La Bible en ses Traditions

Philippiens 2,12

Byz V S TR Nes

12 Ainsi, mes bien-aimés, comme vous avez toujours obéi

non seulement en ma présence

Slorsque je suis proche

mais bien plus maintenant en mon absence,

Sque je suis loin,

avec crainte et tremblement, œuvrez à votre salut

12d crainte et tremblement Ps 2,11 ; 1Co 2,3 ; 2Co 7,15 ; Ep 6,5 ; 1P 1,17

Propositions de lecture

1–30 Présentation générale

Sujet

Paul propose aux Philippiens un itinéraire fondé sur l’exemple du Christ. 

  • Cet exemple, exposé dans une prose rythmique qui fécondera tout le développement christologique, est introduit par une première exhortation qui place le Christ au cœur de la vie de la communauté. Les rapports fraternels de →Communion trouvent leur dynamisme dans cet abaissement réciproque les uns vis-à-vis des autres, appel audacieux à une époque où l’humilité est considérée comme une faiblesse.
  • La seconde exhortation fait écho à l’exemple du Christ par l’invitation à obéir. Elle considère l’enjeu de cet itinéraire. La vie chrétienne est réalisation du salut, dans une attitude illustrée par une lecture typologique de l’AT.
  • Paul annonce alors la visite de Timothée et Épaphrodite dont la conduite est précisément modelée sur celle du Christ, ceux-ci étant décrits comme d’authentiques serviteurs, prêts à risquer leur vie.

Structure

  • exhortation (v.1-5)
  • exemplum du Christ (v.6-11)
  • exhortation au salut (v.12-18)
  • recommandation de Timothée et Épaphrodite (v.19-30)

Texte

Critique textuelle

12a comme Omission dans B 33 1241, dans quelques manuscrits de V et dans l’Ambrosiaster.

Vocabulaire

12c absence Hapax biblique apousia.

Grammaire

12d L’impératif en fin de phrase commande les propositions (12cd) qui le précèdent et le préparent.

Contexte

Intertextualité biblique

12d crainte et tremblement Expression vétérotestamentaire figée Cf. Ex 15,16; Dt 2,25; Jdt 2,28; 15,2; 1M 7,18 : ce syntagme dénote soit une peur paroxystique, soit la crainte en présence de l’action de Dieu.

Réception

Liturgie

1–13 Usage dans les lectionnaires chrétiens La section la plus christologique de Ph apparaît, selon des divisions diverses, dans toutes les grandes liturgies chrétiennes. 

HISTOIRE Usages de Ph 2,5-11

(→Perrin 2013, 44).

  • Jérusalem, au Golgotha, début 5e s., vendredi saint  : c'est la deuxième des huit lectures de Paul (Codex arménien Jérusalem 121) ;
  • Rome, début 6e s., lu le dimanche des Rameaux (Comes de Würzburg) ;
  • Gaule, 8e s., lu pour la fête de l'Invention de la Croix (Missel de Bobbio Ms Paris lat. 13246) ;
  • Constantinople, 10e s., lu lors des deux fêtes de la  Nativité de la Mère de Dieu (8 septembre) et de la Dormition (15 août) (Ms Sainte-Croix n° 40).

TEXTE Dans les liturgies orientales

Célébration du mystère pascal et de la croix glorieuse
  • Arménienne : vendredi saint, office de la crucifixion à sexte (huit péricopes de l'AT en diptyques avec huit péricopes d'épîtres du NT), Ph 2,5-11 semble exprimer les pensées du Christ en écho aux griefs contre les responsables du peuple d'Is 3,9-15.
  • Copte : vendredi saint, 11e heure (Ph 2,4-11) ;
  • Syriaque malankare : samedi de Pâques  (Ph 2,1-11) ;
  • Chaldéenne : 1er dimanche de la Croix, après le 14 septembre (Ph 1,27-2,11) ; selon le même découpage le texte exprime l'exaltation du Christ pour le dimanche entre l'Ascension et la Pentecôte ;
  • Éthiopienne : le vendredi saint, 9e heure (Ph 2,5-11) ; le 24 maskaram ou deuxième dimanche après l’Exaltation de la Croix (Ph 2,5-12). 
Célébrations de la Mère de Dieu
  • Byzantine : épître pour les divines liturgies des deux fêtes mariales qui encadrent l'année liturgique (commencée le 1er septembre selon Nicée) ; cf. HISTOIRE supra. En suivant les rubriques slaves : épître proposée aux "fêtes d’icônes" de la Mère de Dieu (au choix avec He 9,1-7). 
Synthèse par analogie des mystères
  • Chaldéenne : le 1er janvier, fête de la Circoncision, soulignant la vérité de l'Incarnation (Ph 2,5-11) ;
  • Éthiopienne :  vendredi ou samedi saints (27 ou 28 maggabit) dans le calendrier fixe où l’Annonciation (29 maggabit = 25 mars) coïncide avec la création du monde et la résurrection du Christ.

TEXTE Dans la liturgie romaine contemporaine

Temps ordinaire
Années paires, 31e mardi du temps ordinaire, messe
  • 1re lecture (→LS 1340).

= Paul fonde son exhortation à l'humilité sur l'exemple du Christ, Fils de Dieu. 

Année A, 26e dimanche, messe
  • 2e lecture (→LD 306-307) ; 
  • précédée par la promesse de vie pour le pécheur converti (Ez 18,25-28)
  • et suivie de la parabole des deux fils envoyés par le père à la vigne (Mt 21,28-32).

= appel à se convertir au quotidien.

Temps de la Passion
Dimanche des Rameaux et de la Passion, messe

= À l'orée de la semaine sainte, invitation à communier aux sentiments du Christ en sa Passion. 

Mémoire du saint Nom de Jésus (3 janvier), messe
  • 2e lecture.
Messe votive pour l'unité des chrétiens 

= Paul demande que l'on recherche l'unité en ayant les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments...

12–18 Texte

Années paires, 31e mercredi du temps ordinaire, messe 
  • 1re lecture (→LS 1344-1345).

= Paul invite ses destinataires à travailler à leur salut par une vie exemplaire. Ils désirent qu'ils brillent comme des lumières au milieu des ténèbres de ce monde.

Tradition chrétienne

12b vous avez toujours obéi Obéissance

Source de toute vertu

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « C’est pourquoi, du fait que le Christ s’est ainsi anéanti lui-même, et, pour cela, a été exalté, vous devez savoir que si vous vous humiliez, vous serez aussi exaltés, et vous devez le faire, parce que vous avez toujours obéi. Puis il fait mention de leur obéissance, en mettant en valeur leurs biens, et cela car, dans l’obéissance, est comprise toute vertu : parce qu’un homme est juste du fait qu’il garde les commandements de Dieu, comme il est dit dans Rm 6,16 'Vous demeurez esclaves de celui à qui vous obéissez, soit du péché, pour y trouver la mort, ou de l’obéissance, pour y trouver la justice, etc.' De même, tout bien en tant qu’il est un bien par lui-même, est rendu meilleur par l’obéissance, selon Pr 21,28 'Celui qui obéit sera victorieux dans ses paroles.' De même encore parce que l’obéissance est, parmi tous les biens, le plus grand. Car offrir des choses extérieures est grand, mais s’il s’agit de son corps, c’est plus grand, et le maximum est d’offrir son âme et sa volonté, ce qui se fait par l’obéissance, ainsi qu’il est dit dans 1S 15,22 'L’obéissance est meilleure que les victimes, et il vaut mieux lui obéir que de lui offrir les béliers les plus gras, etc.' Mais si tu as agi ainsi, je t’exhorte à encore agir ainsi pour le reste. »

Politiquement nécessaire car « quand le chat n'est pas là... »

  • →Brenz Expl. Phil. souligne que sans un chef, l’excès de démocratie résulte en désordre. Paul rappelle ici qu’il lui a fallu devenir le chef de tout le monde. Mais même si Paul le chef est loin, le Seigneur au ciel, lui, demeure proche. 

12e avec crainte et tremblement

Un cas particulier de la révérence due a l'omniprésence de Dieu ?

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 8,1 « gardez-vous, dans n'importe quelle œuvre, d'agir comme si Dieu n'était pas partout présent : car il est là ! »

Un remède spécial contre l’oubli de Dieu dispensateur de toute grâce

  • →Calvin Comm. NT s’attarde sur ce v.-clé. Dieu perfectionne en nous les dispositions pieuses, comme il a dit par Ez 11,20 « Je les ferai marcher dans mes commandements ». Le point, c’est que la persévérance aussi est un libre don de Dieu. Quiconque s’appuie sur ses propres forces finit par tomber dans l’indolence. Inversement, en se méfiant de soi-même, on entre dans la crainte de Dieu et dans la confiance en lui. Car il y a deux espèces de peur : l’une produit humilité, l’autre s’oppose à l’assurance de la foi. Les croyants restent sur leurs gardes et sont toujours en prière, ce qui confirme leur confiance.

12e œuvrez à votre salut

Accent sur l'implication personnelle dans l'œuvre du salut 

  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : On doit travailler à son propre salut sans avoir besoin de la surveillance de Paul. Ce qui compte ici, c’est « Dieu et toi ». C’est Dieu qui opère pour entrependre et pour terminer, mais « crainte et tremblement » sont aussi essentiels, car si nous ne désirons pas son aide, Dieu va la retirer. Notre contribution au salut est donc notre crainte. 

Polémique anti-pélagienne (anti-catholique)

  • →Calvin Comm. NT met en garde contre toute idée d'un concours entre Dieu et l’homme dans la production d’œuvres bonnes. Le conseil : « œuvrez à votre salut avec crainte et tremblement » ne confirme nullement l’idée que Dieu et l’homme concourent dans la réalisation des bonnes œuvres. Les « pélagiens » de la Sorbonne supposent qu'« œuvre » implique libre arbitre, et « salut » vie éternelle en tant que méritée. En réalité, la réalisation de la bonne œuvre est de part en part sous le régime de la grâce : après nous avoir poussés et incités par une inspiration secrète et cachée, [Dieu] nous emploie et exerce soigneusement.

Polémique anti-protestante

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Luthériens et calvinistes vident ce v. de son contenu véritable. Selon eux, la certitude de la foi est plus importante que le fait que le Christ est né et mort pour l’homme. Dès lors, ils n’ont plus lieu de trembler de peur devant Dieu. Il ne suffit pas de rendre « peur », ou « crainte » par « amour ». La Sagesse elle-même nous met en garde contre toute complaisance : De propitiato peccato noli esse sine metu (Si 5,5).