La Bible en ses Traditions

Philippiens 3,4–8

Byz V S TR Nes

4 quoique je puisse Vmoi aussi avoir confiance dans la chair ; 

si quelqu’un d’autre

Sen effet pense se confier dans la chair

je le puis d'avantage, moi :

Vmoi, davantage : 

4a confiance dans la chair 2Co 11,18

5 circoncision le huitième jour

Vcirconcis le huitième jour

Scirconcis à huit jours

de la race d’Israël

de la tribu de Benjamin

Hébreu d’Hébreux

quant à la Loi : pharisien

VPharisien,

5a circoncision le huitième jour Gn 17,12 ; Lv 12,3 ; Lc 1,59 ; 2,21 5bcd Israël + Benjamin + Hébreu Rm 11,1 ; 2Co 11,22 5e pharisien Ac 23,6 ; 26,5

6 quant au zèle : persécuteur de

Vpersécutant l’Église Vde Dieu,

quant à la justice qui est dans la Loi :

Vavant mené un vie sans reproche...

6a persécuteur Ac 8,1.3 ; 9,1-2 ; 26,10-11 ; 1Co 15,9 ; Ga 1,13 ; 1Tm 1,13 6b justice qui est dans la Loi Rm 2,13 ; 10,5

7 Mais ces choses qui étaient pour moi des gains

Sun gain

je les ai considérées, à cause du Christ, comme une perte.

7a gains Mt 13,44.46 ; 16,26

8 Mais, bien plus, je considère que tout Scela est perte

auprès de l’éminente connaissance

Sla grandeur de la connaissance de Jésus Christ

VJésus-Christ, mon Seigneur,

pour qui je me suis dépouillé de toutes choses

et les considère comme des ordures

Vdu fumier, afin de gagner le Christ

8 excellence Sg 7,8-11

Propositions de lecture

3,1–4,1 Structure

  • transition épistolaire (v.1)
  • exhortation négative à se garder des adversaires et sa justification (v.2-4a)
  • éloge de Paul par lui-même (v.4b-14)
  • conclusion exhortative pour une juste attitude de →Communion (v.15-16)
  • exhortation positive à imiter Paul et ses deux justifications (v.17-21)
  • conclusion (4,1)

3,1–4,1 Thèmes

4a dans la chair signifie, dans le contexte (v.4b-6), les privilèges reçus et les mérites acquis (liés à l’identité ethnique), attitude opposée à la fierté mise dans le Christ. Tradition chrétienne Ph 3,4a

6b la justice qui est dans la Loi renvoie au concept juif de justice, liée au bien qui doit être fait par l’observance de la Loi mosaïque (Littérature péritestamentaire Ph 3,6b).

8b la connaissance de Jésus Christ (Vocabulaire Ph 3,10a) indique un rapport de communion et d’appartenance au Christ (cf. v.10). Il repose sur toute la tradition biblique et judaïque. Il a une fonction centrale en v.7-11 et 3,1–4,1.

Texte

Critique textuelle

6a Église Addition V F G : de Dieu.

7a Mais Omission possible

Présent en 
  • P46.61vid א* A G 0282 33 81 1241s pc b d.
Omis par 
  • Lcf Ambrosiaster.

Vocabulaire

5e pharisien Sens neutre ou positif Le mot n'a pas encore les connotations péjoratives et stéréotypées de légalisme exagéré ou d'hypocrisie qu'il aura dans les évangiles, rédigés à une période où les →pharisiens cherchèrent sans doute à prévaloir contre ce qui restait des autres "partis" du temps du Temple, et à exclure ceux qu'ils considéraient comme déviants, dont les Juifs disciples de Jésus (Jn 9,22 ; 12,42 ; 16,2).

Procédés littéraires

4 Comparaison exploitée par Paul, initiée au v.3 à propos des fidèles opposés aux ennemis et repris aux v.20-21, dans sa confrontation avec un adversaire supposé.

4b–6 La concessio est un raisonnement où l’auteur commence par admettre le point de vue de l’interlocuteur pour en montrer ensuite les limites et le dépasser. Paul fait de même avec un représentant fictif du groupe des adversaires.

7–11 Amplification des termes et des images pour souligner la différence avec la situation présentée dans les v.4b-6 (Textes anciens Ph 3,4b–14).

Genres littéraires

3,1–4,1 Exemplum Tout ce passage oppose le mauvais exemple des adversaires au bon exemple de Paul et des croyants.

4b–14 Périautologie L'auteur fait son propre éloge. En Ph 3, il est composé de trois étapes :

  • son éloge dans la chair (identité ethnique et religieuse) (v.4b-6) ;
  • le même mais, inversé, dans le Christ (nouvelle identité dans le Christ) (v.7-11) ;
  • enfin celui chrétien, atténué (identité chrétienne en devenir) (v.12-14) (Textes anciens Ph 3,12ss).

Il a aussi une finalité exemplaire (v.17 : Textes anciens Ph 3,17a). Souvent la responsabilité en est imputée aux adversaires (v.2.18-19) et on mêle son propre éloge à celui des auditeurs (v.3.15.20 : Textes anciens Ph 3,3a.15a.20a).

Contexte

Repères historiques et géographiques

7 La vocation de Paul Paul fait sans doute allusion à sa vocation, advenue lors de sa rencontre avec le Christ sur la route de Damas (Ac 9,1-19).

Milieux de vie

5a circoncision Importance ? La →circoncision est un élément constitutif de l’identité juive-judéenne pour beaucoup, diversement interprétée et mise en pratique par les Juifs du 1er s. Tradition chrétienne Ph 3,5a

5e pharisien Paul pharisien ?

  • →Josèphe A.J. 17,41 « Il y avait une secte juive composée d’hommes qui se considéraient grands en raison de leur stricte observance de la loi de leurs pères. »

Aussi bien ici qu'en Ga 1,13 ou en Ac 23,6 (« pharisien fils de pharisiens ») Paul s'enorgueillit de sa formation de →pharisien (cf. Ac 22,3 ; 26,4-5). Ac en général donne une image plutôt positive des pharisiens : Ac 5,34-36 ; 15,5 ; 21,20-21). Ce que l’on parvient à soupçonner de ses positions avant sa rencontre avec le Christ s’accorde cependant mal avec la description du pharisien type que donne Flavius :

  • Selon Josèphe, les pharisiens croient en la résurrection ; ils suivent des coutumes ancestrales irréductibles à une simple jurisprudence issue de l’Écriture (→A.J. 13,297) ; ils sont attachés à la circoncision comme signe d’appartenance au peuple élu (→A.J. 1,192 ; cf. Ac 15,5).
  • Chez Paul, en revanche, l'argumentation est extrêmement scripturaire même pour rapporter le kérygme « selon les Écritures » (1Co 15,3). Alors que Gamaliel, son maître, défend les Apôtres contre les contempteurs de la foi en la résurrection (Ac 5,34-39), il se range parmi leurs persécuteurs (donc plutôt les sadducéens Ac 5,17 ; cf. →Josèphe A.J. 18,16). Enfin, il relativise la circoncision encore plus que d’autres Juifs de son temps.

Certains rapprochent l’activisme précoce de Paul, son insistance sur les thèmes de l’Alliance, sur les « Églises », son recours à des expressions comme « fils de la lumière / des ténèbres » (1Th 5,5) d’un tropisme essénien plus que pharisien. Sans aller aussi loin, on peut du moins penser que le terme pharisien (au départ non technique, signifiant « séparé ») recouvrait des réalités religieuses plus diverses que ne laisse supposer la division en trois « philosophies » proposée par Josèphe. 

Textes anciens

4b–14 Nouvelle compréhension de soi selon le stoïcisme Lorsque, grâce à la connaissance de la Raison inhérente à toute la réalité, le sage fait l’expérience du Bien, il accède à une conscience plus haute :

  • →Cicéron Fin. 3,21 « Il a observé, dans ce que doit réaliser sa conduite, l’existence d’un ordre et, pour ainsi dire, d’une harmonie, cette harmonie lui paraît avoir beaucoup plus de prix que les objets premiers de sa dilection : et de tout ce que la connaissance réfléchie et la raison lui ont permis de recueillir, il conclut que c’est là que réside le souverain bien de l’homme, ce bien qu’il faut estimer et rechercher pour lui-même. »

Littérature péritestamentaire

6b la justice qui est dans la Loi

  • 4Q398 14-17 « Et ce te sera compté comme justice, quand tu feras ce qui est juste et bon devant Lui. »

Réception

Tradition chrétienne

4a quoique je puisse avoir confiance dans la chair L’argumentation de Paul ne vient pas d’une frustration

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 10,3,4 « Qu'est-ce à dire prendre avantage et du côté de la chair ? Ce serait en tirer vanité, en parler avec sérieux et avec pleine confiance. Cette réflexion est belle et prudente. Car si Paul était né dans la gentilité, et qu'il accusât dès lors et la circoncision et ceux même qui la recevaient sans raison, il me paraîtrait si ardent à l'attaque que, pour des motifs personnels, il laisserait voir qu'il est privé de cette marque de noblesse qui caractérisait le judaïsme ; qu'il en ignore la grandeur et la majesté ; qu'il n'a pas la gloire d'y participer. Mais, maintenant circoncis et censeur toutefois de la circoncision, il ne l'attaque pas par le dépit d'en être exclus, mais par le devoir qu'il a de la condamner ; loin d’agir avec ignorance, c’est en toute connaissance de cause. »
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Bien que Paul ait commis des péchés, il ne les a jamais commis de manière telle qu’on puisse l’accuser de contrevenir à la Loi. 

5a circoncision le huitième jour Judaïsme authentique

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 10,3,5 « [Paul] mentionne d’abord le point le plus important [pour les juifs] : la circoncision. »
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il dit Au huitième jour, parce qu’il y avait cette différence entre les prosélytes [= païens nouvellement convertis au judaïsme] et ceux qui étaient de la race d’Abraham, que ceux-là ne l’étaient pas le huitième jour, mais étaient circoncis déjà adultes quand ils se convertissaient, tandis que ceux-ci l’étaient au huitième jour selon la Loi, comme le dit Gn 17,12 'L’enfant de huit jours sera circoncis parmi vous.' Ainsi donc, il n’était pas comme un prosélyte, mais comme un vrai Israélite. »

5d Hébreu Origine du mot Thomas d'Aquin propose deux étymologies possibles, riches de sens :

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « D’aucuns disent que le mot Hébreu vient d’Abraham ; c’est ce que soutint Augustin [→Cons. 1,14,21 (1051)] avant de se rétracter [→Augustin d’Hippone Retract. 2,16 (478-479)]. Ce nom dérive plutôt d’Héber, dont il est question en Gn 11,14. Il est bien clair que l’appellation Hébreu ne peut pas venir d’Abraham, puisqu’Abraham lui-même est appelé de ce nom en Gn 14,13 : 'Un rescapé annonça cette nouvelle à Abraham l’Hébreu.' Au temps d’Héber la langue commune à toutes les nations fut divisée, et la langue première demeura dans la famille d’Héber, dans le culte au Dieu unique, et parmi tous les Hébreux. Quant à l’Apôtre, qui était né de parents hébreux, il constate : Hébreu né d’Hébreux. »

Cf. également Gn 10,21. 

5e pharisien Identification

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il y avait trois partis chez les juifs : ceux des pharisiens, des sadducéens et des esséniens. Les pharisiens étaient plus proches de la vérité, quand les sadducéens niaient la résurrection et ne croyaient pas aux anges ni aux esprits. Eux confessaient l’un et l’autre, comme le rapporte Ac 23,8, aussi leur parti est-il le plus louable. »
  • →Calvin Comm. NT montre sa connaissance de l’Antiquité et des interprètes juifs, en rappelant l’opinion populaire, selon laquelle les pharisiens tiraient leur nom de leur séparation du commun des gens, mais pense que le nom vient plutôt de leur préférence pour une interprétation non littérale des Écritures.
  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Les pharisiens enseignaient l’immortalité de l’âme, mais avec des idées de métempsychose, comme Élie revenu en Jean-Baptiste, etc. Lapide adopte l’étymologie proposée par Épiphane : le mot viendrait de paraš, dénotant la séparation. 

7a des gains Concesso non dato

Supersessionisme chrétien ? 

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : La justice est double : intérieure et extérieure. À la mesure de la justice légale de l’AT, Paul était irreprochable. Mais l’amour parfait n’a été achevé qu’une fois, dans la vie de Christ : lui seul eut un amour total, à la fois intérieur et extérieur. Chez tous les autres hommes qui semblent parfaits, il reste quelque chose de l'hypocrisie, au secret de chaque coeur, que Dieu peut voir. 
  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Le rejet par Paul de sa vie dans le judaïsme pour embrasser le Christ n’est pas le rejet du mal pour le bien. C'est la mise à distance de toutes sortes de choses bonnes – mais humaines et transitoires – par rapport à l’Évangile qui est encore meilleur. 

Polémique anti-catholique 

  • →Calvin Comm. NT : Paul ne veut certainement pas dire qu’il aurait cessé d’être chaste pour devenir lascif, d’être abstinent pour devenir ivrogne, etc. Il veut combattre une fausse appréciation de sa propre justice, et la tenir pour peu de choses. Il ne nie pas la valeur du contenu des œuvres, mais la confiance erronée dans les œuvres. 
  • →Brenz Expl. Phil. s’efforce de montrer les resssemblances entre la piété juive et la religion catholique.  Il y a deux formes de justice. La première est extrinsèque : c’est la justice des œuvres. Elle est utile, mais elle ne sert de rien devant Dieu, parce qu’elle ne peut pas être parfaite absolument. La justice des dix commandements [pratiquée par les catholiques] est la même que celle des œuvres de la Loi.  Elle eut bien sa dignité, son utilité, et plut à Dieu. Cependant, la justice ultime, intérieure, vient seulement de Christ : Jésus-Christ est le seul juste devant Dieu. 

Belle métaphore : Paul le naufragé

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Paul insiste sur le fait qu’il lui a fallu rejeter toutes choses avant que, telle la victime d’un naufrage, il arrivât enfin à Christ. 

7b.8d une perte + ordures — Caducité de la Loi

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il dit donc : [...] ce que j’estimais être grand, à savoir être pharisien, etc. cela m’a paru depuis, en regardant Jésus-Christ, une perte, c’est-à-dire j’estime que cela a été pour moi un préjudice. En effet, les observances légales, qui étaient efficaces au temps de la Loi, sont devenues nocives par le Christ. Et c’est pourquoi il parle de perte. »
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Paul déprécie complètement la Loi, devenue une entrave à la liberté évangélique. La Loi n’est pas seulement condamnée : elle est décrite comme répugnante. Plus que seulement perdue, la Loi est désormais tenue pour une perte. 

7b à cause du Christ Divisio textus : le Christ objet de connaissance et d’amour

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Et sa fin, c’est le Christ. Voilà pourquoi il dit : À cause du Christ. […] Et il explique que c’est d’abord pour connaître le Christ, ensuite pour l’atteindre. [1] Quant au premier point, il dit : Tout me semble une perte [...] à cause du désir d’avoir une science juste du Christ mon Seigneur, comme il est dit dans 1Co 2,2 'Car je n’ai point fait profession de savoir autre chose parmi vous que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié.' [...] [2] Quant au second point, il dit : Pour l’amour duquel je me suis privé de toutes choses, […] regardant toutes choses comme des ordures, me comportant vis-à-vis d’elles comme vis-à-vis de choses désavantageuses et viles, et cela afin que je gagne Jésus-Christ, c’est-à-dire que je l’atteigne et que je lui sois uni par la charité. »

8b connaissance de Jésus Christ Le contenu de la « connaissance du Christ », sur la terre et au ciel

Sextuple connaissance

  •  →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « On peut comprendre cela de deux manières, en fonction de la double connaissance. [1] D’une première manière, selon la connaissance du chemin [d’ici-bas], il faut connaître de lui trois choses. Premièrement sa personne, à savoir qu’il est vrai Dieu et vrai homme. Et c’est pourquoi il dit : Et que je le connaisse. Dans Jn 14,9, on trouve 'Il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas encore ?, etc.' Deuxièmement, la gloire de sa résurrection. Voilà pourquoi il dit : Avec la vertu de sa résurrection, c’est-à-dire sa résurrection puissante, faite par son propre pouvoir. Troisièmement, comment l'imiter de sorte que nous lui soyons associés dans sa Passion, comme il est dit dans 1P 2,21 'Jésus-Christ a souffert pour nous, vous laissant un exemple, afin que vous marchiez sur ses pas.' [2] D’une seconde manière, on l’entend de la connaissance expérimentale [au ciel]. Paul commence par la fin, parce que ce qui est ultime dans l’exécution, est premier dans l’intention. Premièrement il s'agit de la connaissance de Dieu par essence, à laquelle conduit la foi, comme le dit Jr 31,34 'Tous me connaîtront depuis le plus petit jusqu'au plus grand, dit le Seigneur, etc.' Et c’est pourquoi il dit : Et que je le connaisse. Deuxièmement, parce que non seulement l’âme est glorifiée, mais le corps aussi sera glorieux par lui. Voilà pourquoi il dit : Avec la vertu de sa résurrection, c’est-à-dire par laquelle nous ressusciterons, selon 1Co 15,14 : 'Et si Jésus-Christ n’est point ressuscité, [notre prédication est vaine,] et votre foi est vaine aussi.' Troisièmement, participation, parce que nous saurons par l’expérience combien vaut la participation de sa Passion, comme il est dit dans 1Co 1,9 'Dieu, par lequel vous avez été appelés à la société de son Fils Jésus-Christ notre Seigneur, est fidèle et véritable.' »

Triple connaissance

  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Il s’agit primo de connaître sa divinité et son humanité, ainsi que ce qui appartient à chacune ; secundo d’expérimenter la force de sa resurrection ; tertio de communier aux afflictions du Christ. 

La foi va au-delà

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : La foi va plus loin que la connaissance de la personne et de l’œuvre du Christ, car elle comprend les bienfaits rendus et les reçoit avec la grâce du Christ. Bien que nous en soyons tous à diverses étapes de sanctification, nous devons être unis en ce qui concerne la doctrine. 

Théologie

8 Connaissance du Christ

  • →Vatican II DV 25 : Le saint concile exhorte de façon insistante et spéciale tous les fidèles du Christ, et notamment les membres des ordres religieux, à acquérir, par la lecture fréquente des divines Écritures, « la science éminente de Jésus Christ ». « En effet, l’ignorance des Écritures, c’est l’ignorance du Christ [→Jérôme Comm. Isa. 17]. »

Arts visuels

1–21 qui transfigurera le corps de notre humiliation Ce que Dieu peut

Ressusciter la chair

Dans une vallée aride et sombre se presse une humanité souffrante : hommes, femmes et enfants, jeunes et vieilards, pauvres, rois et clercs traînent péniblement un « corps de misère » abîmé par la douleur.   

Un chemin escarpé mène au Christ, source de lumière. Vêtu d'une tunique blanche resplendissante, portant sa croix d'une main et appelant à lui l'humanité de l'autre, il apparaît dans un « corps de gloire » vainqueur de la mort. Au-dessus de lui, une arche de lumière le désigne comme médiateur d'une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes. 

Gustave Doré (1832-1883), La Vallée de larmes (huile sur toile, 1883), 413,5 x 627 cm

Petit Palais, Paris (France) © Domaine public→

4b–14 Autoportait de Paul L'allusion au « modèle » de Paul (Ph 3,17) peut fournir l’occasion de faire un bilan sur l’image de Paul dans l’art chrétien antique. 

Naissance du portrait de Paul dans l'art antique

Quand Paul, au retour de son troisième voyage, fait ses adieux aux Anciens d’Asie qu’il avait appelés auprès de lui, il leur dit ces paroles : « Et maintenant, voici que, je le sais, vous ne reverrez plus mon visage, vous tous au milieu de qui j’ai passé en proclamant le Royaume ». Tous alors éclatèrent en sanglots et se jetèrent à son cou « affligés surtout de la parole où il avait dit : qu’ils ne devaient plus revoir son visage » (Ac 20,25.38). Quel était ce visage qu’ont vu les Anciens d’Asie, quel était son aspect physique ?

Éléments bibliques : petite taille et calvitie ?

On ne peut tirer aucun élément de réponse des Actes des apôtres ou des lettres mêmes de l’Apôtre, sinon une indication brève mais décisive dans la seconde lettre aux Corinthiens, lorsque Paul rapporte une phrase qui circulait à Corinthe à son propos :

  • 2Co 10,10 « Les lettres, dit-on, sont énergiques et sévères ; mais, quand il est là, c’est un corps chétif, et sa parole est nulle. »

Ce contraste décisif entre la faiblesse de l’aspect physique de l’Apôtre et sa force spirituelle réapparaît dans le célèbre « portrait » tracé dans les Actes de Paul et Thècle, à la fin du 2e s. : Onésiphore, un fidèle d’Iconium, va à la rencontre de Paul sur la Via Augusta qui relie Éphèse à Lystres ; ne le connaissant pas « physiquement mais seulement spirituellement », il se fie à la description que lui en avait faite le disciple Tite, et finalement il le reconnaît :

  • Ac. Paul Thècle 2,3 (dans →Ac. Paul) « C’était un homme de petite taille, la tête chauve, les jambes arquées, le corps bien formé, les sourcils joints, le nez quelque peu saillant, mais [un homme] plein d’amabilité. Parfois, en fait, il avait la ressemblance d’un homme, d’autrefois son visage était celui d’un ange. »
  • Philopatris, un écrit transmis sous le nom de Lucien de Samosate (seconde moitié du 2e s.), confirme aussi l’image de la calvitie et du nez aquilin, mais l’ouvrage est dorénavant considéré comme apocryphe dans le catalogue de cet auteur et il est attribué à un anonyme constantinopolitain de l’époque d’Héraclée (610-641), voire de Nicéphore II Phocas (963-969).

La référence à la calvitie – un élément de base du « portrait » de Paul des apocryphes et de l’iconographie chrétienne – tire peut‐être son origine, même si c’est de manière contradictoire, de l’épisode raconté encore dans les Actes, où il est dit qu'« à Cenchrées [dans le Péloponnèse, durant le second voyage] il s’était fait couper les cheveux à cause d’un vœu qu’il avait fait » (Ac 18,18).

Éléments non bibliques

Les autres éléments du portrait semblent tirés du type iconographique gréco-romain du philosophe (→Marrou 1964 ; →Zanker 1997 ; →Giannitrapani 2000). Paul, le penseur chrétien par excellence, dont les lettres sont retenues dans le canon NT en même temps qu’étaient produits les apocryphes cités, jouissait d’une réputation immense même dans les milieux syncrétistes et nous savons que ses portraits étaient vénérés dans ces milieux parmi les effigies de Pythagore, Platon et Aristote.

  • Les « jambes arquées » et les « sourcils joints » sont attribués aussi à Socrate.
  • L’attribut le plus important, typiquement philosophique, avec la calvitie, est la barbe, jamais citée dans les sources anciennes ; elle rapproche son « visage » de celui des philosophes.
Le modèle de Plotin ?

Sans que l’on connaisse avec certitude aucun portrait de Plotin (→Fischer-Bossert 2001) on peut parler d’un « type Plotin » avec une sensibilité, un état d’âme, une tension bien particuliers, qui – au même titre que l’« orant » ou le « penseur » –  servira à « typifier » les portraits de gens ordinaires de l’époque où se fixe celui de Paul.

C’est ce type, sans doute plus qu’aucun souvenir de ressemblance exacte (→Bisconti 2009, 164), qui apparaît dans les premiers portraits de Paul. Ce rapprochement des visages avec le père du néoplatonisme, n’est peut-être pas le fait du hasard, cet homme de grande stature morale et spirituelle qui, dans ses Ennéades, prêche la doctrine de l’Un qui existe « avant tout ce qui existe » :

  • →Plotin Enn. 5,3 « l’Un ne peut être l’une des choses auxquelles il est antérieur : c’est pourquoi tu ne pourras le nommer Intelligence. Tu ne le nommeras pas non plus Bien, si Bien voulait désigner une chose parmi les autres. Mais si Bien indique Celui qui existe antérieurement à toutes les choses, alors qu'on l'appelle ainsi. »

À ces concepts, il lie des thèmes comme celui de la Providence, de l’ascèse mystique de l’âme dans son retour à l’Un, auxquels les Pères de l’Église puisèrent à plus d’une occasion, en particulier durant le 3e s., lorsque Plotin vit et prêche entre l’Orient et Rome, à l’époque où s’élabora le portrait de Paul (→Testini 1969a, 64-65). 

Premiers témoins de Paul seul

Ces traits iconographiques de Paul (comme par ailleurs ceux de Pierre) se sont affirmés graduellement. Pendant la première moitié du 4e s., ils se confondent et alternent :

  • médailles dévotionnelles, inscriptions figuratives (→Utro 2009, 195, 199 nos 66, 70).
  • sarcophage à colonnes avec la maiestas Domini du musée Pio Cristiano : apparence de l’Apôtre dans la scène de la decollatio (inv. 31429, →Deichmann 1967, 54s no 57 tab. 18 ; →Utro 2009, 189-190 no 62).

Dès la seconde moitié du 4e s., à l’époque de Damase, les traits sont fixés sur le visage « plotinien » :

Les peintures funéraires présentent quelques-uns des plus beaux exemples du visage de Paul dans l’Antiquité chrétienne (→Mazzei 2009, 181-185 nos 53-57) :

  • Cimetière de sainte Thècle, proche du sanctuaire paulinien de la Via Ostiense, « chambre des Apôtres » : portrait de Paul→, isolé sur un bouclier, avec celui de Pierre et de deux autres Apôtres, démontre la persistance d’une iconographie nettement « plotinienne » à la fin du 2e s. (→Mazzei 2010, tab. 42).
Paul comme pendant à Pierre dans le collège des Apôtres 

L’image de Paul se développe aussi à l’intérieur du Collège apostolique aux côtés du Christ et faisant pendant à Pierre. L’insertion de Paul dans le Collège apostolique est sans fondement dans la mémoire historique sur la vie de Jésus, ni dans celle des débuts de son mouvement si l’on songe à l’élection de Matthias en remplacement de Juda, en Ac 1. Elle manifeste l’accueil positif de  l’autoproclamation de Paul comme « apôtre par vocation » (Rm 1,1), « apôtre de Jésus-Christ par volonté de Dieu » (1Co 1,1). Un intéressant répertoire iconographique de l’évolution du collège apostolique peut être repéré parmi les peintures du cimetière de Domitille (→Nestori 1993, nos 33, 39, 47, 18, 74).

Ce schéma iconographique se développe en même temps que d’autres typologies dans lesquelles figurent soit Pierre soit Paul : il apparaît au 3e s., et évolue tout au long du 4e s., sur les peintures funéraires.

Au 3e s., il n’y pas de différences iconographiques entre les Apôtres, mais petit à petit Pierre et Paul apparaissent comme chefs de file des deux groupes de six qui normalement entourent le Christ avec des caractéristiques physionomiques qui peu à peu vont s’affirmer.

À la fin du 4e s., on retrouve les deux Apôtres sur les sarcophages « aux portes de la cité » : sarcophages de l’Anastasis ; sarcophages « à étoiles et couronnes » : 

  • sarcophage milanais de Stilicone à Saint-Ambroise (→Dresken-Weiland 1998, 56-58 no 150 tab. 59-61) ;
  • sarcophage du musée Pio Cristiano, représentant le Collège entourant le Bon Pasteur, ca. 375-400 (fig. 4 Invent. 31534, →Deichmann 1967, 27-28 no 30 tab. 10 ; →Utro 2009, 192-194 no 64) ;
  • mosaïques comme à Sainte-Pudentienne (→Andaloro 2006, 114, 124).

Le Christ entre Pierre et Paul : attributs de Paul

La composition ternaire du Christ en majesté enseignant entre les deux Apôtres à l'origine de l'Église de Rome, au plan iconographique, est à l’évidence une réduction du Collège apostolique :

  • fragment de couvercle d’un sarcophage du Musée Pio Cristiano (inv. 31456), d’époque théodosienne (→Dresken-Weiland 1998, 28 no 89 ; →Utro 2009, 186-187 no 59).

Elle aboutit à l'invention de plusieurs attributs iconographiques de Paul.

Traditio legis

On retrouve le trio dans certaines scènes apocalyptiques parmi lesquelles se distingue la scène de la traditio legis :

  • sarcophage avec la maiestas Domini du Musée Pio Cristiano (inv. 31429, →Deichmann 1967, 54-55 no 57 tab. 18 ; →Utro 2009, 189-190 no 62).

Il existe une intéressante variante avec la remise du rouleau de la Loi nouvelle à Paul (habituellement c’est Pierre qui le reçoit) dans quelques exemples d'un milieu d'influence orientale :

  • sarcophage des « douze Apôtres » de Ravenne (→Dresken-Weiland 1998, 119 no 381 tab. 110-111) ;
  • situla – seau d’usage liturgique – avec la traditio legis faite à Paul, fin du 4e-première moitié du 5e s.,  Musées du Vatican (Musée chrétien de Benoît XIV, inv. 60846, →Goffredo 2000, 218 no 75 ; dessin par →Garrucci 1880, tab. 426).
L'épée

Au cimetière ad decimum près de Grottaferrata (Pennesi 2006), Paul tient pour la première fois l’épée, attribut de son martyre (et peut‐être aussi allusion à l’« épée de l’Esprit, c’est‐à-dire de la Parole de Dieu » [Ep 6,17], véritable arme du chrétien, selon l’Apôtre).

  • Elle apparaît encore sur la mosaïque de l’arc triomphal de la basilique de la Via Ostiense du temps de Léon le Grand, malheureusement refaite au 19e s. (→Solimine et Bordi 2006) ;
  • sur une lampe à huile africaine de Akhmîn-Panopolis du 5e ou 6e s., aujourd’hui au Musée de Cologne (→Testini 1969b, 307 no 103).

Elle est désormais consacrée comme attribut canonique de l’iconographie paulinienne. Le portrait de Paul est fixé et se transmettra sans changement jusqu’à nos jours.