La Bible en ses Traditions

Psaumes 10,17–18

M
G S
V

17 Tu entends le désir des affligés, YHWH

tu affermis leur cœur

tu prêtes une oreille attentive,

17  ... 

17 le Seigneur a exaucé le désir des pauvres :

— Ton oreille a entendu la préparation de leur cœur,

18 pour rendre justice à l’orphelin et à l’opprimé 

et afin que l’homme tiré de la terre

cesse d’inspirer l’effroi.

18 ... 

18 rends justice au pupille et à l'humble

afin qu'on n'en rajoute plus, à se magnifier sur la terre !

Texte

Critique textuelle

9,1–10,18 M | G-V Disposition du texte et numérotation des psaumes La tradition hébraïque (M), dont on suit ici la numérotation, a séparé les Ps 9 et Ps 10 qui ne formaient à l'origine qu'un seul poème (ainsi que G et V l'ont maintenu ) :

  • Une même voix, celle d'un porte-parole des « →pauvres », décrit dans un hymne (= M—Ps 9), puis implore dans une prière (= M—Ps 10) l'avènement du jugement divin sur les impies ;
  • le Ps semble avoir été à l'origine  « alphabétique », c'est-à-dire qu'en prenant la première lettre de chaque vers (ailleurs : de chaque strophe), on retrouve tout l'alphabet hébraïque ; ainsi : Ps 9-10 ; 25 ; 34 ; 37 ; 111 ; 112 ; 119 ; 145 ; Lm 1-4 ; Na 1,2-8 ; M—Si 51,13-29.  

Dans le texte finalement inclus dans la Bible, qui semble abîmé, plusieurs lettres n'ont pas de strophe qui leur corresponde.

 © CC-BY-SA-4.0

Réception

Comparaison des versions

17 V—IUXTA HEBR.

  • Le Seigneur entend le désir des pauvres : tu t'es disposé pour que ton oreille entende leur cœur

18 V—IUXTA HEBR.

  • pour rendre justice à l’orphelin et à l’opprimé | et afin que l’homme tiré de la terre ne s'enfle plus d'orgueil à l'avenir.

Liturgie

17 Tu entends le désir des pauvres - Offertoire

« Desiderium pauperum »

Traditionnel, Offertoire - Desiderium pauperum

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, (enregistrement en direct)

© Abbaye du Barroux→, Ps 10,17

Philosophie

2–18 s'enorgueillit l'impie Un type philosophique du méchant prospère : le pâtre Gygès Le psalmiste donne ici voix à la conscience humaine qui se révolte devant l'impunité des injustes.

Comment comprendre la prospérité des méchants ?

On peit rapprocher les  accents douloureux du psalmiste qui exprime son incompréhension devant la prospérité des méchants d'une parabole de la tradition philosophique grecque devenue célèbre : l'histoire dite de « L'anneau de Gygès ». 

Huile sur bois lombarde, 16e s.

Anonyme (école de Ferrari, Francesco Rizzi da Santacroce?) L'anneau de Gygès, (huile sur bois, ca. 1500-1550), 89 x 89 cm

Coll. priv., Allemagne (?), Dorotheum→

Domaine public © Wikicommons→

Gygès est un personnage évoqué dans la République de Platon (livre II, 359a-360d). Glaucon, interlocuteur de Socrate, se fait l'avicat du diable et  reformule une thèse que défendait Thrasymaque au livre I : la justice serait un compromis, un bien de seconde catégorie que les hommes acceptent seulement parce qu'ils sont trop faibles pour commettre l'injustice sans en subir les conséquences. Bref: nul ne serait juste par choix ; on l'est faute de pouvoir faire autrement.

« L'anneau de Gygès » est l'expérience de pensée qui teste cette thèse jusqu'au bout : que se passe-t-il quand on retire la contrainte, c'est-à-dire le risque d'être découvert et puni ? Gygès est un pâtre de Lydie faisant la découverte d'un anneau magique dont la propriété principale lorsqu'on tourne le chaton vers l'intérieur de la paume, est de rendre invisible. Il retire cet anneau des flancs d'un cheval d'airain, et du doigt d'un géant à l'état de squelette, reposant dans le ventre de la bête. Gygès est alors doté d'un pouvoir extrême, le plus terrible sans doute d'après Platon : celui de commettre le mal en toute impunité. Il séduit la reine, assassine le roi avec elle et s'empare du trône. 

La « morale » est sans appel : aucun homme, fût-il réputé pour sa droiture, ne resterait juste s'il détenait ce pouvoir : il volerait sur les marchés, entrerait dans les maisons pour séduire qui bon lui semble, tuerait, délivrerait des prisonniers à volonté, agirait en tout comme un dieu parmi les mortels. Pire encore : celui qui refuserait d'en user passerait aux yeux des autres pour un misérable et un sot, alors même qu'ils le loueraient en public par crainte de subir eux-mêmes une injustice. Le vernis de la vertu publique cache donc, selon cette thèse, un calcul intéressé chez tout le monde.