La Bible en ses Traditions

Philippiens 4,1–23

Byz V S TR Nes

1 C'est pourquoi, mes frères aimés

Vtrès chers et désirés

Schers

ma joie et ma couronne

tenez fermes Vainsi dans le

Snotre Seigneur, très chers

Smes bien-aimés !

1b ma joie et ma couronne 1Th 2,19

2 J’exhorte

VJe demande à Évodie et j’exhorte

Vje prie Syntyche

à 

Vd'avoir le même sentiment dans le

Sune [unique] pensée dans notre Seigneur.

2b Unité d’esprit Références en marge Ph 1,27d

3 Oui, je

TREt, je

VEn outre, je te prie toi aussi mon vrai compagnon : 

 aide-les, elles

V Saide celles qui ont lutté

Vtravaillé avec moi pour

Vdans l'Évangile

avec Byz TR Nesaussi Clément et le reste de mes collaborateurs,

dont les noms [sont]

Vsont

Ssont écrits dans le livre de vie !

3b lutté avec moi Ph 1,27 ; 2,25 ; Rm 15,30 ; Phm 2 3d livre de vie Ps 69,29 ; Dn 12,1 ; Lc 10,20 ; Ap 3,5 ; 13,8 ; 17,8 ; 20,12

4 Réjouissez-vous toujours dans le

Snotre Seigneur

encore une fois je le dis : — Réjouissez-vous.

5 Que votre modestie

Shumilité soit connue de tous les hommes.

Le

SNotre Seigneur est proche.

5b Le Seigneur est proche Ps 34,19 ; 119,151 ; 145,18 ; Mt 24,33 ; Jc 5,8 ; 1P 4,7 ; Ap 3,11

6 Ne vous inquiétez de rien

mais en toute chose, par la prière et la supplication

avec action de grâces,

faites connaître à

Sdevant Dieu vos demandes. 

6a Ne vous inquiétez de rien Mt 6,25-34 ; 1Co 7,32-34 6bc Persévérance dans la supplication et l’action de grâces Rm 12,12 ; Col 3,17 ; 4,2 ; 1Tm 2,1

7 Et la paix de Dieu, qui dépasse tout entendement,

gardera

Vqu'elle garde vos cœurs

et vos pensées dans le Christ Jésus

Sen Jésus le Christ.

7a le paix de Dieu Ph 4,9 ; Jn 14,27 ; Rm 5,1 ; 15,33 ; Col 3,15 ; 1Th 5,23 ; 2Th 3,16 dépasse Ep 3,20
Byz V TR Nes
S

8 Pour le reste frères

tout ce qui est vrai

tout ce qui est noble

tout ce qui est juste

tout ce qui est pur

tout ce qui est aimable

tout ce qui est honorable

si il y a quelque vertu 

Byz TR Neset si il y a quelque louange

continuez à considérer ceci.

8 Désormais mes frères

ce qui est vrai

ce qui [est] noble

ce qui [est] juste

ce qui [est] pur

ce qui [est] aimable

ce qui [est] honorable

si [il y a] quelque acte de gloire 

et [digne] de louange

[continuez à] considérer ceci.

8 Retenir ce qui est bon Rm 12,2 ; 1Th 5,21
Byz V S TR Nes

9 Ce que vous avez appris

et reçu, et entendu, et vu en moi,

pratiquez-le,

et le Dieu de la paix sera avec vous.

9d Dieu de la paix Références en marge Ph 4,7a 9abc Imitation de l’Apôtre Références en marge Ph 3,17a
Byz V TR Nes
S

10 J'ai éprouvé une grande joie dans le Seigneur

de ce qu'enfin vous avez fait refleurir vos sentiments d’autrefois à mon égard,

comme vous les aviez bien

mais l’occasion vous manquait.

Vvous étiez occupés.

10  Je me suis réjoui grandement dans notre Seigneur

car vous vous êtes attachés à veiller sur moi

comme vous veilliez [avant]

mais vous n'[en] aviez pas l'occasion 

11 Je ne parle pas poussé par l’indigence.

Moi, en effet, j’ai appris, en toutes situations où je suis, à être autosuffisant.

11 Je ne parle pas en effet à cause de l’indigence

moi, en effet, j’ai appris en ce que je possède à être autosuffisant.

11b autosuffisant 2Co 6,10 ; 9,8 ; 1Tm 6,6 ; He 13,5
Byz V S TR Nes

12 Je sais soit TRensuite être dans la pauvreté

Vhumilié,

soit être dans l’abondance ;

je suis instruit en tous lieux et en toutes choses

tant à être rassasié qu’à avoir faim,

tant à être dans l’abondance qu’à être dans le besoin.

12a pauvreté 1Co 4,11 ; 2Co 11,27

13 Je peux tout dans le Christ

V Nesen celui qui me donne la force.

13 Force du Christ Ph 3,10.21 ; 2Co 12,9-10 ; Ep 6,10 ; Col 1,11.29 ; 2Tm 4,17

14 Toutefois vous avez bien fait de prendre part à ma tribulation.

14 prendre part à Ph 1,5-7 ; He 10,33

15 Et vous savez vous aussi Philippiens

qu’au début de l’annonce de l’Évangile, quand je suis parti de la Macédoine,

aucune Église n’a partagé avec moi un compte de droit et avoir

V Sd'avoir et de droit si ce n’est vous seuls,

15b Macédoine Ac 16,9-12 15c vous seuls  2Co 11,9 Soutien financier Références en marge Ph 2,30c

16 puisque à Thessalonique aussi vous avez envoyé une fois, et même deux, ce qui m'était nécessaire. 

16 Thessalonique Ac 17,1 ; 1Th 1,1 ; 2Th 1,1
Byz V TR Nes
S

17 Non que je recherche le don

mais je recherche le profit qui s’accroît

sur votre compte.

17 Non que je recherche le don

mais je recherche les profits qui s’accroissent

pour vous

17a le don Ph 1,11 ; Rm 15,28 ; 2Co 12,14
Byz V S TR Nes

18 Maintenant j’ai de tout et j’abonde,

j’ai été comblé, ayant reçu d’Épaphrodite vos dons :

parfum de suave odeur,

sacrifice

Vhostie acceptable, agréable à Dieu.

18b Épaphrodite Ph 2,25 18c suave odeur Gn 8,21 ; Ex 29,18 ; Lv 1,9.13.17 ; Si 35,8 ; Ep 5,2

19 Et mon Dieu comblera

Vcomble

chacun de vos besoins

Vdésirs

selon sa richesse glorieuse

Vses richesses glorieuses par le Christ Jésus

SJésus le Christ.

19b richesse + par le Christ Jésus Ph 1,11

20 À notre Dieu et Père la gloire Set l'honneur dans les siècles des siècles. Amen.

20 Louange à Dieu Rm 16,27 ; Ga 1,5 ; Ep 3,21 ; 1Tm 1,17 ; 2Tm 4,18

21 Saluez chaque saint dans le Christ Jésus.

Sen Jésus le Christ.

Les frères qui sont avec moi vous saluent.

21a Saluez Rm 16,3.5-16 ; Col 4,15 ; 1Th 5,26 ; He 13,24 saint Ac 9,13 ; Rm 15,25-26.31 ; Ep 1,1 ; 1Th 3,13
Byz V TR Nes
S

22 Tous les saints vous saluent

et principalement ceux

Vceux qui sont de la maison de César.

22 ...

22a vous saluent Rm 16,21 ; 1Co 16,19-20
Byz V S TR Nes

23 La grâce du

S TRde notre Seigneur Jésus Christ

VJésus-Christ soit avec

vous tous. Amen.

TRvous tous. Amen. [L'épître] aux Philippiens a été écrite depuis Rome par Epaphroditus.

Nesvotre esprit.

Vvotre esprit. Amen.

VICI FINIT L'ÉPÎTRE AUX PHILIPPIENS

23 La grâce du Seigneur 1Co 16,23 ; 2Co 13,13 ; Ap 22,21

Propositions de lecture

3,1–4,1

Structure

  • transition épistolaire (v.1)
  • exhortation négative à se garder des adversaires et sa justification (v.2-4a)
  • éloge de Paul par lui-même (v.4b-14)
  • conclusion exhortative pour une juste attitude de →Communion (v.15-16)
  • exhortation positive à imiter Paul et ses deux justifications (v.17-21)
  • conclusion (4,1)

Thèmes

1c tenez fermes ne constitue pas une nouvelle injonction, mais un ultime appel à vivre avec fermeté, en union avec le Seigneur, les orientations données dans ce passage.

2–23

Structure

4,2-9 est composé de trois parties
  • exhortation à la concorde entre Évodie et Syntychè (v.2-3) ;
  • appel à la joie et à la confiance dans le Seigneur (v.4-7) ;
  • invitation à penser et agir en chrétien à l’exemple de Paul (v.8-9).
4,10-20 est formé de trois unités thématiques
  • joie de Paul pour le don et son style de vie (v.10-13) ;
  • la vraie valeur du don des Philippiens (v.14-17) ;
  • la récompense de Dieu (v.18-20).
4,21-23 est le postscriptum de la lettre

Mouvement de la parénèse finale

  • v.2-9, comme conclusion du corpus de la lettre, est une série d’exhortations de différents caractères, juxtaposées les unes aux autres par une accumulation. L’objet de ces exhortations reste général, sans qu’on puisse savoir avec précision ce que les Philippiens doivent faire. Ceci est caractéristique de la parénèse chez Paul. Il remet souvent au discernement des chrétiens et à l’illumination divine la concrétisation des valeurs qu’il présente (Tradition chrétienne Ph 4,9c).
  • v.10-20 forme l’épilogue de la lettre (cf. 1,3-11 pour les expressions communes) dans lequel Paul mentionne le don reçu des Philippiens par l’intermédiaire d’Épaphrodite. Un remerciement en fin d’épître est à première vue problématique. Certains auteurs ont émis l’hypothèse que ce texte était une lettre en elle-même. De fait, ce n’est pas un véritable remerciement (le verbe eucharisteô manque), en outre, dans l’Antiquité, cet élément n’est pas toujours à la fin de la lettre. Paul le renvoie à la fin pour indiquer son indépendance et la gratuité du don chrétien, soulignant que l’aide des Philippiens est fruit de leur accueil de l’Évangile (Procédés littéraires Ph 4,15–19).
  • En v.21-23 Paul salue chacun des fidèles de Philippes en son nom propre et au nom de chrétiens vivant à proximité de son lieu de détention.

Texte

Critique textuelle

1a aimés

Omission

D* et quelques témoins occidentaux ne reportent pas le second aimés.

Addition

S B 33 ajoutent mes.

7a Dieu Variante A t vgmss syhmg : Christ.

7c pensées

Variante

F G a d MVict Pel : corps.

Addition

P16vid : pensées et les corps.

7c Christ Variante P46 : Seigneur.

8 louange Addition D* F G a vgcl Ambrosiaster : de la connaissance.

13 Christ Omission dans Nes V א* A B D* I 33 629 1739 pc lat co Cl.

15a Et Omission dans P46 D* 1505 pc vgms syh.

18b comblé Addition P46 (2495) vgms ajoutent : puis.

19a comblera Variante D* F G Ψ 075 6 33 81 104 326 365 1175 1241s 1505 1739 1881 al latt : comble.

23 vous tous Variante P46 א* A B D F G P 075 6 33 81 104 365 629 630 1175 1241s 1739 1881 pc latt co : l'esprit.

23 Amen Omission dans Nes B F G 075 6 1739* 1881 pc b sa Ambrosiaster.

Vocabulaire

2a Évodie + Syntyche — Sens étymologique de ces noms de femmes : « bon chemin » et « rencontre ».

3a compagnon Suzugos = « sous le même joug ». C’est peut-être un nom propre, mais il est plus probable que ce soit un nom commun désignant un collaborateur de Paul impliqué dans la vie de l’Église à Philippes (Tradition chrétienne Ph 4,3a).

5b proche en un sens temporel et spatial (Tradition chrétienne Ph 4,5b).

6d devant Dieu (S) Sémitisme très courant (p. ex. Lc 1,8).

7a dépasse tout entendement Cette expression signifie que la paix qui vient de Dieu est plus efficace que tout ce qui pourrait s’imaginer (Tradition chrétienne Ph 4,7a qui dépasse tout entendement).

7b gardera Connotation militaire Le verbe phroureô appartient au langage militaire (déjà utilisé au v.3 avec « ont lutté ») et traduit la défense assurée par une garnison (2Co 11,32 ; →Josèphe B.J. 1,141 passim). Il est utilisé, comme ici, dans d’autres passages du NT, comme métaphore (Ga 3,23 ; 1P 3,5).

8 vertu Terme philosophique rare dans le NT Aretê ne se trouve que cinq fois dans le NT (ici donc, et en 1P 2,9 ; 2P 1,3.5[x2]). Textes anciens Ph 4,8

9b reçu Connotation théologique Terme technique pour désigner le processus de la tradition. Il est fait ici référence aux instructions et dispositions pratiques transmises par Paul (cf. 1Th 4,1; 2Th 3,6). Tradition juive Ph 4,9

10b refleurir Hapax NT Ce verbe suggère l’image du retour de la vie lors de la floraison à la sortie de l’hiver (cf. Si 50,10).

11b autosuffisant Concept philosophique et biblique

  • Adj. issu de autarkeia, concept philosophique, surtout cynique et stoïque, mais aussi biblique (cf. G-Pr 30,8) qui dénote l’indépendance de la personne par rapport aux circonstances externes, dans l’acceptation de ce qu’elle est et de ce qu’elle possède (Textes anciens Ph 4,11b). L’indépendance de Paul repose sur sa complète dépendance vis-à-vis du Christ (v.13).
  • S : spq reprend le dernier verbe du verset précédent.

14 ma tribulation Souffrance conséquente à sa captivité (Vocabulaire Ph 1,17a).

15a Philippiens Le terme grec Philippêsioi n’est pas celui utilisé normalement pour les habitants de Philippes. Il vient du latin Philippenses, soulignant ainsi leur statut de citoyens romains.

15c partagé Le verbe koinôneô dénote une participation financière comme en Rm 12,13 et Ga 6,6.

15c un compte de droit et avoir Litt. « de donner et de recevoir ». L'expression propre au langage commercial est utilisée aussi pour décrire la réciprocité dans les relations humaines (Textes anciens Ph 4,15c). Ici, elle renvoie tant à l’aide des Philippiens qu’à ce qu’ils ont reçu à travers leur évangélisateur.

19b sa richesse Connotation paulinienne Le concept est lié à l’agir salvifique de Dieu en faveur des hommes (Rm 2,4 ; 9,23 ; 11,33 ; Ep 1,18 ; 2,7 ; 3,16 ; Col 1,27).

20.23 Amen Terme hébreu et araméen qui suggère l’idée de réalité et de fermeté. Il exprime l’accord et semble utilisé, dans notre contexte, comme confirmation d’une doxologie par l’assemblée (Liturgie Ph 4,23).

20 siècles Sens Aiôn et les termes bibliques M ‘ôlām et V saeculum, diversement traduits comme « siècle », « éternité », ou « monde », ne désignent jamais simplement une longue durée limitée. Ils peuvent désigner un « espace-temps » qui passe la mesure humaine (→Temporalité divine dans les Écritures) et s'iriser de connotations eschatologiques (→Éons dans l’eschatologie juive).

21–22c saluez Saluent — (S) Connotation š’l bšlm, litt. « demander au sujet de la paix de ».

Grammaire

3b aide-les Le verbe sullambanô à la forme moyenne suivi du dat. signifie « aider, assister » (cf. Lc 5,7).

7a Et a une valeur consécutive : « si bien que... ».

7a de Dieu = gén. possessif ou d’origine.

8 ceci Analepse qui se réfère aux six éléments qui précèdent immédiatement (« tout ce qui »…).

9a Ce que ne doit pas être interprété en un sens adversatif. Il est lié à « ceci » du v.8, mais il est aussi en relation avec « ceci » au v.9.

16 puisque La conjonction hoti, avec valeur déclarative au v.15b (trad. « que »), a ici une valeur causale.

Procédés littéraires

2a.3a Évodie + Syntyche + compagnon — Figure étymologique Paul joue sur l’étymologie des noms des deux personnes mentionnées (Vocabulaire Ph 4,2a) et de suzugos (Vocabulaire Ph 4,3b), afin que, assumant leur nom, elles accueillent l’appel à l’unité.

3b Évangile Synecdoque et/ou métonymie Le syntagme exprime soit le tout pour la partie, soit l’objet pour l’action qui consiste à le donner.

3ab compagnon + aide + ont lutté — Répétition à trois reprises d'une parole avec le préfixe sun- (suzuge, sullambanou, sunêthlêsan), renforcant l'exhortation à l'unité.

6b la prière et la supplication Hendiadys = « la prière de supplication ».

8s Accumulation Les v. sont marqués par deux listes de syntagmes juxtaposés l’un à l’autre. Au v.8, avec l’asyndète, les syntagmes évoquent un système de valeurs communément acceptées par la société, valeurs que les chrétiens de Philippes sont appelés à considérer. Au v.9, avec le polysyndète, les syntagmes signifient que les Philippiens ont toutes les facilités pour savoir comment se comporter en écoutant et regardant la vie de Paul. En outre, ces syntagmes sont rimés, ce qui peut faciliter la scansion voire la mémorisation de cette brève leçon morale. Le texte de la Peshitta (v.8-10), par exemple, présente huit rimes en -n puis huit rimes en -wn, ces deux groupes entourant la locution centrale « acte de gloire/et [digne] de louange ». 

11s Correctio v.11a partie positive, v.11b-12 partie négative. Paul donne cette précision pour éviter que les destinataires pensent que sa joie dépend du don matériel qu’ils ont fait (cf. v.10).

12abde Polysyndète de kai « et », qui lie par paire six infinitifs, soulignant les variations d’une vie marquée par des situations extrêmes.

15–19 compte Métaphore financière filée

  • Elle est tout d’abord utilisée pour décrire le rapport entre Paul et les destinataires (v.15-16 ; Vocabulaire Ph 4,15c partagé ; Textes anciens Ph 4,15c).
  • Puis, reprenant le langage et l’image de Ph 1,11 (Vocabulaire Ph 1,11), Paul veut montrer que le don des Philippiens l’intéresse dans la mesure où il produit leur croissance spirituelle, en vue aussi de l’accomplissement eschatologique (v.17).
  • Enfin, cette métaphore désigne la récompense qu’ils recevront de Dieu pour leur générosité envers Paul (v.18-19 ; Vocabulaire Ph 4,19b).

→Vocabulaire financier chez Paul, en particulier en Philippiens

15a Philippiens Apostrophe Rarement Paul s’adresse directement aux destinataires par leur nom (2Co 6,11 ; Ga 3,1). Il le fait ici comme signe d’attention et d’affection pour les Philippiens.

15b Évangile Métonymie Le syntagme exprime l’objet pour signifier l’intention de le donner.

15c seuls Anastrophe qui souligne le fait que les Philippiens ont été les seuls, au début de l’évangélisation en Europe, à aider Paul.

17 Correctio Paul veut éviter un malentendu (v.17a partie positive ; v.17b partie négative) : exaltant la générosité des Philippiens (cf. v.14-16), il ne veut pas obtenir d’autres dons pour le futur.

18a j’ai de tout Connotations commerciales et philosophiques Dans le langage commercial, l’expression équivaut à une quittance, mais elle est aussi utilisée par le philosophe stoïcien pour affirmer sa propre autosuffisance (Textes anciens Ph 4,18b).

18bcd Métaphore cultuelle filée

  • Utilisant le langage typiquement cultuel de l’AT, Paul affirme, tout en soulignant l’excellence du don des Philippiens, que l’aide qui lui a été accordée est, de fait, un acte de culte rendu à Dieu (pour cette raison, ce sera Dieu qui les récompensera, v.19).
  • Cette métaphore est dans la continuité du langage cultuel déjà présent dans la lettre (Ph 2,15.17 ; 3,3), langage qui souligne l’appel pour le croyant à faire de son existence un culte rendu à Dieu.
  • Cette idée est déjà présente dans l’AT (p. ex. Is 1,10-17 ; Ps 51,19 ; Dn 3,39) et est développée dans le NT (Rm 12,1-2 ; He 13,16 ; 1P 2,5-9). Littérature péritestamentaire Ph 4,18d

1,11 ; 4,19a comblés + comblera — Ironie et inversion des rôles

Paul use fréquemment de l'isotopie financière dans ses lettres

→Vocabulaire financier

Paul débiteur

Paul se présente ici d’abord en débiteur qui règle ses dettes (Ph 1,11 litt. « afin que vous soyez pleinement remboursés [peplêrômenoi] »). Les Philippiens ont en effet subvenu aux besoins de l’Apôtre en vertu des bons offices d’Épaphrodite (Ph 2,25 litt. « [que vous avez] délégué pour venir en aide [leitourgon] à mes besoins » ; cf. Ph 4,16).

Paul créancier

Mais dans la suite de l’épître, à travers l’image du compte courant ici amorcée, dettes et créances vont mystérieusement changer de bénéficiaire (Ph 4,15 « aucune autre Église que vous n’a pris part au partenariat spirituel de ce compte de débit et de crédit [logon doseôs kai lêmpseôs] »). Paul recherche au fond la richesse spirituelle des habitants de Philippes, eux qui sont en fait ses débiteurs (Ph 4,17). Si l’Apôtre se déclare finalement comblé par leurs contributions pécuniaires (Ph 4,18 peplêrômai), ceux-ci seront à leur tour remboursés par Dieu (Ph 4,19 « Mon Dieu règlera la facture [plêrôsei] de tout ce qui vous manque, selon sa richesse, dans la gloire, dans le Christ Jésus »).

19b richesse glorieuse par le Christ Jésus Hendiadys Litt. « en gloire dans le Christ Jésus » (en doxêᵢ détermine le substantif ploutos, assumant la valeur d’adj.). Dieu agit et manifeste sa gloire par le moyen du Christ (à la fois dans le présent et au temps eschatologique).

20 dans les siècles des siècles Clausule temporelle figée Cette formule d'éternité n’apparaît sous cette forme (eis tous aiônas tôn aiônôn) que deux fois dans G (→4 Macc. 18,24 ; Ps 84,5 [Ps-G 83,5]) ; elle semble caractéristique du NT (p. ex. He 13,21 ; 1P 4,11 ; Ap 1,6) et du genre de la doxologie (Genres littéraires Ph 4,20). Elle fut imitée par de nombreux Pères (→Doxologie chez les Pères) et systématisée dans la liturgie (→Doxologie en liturgie). 

20 À notre Dieu + la gloire — Thématique de la gloire Déjà présente dans cette épître (cf. Ph 1,11 ; 2,11), elle culmine ici. 

23 La grâce Inclusion Paul a commencé sa lettre en souhaitant « grâce et paix » (Ph 1,2). Il la termine de la même façon en souhaitant : « la grâce du Seigneur Jésus-Christ », même formule aux derniers v. de Ga 6,18 et Phm 25. 

Genres littéraires

3,1–4,1 Exemplum Tout ce passage oppose le mauvais exemple des adversaires au bon exemple de Paul et des croyants.

5b Le Seigneur est proche Formule liturgique ? Il s’agit peut-être d’une formule liturgique primitive, où la communauté exprimait son espoir d’une parousie prochaine du Seigneur (cf. la locution araméenne Marana tha, 1Co 16,22). Cf. Rm 13,12 ; Jc 5,8 ; 1P 4,7 ; Ap 22,20 (Liturgie Ph 4,5b).

8s Consolatio Dans ce genre littéraire, l’auteur invite le lecteur à mettre à distance les pensées tristes (comme celles évoquées en v.6-7) pour adhérer aux choses belles (cf. →Cicéron Tusc. 3,35-37).

20 Doxologie comportant trois éléments :

  • son destinataire,
  • le contenu de la louange,
  • un syntagme temporel.

Imité dès les premières générations chrétiennes (→Doxologie chez les Pères), ce genre allait connaître un succès immense dans les liturgies (Liturgie Ph 4,20 ; →Doxologie en liturgie). 

21ss Postscriptum qui comprend les deux éléments de base typiques de Paul : les salutations (v.21-22) et la bénédiction (v.23).

Contexte

Repères historiques et géographiques

15b Macédoine La première mission de Paul en Macédoine eut lieu durant le second voyage missionnaire, en l’an 50 environ (Ac 16-17) : →Paul : éléments pour une biographie.

Milieux de vie

1b couronne Récompense et signe honorifique des athlètes Ainsi les Philippiens sont déjà pour Paul une récompense et un motif de fierté au présent. 

2a Évodie + Syntyche — Apparemment deux femmes de Philippes aux noms prédestinés (Vocabulaire Ph 4,2a), collaboratrices de Paul.

3c Clément Probablement un chrétien de Philippe bien connu de la communauté. Paul n’a donc pas besoin de le présenter (Tradition chrétienne Ph 4,3c).

3d livre de vie Registre de citoyenneté ? Les Philippiens qui étaient citoyens romains avaient été inscrits dans le livre (registre) des citoyens romains de la colonie (cf. →Suétone Cal. 8,2).

22b ceux de la maison de César = Les esclaves ou les hommes libres affectés aux différents services, dans le palais impérial ou dans l’administration publique, résidents à Rome ou dans les provinces. Même s’il est difficile de savoir à quel niveau de l’échelle administrative se trouvent ces croyants et quelle est leur influence sur l’empereur et ses proches collaborateurs, Paul indique ici que l’Évangile a pénétré dans l’administration impériale.

Textes anciens

8 vertu Parallèle stoïcien Dans le contexte gréco-romain, la vertu indiquait l’excellence morale d’une personne et les stoïciens la tenaient comme particulièrement importante.

  • →Diogène Laërce 7,87 « C'est pour cela que Zénon dit dans le Traité de la nature humaine qu'on doit se proposer pour fin de vivre conformément à la nature, ce qui revient à dire d'après les lois de la vertu » ; 7,94 « [les stoïciens] distinguent encore le bien proprement dit qu'ils définissent : la perfection dans la nature de l'être raisonnable en tant que raisonnable ; c'est la vertu. En second lieu, la conformité au bien, et sous ce titre ils comprennent les actions honnêtes et les hommes vertueux. »

9b entendu et vu en moi Parallèle stoïcien La cohérence entre le dire et le faire est importante dans la tradition stoïcienne : 

  • →Sénèque Ep. 34,14 « Tu feras en sorte que tous tes actes et toutes tes paroles soient cohérents, consonants et aient une seule marque. Elle n’est pas honnête l’âme de l’homme dont les actions ne concordent pas ».

11b autosuffisant Parallèle stoïcien

  • →Sénèque Vita 6,2 « Être heureux, c’est se contenter de son sort présent, quel qu’il soit, et aimer ce que l’on a. »

12s Idéal stoïcien de l’indifférence Les stoïciens insistaient sur le fait qu’il n’y avait qu’une seule chose bonne : la vertu. Tout le reste, biens extérieurs compris, était indifférent (adiaphora) :

  • →Cicéron Fin. 3,53-54 « Puisque tout ce qui est bien occupe la première place, il faut nécessairement que ne soit ni un bien ni un mal ce que nous appelons ‘préférable’ ou ‘mis en tête’ et nous le définissons ainsi : une chose indifférente, avec attribution d’un degré moyen de valeur – ce que les stoïciens appellent adiaphoron. »

15c un compte de droit et avoir Expression spécifique

Dans le langage commercial

Dans la description de la réciprocité dans les relations, particulièrement dans l’amitié

18b comblé et heureux

Intertextualité biblique

3d livre de vie Motif Être inscrit dans ce livre signifie, d’après les parallèles bibliques et péritestamentaires, être destiné à la vie éternelle (Milieux de vie Ph 4,3d ; Littérature péritestamentaire Ph 4,3d). Cette dérivation biblique de l’image est la plus probable, Paul étant un lecteur attentif de l’Écriture.

4s La venue de Dieu Durant les semaines qui précèdent Noël dans la liturgie latine, de nombreux répons, antiennes et autres textes amplifient le texte de Paul (Liturgie Ph 4,5b) et orchestrent le thème de la proximité, de la venue du Seigneur, ou du Royaume, ou du salut, en un magnifique centon scripturaire (→Avent).

20 dans les siècles des siècles Locution désignant le « temps » divin Le redoublement et le pluriel de termes exprimant le temps permettent aux écrivains bibliques de désigner la transcendance divine à partir de la condition temporelle présente de l'humanité. →Temporalité divine dans les Écritures

20 Doxologie Dans les Écritures, les doxologies se terminent souvent par une affirmation de l’éternité de Dieu et un « Amen ». Cet usage sera imité par la liturgie chrétienne (Liturgie Ph 4,20 ; →Doxologie en liturgie).

Littérature péritestamentaire

3d livre de la vie Expression répandue dans la littérature apocalyptique

  • →1 Hén. 47,3 « En ce temps-là, j’ai vu le Prince des jours prendre place sur Son trône de majesté, les livres des vivants ouverts devant Lui. »

8b ce qui est vrai

  • →Ep. Lao. 15 « Les choses qui sont saines, vraies, vertueuses, justes, et aimables, celles-là pratiquez-les. »

9b reçu et entendu

  • →Ep. Lao. 16 « Ce que vous avez entendu et accepté, gardez-le dans votre cœur, et vous serez paisibles. »

22a Tous les saints vous saluent

Réception

Liturgie

4 Réjouissez-vous Durant le temps de l’Avent

TEXTES

  • Invitatoire 2 (→PTP 1).
  • Dimanches jusqu’au 16 décembre, 2es vêpres, capitule (→LM 1,11).

Il est transformé en prière de pétition : 

  • 3e jeudi, collecte (→MR 139, trad. litt.) : « Nous t'en prions, Seigneur, nous tes indignes serviteurs qu'attriste la culpabilité de leurs propres actions, réjouis-nous par l'avènement salvifique de ton Fils unique. »

Il est commenté par Léon le Grand la veille de Noël :

  • Année B, 24 décembre, vigiles, 2e nocturne, lecture 1 (→LM 1,495) = →Léon le Grand Serm. 2,1 « Réjouissons-nous dans le Seigneur, mes bien-aimés, livrons-nous à une joie toute spirituelle, car voici que commence à briller pour nous le jour nouveau de notre rédemption, jour depuis longtemps préparé, jour de l’éternel bonheur. Le retour de l’année ramène, en effet, le mystère de notre salut, promis dès le début du temps, et donné à la fin pour durer sans fin. En ce jour, il convient que nous élevions nos cœurs, que nous adorions ce mystère divin, et qu’à la grandeur du bienfait que Dieu nous accorde réponde la joie de l’Église en fête. »

CALENDRIER 3e dimanche de l'Avent, ou « dimanche Gaudete »

Il est surtout chanté comme introït ou chant d’entrée de la liturgie romaine latine du dimanche « Gaudete » (Grad. 21-22). Liturgie Ph 1,4c

TEXTES 3e dimanche de l'Avent

Office

Année C, laudes, antienne à Benedictus (→AM 1,27) 

Messe
  • Introït (centon de Ph 4,4 et de Ps 85,2) : « Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours. Une fois de plus je le dis, réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche, que rien ne vous trouble ; Mais qu’en toute chose, par la prière, vos demandes soient portées devant Dieu. Ps/ Tu as béni, Seigneur, ta terre, tu as fait cesser la captivité de Jacob » (→MR 135 ne donne que : « Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours : Une fois de plus je le dis, réjouissez-vous. Le Seigneur est proche »).

Ce dimanche, Ph est citée parmi d'autres textes bibliques célébrant la joie, qui donne sa coloration au temps de l'→Avent :

  • Collecte →MR 135 (trad. litt.) : « Dieu, qui vois ton peuple attendre dans la foi la fête de la Nativité du Seigneur, nous t’en prions, accorde-nous la force de parvenir aux joies d'un si grand salut et de toujours en célébrer la solennité avec une fervente allégresse. »

Les lectures accompagnent ce thème de la joie : 

  • Année A, 1re lecture, Is 35,1-6.10 : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! [...] ils reviendront, les captifs rachetés par le Seigneur, ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie, un bonheur sans fin illuminera leur visage ; allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuiront » (→LD 11).
  • Année B, 1re lecture, Is 61,1-2.10-11 : « Ainsi parle l’envoyé du Seigneur : [...] Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu » (→LD 348) ; 2e lecture, 1Th 5,16-24 : « soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance » (→LD 352).
  • Année C,  1re lecture, So 3,14-18 : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem! [...] Le Seigneur ton Dieu [...] aura en toi sa joie et son allégresse ; il te renouvellera par son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête » (→LD 569-570) ; 2e lecture, Ph 4,4-7 (→LD 570). 

MUSIQUE L'introït grégorien du 3e dimanche de l'Avent

Simplement joyeuse, d'elle-même la mélodie pousse à se réjouir en crescendi successifs, sans trop d’éclat. La mélodie pénètre les phrases d’une douce tension jusqu’à nihil solliciti sitis (« Ne soyez inquiets de rien »). Depuis ce sommet, elle s’élargit en enthousiasme invitant à abandonner tout souci pour accueillir l’allégresse qui s’annonce.

La première phrase fait monter progressivement la tension vers la joie. Posée sur une clivis épisématique et un quilisma, entraînée par un salicus, trois rythmes ternaires consécutifs, elle monte vers l’accent tonique de semper. La mélodie de la thesis exprime encore une volonté qui cherche à s’imposer : iterum dico (« encore une fois je le dis » - bivirga épisématique).

La deuxième phrase poursuit la progression. Sa mélodie passe de l’ambiance du ré à celle du fa. Une arsis marquée (salicus et quilisma) l’oriente vers hominibus d’où elle monte avec enthousiasme vers prope est et un accent plein d’ardeur sur nihil (bivirga). La thesis vient rimer avec celle de la phrase précédente, apaise la tension et restaure en fin de pièce la discrétion feutrée du début. On est encore dans l’attente, et la joie ne détruit pas les préoccupations. Le conseil de la prière (pressus de omni, motif ascendant de oratione, distropha d’innotescant) invite à les porter dans l’espérance.

L'onction joyeuse du 1er mode pénètre les v. psalmiques.

MYSTAGOGIE La joie à l'approche du Seigneur

Les trois conseils donnés par Paul (joie, modestie, tranquillité) sont centrés sur une phrase lapidaire : « le Seigneur est proche (Dominus prope est) » prend un sens nouveau dans le cadre liturgique de l’Avent (Liturgie Ph 4,5b).

4 Réjouissez-vous dans le Seigneur - Introït

Introït « Gaudete in Domino »

Traditionnel, Introït - Gaudete

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ph 4,4 Ps 85,2

Introït chanté le troisième Dimanche de l'Avent.

5b Le Seigneur est proche Durant l’Avent

MYSTAGOGIE La proximité du Christ, dans l'histoire et au-delà d'elle

La série de conseils moraux que Paul donnait à ses disciples devient un encouragement de l’Église aux baptisés, les invitant à anticiper la joie, la mansuétude, la confiance que la proche venue du Sauveur va apporter. 

Le Seigneur est proche : tel est le motif de la joie mystérieuse et continuelle de l’Église, mais plus accentuée durant l’Avent. Il ne s’agit pas seulement de la présence divine habituelle réjouissante pour celui qui s’y confie, mais de la présence du Seigneur en train d’arriver, bientôt là dans la chair (mémorial de la naissance de Jésus à Bethléem), la grâce (célébration de la visitation de l'âme du croyant par le Verbe) ou la gloire (attente du retour glorieux du Christ pour le jugement final). Mystique Ph 4,4

TEXTE L’annonce de la proximité du Seigneur

Outre ces citations dans le contexte plus large de Ph 4,4-5 (Liturgie Ph 4,4), Ph 4,5b est chanté à plusieurs reprises durant l’Avent :

  • 18 décembre, laudes, antienne à Benedictus (→AM 1,48) : « Veillez en esprit, le Seigneur notre Dieu est tout proche ! »
  • semaine préparatoire à Noël, invitatoire (→Hymn. 21) : Prope est iam Dominus : venite, adorémus (« Le Seigneur est tout proche, venez, adorons ! »).

En outre, tout au long de l'→Avent, de nombreux répons, antiennes et autres textes orchestrent le thème de la proximité, de la venue du Seigneur, ou du Royaume, ou du salut, en un magnifique centon scripturaire.

6bc la prière et la supplication avec action de grâces Le genre littéraire de l’oraison

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Et si nous regardons bien ces quatre éléments [Tradition chrétienne Ph 4,6bc] on voit que toutes les oraisons de l’Église les comportent. En effet, premièrement Dieu est invoqué ; deuxièmement, le bienfait divin est commémoré ; troisièmement, est demandé un bienfait ; quatrièmement est donnée la supplication : Par notre Seigneur, etc. »

12ss.19s Texte

Année A, 28e dimanche du temps ordinaire

= Pour Paul, seul le Christ compte : il peut tout supporter avec celui qui lui donne la force.

20 Reprise de cette doxologie en liturgie : l’embolisme du Notre Père

Texte

Parmi les innombrables reprises de la →doxologie en liturgie, celle de l'embolisme du Notre Père de la liturgie romaine (→MR 599 n°125) contient ces mots mêmes : 

  • proclamée ou chantée en latin : Quia tuum est regnum et potestas, et gloria in saecula (« Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles ») ;
  • chantée : « À toi le règne, à toi la puissance et la gloire pour les siècles des siècles. » 

Histoire

Elle pourrait remonter au 2e ou même au 1er s. Dans certains mss de Mt, elle suit immédiatement le « Notre Père ».

  • →Did. 8,2 (175) ; 9,4 (177) ; 10,5 (181). La section eucharistique s’achève ainsi : « Rassemble-la des quatre vents, cette Église sanctifiée, dans ton royaume que tu lui as préparé. Car c’est à toi qu’appartiennent la puissance et la gloire dans les siècles. Amen. »

Rituel

La plupart des Églises d’Orient et de la Réforme utilisent cette doxologie après le « Notre Père » dans leur liturgie. Chez les orientaux, cette doxologie est une exphonèse : formule réservée au prêtre (au point qu’à l’Office, ils l’omettent en son absence). C’est l’usage contraire qu’adopte la liturgie romaine dans l’Ordo missae de Paul VI en en faisant une acclamation du peuple. 

23 Dans le rite eucharistique

TEXTE Ouverture de la célébration eucharistique

Cette courte bénédiction est reprise dans l’une des formules de salutation, mais plus complète (cf. 2Co 13,13), du célébrant au début de la messe. Les termes dont use le prêtre et ceux par lesquels le peuple lui répond proviennent des lettres de Paul qui aimait à saluer ainsi les communautés ou les personnes auxquelles il s’adressait :

  • →MR 503-504 : Gratia Domini nostri Iesu Christi, et caritas Dei, et communicatio Sancti Spiritus sit cum omnibus vobis ; ou bien « Le Seigneur soit avec vous » (2Th 3,16), « Que le Seigneur soit avec ton esprit » (2Tm 4,22).

MYSTAGOGIE La réunion de la communauté en Église est une grâce

Le prêtre salue d’emblée l’assemblée en invoquant la présence du Seigneur en son sein. Cette formule insiste sur la grâce. C’est le Christ fait Seigneur (Ph 2,9-11) qui apporte la grâce de la pleine communion avec Dieu et avec les frères, par la révélation qu’il a faite de son Père et par le don de son Esprit. Ainsi se manifestent la présence du Seigneur signifiée par le ministère ordonné et le caractère de grâce du rassemblement : il ne vient pas d’une initiative humaine, mais d’une convocation de Dieu qui en fait une assemblée ecclésiale.

23 Amen Réflexe liturgique ? Certains manuscrits ont ajouté un « Amen » (Vocabulaire Ph 4,20.23) à la bénédiction qui conclut la lettre (Critique textuelle Ph 4,23), sans doute une addition due à l’usage liturgique de l’épître. Toute louange de Dieu et tout souhait de bénédiction déclenchait presque automatiquement un Amen de la part de l’assemblée :

  • →Jérôme Comm. Gal. 1,2 Dans les basiliques romaines de son temps, cet Amen « résonnait comme un tonnerre venu du ciel ».

Tradition juive

9b reçu Importance de la transmission dans l’auto-représentation du judaïsme

  • →m. ’Abot 1,1 « Moïse reçut la Loi sur le Sinaï et la transmit à Josué, et Josué aux anciens, et les anciens aux prophètes, et les prophètes la transmirent aux hommes de la grande assemblée. »

Tradition chrétienne

2a J’exhorte Douceur du bon pasteur

  • →Marius Victorinus Comm. Phil. 4,2 « Il dit je supplie, faisant comprendre que c’est pour leur bénéfice. Je ne commande pas, ni ordonne, mais je supplie. »
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Le conseil de Paul à Évodie et Syntyche désignées par leur nom rappelle que le métier d’un pasteur est d’être au contact des individus. L’office d’un bon pasteur est le soin du troupeau entier, mais il doit aussi rechercher chaque brebis perdue.

3a compagnon

= la femme de Paul ?

  • →Clément d’Alexandrie Strom. 3,6,53.
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Germana (en V) désigne probablement sa femme qui s’appellait Germana, bien que rien ne soit certain : plusieurs femmes assistaient les Apôtres (p. ex. Ac 16,14-15.40).
  • →Calvin Comm. NT inverse la tendance des exégètes, y compris d'Érasme : il doute qu’il y eût une querelle en arrière-fond, parce que Paul décrit Évodie et Syntychè comme femmes excellentes et « collègues de l’Évangile ». Au pire, Paul prévoyait un désaccord et voulait favoriser la concorde. De plus, Érasme a tort en supposant que le « compagnon » anonyme devait être une femme, peut-être même la femme de Paul, en s’appuyant sur le fait que sa mention suit les noms des deux femmes (Clément aussi est tout proche). Ne serait-il pas ridicule que « la femme de Paul » fût à Philippes, ville où il ne s’est rendu que deux fois dans sa vie ? 
  • →Brenz Expl. Phil. : La question de savoir si Paul avait une femme ou non n’a guère d’importance. L’Évangile tient ces choses-là pour indifférentes, ou sans intérêt.
  • →Lapide Comm. ep. Pauli, avec Calvin contre Érasme, pense que le mot latin germana ici ne désigne pas la femme de Paul. Le mot grec est masculin (gnêsie). Peut-être s'agit-il du mari d'une des deux femmes qu’il vient de mentionner ?

= le mari ou le frère d’Évodie ou de Syntyche

= Épaphrodite

= un collaborateur anonyme ?

3c Clément = Clément 1er, pape (→Eusèbe de Césarée Hist. eccl. 3,5).

3d livre de vie Symbole de prédestination

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Le livre de vie, selon la Glose, est la prédestination des saints, et c’est vrai pour ce qui concerne la réalité, mais il y a une différence de raison entre les deux. Il faut savoir qu’autrefois, il y avait la coutume que ceux qui étaient députés à quelque office ou dignité, étaient inscrits dans un registre, comme les soldats et les sénateurs, qui étaient inscrits au palais. Or tous les saints sont choisis par Dieu pour être prédestinés à une grande chose, à savoir la vie éternelle. Et cette ordination est la prédestination. L’inscription de cette ordination divine s’appelle le livre de vie : cette inscription est dans la mémoire divine, parce que, en tant qu’il ordonne, il prédestine. Mais en tant qu’il le sait de façon immuable, on dit qu’il y a prescription. C’est donc la ferme connaissance des prédestinés qu’on appelle livre de vie. Mais est-ce que certains en sont effacés ? Il faut savoir que certains sont inscrits de façon absolue, les autres relativement. En effet, certains sont prédestinés par Dieu de sorte qu’ils obtiendront la vie éternelle de façon absolue, et ainsi, ils sont inscrits de façon indélébile. Les autres le sont pour avoir la vie éternelle non en elle-même, mais dans sa cause, en tant qu’ils sont ordonnés à la justice présente, et ceux-là sont dits être effacés du livre de vie, quand ils s’écartent de la justice présente. »
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : C’est une métaphore désignant l’Esprit divin, qui contient tous les noms de ceux qui sont prédestinés à la vie éternelle.
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : C’est le catalogue des élus, rempli des noms des fidèles qui persévèrent jusqu’à la fin. Ou bien c’est le conseil éternel au cœur de Dieu. Bien entendu, c’est une façon de parler.
  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Théophylacte pensait que ceux qui ne sont pas inscrits dans le livre de vie sont ceux qui mourront en état de péché. Mais Thomas d’Aquin fait remarquer qu’il s’agit d’un livre de vie unique. La prédestination n’est pas « double » (Ex 32,32 ; Ps 69,29 ; Lc 10,20). Ceux qui sont morts en état de grâce sont déjà inscrits et les autres encore vivants, qui luttent ici-bas, y ont leurs noms inscrits de manière inchoative. Par ailleurs, en Si 24,23 le « livre de vie » désigne encore autre chose : l’Ancient Testament. Ces possibilités donnent l’occasion de rappeler que les décrets divins sont vivants et vivifiants.

4 Réjouissez-vous Joie spirituelle

Conséquence de la communion

  • →Marius Victorinus Comm. Phil. 4,4-5 « Cela veut dire que la conséquence de l’unité dans les sentiments et dans la foi réside dans le fait de se réjouir dans le Seigneur et dans l’affection réciproque. »

Cause du progrès spirituel : les quatre conditions de cette joie

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il est nécessaire [...] à toute personne qui veut progresser, d’avoir la joie spirituelle, comme il est dit dans Pr 17,23 : 'La joie de l’esprit rend les corps pleins de vigueur, etc.' Or, l’Apôtre donne quatre conditions de la vraie joie, et premièrement qu’on doit être droit, puisque ce qui est le bien propre de l’homme n’est pas quelque chose de créé, mais Dieu, selon Ps 73,28 : 'Mais pour moi, c’est mon avantage de demeurer attaché à Dieu, etc.' Or on est droit quand on est dans le Seigneur. C’est pourquoi il dit : Dans le Seigneur, comme il est dit dans Ne 8,10 : 'La joie du Seigneur est votre force.' De même, [il faut la] continuité ; d’où le fait qu’il dise : En tout temps, comme dans 1Th 5,16 : 'Soyez toujours dans la joie.' Cela se fait quand elle n’est pas interrompue par le péché : alors, en effet, il y a continuité. Mais parfois, elle est interrompue par une tristesse temporelle, ce qui montre l’imperfection de la joie. Puisque, en effet, quelqu’un se réjouit parfaitement, sa joie n’est pas interrompue, parce qu’il se soucie un peu d’une chose qui dure peu. Et c’est pourquoi il dit : En tout temps. Elle doit aussi être multiple ; en effet, si on se réjouit à propos de Dieu, on se retrouve aussi à se réjouir de son incarnation, comme il est dit dans Lc 2,10 : 'Je viens vous apporter une nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie, etc.' De même, on se réjouit de son action, selon Pr 21,15 : 'La joie du juste est de faire la justice.' On est touché aussi par la joie de la contemplation, comme le dit Sg 8,16 : 'Car sa conversation n’a rien de désagréable.' De même, si on se réjouit de son bien propre, on se retrouve semblablement à se réjouir du bien des autres. Si on se réjouit pour le présent, on le fait aussi pour le futur ; et c’est pourquoi il dit : Je le répète, etc. De même, elle doit être modérée, pour qu’elle ne s’écoule pas en voluptés, comme le fait la joie mondaine. Et c’est pourquoi il dit : Que votre modération, etc. ; comme pour dire : Que votre joie soit modérée pour qu’elle ne se tourne pas en mœurs dissolues. On dit dans Jdt 16,24 : 'Tout le peuple fut dans la réjouissance à la vue des lieux saints, etc.' ; et dans Pr 12,11 : 'Celui qui est doux, vit dans la modération'. Et il dit : Soit connue de tous les hommes, comme pour dire : Que votre vie soit modérée dans les choses extérieures, pour que son apparence n’offense personne : en effet, cela gênerait votre manière de vivre. »

Utile pour renoncer aux tentations

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : La joie chrétienne, surtout celle qui vient de l’espérance en la béatitude éternelle est très utile pour renoncer aux tentations du diable. 

5b Le Seigneur est proche Les raisons de la confiance

Quatre modes de présence divine, cause de joie

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « L’homme, en effet, se réjouit de la proximité de l’ami. Or le Seigneur est proche par sa présence de majesté, comme le disent Ac 17,27 'Quoiqu’il ne soit pas loin de chacun de nous'. De même, il est proche en raison de la proximité de la chair, comme le dit Ep 2,13 'Vous qui étiez autrefois éloignés de Dieu, vous vous en êtes approchés.' Il l’est aussi par l’habitation de la grâce, selon ce passage de Jc 4,8 'Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous.' Il l’est encore par la clémence de l’écoute, comme on le voit dans Ps 145,18 'Le Seigneur est proche de tous ceux qui l’invoquent ; et en Is 14,1 'Ce temps de la ruine de Babylone est déjà proche, et les jours n’en sont pas éloignés'. »

Une présence morale

...par la prière
  • →Brenz Expl. Phil. : Cette formule ne vise évidemment pas l’essence de Dieu, qui est partout présente. Elle concerne la faveur et la grâce de Dieu qui écoute nos prières (cf. Ps 145).  
...par la croix
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Le Seigneur est prêt à apporter son aide à tous ceux qui la lui demandent. La consolation des fidèles se trouve au pied de la croix, où ils Le découvrent comme proche, car ils savent que la croix est la porte de la gloire. 
...par la foi en la Providence
...par la foi dans le jugement, particulier et général

6a Ne vous inquiétez de rien Pourquoi ?

Parce que Dieu est provident

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Le Seigneur distribue toutes choses, il n’est donc pas nécessaire que vous soyez inquiets, comme il est dit dans Mt 6,25 'Ne vous inquiétez point où vous trouverez de quoi manger pour le soutien de votre vie, ni d’où vous aurez des vêtements pour couvrir votre corps, etc.' En sens contraire, il y a ce qui est dit dans Rm 12,8 'Que celui qui a la conduite de ses frères s’en acquitte avec vigilance.' Je réponds qu’il faut dire que la sollicitude comporte parfois l’empressement à chercher ce qui manque ; cela est recommandable et s’oppose à la négligence ; parfois, elle comporte l’anxiété de l’âme, avec un défaut d’espérance, et la crainte concernant l’obtention de ce sur quoi l’on s’inquiète, et c’est cela que le Seigneur interdit dans Mt 6, et l’Apôtre ici, parce qu’on ne doit pas désespérer que le Seigneur donne le nécessaire. Mais à la place de l’inquiétude, nous devons avoir recours à Dieu, comme le recommande 1P 5,7 'Jetant dans son sein toutes vos inquiétudes, parce qu’il a soin de vous.' Et cela se fait en priant. »
  • →Calvin Comm. NT : Premièrement, l’ignorance de la Providence de Dieu est la cause de toute impatience, c’est elle qui fait que nous sommes si vite désorientés : nous oublions le soin de Dieu pour nous. Deuxièmement, reposer dans sa garde, sachant qu'un Dieu paternel veille sur nous, rendre grâce et finalement désirer la volonté de Dieu nous délivrera de l’angoisse. C'est pourquoi il ajoute la promesse des v.6-7.

Parce que c'est Dieu qui juge

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Paul fait peut-être allusion au jugement particulier de l’individu au moment de sa mort, mais il s'agit plutôt du jugement universel et final, envisagé dans un avenir relativement proche. 

Pourquoi pas ? 

  • →Brenz Expl. Phil. : Une certaine inquiétude est louable, jusqu’au moment où elle devient la cause de désordre.
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Le chrétien doit conserver certaine inquiétude : on nous a appris à nous préoccuper du commandement de la charité fraternelle. Mais la foi doit demeurer la règle nécessaire de toute sainte inquiétude. 

6bc la prière et la supplication avec action de grâces Prier...

Pourquoi ?

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 15,4,4-7 « Voilà un antidote capable de dissiper toute peine, tout chagrin, tout ennui. »
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Priez sans cesse et vous serez sains et saufs. En effet, bien des affaires de l’État et de l’Église apporteront des pierres d’achoppement, mais vous devez prier à Dieu !

Comment ?

En adoptant quatre attitudes
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « C’est de façon convenable qu’après avoir dit : Le Seigneur est proche, il poursuit en parlant de la prière. En effet, les prières sont présentées au Seigneur qui doit venir à nouveau. Et il définit les quatre éléments qui sont nécessaires dans n’importe quelle prière. En effet, la prière implique une ascension de l’intellect vers Dieu. Et c’est pourquoi il dit : Par des prières. On trouve dans Si 35,21 'La prière d’un homme qui s’humilie percera les nues, etc.' De même, elle doit s’accompagner de la confiance d’obtenir, et cela à cause de la miséricorde de Dieu, comme il est dit dans Dn 9,18 'Ce n’est point par la confiance en notre propre justice que nous vous offrons nos prières, en nous prosternant devant vous ; mais c’est dans la vue de la multitude de vos miséricordes, etc.' Il ajoute : Et des supplications, ce qui signifie la prière par la grâce de Dieu et par sa sainteté, et c’est pourquoi elle est le propre de celui qui s’humilie, comme on le voit dans Pr 18,23 'Le pauvre ne parle qu’avec des supplications.' Et cela se fait quand nous disons : Par ta Passion et par ta croix, etc. Mais parce que quelqu’un qui est ingrat pour des bienfaits reçus est indigne de recevoir d’autres biens, il ajoute : Avec des actions de grâce, comme dans 1Th 5,18 'Rendez grâces à Dieu en toutes choses.' Il donne alors la demande. Et c’est pourquoi il dit : Vos besoins, comme il est dit dans Mt 7,7 'Demandez et on vous donnera.' »
En étant désintéressé
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : L’Église prie vraiment quand elle ne demande rien de temporel, sinon ce qui est nécessaire à l’ordre spirituel. Cela est très bien illustré dans les prières de Jésus lui-même et dans les oraisons du Carême.
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Tout bon projet, même l’édification de l’Église doit être soumis à la gloire de Dieu. Dans son amour, Dieu permet que toutes choses ne repondent pas à nos prières. Spirituellement, l’état d’affliction est souvent plus profitable que la réussite, comme en témoignent les premiers siècles de l’Église.

7a la paix de Dieu Vers les hommes

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « La paix, selon Augustin, est la tranquillité de l’ordre, la perturbation de l’ordre étant en effet la destruction de la paix. Cette tranquillité de l’ordre se considère de trois façons. D’abord en tant qu’elle est dans le principe de l’ordre, à savoir en Dieu, selon Rm 13,2 'Les choses qui sont de Dieu sont ordonnées, etc.' De cet abîme en lequel est la paix, elle dérive d’abord et de façon plus parfaite sur les bienheureux, en lesquels il n’y a ni trouble, ni péché, ni châtiment, et de là elle découle vers les hommes saints. Et plus il est saint, moins il souffre de trouble de l’esprit. Ps 119,165 dit 'Ceux qui aiment votre loi jouissent d’une grande paix, et il n’y a point pour eux de scandale', la paix est parfaite dans les bienheureux, comme il est dit dans Is 66,12 'Je vais faire couler sur elle comme un fleuve de paix, etc.' Mais parce que notre cœur ne peut être étranger à toute perturbation si ce n’est par Dieu, il faut que cela se fasse par lui. C’est pourquoi il dit : de Dieu. » 
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : La paix est la tranquillité de l’ordre : la « paix de Dieu » ne résulte donc pas d’un jeu de forces naturelles, mais de l’amour de Dieu et pour Dieu.
  • →Mélanchthon Enarr. Phil. : La paix ici est appellée le plaisir de Dieu, par lequel Dieu le Père embrasse tous ceux qui croient au Bien-Aimé et préserve leur affection et leur compréhension de la vraie foi.
  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Sur le plan dogmatique, Dieu est la « Paix » même, mais le mot désigne ici plus particulièrement la paix établie par le Christ entre Dieu et les hommes. Sur le plan moral, la paix désigne la tranquillité de la conscience, dont tout chrétien doit apprendre à se servir comme d’un bouclier contre ses ennemis, surtout le diable.  

7a qui dépasse tout entendement Une paix supra-humaine et supra-angélique

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 15,4,4-7 « Car cette paix surpasse toute intelligence humaine ; et si vous demandez comment, écoutez : quand Dieu nous ordonne d'avoir la paix avec nos ennemis, avec ceux qui nous font un mal injuste, qui nous provoquent, qui nous gardent de la haine, une loi semblable n'est-elle pas au-dessus de tout esprit humain ? »
  • →Marius Victorinus Comm. Phil. 4,7 « Quand la paix de Dieu sera descendu sur nous, nous comprendrons Dieu. »
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « La paix, selon qu’elle est considérée dans son principe lui-même, dépasse tout sens créé, parce que, comme il est dit dans 1Tm 6,16 'Il habite une lumière inaccessible' ; et dans Jb 36,26 'Certes Dieu est grand, il passe toute notre science, etc.' Et selon qu’elle est dans la patrie, elle dépasse tout sens angélique ; mais selon qu’elle est dans les saints du chemin, elle dépasse tout sens humain de ceux qui n’ont pas la grâce, comme le dit Ap 2,17 'Je donnerai au victorieux la manne cachée, et je lui donnerai encore une pierre blanche, etc.' Donc, cette paix gardera vos cœurs, c’est-à-dire vos affections, pour que vous ne vous écartiez d’aucun bien, comme il est dit dans Pr 4,23 'Appliquez-vous avec tout le soin possible à la garde de votre cœur, parce qu’il est la source de la vie.' Et vos pensées, pour que vous ne déviiez en rien de ce qui est vrai. Et cela, dans le Christ Jésus. Par la charité de celui-ci, l’affectivité est gardée du mal, et par la foi en lui, l’intellect persévère dans le vrai. »

8 vertu Nécessité et contenu d’une morale chrétienne

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 15,4,9 « Comme il est absolument impossible de définir par le menu tous les devoirs, nos allées et venues, nos conversations, notre extérieur, nos habitudes intimes, et que toutefois le chrétien doit tout régler, saint Paul les résume. »
  • →Brenz Expl. Phil. : Un mot grec suffit à résumer l'équilibre à trouver : epieikeia qui dénote la modération ; il s’agit d’adoucir la sévérité de la Loi. On dit bien summum ius summa iniuria (→Cicéron Off. 1,33, « Zu scharpf macht schertig »). Dans l’intérêt de la société, quand on applique le droit, on doit faire place au pardon et à un certain adoucissement et bannir la cruauté.
  • →Mélanchthon Enarr. Phil. : Le contenu de la vertu, ce sont les dix commandements. Il est bon que soit ici présentée une liste de vertus en bonne et due forme : cela donne une juste mesure aux devoirs dont on doit porter le fardeau.

8 aimable Ou : « modéré »

  • →Mélanchthon Enarr. Phil. s’efforce de trouver le mot grec sous le mot amabilia de la Vulgate : non pas le prosphilê du texte, mais plutôt le terme epieikeia qui lui semble rendre le sens de la pensée paulinienne. Il désigne une forme de modération, comme celle de David en 2R 19 ou de Cyrus selon Xénophon. 

11b j’ai appris Paul sage parfait et modèle du chrétien

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Rien ne démontre mieux l’attitude du parfait sage, que le fait de savoir profiter de n’importe quel état. En effet, de même qu’un bon chef est celui qui, avec n’importe quelle armée agit selon son exigence et un bon cordonnier celui qui fait de très bonnes sandales avec n’importe quel cuir, ainsi, est parfait celui qui sait profiter de n’importe quel état, de sorte que, s’il est dans un état élevé, il ne s’exalte pas, et s’il est dans une situation basse, il ne soit pas abattu. Et c’est pourquoi il dit : J’ai appris, etc., comme dans Is 50,5 'Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et je ne lui ai point contredit, etc.' Et cela me suffit, si j’ai peu ; si j’ai beaucoup, je sais me réfréner. Et c’est pourquoi il s’explique en disant : Je sais vivre dans le dénûment. Or l’humilité signifie parfois une vertu particulière, comme dans Lc 14,11 et Lc 18,14 'Quiconque s’abaissera sera exalté' ; et parfois un abaissement, comme dans Ps 105,18 'Il fut humilié par les chaînes qu’on lui mit aux pieds.' Et c’est dans ce sens qu’il parle ici, disant : Je sais vivre dans le dénûment, c’est-à-dire je sais supporter de façon tranquille l’abjection, comme il convient. Et parce que les hommes sont exaltés par les richesses et déprimés par la pauvreté, il appelle exaltation l’abondance. Et dans les deux cas, il y a un danger, parce que, du fait de l’abondance, l’esprit s’élève contre Dieu, mais du fait de la pauvreté, il s’en éloigne. Et c’est pourquoi il est dit dans Pr 30,8 'Ne me donnez ni la pauvreté, ni les richesses.' »
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Paul rappelle qu’il a appris à se satisfaire de ce qu’il a, même quand c’est insatisfaisant. En effet, modestie et patience ne sont que plus évidentes quand elles se manifestent en temps de manque et de besoin.
  • →Brenz Expl. Phil. : Le vrai chrétien doit se réjouir, qu'il soit riche ou pauvre, tandis que les hypocrites enseignent que l’âme religieuse se doit de n'avoir rien et d'arborer triste mine.

11b être autosuffisant Un idéal divin ?

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Dieu est parfois nommé Shaddai, qui veut dire : « suffisant ». Les anges, eux, ne sont inférieurs en liberté que par rapport à Dieu, parce qu'ils ne manquent de presque rien. C'est à cet idéal que tendent les religieux : la vie ascétique et la théologie de Grégoire le Grand par exemple avaient pour fondations de tels versets, qu'il faut bien comprendre dans le sens de la pauvreté concrète, plutôt que de l’humilié de l’esprit. 

13 le Christ qui me donne la force De faire le bien

15–19 Métaphore financière →Vocabulaire financier chez Paul, en particulier en Philippiens

Du bon usage des dons dans les Églises

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Qui m’avez envoyé deux fois à Thessalonique, etc. Et ceci est un argument pour que le pape puisse recevoir d’une Église afin d’en aider d’autres, mais non sans quelque raison. Or quand une personne donne à une autre, deux choses sont à considérer, à savoir, la nature du cadeau, et le mérite du donateur. Celui qui se réjouit des biens temporels se réjouit de la nature du cadeau et ne cherche qu’un donateur. C’est le cas du mercenaire. Mais celui qui cherche le mérite du donateur cherche un fruit de vertu et de justice, et tel est le pasteur. »

La pieuse générosité comme « bonne affaire »

  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Les dons que Paul a reçus lorsqu’il était emprisonné avaient une raison profonde : non tant révéler son indigence, que faire éclater la générosité de ses amis. Ainsi donc, l’expérience de l’indigence permise par Dieu ne suffit pas à la sainteté, il faut encore y joindre la puissance du Christ, telle qu’elle se manifeste dans les vertus dont il gratifie Paul. 
  • →Brenz Expl. Phil. : Celui qui sème avec genérosité récoltera en abondance. Les personnes pieuses qui donnent l’aumône aux pauvres sont les meilleurs hommes d’affaires. 

18c parfum de suave odeur Dieu agrée l’aumône qui vient du coeur

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 16,4,18 « Ce n'est pas moi qui ai reçu, dit-il, c'est Dieu par moi ; aussi quand je n'aurais aucun besoin, n'y regardez pas ; Dieu n'avait pas besoin assurément, et pourtant il a reçu [...]. Car ce n'étaient sans doute ni l'odeur, ni la fumée qui rendaient un sacrifice agréable ; mais bien le cœur qui l'offrait. »
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il est dit dans Lv 3,5 et Lv 4,31 'Offrez l’holocauste pour être une oblation d’une odeur très agréable au Seigneur.' En effet, c’est une odeur agréable à Dieu que la dévotion de ceux qui lui offrent quelque chose, et parmi toutes les offrandes, les aumônes ont le plus de valeur, comme il est dit dans He 13,16 'Souvenez-vous d’exercer la charité, et de faire part de vos biens aux autres, car c’est par de semblables hosties qu’on se rend Dieu favorable.' »
  • →Brenz Expl. Phil. : Dieu nous bénit continuellement, bien que nous soyons souvent ingrats (cf. les dix lépreux en Lc 17,19). Il agrée qu’on lui offre des sacriifces de modération et de pardon envers son prochain. Il est glorifié quand on pardonne à un autre ou donne du pain au pauvre. Mais il déteste les bonnes œuvres des impies et ne veut entendre leurs prières. 

19b par le Christ Le bien-être des chrétiens glorifie le Christ

  • →Ambrosiaster Comm. Phil. 4,19 « C’est vraiment la gloire de Jésus Christ, quand, avec la volonté de Dieu, les désirs des chrétiens sont accomplis en conformité avec l’enseignement de l’Évangile. »

20 dans les siècles des siècles Importance de la doxologie La doxologie avec sa formule finale affirmant l’éternité de Dieu est omniprésente dans la vie de l’Église ancienne. Le chrétien ne saurait dire « dans les siècles des siècles » à aucun autre qu’au Christ Dieu :

  • →Tertullien Spect. 25,5 « Quelle conduite, en effet, que de passer de l’église de Dieu à l’église du diable, des anges, comme on dit, à la fange ! Les mains qu’on a levées vers Dieu, les fatiguer l’instant d’après à applaudir un histrion ! De la bouche qui a répondu ’Amen’ à l’Eucharistie, se faire garant d’un gladiateur et dire eis aiônas ap' aiônos ['depuis toujours et à jamais’] à tout autre qu’à Dieu et au Christ ! » (SC 332,291).

Elle termine non seulement presque toutes les prières, mais aussi les homélies, même les actes des martyrs et les écrits hagiographiques ainsi que les traités doctrinaux. Imitant le plus souvent des formulations bibliques, fréquemment pauliniennes, les →doxologies chez les Pères témoignent de leur enracinement dans l’Écriture. 

21a saluez Polémique anti-monastique

  • →Brenz Expl. Phil. : Contrairement au pseudo-idéal des moines, nous devons nous permettre des affections humaines : ce que signifie les salutations de Paul à la fin de sa lettre. 

Mystique

4 Réjouissez-vous

De ce qui est donné et de ce qui est promis

  • →Bernard de Clairvaux Vig. nativ. Dom. 4,1 « Paul ‘éructe cette parole de bonheur’ (Ps 45,2) que vous avez entendue à plusieurs reprises ces jours-ci : Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur, je le répète, réjouissez-vous. Réjouissez-vous, dit-il, de ce qui vous est donné ; et réjouissez-vous encore de ce qui vous est promis, car l’une et l’autre, la réalité effective aussi bien que la réalité espérée, débordent de joie. Réjouissez-vous parce que déjà vous avez reçu les dons de sa main gauche ; réjouissez-vous encore parce que vous attendez les récompenses de sa main droite. ‘Sa main gauche est sous ma tête, et sa main droite m’éteindra’ (Ct 2,6), dit l’Écriture. Oui, sa gauche soulève, et sa droite accueille ; sa gauche guérit et rend juste, sa droite étreint et rend bienheureux ; dans sa gauche est contenu ce qui nous justifie, mais dans sa droite ce qui nous récompense. Oui, dans sa droite sont les délices, et dans sa gauche les médications » (SC 480,263).

Attente impatiente de la plénitude de la joie

  • →Bernard de Clairvaux Vig. nativ. Dom. 4,10 « Quand donc Seigneur, ‘me combleras-tu de joie par la vue de ton visage ?’ (Ps 16,11) ‘Nous nous réjouissons’ en toi car ‘tu nous as visités, Soleil levant venu d’en haut’ (Lc 1,78). ‘Nous nous réjouissons encore’ (Ph 4,4) ‘dans l’attente de la bienheureuse espérance’ (Tt 2,13) de ton second avènement. Mais quand donc viendra la plénitude de la joie, une joie provoquée non plus par l’évocation mais par la présence même, une joie suscitée par la manifestation et non plus seulement par l’attente ? » (SC 480,281.283).

L’exemple de Paul

  • →Cabasilas Vita 7,90-91 « Qu’il se réjouissait en tout temps, cela ressort clairement des paroles par lesquelles il exhortait les autres à se réjouir sans cesse : Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, dit-il, je vous le répète, réjouissez-vous ; il n’aurait pas conseillé aux autres ce qu’il n’eût pas montré auparavant par ses propres actes. Telle est la vie des saints, c’est ainsi qu’elle est bienheureuse : dès à présent, comme il est normal pour ceux qui cueillent le fruit de la béatitude par l’espérance et la foi ; mais quand ils s’en iront, elle sera d’autant plus grande que recevoir la réalité même est plus parfait que d’espérer, et que la vision pure du bien est plus parfaite que la foi » (SC 361,207).

La joie, remède à la mélancolie et chemin de la vraie dévotion

  • →François de Sales Lettres 315 (« À Mme de Rie, religieuse de l’abbaye de Baume-les-Dames », 10 octobre 1605) « Réveillez souventefois en vous l’esprit de joie et de suavité, et croyez fermement que c’est le vrai esprit de dévotion ; et si parfois vous vous sentez attaquée du contraire esprit de tristesse et d’amertume, élancez à vive force votre cœur en Dieu et le lui recommandez, puis, tout soudainement, divertissez-vous à des exercices contraires, comme de vous mettre à quelque conversation sainte, mais de celles qui vous peuvent réjouir. Sortez à vous promener, lisez quelque livre de ceux que vous goûterez le plus, et comme dit le saint Apôtre, chantez quelque chanson dévote (Ep 5,19). Et ceci, vous le devez faire souvent, car, outre que cela récrée, Dieu en est servi. Que si vous usez de ces moyens, vous rompez petit à petit le chemin à toutes amertumes et mélancolies spirituelles » (vol. 13, 1904, 112).

5s Résonance biblique

  • →Bernard de Clairvaux Vig. nativ. Dom. 4,10 « Que votre modération soit connue de tous les hommes, dit l’Apôtre, car le Seigneur est proche. Il est juste en effet que soit connue notre modération, de même que fut connue par tous la modération du Seigneur notre Dieu. Quoi de plus inconvenant en effet, pour l’homme conscient de sa fragilité, que d’agir avec démesure alors que ‘le Seigneur de Majesté’ (Ps 29,3) s’est montré modéré au milieu des hommes ? ‘Apprenez de moi, dit-il, que je suis doux et humble de cœur’ (Mt 11,29), de façon que votre modération puisse être connue de tous. Quand à ce qui suit : Le Seigneur est proche, il faut le comprendre de la main droite. Car lui-même dit, en parlant de la gauche : ‘Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin du monde’ (Mt 28,20). Oui, le Seigneur est proche, mes frères, n’entretenez aucun souci. ‘Il est tout proche’ (Mc 13,29), et bientôt il va se montrer. Ne défaillez pas, ne vous lassez pas. ‘Cherchez-le tant qu’il se laisse trouver, appelez-le tant qu’il est proche’ (Is 55,6). ‘Proche est le Seigneur des hommes au cœur brisé’ (Ps 34,19), ‘proche de ceux qui l’attendent, de ceux qui l’attendent en vérité’ (Ps 145,18). Et veux-tu savoir à quel point il est proche ? Écoute l’Épouse ; elle chante que ‘l’Époux est là, juste derrière le mur’ (Ct 2,9). Ce mur, comprends que c’est ton corps, un écran qui t’empêche encore de voir celui qui est tout proche. C’est pour cela que Paul ‘a envie de mourir et d’être avec le Christ’ (Ph 1,23), et il s’écrie en se lamentant : ‘Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort’ (Rm 7,24) ? » (SC 480,283).

7a la paix de Dieu, qui dépasse tout entendement

Déplacée dans la bouche de Syméon

  • →Guerric d’Igny Serm. (« 3e sermon pour la Purification ») met ces paroles dans la bouche de Syméon et développe son cantique : « Maintenant, Seigneur, laisse aller en paix ton serviteur selon ta parole, après que mes yeux ont vu ton salut (Lc 2,29-30), qui est notre paix et qui fait l’unité, non seulement entre le Juif et le gentil, mais encore entre Dieu et l’homme, et, en l’homme, entre l’esprit et la chair. Désormais, ton serviteur ne conserve plus qu’un seul désir : de dormir et reposer en l’unité de la paix (Ps 4,9), et que la paix de Dieu qui surpasse tout sentiment m’absorbe tout entier dans l’harmonie de cette suprême et simple unité. Elle est venue, la paix que j’ai attendue. Que repose en la paix celui qui a cherché la paix et s’est toujours appliqué à poursuivre ce qui touche à la paix ! » (SC 166,349).

Liée à la glorification de la chair

  • →Bernard de Clairvaux Adv. Dom. 6,6 « ‘Mon âme a soif de toi, et combien plus encore ma chair aspire après toi’ (Ps 63,2) ! C’est ainsi que l’âme du Prophète désirait le premier avènement par lequel, elle le savait, elle serait rachetée. Mais sa chair bien plus encore désirait le dernier avènement et sa propre glorification. Alors ‘nos désirs seront comblés’, et ‘toute la terre sera pleine de la gloire du Seigneur’ (Ps 72,19 ; Is 6,3). À cette gloire, à cette béatitude, à cette paix enfin qui surpasse toute intelligence, que le Seigneur lui-même veuille nous conduire en sa miséricorde, et ‘qu’il ne déçoive pas notre attente’ (Ps 119,116), ‘lui, le Sauveur que nous attendons, Jésus-Christ’ (Ph 3,20) notre Seigneur ‘qui est au-dessus de tout, béni pour les siècles’ (Rm 9,5) » (SC 480,187.189).

À contempler, à désirer, à défaut de la posséder dans ce monde

  • →Bernard de Clairvaux Vig. nativ. Dom. 2,1 « soyez de véritables hommes de Juda, et soyez aussi la véritable Jérusalem, et vous n’aurez plus rien à craindre. Car Jérusalem, c’est la vision de paix ; vision, mais pas encore possession, car ‘le Seigneur a établi la paix à son terme’ (Ps 147,14), et non pas à son début ni en son milieu. Si donc vous ne possédez pas la paix, ou plus exactement puisque, en ce monde, vous ne pouvez posséder la paix parfaite, mais seulement la voir, regardez-la, contemplez-la, désirez-la. Que les yeux de votre cœur soient tournés dans cette direction. Que votre intention ait pour visée la paix, en sorte que ‘tout ce que vous faites’ [cf. Col 3,23], vous le fassiez par désir de cette paix qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer. En toutes choses, n’ayez qu’un but : ‘être réconciliés’ (Rm 5,10) et ‘en paix avec Dieu’ (Rm 5,1) » (SC 480,215.217).

Au-delà de la paix sur terre

  • →Bernard de Clairvaux Vig. nativ. Dom. 4,8 « ‘ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment, l’œil ne l’a pas vu, l’oreille ne l’a pas entendu, et cela n’est pas monté au cœur de l’homme’ (1Co 2,9). Il s’agit en effet, ‘d’une lumière inaccessible’ (1Tm 6,16), d’une paix qui surpasse toute intelligence [...]. Non, l’œil n’a pu voir cette lumière inaccessible, ni l’oreille entendre l’annonce de cette paix incompréhensible. Certes, ‘ils sont beaux, les pas de ceux qui annoncent la bonne nouvelle de la paix’ (Rm 10,15), mais bien que ‘leur voix ait résonné par toute la terre’ (Ps 19,5), pourtant cette paix qui surpasse toute intelligence, ils n’ont pu en saisir la grandeur, ni la transmettre aux oreilles d’autrui. Paul lui-même dit en effet : ‘Frères, je ne me flatte pas de l’avoir saisie’ (Ph 3,13). Or ‘la foi vient de l’écoute, et ce qu’on écoute, c’est la Parole de Dieu’ (Rm 10,17) ; il s’agit de la foi et non de la vision, de la promesse et non du don de la paix. Au vrai, il y a bien aussi dès maintenant ‘la paix sur la terre pour les hommes de bonne volonté’ (Lc 2,14). Mais qu’est cette paix-ci à côté de la plénitude et de l’excellence de cette paix-là ? C’est pourquoi le Seigneur lui-même dit : ‘Ma paix, je vous la donne ; ma paix, je vous la laisse’ (Jn 14,27). Ma paix, celle qui surpasse toute intelligence, et qui est une paix au-delà de la paix, vous n’êtes pas encore capables de la recevoir. Aussi, ce que je vous donne, c’est la patrie de la paix ; ce que je vous laisse dans l’entre-temps, c’est le chemin de la paix » (SC 480,277).

Lien entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit

  • →Julien de Vézelay Serm. 9 « Ce Roi, c’est le roi de la cité sainte, Jérusalem, objet des désirs et des soupirs du cœur de tant de nos pieux frères. Jérusalem – son nom exprime ce qu’elle est en réalité – veut dire ‘vision de paix’, de cette paix qui surpasse toute intelligence. La paix qu’on y voit régner, c’est celle du Père, du Fils et du Saint-Esprit : bien qu’ils soient trois, ils y conservent cependant, dans leur admirable identité de nature, ‘l’unité de l’esprit par le lien de la paix’ (Ep 4,3). Aucun choc d’événement extérieur n’est capable d’altérer cette paix. Que s’écroule le monde, que toute la création s’évanouisse et retourne au néant, la paix de l’esprit de Dieu (pax divinae mentis) subsiste immuable en son état. Cette paix, la créature peut la contempler, elle ne peut la posséder en elle de son propre fonds. Par le fait même qu’elle contemple avec émerveillement une paix qui la dépasse, elle emprunte à autrui cette paix, puisqu’elle est toute tendue vers un autre qu’elle même. [...] C’est donc en lui, le roi de Jérusalem, c’est-à-dire de la vision de paix, de cette paix qui surpasse toute expérience humaine parce qu’elle déborde tous les cœurs qu’elle accueille ; qui surpasse toute expérience humaine parce que, pour ainsi dire, une créature peut bien la ressentir partiellement, intégralement jamais » (SC 192,215).

Assimilée à la charité et à la bonté divine

  • →Cabasilas Vita 1,7 « De même en effet que la philanthropie de Dieu est indicible, et que sa charité [agapê] pour notre race dépasse l’entendement [logon] humain et n’est assortie qu’à la bonté [agathotêti] divine – car c’est elle, la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence –, de même, par suite, son union avec ceux qu’il aime dépasse toute union qui se puisse concevoir, et ne souffre aucune comparaison » (SC 355,81.83).

13 Je peux tout dans le Christ Si le Christ est en nous

  • →Bernard de Clairvaux Adv. Dom. 7,2 « Indispensable [...] la venue du Sauveur ; indispensable, oui, la présence du Christ pour les hommes ainsi compromis. Et puisse-t-il venir de telle manière que, dans l’abondance de sa faveur, tout à la fois il éclaire notre aveuglement ‘en habitant en nous par la foi’ (Ep 3,17), ‘il vienne au secours de notre faiblesse’ (Rm 8,26) ‘en demeurant avec nous’ (Lc 24,29) et il protège et défende notre fragilité en intervenant pour nous. Car si lui est en nous, qui pourrait encore nous tromper ? Si lui est avec nous, de quoi ne sommes-nous pas capables désormais en celui qui nous rend forts ? » (SC 480,193).

Théologie

8b tout ce qui est vrai MORALE Sens de l’énumération selon Thomas d’Aquin

Une théorie de l’acte bon ?

→Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Quand il dit ensuite : Que tout est vrai, etc., il ordonne leur action, et d’abord il les amène à bien agir, quand il donne l’objet de leur action, à savoir le bien qui est à faire, puis il donne le motif de l’acte, troisièmement, l’acte, quatrièmement le fruit de l’acte. Ces quatre choses sont développées ici.

L’objet de l’acte bon

est ou l’objet de la connaissance, ou celui de l’affection. Pour l’intelligence, c’est le vrai, pour l’affectivité c’est le bien. Et c’est pourquoi il dit : Que tout, c’est-à-dire, du fait que vous êtes ainsi affermis, réfléchissez à tout ce qui est vrai par la foi, comme il est dit dans Za 8,19 'Aimez seulement la vérité et la paix.' Mais quant à l’affectivité, il faut savoir que certaines choses relèvent de la nécessité de la vertu, d’autres sont surajoutées. Trois éléments sont nécessaires à la vertu : premièrement que l’homme soit intègre en lui-même. Et sur ce point, il dit : Tout ce qui est honorable, c’est-à-dire chaste, comme il est dit dans Jc 3,17 'Mais la sagesse qui vient d’en haut est premièrement chaste, etc.' Deuxièmement, il faut qu’il soit bien réglé vis-à-vis du prochain ; c’est pourquoi il dit : Tout ce qui est juste, etc., selon Mt 5,6 'Bienheureux ceux qui sont affamés et altérés de justice, etc.' Troisièmement, il faut qu’il soit ordonné à Dieu ; d’où le fait qu’il dise : Tout ce qui est pur. Ainsi dans Lc 1,75 'Nous le servirons sans crainte, dans la sainteté et la justice, nous tenant en sa présence tous les jours de notre vie, etc.'

Deux objets s’ajoutent à ce qui est nécessaire : d’abord que l’homme soit porteur d’amitié ; deuxièmement qu’il garde une bonne renommée. Concernant le premier point, il dit : Tout ce qui est aimable, c’est-à-dire, tout ce qui mène à une amitié mutuelle. Si 7,39, le recommande 'Ne soyez point paresseux à visiter les malades ; car c’est ainsi que vous vous affermirez dans la charité' ; et Pr 18,24 'L’homme dont la société est agréable sera plus aimé que le frère'. Pour le second point, il dit : Tout ce qui est de bonne renommée. En effet, beaucoup de choses peuvent être faites avec une bonne conscience, qui, cependant, doivent être évitées à cause de la renommée, selon Si 41,15 'Ayez soin de vous procurer une bonne réputation, car ce vous sera un bien plus stable que mille trésors grands et précieux.'

Le motif de l’action

est double. Il y a d’abord l’inclination intérieure de l’habitus ; puis la discipline extérieure ou l’instruction. Pour le premier, il dit : S’il est quelque vertu, c’est-à-dire que l’habitus de vertu qui est en vous vous conduise à agir, comme il est dit dans Si 44,6 : 'Ils ont été riches en vertu, ils ont aimé avec ardeur la véritable beauté, et ils ont gouverné leurs maisons en paix.' Pour le second, il dit : S’il est quelque louange, c’est-à-dire s’il y a en vous une discipline louable, faites-le bien, d’après Ps 119,66 : 'Enseignez-moi la bonté, la discipline, et la science, etc.'

Et il explique quelle est cette discipline, en disant : Que ce soit là l’objet de vos pensées, à savoir : Ce que vous avez appris de moi quand je vous enseignais. Il est dit dans Mt 11,29 'Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, etc.' ; et 1Th 2,13 'Ayant entendu la parole de Dieu que nous vous prêchions, vous l’avez reçue, non comme la parole des hommes, mais comme étant, ainsi qu’elle l’est véritablement, la parole de Dieu, etc.' Et ce que vous avez vu faire à moi-même, par les exemples. Ainsi, en effet, apparaissent le motif et l’objet de l’acte, parce que la discipline s’acquiert par la doctrine. Et il faut qu’elle soit d’abord reçue ; c’est pourquoi il dit : Que ce soit là l’objet de vos pensées. Puis qu’on y adhère, d’où le fait qu’il dise : Ce que vous avez appris et reçu de moi. Enfin, il faut la posséder par l’ouïe et par la vue ; d’où : Ce que vous m’avez entendu dire et vu faire à moi-même.

L’acte bon

est double, c’est-à-dire qu’il y en a un intérieur, qui est évoqué ici : Que ce soit là l’objet de vos pensées, comme dans 1Tm 4,15 : 'Méditez ces choses' ; l’autre est extérieur : Pratiquez-le, selon Is 1,16 'Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, etc.'

Le fruit

est Dieu : Et le Dieu de paix, etc. ; comme pour dire : Si vous faites cela, Dieu sera avec vous, selon qu’il est dit dans 2Co 13,11 'Vivez dans la paix ; et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous.' »

13 Je peux tout DOGMATIQUE ... Avec la grâce

  • →Trente Cum hoc tempore 15 (→DzH 1544) « [certains] commettent des péchés mortels dont, avec l’aide de la grâce divine, ils peuvent s’abstenir. »

Littérature

20 dans les siècles des siècles Explorations littéraires de la formule Transmise notamment par la liturgie (→Doxologie en liturgie), la formule récurrente chez Paul est reprise par de nombreux écrivains qui en exploitent le caractère hyperbolique.

Sciences naturelles : travail sans fin de la raison

  • →Diderot Nature (Dédicace « Aux jeunes gens qui se disposent à l’étude de la philosophie naturelle ») « Quand on vient à comparer la multitude infinie des phénomènes de la nature avec les bornes de notre entendement et la faiblesse de nos organes, peut-on jamais attendre autre chose de la lenteur de nos travaux, de leurs longues et fréquentes interruptions et de la rareté des génies créateurs, que quelques pièces rompues et séparées de la grande chaîne qui lie toutes choses ? ... la philosophie expérimentale travaillerait pendant les siècles des siècles, que les matériaux qu’elle entasserait, devenus à la fin par leur nombre au-dessus de toute combinaison, seraient encore bien loin d’une énumération exacte » (éd. Versini 1994, 562).

Deux natures dans l’incarnation : éternelle plaisanterie divine ?

  • →Balzac Séraphîta (« Les nuées du sanctuaire ») « L’être mystérieux », qui s’exprime par la bouche de Séraphîta, interroge sur l’unité de Dieu : « Qui a raison, de la Matière ou de l’Esprit, quand aucun des deux modes ne saurait avoir tort ? Qui peut reconnaître Dieu dans cette éternelle Industrie par laquelle il se partagerait lui-même en deux Natures, dont l’une ne sait rien, dont l’autre sait tout ? Concevez-vous Dieu s’amusant de lui-même sous forme d'homme ? riant de ses propres efforts, mourant vendredi pour renaître dimanche, et continuant cette plaisanterie dans les siècles des siècles en en sachant de toute éternité la fin ? ne se disant rien, à lui Créature, de ce qu’il fait, lui Créateur ? » (Pléiade 141,813).

Souffrances et humiliations : attente infinie du pardon sans le Christ

  • →Bloy Mendiant (3 décembre 1894) « Jésus est au centre de tout, il assume tout, il porte tout, il souffre tout. Il est impossible de frapper un être sans le frapper, d’humilier quelqu’un sans l’humilier, de maudire ou de tuer qui que ce soit sans le maudire ou le tuer lui-même. Le plus vil de tous les goujats est forcé d’emprunter le visage du Christ pour recevoir un soufflet, de n’importe quelle main. Autrement, la claque ne pourrait jamais l’atteindre et resterait suspendue, dans l’intervalle des planètes, pendant les siècles des siècles, jusqu’à ce qu’elle eût rencontré la face qui pardonne... » (1908, 313-314).

Portement de la croix : nombre infini de volontaires, vie éternelle pour le seul à l’avoir fait

  • →Péguy Mystère utilise l’expression « dans/depuis les siècles des siècles » à six reprises. Ainsi, à propos de Simon de Cyrène, cet « homme qui passait juste là. Combien d’hommes depuis, des infinités d’hommes dans les siècles des siècles auraient voulu être là, à sa place, avoir passé, être passés là juste à ce moment-là. Juste là. Mais voilà, il était trop tard, c’était lui qui était passé, et dans l’éternité, dans les siècles des siècles il ne donnerait pas sa place à d’autres ; et eux, les tard venus, ils ont été forcés de se rabattre sur d’autres croix, de s’exercer, de faire des exercices, de se rabattre à porter d’autres croix » (Pléiade 60,44).

Sommeil humain : proche de la mort et de l’éternité

  • →Proust Sodome « L’attelage du sommeil, semblable à celui du soleil, va d’un pas si égal, dans une atmosphère où ne peut plus l’arrêter aucune résistance, qu’il faut quelque petit caillou aérolithique étranger à nous (dardé de l’azur par quel inconnu ?) pour atteindre le sommeil régulier (qui sans cela n’aurait aucune raison de s’arrêter et durerait d’un mouvement pareil jusque dans les siècles des siècles) et le faire, d’une brusque courbe, revenir vers le réel, brûler les étapes, traverser les régions voisines de la vie - où bientôt le dormeur entendra, de celle-ci, les rumeurs presque vagues encore, mais déjà perceptibles, bien que déformées - et atterrir brusquement au réveil » (éd. Compagnon 1989, 370-371).

Avant la mort : malheur irréversible inscrit dans la race des humbles

  • →Bernanos Journal : Peu avant de mourir, le jeune curé aurait voulu conseiller à la compagne de M. Louis de partir, mais ne l’a pas fait : « Elle serait partie. Mais elle serait partie sans comprendre, pour obéir une fois de plus à l’instinct de sa race, de sa douce race promise depuis les siècles des siècles au couteau des égorgeurs. Elle se serait perdue dans la foule des hommes avec son humble malheur, sa révolte innocente qui ne trouve pour s’exprimer que le langage de l’acceptation. Je ne crois pas qu’elle soit capable de maudire, car l’ignorance incompréhensible, l’ignorance surnaturelle de son coeur est de celles que garde un ange » (Pléiade 232,1257).

Arts visuels

3 Bible hiéroglyphique

Thomas Bewick (1753-1828) et Rowland Hill (1744-1833), →New Hieroglyphical Bible (impression au plomb et gravure sur bois, 1794), 14 x 9 cm

Thomas Fisher Rare Book Library, Toronto (Canada) © Domaine public - Photo : Dr. Ralph F. Wilson

Le « vrai compagnon » est ici un compagnon de joug : celui du Christ, facile à porter. Le symbole utilisé pour la vie (le « Livre de Vie ») est en effet très enviable pour un enfant, et original en la circonstance : un tout petit enfant qui fait des bulles ...

3b celles qui ont lutté avec moi Paul et la femme Même s’il ne s’agit pas précisément des femmes de Philippes, une figure féminine est très présente dans l’iconographie primitive de Paul :

  • Une petite plaque d’ivoire→, du début du 5e s. qui faisait partie autrefois d’un coffret, aujourd’hui au British Museum, présente plusieurs scènes de la saga de Pierre et de Paul, en particulier une scène, où Paul prêche à une femme, qui se penche vers sa ville. Il s’agit de Thècle, jeune fille devenue disciple de Paul à Iconium selon les Actes de Paul et Thècle. Persécutée pour sa foi, elle échappa miraculeusement au bûcher à Iconium, aux bêtes à Antioche de Pisidie, et de là s’embarqua pour Séleucie en Syrie (refaisant d’une certaine manière le parcours du premier voyage de Paul) pour y annoncer l’Évangile jusqu’à un âge vénérable.
  • Un sarcophage théodosien de production romaine, conservé à Marseille (→Christern-Briesenick 2003, 147-148 no 297 tab. 75) : Paul est arrêté par un personnage qui lui met au cou une corde, alors qu’une figure féminine observe la scène, à demi-cachée par un arbre proche (fig. 11). Ces détails empêchent d’identifier cette arrestation comme celle qui eut lieu à Jérusalem, selon Ac 21,31, effectuée par le « tribun de la cohorte », sans mention d’aucune figure féminine. On peut en revanche y reconnaître le moment des Actes de Paul et Thècle, où Tamiri, désespéré par la perte du cœur de celle qui lui était promise comme épouse, se saisit de Paul, en présence de Thècle, pour le conduire au gouverneur. Cette dernière a le crâne rasé et, pour cette raison, couverte d’un turban. Ce détail iconographique a son correspondant exact dans l’histoire de Thècle, avec la promesse qu'elle fit à Paul selon ces mêmes Actes (25 « Je me fais couper les cheveux et je t’accompagnerai où que tu ailles »).
  • Un fragment de sarcophage du cimetière de Saint-Valentin→ (début du 4e s.), aujourd’hui dans les musées du Capitole (exposée au musée de la Centrale Montemartini, inv. 67, →Deichmann 1967, 349 no 832 fig. 134 ; →Salvetti 2009, 194-195 no 65) :  Paul est le timonier d’une barque au nom de Thècle, conduisant ainsi symboliquement la personne à travers la mer, route antique du kérygme évangélique.

Musique

4–7 Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur.   Rejoice in the Lord always

16e s.

  • Giaches de Wert, Gaudete in Domino (1581)

Giaches de Wert (1535-1596), Gaudete in Domino, 1581

Ross W. Duffin (dir.), Quire Cleveland

© Licence YouTube standard→, Ph 4,4

Paroles
Gaudete in Domino semper, iterum dico, gaudete.

Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours, je le dis encore, réjouissez-vous.

Compositeur

Compositeur franco-flamand, Giaches de Wert passa la majeure partie de sa carrière en Italie. Il mourut à Mantoue et est reconnu comme l'un des plus grands madrigalistes de la période tardive.

  • Anonyme, Rejoice in the Lord always

Anonyme, Rejoice in the Lord always

© Licence YouTube standard→, Ph 4,4-7

Paroles

Rejoice in the Lord always: and again I say, Rejoice. Let your softness be known unto all men. The Lord is at hand. Be careful for nothing; but in every thing by prayer and supplication with thanksgiving let your requests be made known unto God. And the peace of God, which passeth all understanding, shall keep your hearts and minds through Christ Jesus.

Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours, je le dis encore, réjouissez-vous. Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien ; mais en chaque chose par la prière et la supplique avec action de grâces, que vos demandes soient portées à la connaissance de Dieu. Et la paix de Dieu, qui surpasse tout entendement, gardera vos cœurs et vos esprits dans notre Seigneur Jésus Christ. 

17e s.

Henry Purcell (1659-1695), Rejoice in the Lord always Z 49, 1685

David Skinner (dir.), Sidney Sussex College choir

© Licence YouTube standard→, Ph 4,4-7

Paroles

Rejoice in the Lord alway, and again I say rejoice. Let your moderation be known unto all men. The Lord is at hand. Be careful for nothing; but in every thing by prayer and supplication with thanksgiving, let your requests be made known unto God. And the peace of God, which passeth all understanding, shall keep your hearts and minds through Jesus Christ our Lord.

Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours, je le dis encore, réjouissez-vous. Que votre modération soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien ; mais en chaque chose par la prière et la supplique avec action de grâces, que vos demandes soient portées à la connaissance de Dieu. Et la paix de Dieu, qui surpasse tout entendement, gardera vos cœurs et vos esprits dans notre Seigneur Jésus Christ. 

Compositeur

Immense musicien et compositeur anglais, Henry Purcell est né et mort à Londres dans le quartier de Westminster. Il a incorporé à sa musique des éléments des styles baroques français et italien, mais a développé un style anglais particulier.

8 Il a sauvé le pauvre

18e s.

Georg Friedrich Händel (1685-1759), The ways of Zion do mourn HWV 264-07 She deliver'd the poor, 1737

John Eliot Gardiner (dir.), Monteverdi Choir and Orchestra

© License YouTube Standard→, Jb 29,12  Si 36,23 Ph 4,8

9 Soyez mes imitateurs et ceux du Seigneur

21e s.

Carlotta Ferrari (1975), Imitatio (Poème symphonique pour orgue inspiré de l'Imitation du Christ), 2016

Carson Cooman

© Licence YouTube Standard→, 1Co 11,1 ; Ph 3,17 ; Ph 4,9 ; 1Th 1,6 ; 2Th 3,7ss

Composition

«Imitatio» est un poème symphonique inspiré de «L'imitation du Christ», du théologien hollandais du Moyen Âge tardif Thomas à Kempis (vers 1380–1471). Chacun des quatre mouvements est inspiré d'un principe du livre.

Livret

1. Conscience de soi 2. Humble soumission 3. Gratitude 4. Consolation intérieure