La Bible en ses Traditions

Psaumes 110,1–7

M
G S
V

De David. Psaume

YHWH a dit à mon Seigneur :

— Siège à ma droite

jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds. 

...

PSAUME DE DAVID

Le Seigneur a dit à mon Seigneur : — Siège à ma droite

jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis l'escabeau de tes pieds ;

1 Application de cet oracle au Christ Mt 22,44 ; Mc 12,36 ; Lc 20,42s ; Ac 2,33ss ; 1Co 15,25 ; He 1,13 ; 10,12s ; 1P 3,22

Le sceptre de ta puissance

YHWH l'étendra de Sion :

domine au milieu de tes ennemis !

...

le sceptre de ta puissance, le Seigneur le fera sortir de Sion :

domine au milieu de tes ennemis !

M
G V
S

Ton peuple s'offre volontairement au jour de ton armée

en ornements sacrés du sein de l'aurore

vient à toi la rosée de ta jeunesse

Avec toi [moi] le principe, au jour de ta puissance

dans les splendeurs des saints

du sein, avant l'étoile du matin, je t'engendrai.

...

M V
G S

YHWY

VLe Seigneur l’a juré et ne s’en repentira pas :

— Tu es prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech

VMelchisédec !

...

4 Melchisédech Gn 14,18 ; He 5,6.10 ; 6,20 ; 7,15.17
M
G S
V

Le Seigneur est à ta droite

Il brisera les rois au jour de sa colère

...

Le Seigneur, à ta droite, brisa les rois au jour de sa colère :

5 Jugement des nations par le roi-messie Ps 2,9

Il exerce son jugement parmi les nations :

tout est rempli de cadavres 

il brise les têtes sur de vastes espaces

...

il jugera parmi les nations, remplira de cadavres,

écrasera à terre les têtes d'un grand nombre,

Au torrent il boit en chemin

c'est pourquoi il relève la tête.

...

du torrent sur la voie il boira : voilà pourquoi il relèvera la tête !

Propositions de lecture

2 le sceptre de ta puissance le YHWH l'étendra Articulation entre royauté humaine et royauté divine Le sceptre du roi est étendu par le Seigneur, c'est-à-dire que le roi tient sa puissance de la royauté divine à laquelle il est subordonné : la domination sur l'ennemi ne part pas de lui-même mais de Sion élue par Dieu.

→Royauté dans l'Ancien Testament

Texte

Grammaire

6 la tête V singulier collectif = les têtes

Contexte

Milieux de vie

1 l'escabeau de tes pieds MŒURS AULIQUES Marchepied du trône de Toutânkhamon Le trône du pharaon Toutânkhamon (XVIIIe dynastie, 1355-1346 av. J.-C.) date des premières années de son règne, quand il vivait à Tell el Amarna.

Marche-pied et trône d'or de Toutânkhamon, (Nouvel Empire, vers 1332-1323 av. J.-C.), trouvé dans la tombe de Toutankhamon (KV62), Vallée des Rois, Thèbes-Ouest

 JE 62028, Musée égyptien du Caire, (Égypte) © photo prise au Parc des Exposition, « Toutankhamon : son tombeau et ses trésors», Paris, mai-sept 2012, Fair use

Datant du début du règne de Toutankhamon, le trône porte le nom du roi et celui de son épouse Ankhsenamen (l'inscription dit « Toutankhaten » et « Ankhsenpaaten », noms qui leur ont été donnés à la naissance). Il est doté d'un marchepied sculpté en bois stuqué et doré, orné sur la face supérieure d'un motif composé de six arcs qui représentent trois ennemis nubiens et trois ennemis asiatiques de l'Égypte, tous sous le contrôle du pharaon qui les piétine chaque fois qu'il monte sur son trône. 

Marche-pied du trône de Toutânkhamon, (Incrustations de faïence bleue et de pierres jaunes, détrempe et or sur bois massif et stuqué, ca 1335-57 av. J.-C.), L : 63,5 cm

Musée égyptien des antiquités, Le Caire, Égypte © Domaine public→

  • Le texte hiéroglyphe dit notamment : taw khaswt wrw n rtnw kher tbay.k  [Toutes les grandes terres étrangères des Retenw (Asiatiques) sont sous tes sandales ].
  • Sur les deux faces du marchepied, l'oiseau rekhyt symbolise le peuple égyptien et figure avec le signe nb, tout, à côté d'une étoile qui signifie adorer. On lit alors que « le pharaon est adoré de tout le peuple ».

Il n'y a ici que six figures, mais sans doute renvoient-elles aux « Neuf Arcs », terme générique pour les ennemis traditionnels de l'Égypte antique, dont la première représentation connue date de la fin de la période prédynastique (3200-3000 av. J.-C.) et qui sont bien présents sur d'autres marchepieds de Toutânkhamon conservés. Le chiffre 3 était symbole de pluriel dans la langue égyptienne, 3 x 3 symbolisait le pluriel des pluriels et pouvait désigner la totalité des ennemis de l'Égypte. Leur liste n'est pas fixée, mais on peut énumérer aux frontières maritimes : les Peuples de la mer (Palestiniens, Sardes, Grecs ... ?) ; méridionale : les Nubiens (connus pour leur utilisation d'arcs et de flèches) ; occidentale : les Lybiens ; orientale : les Asiatiques, dont les Hittittes, les Assyriens, les Babyloniens, les Cananéens souvent représentés comme des captifs avec les bras attachés dans le dos.

Réception

Comparaison des versions

1 V—IUXTA HEBR.

  • CANTIQUE DE DAVID | Le Seigneur a dit à mon Seigneur : — Assieds-toi à ma droite | jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis l'escabeau de tes pieds

2 V—IUXTA HEBR.

  • le sceptre de ta force le Seigneur le fera sortir de Sion : | domine au milieu de tes ennemis !

3c je t'engendrai : G V |  M  V—IUXTA HEBR. : la rosée de ta jeunesse : Harmonisation avec le Ps 2,7 faite par G ? 

  • M propose l'énigmatique expression : ṭal yalḏuṯeḵā [la rosée de ta jeunesse / de tes enfances].
  • G y substitue : exegennêsa se [je t'engendrai] : les Septante ont peut-être pratiqué une harmonisation avec le Ps 2,7 « Tu es mon fils ; moi aujourd'hui je t'ai engendré » [gegennêka se]. 
  • V suit les Septante.

Cependant 

  • V—IUXTA HEBR. trouve un sens plus littéral pour M : « tes peuples se porteront volontaires au jour de ta force | sur les montagnes saintes comme [sortant] du sein | la rosée de ta jeunesse se lèvera pour toi .»

5 V—IUXTA HEBR.

  • le Seigneur à ta droite a frappé les rois au jour de sa fureur

6 V—IUXTA HEBR.

  • il exercera son jugement parmi les nations : | il remplira les vallées | il frappera la tête sur un grand espace de terre

Liturgie

1–7 La Rédemption Alleluia

« Redemptionem »

Traditionnel, Alleluia Redemptionem

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 110,9

3 Engendré avant la lumière - Antienne

Antienne « Ante luciferum genitus »

Traditionnel, Antienne - Ante luciferum genitus

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 110,3

Antienne chantée à l'Office des Laudes de la solennité de l'Épiphanie du Seigneur.

3 Avec toi, [moi] le principe Emploi et signification durant la liturgie de Noël.

Convenance du Psaume 109 (110) et du mystère de Noël

Ce psaume a sans doute été choisi à cause des mots « ex utero genui te » (du sein je t'ai engendré) qui se rapproche beaucoup de la formule « ego hodie genui te » ( je t’ai engendré aujourd’hui) du Ps 2,7 qui sert d'introït et d'alleluia à la messe de minuit Liturgie Ps 2,7. Même si l'introït et la communion chantent la génération éternelle du Verbe, ici contrairement au Ps 2 dans lequel l'Église met l'introït dans la bouche du Verbe incarné, c'est le Père qui parle. Dans l'esprit de la liturgie et des pères Tradition chrétienne Ps 2,7, Jésus n’est pas une simple créature et Dieu peut lui dire en vérité : « Du sein, avant l’aurore, je t’ai engendré », c’est-à-dire : « Tu es vraiment pour moi un Fils, engendré de toute éternité, avant qu’aucune aurore ait marqué le commencement du temps ». La formule dies virtutis signifie le jour de l'avènement suprême du Christ environné de gloire et de puissance. Le Père se tournant vers le Christ qui siège à sa droite dans les cieux lui dit avec une tendresse infinie : « Au jour de ta puissance, voici que je suis avec toi, moi le Principe, moi qui t'ai engendré de mon sein dans la splendeur du ciel, avant que le monde ne fût. » Toutes les étapes du mystère du Christ sont anticipées et contemplées dans un hodie éternel.

Messe de la Nuit

Graduel Tecum principium

Le répons graduel est suivi du v.1 .

Traditionnel, Graduel Tecum principium (→Grad. 42-43)

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 110,3.1 ;  Ac 2,35 ; Mc 12,36 ;Lc 20,43 ; Mt 22,44 

« Il était difficile de rapprocher plus heureusement que ne le fait l'Église en ce répons graduel le mystère de la génération divine du Verbe (Ex utero genui te) et celui de son dernier avènement (In die virtutis tuae). Rapprochement d'autant plus remarquable que, par un mode de contraste, il fait admirablement ressortir la scène touchante dont l'Église nous donne le récit dans l'évangile. C'est ainsi qu'après avoir entrevu de loin la magnificence du grand jour du Seigneur, nous assistons ensuite à l'humble naissance de Jésus, fils premier-né de la Vierge Marie, dans l'étable de Bethléem. » (Flicoteaux 1950, 70-71). 

  • Coloration du psaume dans le cadre liturgique de Noël « Le Psaume 109/110 est le Psaume du Christ ressuscité. Le Père éternel qui dit au Fils revenu vers lui dans sa chair glorifiée : Assieds-toi à ma droite, je suis avec toi au jour de ta puissance, moi qui t'ai engendré... Dans le cadre liturgique de Noël, l'interprétation en doit être légèrement modifié, d'autant que l'ordre des versets est interverti ; le 3e étant ici le 1er, et le 1er le 2e. Elle s'établirait bien ainsi. Le Père, au moment où son Fils revêt les formes les plus humbles de la nature humaine, lui dit : le jour où ta puissance, si réduite maintenant en apparence, aura à s'exercer, moi, le Principe de tout, moi qui t'ai engendré, je serai avec toi. In die virtutis tuae est donc entendu ici non seulement au sens du jour de la Résurrection et du Jugement dernier, mais au sens de toutes les circonstances où le Christ aura à manifester sa puissance. Au Verset, ce n'est plus le Père qui est en scène, c'est David. Lui aussi est père de l'enfant ; il vient, à son tour, chanter, sur le berceau si pauvre de son descendant, la prophétie de la glorieuse résurrection, qu'il a entendu le Seigneur dire à son Seigneur : Assieds-toi à ma droite. Il y a quelque chose d'infiniment grand dans ce chant des deux Pères planant au-dessus du Christ abaissé jusqu'à l'impuissance totale. Comme si, au moment où il commence sa vie d'abnégation et de souffrance, ils voulaient, chacun à sa façon, le réconforter par la vision de son origine divine et de son triomphe final » (Dom Baron L'expression du chant grégorien, 1,69-70).

  • Interprétation musicale Comme l'Hodie scietis de la Vigile, c'est une adaptation géniale du type habituel des graduels du 2e mode que l'on retrouve dans l'année : Justus ut palma, Requiem aeternam, Haec dies de Pâques, pour n'en nommer que les plus connus. « Mais le compositeur n'était pas un simple copiste, c'était un artiste de génie ; et, sans s'embarrasser de son modèle, il n'a pas hésité, ici comme à l'Haec dies de Pâques, à s'évader du type normal quand il a voulu dire quelque chose de spécial qu'il entendait souligner. Et c'est ce qui fait l'une des principales beautés de cette pièce, comme ce qui jette un jour particulier sur la liberté de composition et la souplesse des mélodies grégoriennes » (Gajard Les plus belles mélodies grégoriennes, 50-51). Tout le début est original et caractéristique : on y sent le souffle d'enthousiasme qui soulève l'auditeur à in die virtutis tuae. Le double Do doit être attaqué avec vigueur, car il faut chanter de toute notre âme la splendide affirmation de l'éternité et de la toute-puissance de l'Enfant qui vient de naître ; après le tuae qui reprend le type connu, la mélodie rebondit à in splendoribus sanctorum qu'il faut donner à pleine voix, à plein coeur. Toute cette phrase est conduite en crescendo et même avec insistance jusqu'à la fin de ex utero, bien rythmé, en arrondissant le Do Ré Mi et en soulevant le pressus amenant la cadence (cf. Gajard Les plus belles mélodies grégoriennes, 50-51). — Les formules mélodiques de in splendoribus... ex utero vont se retrouver au verset sur donec ponam inimicos tuos. — De là, la mélodie sans s'arrêter se nuance de tendre admiration et de fierté sur la génération du Verbe exprimée par ante luciferum genui te. À partir d'ante luciferum et dans tout le verset nous retrouvons les formules habituelles du 2e mode, sauf à donec ponam inimicos tuos. Le verset est chanté dans un mouvement très alerte et joyeux. Domino meo est baigné de tendresse. C'est David qui contemple Celui vers qui ont monté depuis des siècles tous les désirs de sa race. Transmise par lui, la voix du Père éternel chante à nouveau, avec autorité aimable et douce sur sede a dextris meis. « C'est la même volonté puissante qui s'impose et le même accent de joie enthousiaste, sur donec ponam inimicos tuos, sur scabellum, et jusque sur les salicus de pedum tuorum où tout s'achève dans une grandeur et une noblesse incomparable » (Dom Baron L'expression du chant grégorien, 1,72).

Communion « In splendoribus sanctorum »

Le psaume est encore chanté dans la communion « In splendoribus sanctorum, ex utero ante luciferum genui te » (Dans les splendeurs des saintes relations divines, du sein avant l'étoile du matin je t'ai engendré). (Grad. 44). « Quelles que soient les difficultés des exégètes pour interpréter ce texte dans le psaume 109 (110), le sens ici n'est pas douteux, nouvel exemple de l'acception spéciale que peut donner l'Église à un texte scripturaire, qu'elle détache du contexte pour l'introduire dans sa liturgie » (Gajard Les plus belles mélodies grégoriennes, 70 note 1). Ainsi faut-il comprendre qu'il s'agit des splendeurs de la vie divine, ou plus simplement du ciel, sanctorum peut aussi bien être un neutre ou un masculin.

Traditionnel, Communion - In splendoribus (Grad. 44)

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 110,3 

  • Interprétation musicale Contrairement à l'introït Liturgie Ps 2,7, tout est appuyé dans les manuscrits : tous les neumes sont longs du début à la fin de la pièce, sauf la clivis de luciferum. La mélodie est donc grave et solennelle donnant « un sens extraordinaire d'affirmation aux paroles ». « Si l'introït et la communion chantent la génération éternelle du Verbe, il y a pourtant entre l'un et l'autre cette différence que l'Église met l'introït dans la bouche du Verbe incarné, et que dans la communion c'est le Père qui parle. » (Gajard Les plus belles mélodies grégoriennes, 48). Dès l'intonation, sur In splendoribus, il y a quelque chose de solennel qui passe sur le balancement des Fa-Ré répétés, les doubles notes sont des bivirgas et sont allongées. Cette solennité se poursuit sur sanctorum et passe sur utero et se développe dans la joie sur le sommet mélodique de la pièce ante luciferum qui doit être bien lancé, avec énergie. La petite montée de la 1ère syllabe de genui te est toute appuyée avec une retombée sur la finale très large elle aussi « vous avez une impression très nette de mainmise souveraine, d'une prise de possession, en même temps que d'une affirmation irrévocable. Autant l'introït est gracieux, autant la communion, malgré son 6e mode, est grave, profonde, éternelle » (Gajard Les plus belles mélodies grégoriennes, 50).

2e Vêpres de Noël

1re antienne « Tecum principium » 

Traditionnel, Antienne - Tecum principium (LM 1,65)

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 110,3 

La merveille de la 1re partie des 2e Vêpres de Noël est la 1re antienne Tecum principium in die virtutis tuae, in splendoribus sanctorum ex utero ante luciferum genui te, si belle qu'elle défie tout commentaire. Il semble que ce texte a eu le don d'inspirer les compositeurs. On se rappelle l'incomparable graduel de la Messe de Minuit où Dom Gajard signalait « comme une sorte d'explosion d'adoration, de louange, surtout d'admiration, d'émerveillement, devant ce paradoxe vivant d'un tout petit enfant de quelques heures à qui l'on dit cette chose extraordinaire : Tecum principium, in die virtutis tuae in splendoribus sanctorum, ex utero ante luciferum genui te (Avec toi le principe, au jour de ta puissance, dans les splendeurs des saints, du sein avant l'étoile du matin, je t'engendrai). » Ici aussi, il en va de même, bien que la mélodie soit assez différente, n'ayant plus le souffle d'enthousiasme et de lyrisme qui soulevait le graduel. On ne trouve plus qu'un « long regard, fait de recueillement, de contemplation, d'adoration » (cf. Gajard Les plus belles mélodies grégoriennes, 70-72).

Interprétation musicale

  • Après une formule d'intonation fréquente dans le répertoire grégorien, la mélodie s'incline vers le grave d'où elle ne sortira plus, sauf pour la petite remontée de luciferum. « Après une belle courbe ondulante sur in die virtutis, la mélodie se pose sur le Ré [...], d'où, après un petit rebondissement, qui amène une récitation sur le Fa et une échappée rapide à la tierce, elle revient au Ré, pour s'y poser définitivement, non sans un dernier élan émerveillé. La mélodie à elle seule suffirait à faire de cette antienne une oeuvre de qualité rare. Il y a là, dans ce long regard émerveillé, une sérénité inouïe, quelque chose d'éternel [...]. Mais que dire s'il l'on ajoute les nuances expressives qui parsèment toute la pièce ? ». (Gajard Les plus belles mélodies grégoriennes, 71). Ce sont les épisèmes horizontaux qui se trouvent dans l'édition ancienne de l'antiphonaire de Solesmes (AS 245), traduction des signes expressifs donnés dans les manuscrits, en particulier celui d'Hartker. Ces épisèmes indiquent de précieuses nuances. Ils donnent à la mélodie sa puissance expressive. Ils ne l'alourdissent pas, mais permettent d'indiquer une insistance et une chaleur dans la voix : ainsi les épisèmes horizontaux de principium in die et de sanctorum, utero. Cette antienne se chante dans un mouvement large, en donnant beaucoup de chaleur expressive aux notes tenues.

4 Le Seigneur l'a juré - Alleluia et Antienne

Alleluia « Juravit Dominus »

Traditionnel, Alleluia - Juravit Dominus

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, (enregistrement en direct)

© Abbaye du Barroux→, Ps 110,4

Antienne « Juravit Dominus »

Traditionnel, Antienne - Juravit Dominus

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 110,4

4 Tu es prêtre Alleluia

« Tu es Sacerdos »

Traditionnel, Alleluia - Tu es sacerdos

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 110,4 He 5,6.7,11.17

Tradition chrétienne

3 Avec toi [moi] le Principe  + je t'engendrai (G V) Mystagogie de la fête de Noël : présence primordiale du Père

Le Père est le Principe

Dans toute la liturgie de Noël qui s'appuie sur l'interprétation des pères, « le Père céleste apparaît comme le principe et le terme de ce grand mystère de Noël qui commence et s'achève dans l'éternité. Selon saint Augustin et Cassiodore, dont les interprétations sont particulièrement importantes au point de vue du sens liturgique, Principium signifie le Père, qui est le Principe du Fils » (Dom Emmanuel Flicoteaux, Le mystère de Noël, 71, note 4) 

  • Augustin d’Hippone Enarr. Ps. 109,3 « Que veut dire : ''Avec toi est le principe '' (Ps 109,3) ? [...] S'il s'agissait du Christ, on dirait : ''Tu es le principe'', plutôt que : ''Avec toi est le principe''. [...] on te verra alors à la manière dont le principe est avec toi. Ce n'est pas qu'ici-bas le principe ne soit pas avec toi. N'as-tu pas dit, en effet : ''Voici que vous vous en allez chacun de votre côté, et vous allez me laisser seul ; mais non, je ne suis pas seul, parce que le Père est avec moi'' (Jn 16,32) ? Donc, même ici-bas, ''avec toi est le principe'' (Ps 109,3). Car tu as également dit ailleurs : ''Le Père qui demeure en moi accomplit ses oeuvres'' (Jn 14,10). ''Avec toi est le principe'', et jamais le Père n'a été séparé de toi. » 
  • Cassiodore Exp. Ps. 109,3 « Afin de montrer avec évidence la coéternité, le Père tout-puissant dit de son Fils tout-puissant : ''Avec toi le Principe au jour de ta puissance''Ut coeternitatem evidenter ostenderet, dicit omnipotens Pater de omnipotente Filio suo : tecum principium in die virtutis tuae » (PL 70,795).

Le Père engendre dans l'éternité

Les Pères lisant G ou V, y ont vu l'annonce prophétique de l'origine céleste du Messie.

  • Justin martyr Dial. 63 « ''Dans les splendeurs de tes saints je t'ai engendré et tiré des entrailles avant Lucifer'' (Ps 109,3) [...] Ces paroles ne vous indiquent-elles pas que le Dieu et Père de l'univers devait l'engendrer d'en haut de toute antiquité et par des entrailles humaines ? »
  • Irénée de Lyon Epid. 43 « [...] il existe un Fils à Dieu et que ce Fils est, non seulement avant qu'il n'apparût dans le monde, mais même avant que le monde ne fût (cf. Jn 8,58)  [...]. ''Avant l'étoile du matin je t'ai engendré'' (Ps 109,3) et avant le soleil est ton nom'' (Ps 71,17) » (SC 406,144-147).
Le sens divin d'« engendrer »
  • Basile de Césarée C. Eunom. 2,17.24 « De l'Évangile prenons d'abord le : ''Au commencement était le Verbe'' (Jn 1,1), et du Psaume cette parole attribuée à la personne du Père : ''Du sein avant l'aurore je t'ai engendré'' (Ps 109,3) ; et en rapprochant les deux termes, disons et qu'il était et qu'il a été engendré. Mais le j'ai engendré signifie la cause dont il tient le principe de son être, et le il était son existence intemporelle et antérieure aux siècles. [...] L'appellation d'engendrer signifie deux choses selon l'usage d'ici-bas, la passion de celui qui a engendré et sa parenté avec celui qui est engendré : quand donc il est dit au Monogène de la part du Père : ''De mon sein avant l'aurore je t'ai engendré'' (Ps 109,3), et : ''Tu es mon Fils, moi aujourd'hui je t'ai engendré'' (Ps 2,7), lequel de ces deux sens le terme présente-t-il ? Qu'en dirons-nous ? Est-ce la passion de ceux qui engendrent ou la parenté de la nature ? Pour moi, c'est cette dernière que je dis et je ne pense pas que nos gens y contrediront, à moins qu'ils ne se laissent aller à un délire évident. »
Le syntagme ex utero (de mon sein) signifie les profondeurs du Père, son être, sa nature 
  • Hilaire de Poitiers Trin.12,8-10 (SC 462).
  • Ambroise de Milan Fid. 4,8,87-88 « De cette même Sagesse, c'est-à-dire du Seigneur Jésus, le Père dit ailleurs : ''De mon sein avant l'étoile du matin je t'engendrai'' Ps 109,3). Ce n'est pas d'un sein corporel qu'il dit cela, mais pour montrer la propriété d'une véritable génération. [...] Le sein exprime en effet la profondeur cachée de la substance du Père, la partie la plus secrète, la plus intérieure que ni les Ange, ni les Archanges, ni les Puissances, ni les Dominations, qu'aucune nature créée n'a pu pénétrer. En effet toujours avec le Père, et dans le Père toujours est le Fils : avec le Père par la distinction indissociable de la Trinité éternelle, dans le Père par l'unité de la nature divine » (PL 16,634).
  • Jérôme Tract. Ps. 108 (109) « ''Du sein avant l'étoile du matin je t'engendrai''. ''Du sein'', de ma substance. [...] Quand donc on dit ''sein'', le fils est signifié, et un fils non adopté. [...] lui vraiment a engendré de son sein, de sa nature, de ses entrailles, de sa substance. ''De (mon) sein, c'est-à-dire, de la moëlle de sa divinité » (224).
  • Augustin d’Hippone Enarr. Ps. 109,3 « ''De mes entrailles (Ex utero) avant l'étoile du matin je t'engendrai''. De quoi s'agit-il ? Si Dieu a un Fils, a-t-il des entrailles (uterum) ? S'il n'a pas de corps de chair, il n'a pas non plus de sein (sinum) ; il est pourtant dit : ''Celui qui est dans le sein du Père (in sinu Patris), vous l'a fait connaître'' (Jn 1,18). Le sein (sinus) dont il est question est la même chose que les entrailles (uterus) ; sein et entrailles ont été employés à la place de ''secret''. Que veut dit : ''De mes entrailles ? Dans le secret, de façon cachée, de moi-même, de ma substance, c'est cela que signifie ''de mes entrailles'', parce que ''sa génération, qui la racontera'' (Is 53,8) ? Comprenons donc que c'est le Père qui dit au Fils : ''Je t'ai engendré de mes entrailles avant l'étoile du matin'' » (141-143). 
  • Augustin d’Hippone Maxim. 1,7 « Même si cette ineffable génération provient du sein du Père, cela signifie que c'est à partir de lui-même, c'est-à-dire de sa propre substance que Dieu a engendré Dieu, de même que lorsqu'il est né du sein de sa mère, un homme a engendré un homme, et cela pour que nous comprenions que dans l'une et l'autre génération, les substances de celui qui est né et de ceux dont il est né, ne sont pas différentes. »
  • Cassiodore Exp. Ps. 190,3 « Ex utero genui te' de mon sein je t'engendrai, c'est-à-dire de l'arcane de ma substance, de ma divinité même, le tout du tout, le tout-puissant du tout-puissant, lumière de lumière, le Très-Haut du Très-Haut, qu'aucune investigation, aucune intelligence ne peut atteindre. »

Philosophie

1 l'escabeau de tes pieds Les obstacles à penser Dieu

  • Marion Dieu « L'Être, même et surtout en Ex 3,14 (v. Philosophie Ex 3,14), ne dit rien de Dieu ; ou n'en dit rien de déterminant. Il faut donc reconnaître que l'impossibilité, ou du moins l'extrême difficulté de penser hors de la différence ontologique pourrait, en quelque manière, convenir directement à l'impossibilité – elle, indiscutable et définitive – de penser Dieu comme tel. La différence ontologique [i.e., la différence entre Être et étants], presque indispensable à toute pensée, s'offre ainsi comme une propédeutique négative de la pensée impensable de Dieu. Ultime idole, la plus dangereuse, mais aussi la plus éducatrice et, à sa manière, profitable, puisqu'elle s'offre comme un obstacle qui, abattu et piétiné, devient un ultime échafaudage – scabellum pedibus tuis – sans entrer dans l'impensable, l'indispensable impensable. » (71-72)

Arts visuels

1–7 Interprétation messianique : accomplissement des Écritures

Gravure classique

Goeree, Willem (1635-1711), texte, Cranach L. , Hans Brosamerill, Meister der Jacobsleiteret artistes aux monogrammes AW and MS, ill. (?), Accomplissement des Écritures, (gravure sur bois), h. 36 cm, illustration dans Goeree, Willem (1635-1711), Voor-bereidselen tot de bybelsche wysheid, en gebruik der heilige en kirklijke historien: uit de alder-oudste gedenkkenissen der Hebreen, Chaldeen, Babyloniers, Egiptenaars, Syriers, Grieken en Romeinen... Door een liefhebber der Joodische oudheden, Amsterdam, 1690, vol.1 p. 412

© Domaine public — numérisation : Pitts Theology Library→ , Candler School of Theology, Emory University,  

Sur une stèle que Moïse invite à lire de son index pointé, sont gravés les versets de prophéties accomplies dans le Nouveau Testament. En haut, Moïse tournant le dos à une idole brisée contemple les rois mages apportant leurs présents à l'Enfant. Les citations mises en exergue aux pieds du groupe inférieur sont : Gn 3 ; Ps 2 ; Is 2 ; Jos 11 ; Is 11; Is 46; Ps 110.

6 Les vallées de cadavres : la prise de Jéricho

Bible illustrée, 19e s.

Gustave Doré (1832-1883), Joshua libère Rahab (gravure sur bois, 1866)

Illustration de la → Bible de Tours

Domaine public © Wikimedia Commons→

Musique

5 Tournez-vous vers le Seigneur

17e s.

Thomas Tomkins (1572-1656), Turn unto the Lord, 1622

© License YouTube Standard→, Jl 2,13 & Ps 110,5

Paroles

Turn unto the Lord your God: his mercy is everlasting; and his truth endureth to all generations.

Tournez-vous vers le Seigneur votre Dieu : sa miséricorde est éternelle, et sa vérité persiste à travers tous les âges.

Compositeur

Thomas Tomkins est un compositeur gallois de la fin du 16e siècle et au début du 17e siècle (transition entre les dynasties des Tudor et des Stuart en Angleterre). Tomkins a composé des madrigaux, de la musique sacrée et de la musique instrumentale pour virginal et orgue, ainsi que pour ensemble instrumental.