne te livre au juge

et que le juge ne te livre 

Nesle juge au fonctionnaire et que tu ne sois jeté en prison.

26 Amen, je te le dis, tu ne sortiras pas de là que tu n’aies rendu le dernier quadrant.

27 Vous avez entendu qu’il a été dit V TRaux anciens : « Tu ne commettras pas d’adultère. »

28  Moi, je vous dis :

— Quiconque regarde une femme pour la convoiter

a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.

29 Que si donc ton œil droit te scandalise

arrache-le et jette-le loin de toi :

car mieux vaut pour toi que périsse un seul de tes membres

et que ton corps tout entier ne soit jeté dans la géhenne.

30 Et si ta main droite te scandalise

coupe-la et jette-la loin de toi

car mieux vaut pour toi que périsse un seul de tes membres

et

Vplutôt que tout ton corps ne s'en aille pas

Byz TRsoit pas jeté

Stombe dans la géhenne.

31 Il a été dit : « — Celui qui 

Quiconque renverra sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. »

Byz V S TR Nes

32  Moi, je vous dis :

— Tout homme qui

Byz TRCelui qui répudie sa femme, sauf en cas

Vpour cause de fornication,

la rend adultère

et celui qui épouse une répudiée commet l’adultère.

33 Vous avez encore entendu qu’il a été dit aux anciens : « Tu ne te parjureras pas

tu t’acquitteras envers le Seigneur de tes serments. »

34 Moi, je vous dis de ne pas jurer du tout

ni « par le ciel », parce que c'est le trône de Dieu

35 ni « par la terre », parce que c'est le marchepied

Vl'escabeau de ses pieds

ni « par Jérusalem », parce que c'est la ville du grand Roi

36 ni « par ta tête » tu jureras

parce que tu ne peux pas rendre un seul cheveu blanc ou noir ;

37 au contraire, que votre parole soit : OUI ? OUI ! , Set : NON ? NON ! 

ce qui est plus long vient du mauvais.

38 Vous avez entendu qu’il a été dit :

« Œil pour œil et dent pour dent. »

39 Moi, je vous dis de ne pas résister au méchant

Vmauvais

mais si quelqu'un te frappe

Byz V TRcelui qui te frappera sur ta

Byz Sla joue

Vmâchoire droite, tends-lui aussi l’autre.

40 Et à celui qui veut te citer en justice et prendre ta tunique, laisse-lui aussi le manteau.

41  Et quiconque te réquisitionnera-t-il pour

Vcontraindra à un mille

Vmille pas, va avec lui pour deux Vautres.

42  À celui qui te demande, donne V-lui

et de celui qui veut t'emprunter ne te détourne pas.

43 Vous avez entendu qu’il a été dit :

« Tu aimeras ton prochain et tu haïras

Vauras en haine ton ennemi. »

Byz S TR
V
Nes

44 Moi je vous dis :

— Aimez vos ennemis

bénissez ceux qui vous Byz S TRmaudissent

faites du bien à ceux qui vous haïssent

et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous

Semmènent dans les chaînes 

44 Moi, je vous dis :

— Aimez vos ennemis

faites du bien à ceux qui vous haïssent

et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient

44 Moi je vous dis :

— Aimez vos ennemis

et priez pour ceux qui vous persécutent

Byz V S TR Nes

45 afin que vous deveniez

Vsoyez des fils de votre Père qui est dans les cieux

Byz S TR Nescar il fait lever son soleil sur les méchants et les bons

Vsur les bons et les méchants

et pleuvoir sur les justes et les injustes.

46 Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quel salaire aurez-vous ?

Les publicains eux-mêmes ne font-ils pas de même ?

47 Et si vous saluez seulement vos frères

Byzamis, que faites-vous en surplus ?

Les païens

Byz S TRpublicains eux-mêmes ne font-ils pas de même ?

48 Vous donc, vous serez

Vsoyez parfaits comme votre Père qui est dans les cieux

V Nescéleste est parfait.

6,1 Gardez-vous de faire votre justice

Byz S TRaumône devant les hommes pour être remarqués d'eux

sinon vous n'aurez pas de salaire auprès de votre Père qui est dans les cieux. 

6,2 Quand donc tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi

comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être glorifiés

Vhonorés par les hommes.

Amen, je vous le dis, ils ont reçu leur salaire.

6,3 Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta gauche ignore ce que fait ta droite

6,4 afin que ton aumône soit dans le secret

et ton PèreByz S TR lui-même, qui voit dans le secret, te [le] rendra Byz S TRau grand jour .

6,5 Et quand vous priez, vous ne serez

Byz S TRtu pries, ne sois pas comme les hypocrites 

qui aiment prier debout dans les synagogues et aux angles des places

pour être vus des hommes.

Amen, je vous le dis, ils ont reçu leur salaire.

6,6  Mais toi, quand tu pries, entre dans ta pièce intérieure

Vchambre 

et, ayant fermé ta porte, prie ton Père S TR Nesqui est [présent] dans le secret 

et ton Père, qui voit dans le secret, te [le] rendra Byz S TRau grand jour.

6,7 Quand vous priez, ne rabâchez pas

Vparlez pas beaucoup comme les païens 

car ils pensent que dans l'abondance de leurs paroles ils seront exaucés.

6,8 Ne les imitez donc pas,

car votre Père sait ce dont vous avez besoin avant que vous ne le lui demandiez. 

6,9 C'est donc ainsi que vous prierez :

— Notre Père qui es aux cieux

que ton nom soit sanctifié 

6,10  que vienne ton règne 

qu' advienne ta volonté et au ciel, et sur Byz TRla terre. 

6,11 Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien

Vnotre pain supersubstantiel

Sle pain de notre besoin

6,12 et remets-nous nos dettes, comme nous aussi nous remettons

V Nesavons remis à nos débiteurs

Byz S TR
V Nes

6,13 et ne nous laisse pas entrer en tentation

mais arrache-nous au mauvais

parce qu'à toi sont le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles. Amen. 

13 et ne nous laisse pas entrer en tentation

mais délivre-nous du mauvais

Vmal.

Byz V S TR Nes

6,14 Car si vous remettez

Vavez remis aux hommes leurs fautes

Vpéchés

votre Père céleste vous remettra aussi Vvos offenses.

6,15 Mais si vous ne remettez pas

Vn'avez pas remis aux hommes Byz TRleurs fautes

votre Père non plus ne remettra

Svous remet pas vos fautes

Vpéchés

6,16 Et quand vous jeûnez, ne soyez pas sombres

Vtristes comme les hypocrites

qui ravagent 

Vabattent leur visage, pour [faire] paraître aux hommes qu'ils jeûnent.

Amen, je vous le dis, ils ont reçu leur salaire.

6,17 Mais toi, quand tu jeûnes, oins ta tête et lave ton visage,

6,18 afin que tu ne paraisses pas jeûnant aux hommes

mais à ton Père qui est dans le secret 

et ton Père, qui voit dans le secret, te [le] rendra TRau grand jour.

Byz S TR Nes
V

6,19 Ne thésaurisez pas pour vous des trésors sur la terre

où mite et ver ravagent

Sconsument

et où voleurs percent et volent, 

19 Ne thésaurisez pas pour vous des trésors sur la terre

où rouille et mite ne détruisent

et où voleurs ne percent et ne volent, 

6,20 mais thésaurisez pour vous des trésors dans le ciel

où ni mite ni ver ne détruisent 

et où voleurs ne percent ni ne volent.

20 mais thésaurisez pour vous des trésors dans le ciel

où ni rouille ni mite ne détruisent 

et où voleurs ne percent ni ne volent.

Byz V S TR Nes

6,21 Car là où est ton

Byz S TRvotre trésor, là sera

Vest aussi ton

Byz S TRvotre cœur.

6,22 La lampe du corps, c’est l’œil.

Si donc ton œil est simple

tout ton corps sera lumineux

6,23 mais si ton œil est mauvais

tout ton corps sera ténébreux.

Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres

combien grandes Vseront les ténèbres !

6,24 Nul ne peut servir deux maîtres

car ou il haïra l’un et aimera l’autre

ou il tiendra à

Vsoutiendra

Shonorera l’un et méprisera

Vcombattra l’autre.

Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon

Vmamon.

6,25 C'est pourquoi je vous dis :

Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez Byz S TR Neset de ce que vous boirez 

ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez.

La vie n'est-elle pas plus que la nourriture

et le corps plus que le vêtement ? 

Byz S TR Nes
V

6,26 Observez les oiseaux du ciel :

ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni ne ramassent dans des greniers

et votre Père céleste les nourrit.

Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?

26 Observez les oiseaux du ciel :

ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni ne ramassent dans des greniers

et votre Père céleste les nourrit

est-ce que vous n'êtes pas beaucoup plus qu'eux?

Byz V S TR Nes

6,27 Qui de vous, en se souciant, 

Vpensant, peut ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie

V Ssa taille ?

6,28 Et au sujet du vêtement pourquoi

Vde quoi vous soucier ?

Considérez les lis du champ, comment ils croissent :

ils ne travaillent ni ne filent.

6,29  Or je vous dis :

— Pas même Salomon, dans toute sa gloire, n’a été vêtu comme l’un d’eux.

6,30 Si l’herbe du champ, qui est aujourd’hui et demain sera jetée au four, Dieu l'habille ainsi,

combien plus pour vous, [hommes] de peu de foi !

6,31 Ne vous souciez donc pas en disant :

— Que mangerons-nous ? ou : — Que boirons-nous ? ou : — De quoi nous vêtirons-nous ?

6,32 Tout cela en effet les païens le recherchent

 car votre Père Byz S TR Nescéleste sait que vous avez besoin de tout cela.

6,33 Cherchez d'abord le V NesRoyaume Byz S TRroyaume de Dieu et sa justice

et tout cela vous sera ajouté.

6,34 Ne vous souciez donc pas pour demain

demain en effet se souciera de lui-même :

à [chaque] jour suffit son mal.

Réception

Arts visuels

6,9–13 — Notre Père qui es aux cieux Pater insulaire

Iconographie contemporaine

Éric Mortreuil (1964—), Pater insulaire, (enluminure : gouaches sur texte imprimé sur papier végétal, 2025), 21 cm x 29,7 cm, Coll. part., France,

D.R. É. Mortreuil→ © BEST aisbl

Enlumineur depuis 2016, É. M. s’inspire des textes bibliques et chrétiens ainsi que de la spiritualité scoute pour élaborer des compositions dans la tradition de l’enluminure occidentale, avec une prédilection pour le style irlandais « insulaire » (Livre de Kells, Évangiles de Lindisfarne) et pour le gothique du 13ᵉ siècle.

Cette enluminure présente plusieurs ornements caractéristiques du style « insulaire », parmi lesquels :

  • Les lettres dites "runiques" (connues sous le nom de Square Letters en anglais). Bien qu’inspirées des alphabets proto-germaniques, elles constituent un style d’écriture ornemental caractéristique des manuscrits insulaires. Ici, elles sont utilisées pour transcrire le Pater noster en graphie runique.
  • Les lettrines (lettres majuscules ornées, de taille supérieure, placées au début d’un chapitre ou d’un paragraphe pour en marquer l’ouverture). Dans cette enluminure, elles correspondent notamment au Pater noster ainsi qu’au P de panem.
  • Les entrelacs (également appelés nœuds celtiques, semblables à des cordes sans extrémité, enchevêtrées et généralement symétriques). Ils sont ici peints en bleu ciel et en violet dans les bordures supérieure et inférieure, ainsi qu'en vert foncé et violet dans les bordures latérales du décor.
  • Les décors zoomorphes, tel le félin placé à l’extrémité supérieure droite du cadre, prolongeant l’entrelac jaune.

Musique

5,37 que votre parole soit : OUI ? OUI !, NON ? NON ! Un écho dans la musique pop ? Le Let It Be des Beatles. 

20e s.

Une célèbre chanson du célèbre groupe britannique, morceau initialement très intime, a rapidement été considérée par beaucoup comme l'équivalent d'un gospel, un hymne à la Vierge Marie.

The Beatles (texte : Paul McCartney),  Let It Be (Remastered 2009), Paul McCartney : piano, chant – George Harrison : guitare électrique, chœurs – Ringo Starr : batterie, Apple Records, 1970,

© Licence YouTube standard→ Jn 19,27

Composition

Lorsque la frénésie de la Beatlemania commençait à s'estomper et que les relations au sein du groupe se détérioraient, annonçant une fin imminente, Paul McCartney fit un rêve marquant : sa mère Mary, décédée depuis une douzaine d'années, lui apparut. Dans ce rêve, elle lui offrit la consolation d'une rencontre inattendue et lui transmit ces paroles apaisantes : Let it be – « qu'il en soit ainsi », « ainsi soit-il », amen – ou, plus simplement « lâche prise », « accepte que ce qui est, est ». Et le cœur troublé du jeune homme retrouva la paix.  

Ce fut le dernier grand succès du groupe, qui, sans le prévoir, produisit une œuvre résonnant comme un écho à l'un des préceptes les plus célèbres de Jésus : « — Que votre parole soit oui, oui ; non, non » (Mt 5,37), peut-être en rétroversion araméenne : « Dis ce qui est est, ce qui n'est pas n'est pas » (cf. Eric Edelmann, Jésus parlait araméen, Paris : Les éditions du Relié, 2000, 206-209). En ce sens, Let it be exprime une invitation à l’acceptation complète de la réalité.

Traduction française
  • Quand je me trouve dans la tourmente — Mère Marie vient à moi — Avec des paroles pleines de sagesse : — Lâche prise, accepte les choses comme elles sont. ——— Et dans mes heures sombres — Elle se tient là, bien en face de moi — Et me dit des paroles pleines de sagesse : — Lâche prise  ——— Murmure des paroles pleines de sagesse : — Lâche prise, accepte ce qui est ——— Et quand les gens aux cœurs brisés de notre monde tomberont d'accord — Il y aura une réponse, ainsi soit-il — Car bien s'ils puissent être divisés, il leur sera toujours possible de voir — Qu’il y aura une réponse, ainsi soit-il ——— Et quand la nuit est impénétrable, — Il y a toujours une lumière qui m'éclaire — Qui m'éclaire jusqu'au lendemain : — Lâche prise, accepte ce qui est ——— Je me réveille au son d’une musique, — Mère Marie vient à moi — Avec des paroles pleines de sagesse : — accepte les choses comme elles sont. ——— Lâche prise ; accepte ce qui est ; accepte les choses comme elles sont ; ainsi soit-il ; amen. (trad. F. Waille). 
D'une mère sur la terre à l'autre, au Ciel ?

Sans en avoir conscience, les Beatles ont laissé un héritage musical transcendant les frontières de la pop et abordant indirectement la figure de la Vierge, incitant les auditeurs à tourner leur regard vers la Reine du ciel. Le choix de McCartney d’employer l’expression « Mother Mary », sans utiliser de possessif, ouvre cette figure à une interprétation universelle, et facilite l’association avec Marie. Comme souvent avec les grandes œuvres, celle-ci échappe à son auteur et acquiert un caractère universel, abordant des thèmes qui semblent dépasser les intentions initiales.

L'association entre la figure maternelle et la souffrance rappelle également, à une autre échelle, les paroles adressées par Jésus à Jean depuis la croix : « Voici ta mère » (Jn 19,27). Cependant, la chanson s'achève sur un passage des ténèbres vers la lumière, un thème central dans la Bible, d'Isaïe à la Résurrection. La mélodie de Let it be, évoquant pour McCartney l’aube d’un jour nouveau, semble ainsi renvoyer à cette symbolique de renaissance et de paix.

Ces dynamiques, exprimées de manière simple mais puissante dans cette chanson, trouvent un écho dans les paroles du frère Roger : « Avec Marie (…) attendre dans la paix des nuits […] comme aux heures des plus grands combats intérieurs, attendre que fleurissent nos déserts » (Frère. Roger de Taizé, mère Teresa de Calcutta, Marie, mère de réconciliation, Les Presses de Taizé / Le Centurion, 1989, 24).

6,9–13 Notre père Du classicisme aux sons post-apocalyptiques en passant par les Beatles, la prière de l'ultime espérance

18e s.

  • Christian Geist

Christian Geist (ca. 1640-1711), Vater unser, der du bist im Himmel

Chamber Ensemble of th Orfeo Orchestra Kirchenkonzerte

© Licence YouTube standard→, Mt 6,9-13 

Christian Geist était un compositeur et organiste allemand qui a vécu et travaillé principalement en Scandinavie. Ses œuvres vocales sont liées dans la forme et le style au motet italien contemporain. Six textes vocaux sur des textes allemands ont été écrits pendant son temps en tant qu'organiste de l'église allemande à Göteborg; ils sont typiques des œuvres protestantes allemandes.

19e s.

  • Franz Liszt (1866)

Franz Liszt (1811-1886), Christus - 7. Pater noster, 1866

Matthias Beckert (dir.), Monteverdichor Würzburg

© Licence YouTube standard→, Mt 6,9-13 

Christus (S3) est un oratorio du compositeur et pianiste hongrois Franz Liszt, composé entre 1862 et 1866. Cet oratorio rend compte de la vie de Jésus-Christ, de la naissance à la résurrection.

Paroles: Vater unser, der du bist im Himmel! Geheiligt werde Dein Name. Dein Reich komme. Dein Wille geschehe wie im Himmel so auf Erden. Unser tägliches Brot gib uns heute. Und vergib uns unsere Schuld, wie auch wir vergeben unsern Schuldigern. Und führe uns nicht in Versuchung, sondern erlöse uns von dem Bösen. Amen.

20e s.

Polyphonie paisible des enfants sages 
  • Maurice Duruflé (1977)

Maurice Duruflé (1902-1986), Notre Père Op. 14 No. 4, 1977

Chœur de St-Michel

© Licence YouTube standard→, Mt 6,9-13 

Maurice Duruflé, né à Louviers (Eure) le 11 janvier 1902 et mort à Louveciennes le 16 juin 1986, est un organiste et compositeur français.

Harmonies célestes
  • Albert Hay Malotte (1935)

Albert Hay Malotte (1895-1964), The Lord's Prayer, 1935

Andrea Bocelli, Mormon Tabernacle Choir

© Licence YouTube standard→, Mt 6,9-13 

Albert Hay Malotte (19 mai 1895 à Philadelphie, Pennsylvanie - 16 novembre 1964) est un compositeur, pianiste, organiste et professeur de musique américain.

  • Valentin Silvestrov (1995)

Le Diptych de Silvestrov, est structuré comme un diptyque d'autel : d'un côté le visage du Christ, de l'autre celui du saint — le regard levé vers le ciel répondant à la descente tragique vers les hommes (Musique Lm 1,2s). Les voix a cappella du Chœur de Chambre de Kiev, traitées comme des solistes infiniment discrets, semblent ne pas chanter la prière mais la respirer — chaque accord se déposant dans le suivant avec la douceur d'un geste liturgique accompli dans l'ombre.

Valentin Silvestrov (1937-...), Diptych: I. The Lord's Prayer, 1995

Mykola Hobdych (dir.), Kiev Chamber Choir, Album: Sacred Works (2009)

© Licence YouTube Standard→, Mt 6,9-13

Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.

Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.

Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.

Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :

  • Constantin Sigov, « La liberté de l’Ukraine et la musique de Valentin Silvestrov » : « Les sons incomparablement libres des mélodies de Silvestrov nous entraînent au-delà de ces deux tendances [d'aliénation de la musique classique : l'ignorance en gros et dans le détail et l'adoration décorative de ses façades philarmoniques], présentant de manière inattendue de nouvellesformes de connexion entre la musique et les paroles, de la poésie contemporaine en passant par le classique et jusqu’aux stichères liturgiques et aux psaumes. La nouvelle musique "dégivre" les textes figés et gelés, connus mais oubliés justement en raison de leur familiarité » (Revue La Règle du Jeu n°57→, mai 2015).
Libre amplification populaire ?

 Paul McCartney, Motor Of Love (Remastered 2017), Flowers In The Dirt (1989)

© Licence YouTube standard, →Mt 6,9 

Certains adeptes de la croisade anti rock’n’roll avaient déclaré les Beatles satanistes. Quelle belle surprise et de découvrir, dans l’album Flowers in the Dirt (Fleurs dans la crasse) de l’un des ex-membres du quatuor de Liverpool, cette chanson adressée au Père céleste ! S'il avait écrit, malgré lui, en 1969, un hymne à la Vierge Marie avec Let It Be, il s’adresse, vingt ans plus tard, de manière explicite à Dieu – qu’il nomme Père – avec Motor of Love. Rien d’extraordinaire pour cet artiste de tradition catholique. Oui, mais malgré son baptême enfant et son éducation chrétienne, McCartney ne se présente pas comme un religieux au sens traditionnel du terme : passé par la méditation transcendantale avec les autres Beatles et par un cheminement personnel l'ayant ouvert à différentes traditions, il préfère maintenant se dire « inscrit dans une démarche spirituelle sans se rattacher à une structure religieuse précise ».  

Sa prière au Père céleste n’en est que plus touchante, sincère et profonde : dégagée de tout aspect culturel, elle témoigne d'une relation intime et concrète. Elle témoigne de l’essentiel : un amour inconditionnel, toujours présent et expérimenté au quotidien. Ce chant, qui fait partie du parcours de l’artiste, résonne comme un écho à cette parole de Jésus : « L’heure vient où vous n’irez plus ni à Jérusalem ni sur cette montagne pour adorer le Père. » Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père » (Jn 4,21-23).

Paroles 
  • I can't get over your love — No matter how hard life seems — There's a light in my dreams — Thanks to you — My friends keep asking me why — There's such a smile on my face — There's a home at my place — Thanks to you — I don't want anything from you — Turn on your motor of love — Motor of love, motor of love — Heavenly father look down from above — I can't get over your powerful — Motor of love — I can't get over your love — No matter how lost I feel — I know my love is real — Thanks to you — You simply reached out your hand — And touched me deep in my soul — I came in out of the cold —Thanks to you — I won't steal anything from you — You give me more than enough — Motor of love, motor of love — Heavenly father look down from above — I can't get over your powerful — Motor of love — There was a time — When I was down and counted out — Well I remember I felt so bad — I nearly threw away — Nearly threw away the keys — Motor of love, motor of love — Heavenly father look down from above — Motor of love, motor of love — Heavenly father look down from above — I can't get over your powerful — Motor of love.
  • Je ne peux qu’être bouleversé par ton amour — Aussi dure que la vie puisse sembler être — Il y a une lumière dans mes rêves Grâce à toi. — Mes amis ne cessent de me demander pourquoi — Un tel sourire illumine mon visage — J’ai trouvé un chez moi Grâce à toi — Je ne veux rien de toi — Anime-moi de ton élan d’amour, de ton énergie d’amour — Élan d'amour, énergie d'amour — Père céleste abaisse ton regard vers moi — Je ne peux qu’être bouleversé par ta puissante — Énergie d'amour — Je ne peux qu’être bouleversé par ton amour — Aussi perdu que je puisse me sentir — Je sais que mon amour est réel — Grâce à toi — Tu as simplement tendu la main — et m'as touché au plus profond de l’âme — J’ai trouvé un refuge au cœur de l’hiver — Grâce à toi — Je ne te volerai rien —Tu me donnes au delà du nécessaire — Élan d'amour, énergie d'amour — Père céleste abaisse ton regard vers moi — Je ne peux qu’être bouleversé par ta puissante — Énergie d'amour —Il fut un temps — où je n’arrivais plus à me battre — Je me souviens que je me sentais si mal — que j’étais sur le point de tout abandonner — de baisser les bras et de tout abandonner — Élan d'amour, énergie d'amour — Père céleste abaisse ton regard vers moi — Je ne peux qu’être bouleversé par ta puissante — Énergie d'amour. (trad. F. Waille).

Ultime espérance au-delà de la catastrophe
  • Galina Ustvolskaya (1989)

 Galina Ustvolskaya (1919-2006), Symphony No 5 / Галина Уствольская - Симфония № 5, Symphony No. 5 "Amen", pour récitant (homme), violon, hautbois, trompette, tuba et cube, 1989-90, créée le  19 janv. 1991, New York 'Ensemble Continuum' directed by Joel Sachs)

London Musici, Mark Stephenson (dir.) ; Sergei Leiferkus (solo) © Licence YouTube standard→

« Galina Oustvolskaïa ne cherche pas à plaire. C'est, pour moi, le plus singulier et le plus puissant des compositeurs que l'URSS ait produit. Il y a chez elle, comme chez Bach, une absence totale de séduction car celle-ci s'apparente à la fausseté. Oustvolskaïa peut se le permettre — le contenu de sa musique est tellement dense qu'elle n'a pas besoin d'artifices. Cette compositrice qui a vécu toute sa vie à Léningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg), dans une obscurité quasi totale et une grande pauvreté, a écrit la musique la plus terrible que je connaisse. Lorsque j'étais aux bords du lac Baïkal, seule la musique de Sibélius me paraissait possible (écouter Mozart aurait été artificiel et même grossier).

La musique d'Oustvolskaïa est l'une des rares qui pourrait sonner après une catastrophe écologique, ou comme épitaphe de la fin du monde, ou comme un contrepoids à tout cela — c'est l'une des très rares dont la gravité et la profondeur la rendraient alors crédible. Menant une vie de recluse, avec son mari (de 22 ans plus jeune) et quelques rares amis comme vis-à-vis, hors du système soviétique qu'elle méprisait, mais aussi hors de toute politique, ignorant presque tout de ses collègues contemporains, dédaignant les luttes des corporations (invitée à un festival de femmes compositeurs elle s'est estimée insultée), elle évoquait l'idéal de Diogène et vivait dans une tension et les douleurs permanentes d'enfantement : « — Je compose sans instrument, derrière ma table. Tout est pensé tellement en détail qu'il ne me reste plus qu'à noter à la fin. Je suis en pensée tout le temps, jour et nuit, c'est pourquoi je ne n'arrive pas à me reposer. Les pensées me rongent. J'ai mon propre univers, j'entends et vois différemment des autres. Je vis une vie de solitude. » Oustvolskaïa est l'exemple suprême de la démarche artistique absolue, vocationnelle, religieuse. C'est l'emblème de l'anti-prostitution en art. Redécouverte à 80 ans par le musicien hollandais Reinbert de Leeuw, elle a commencé à être sollicitée, mais a refusé toute commande. Voici ce qu'elle écrit lorsque les Editions Sikorski s'adressent à elle dans ce sens : « — J'aurais volontiers écrit quelque chose pour vous, mais cela dépend de Dieu, pas de moi. S'il me donne la possibilité de composer quelque chose, je le ferai certainement. Ma manière de travailler diffère considérablement des autres compositeurs. Je n'écris que lorsque je saisis un état de grâce. Après cela l'œuvre se repose, et lorsque son heure arrive, je lui donne sa liberté. Et si ce temps n'arrive pas, je la détruis. Je ne peux donc pas accepter une commande. Tout le processus de composition se produit dans ma tête et dans mon âme. Je détermine ainsi la voie de mon travail. "Seigneur, donne-moi des forces de composer" — supplié-je.»  Sa liberté ultime, c'est la verticalité. Oustvolskaia chante la liturgie des condamnés. Sa musique incorpore la terreur stalinienne et le blocus fasciste de Léningrad (900.000 morts). Elle est l'écho amplifié des cataclysmes à venir. Ce choix de la marge, ce refus de tout compromis — qui lui a coûté ce que l'on appelle une carrière, — n'est pas sans parallèle avec le fol en Dieu de la tradition orthodoxe, cette figure libre, marginale et miséreuse, hors système qui a la liberté et le courage de dire ce que nul n'ose — le sens ultime des choses. Ignorant l'essentiel des recherches sur le langage musical qui se sont déployées en Occident elle a su capter quelque chose de plus universel — sa vocation, comme celle de Skriabine, c'est de transformer la prière en sons pour corriger l'erreur du monde. « — Ma musique n'est pas religieuse, elle est spirituelle » précisait-elle cependant. Voulant que sa musique soit jouée dans des églises ou des temples par préférence à une salle de concert, elle n'avait aucun lien avec une institution religieuse quelconque. Libre et seule, libre en tout...

La phrase du critique littéraire Herzen qui évoque les poètes russes s'adresse pleinement à la compositrice : « — Nous ne sommes pas les médecins, nous sommes la douleur. » C'est l'étroitesse du rayon laser qui traverse le métal. C'est une musique de très haut voltage.Il est impossible de l'écouter entre la poire et le fromage. Elle exige d'être écoutée en entier, en silence. Préparez-vous avant si vous souhaitez l'affronter, si vous voulez avoir un premier aperçu d'Oustvolskaïa à travers son oeuvre charnière, Composition n° 2 (sous-titre "Dies irae") pour piano, huit contrebasses et un cube en bois (Musique Mt 25,31–45). C'est une musique qui est tellement loin de l'art de plaire, tellement autonome et grave, elle a l'audace de négocier de tels seuils qu'elle constitue, malgré son aspect ascétique, dur et sans charme une respiration essentielle et une guérison salutaire dans un monde joyeusement inconscient de son propre drame » (Michel Pétrossian, compositeur,  octobre 2019).