La Bible en ses Traditions

Philippiens 4,18–20

Byz V S TR Nes

18 Maintenant j’ai de tout et j’abonde,

j’ai été comblé, ayant reçu d’Épaphrodite vos dons :

parfum de suave odeur,

sacrifice

Vhostie acceptable, agréable à Dieu.

18b Épaphrodite Ph 2,25 18c suave odeur Gn 8,21 ; Ex 29,18 ; Lv 1,9.13.17 ; Si 35,8 ; Ep 5,2

19 Et mon Dieu comblera

Vcomble

chacun de vos besoins

Vdésirs

selon sa richesse glorieuse

Vses richesses glorieuses par le Christ Jésus

SJésus le Christ.

19b richesse + par le Christ Jésus Ph 1,11

20 A notre Dieu et Père la gloire Set l'honneur dans les siècles des siècles. Amen.

20 Louange à Dieu Rm 16,27 ; Ga 1,5 ; Ep 3,21 ; 1Tm 1,17 ; 2Tm 4,18

Propositions de lecture

2–23

Structure

4,2-9 est composé de trois parties
  • exhortation à la concorde entre Évodie et Syntychè (v.2-3) ;
  • appel à la joie et à la confiance dans le Seigneur (v.4-7) ;
  • invitation à penser et agir en chrétien à l’exemple de Paul (v.8-9).
4,10-20 est formé de trois unités thématiques
  • joie de Paul pour le don et son style de vie (v.10-13) ;
  • la vraie valeur du don des Philippiens (v.14-17) ;
  • la récompense de Dieu (v.18-20).
4,21-23 est le postscriptum de la lettre

Mouvement de la parénèse finale

  • v.2-9, comme conclusion du corpus de la lettre, est une série d’exhortations de différents caractères, juxtaposées les unes aux autres par une accumulation. L’objet de ces exhortations reste général, sans qu’on puisse savoir avec précision ce que les Philippiens doivent faire. Ceci est caractéristique de la parénèse chez Paul. Il remet souvent au discernement des chrétiens et à l’illumination divine la concrétisation des valeurs qu’il présente (Tradition chrétienne Ph 4,9c).
  • v.10-20 forme l’épilogue de la lettre (cf. 1,3-11 pour les expressions communes) dans lequel Paul mentionne le don reçu des Philippiens par l’intermédiaire d’Épaphrodite. Un remerciement en fin d’épître est à première vue problématique. Certains auteurs ont émis l’hypothèse que ce texte était une lettre en elle-même. De fait, ce n’est pas un véritable remerciement (le verbe eucharisteô manque), en outre, dans l’Antiquité, cet élément n’est pas toujours à la fin de la lettre. Paul le renvoie à la fin pour indiquer son indépendance et la gratuité du don chrétien, soulignant que l’aide des Philippiens est fruit de leur accueil de l’Évangile (Procédés littéraires Ph 4,15–19).
  • En v.21-23 Paul salue chacun des fidèles de Philippes en son nom propre et au nom de chrétiens vivant à proximité de son lieu de détention.

Texte

Critique textuelle

18b comblé Addition P46 (2495) vgms ajoutent : puis.

19a comblera Variante D* F G Ψ 075 6 33 81 104 326 365 1175 1241s 1505 1739 1881 al latt : comble.

Vocabulaire

19b sa richesse Connotation paulinienne Le concept est lié à l’agir salvifique de Dieu en faveur des hommes (Rm 2,4 ; 9,23 ; 11,33 ; Ep 1,18 ; 2,7 ; 3,16 ; Col 1,27).

20.23 Amen Terme hébreu et araméen qui suggère l’idée de réalité et de fermeté. Il exprime l’accord et semble utilisé, dans notre contexte, comme confirmation d’une doxologie par l’assemblée (Liturgie Ph 4,23).

20 siècles Sens Aiôn et les termes bibliques M ‘ôlām et V saeculum, diversement traduits comme « siècle », « éternité », ou « monde », ne désignent jamais simplement une longue durée limitée. Ils peuvent désigner un « espace-temps » qui passe la mesure humaine (→Temporalité divine dans les Écritures) et s'iriser de connotations eschatologiques (→Éons dans l’eschatologie juive).

Procédés littéraires

1,11 ; 4,19a comblés + comblera — Ironie et inversion des rôles

Paul use fréquemment de l'isotopie financière dans ses lettres

→Vocabulaire financier

Paul débiteur

Paul se présente ici d’abord en débiteur qui règle ses dettes (Ph 1,11 litt. « afin que vous soyez pleinement remboursés [peplêrômenoi] »). Les Philippiens ont en effet subvenu aux besoins de l’Apôtre en vertu des bons offices d’Épaphrodite (Ph 2,25 litt. « [que vous avez] délégué pour venir en aide [leitourgon] à mes besoins » ; cf. Ph 4,16).

Paul créancier

Mais dans la suite de l’épître, à travers l’image du compte courant ici amorcée, dettes et créances vont mystérieusement changer de bénéficiaire (Ph 4,15 « aucune autre Église que vous n’a pris part au partenariat spirituel de ce compte de débit et de crédit [logon doseôs kai lêmpseôs] »). Paul recherche au fond la richesse spirituelle des habitants de Philippes, eux qui sont en fait ses débiteurs (Ph 4,17). Si l’Apôtre se déclare finalement comblé par leurs contributions pécuniaires (Ph 4,18 peplêrômai), ceux-ci seront à leur tour remboursés par Dieu (Ph 4,19 « Mon Dieu règlera la facture [plêrôsei] de tout ce qui vous manque, selon sa richesse, dans la gloire, dans le Christ Jésus »).