Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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1 De David. Psaume
YHWH a dit à mon Seigneur :
— Siège à ma droite
jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds.
1 ...
1 PSAUME DE DAVID
Le Seigneur a dit à mon Seigneur : — Siège à ma droite
jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis l'escabeau de tes pieds ;
2 Le sceptre de ta puissance
YHWH l'étendra de Sion :
domine au milieu de tes ennemis !
2 ...
2 le sceptre de ta puissance, le Seigneur le fera sortir de Sion :
domine au milieu de tes ennemis !
3 Ton peuple s'offre volontairement au jour de ton armée
en ornements sacrés du sein de l'aurore
vient à toi la rosée de ta jeunesse
3 Avec toi [moi] le principe, au jour de ta puissance
dans les splendeurs des saints
du sein, avant l'étoile du matin, je t'engendrai.
3 ...
2 le sceptre de ta puissance le YHWH l'étendra Articulation entre royauté humaine et royauté divine Le sceptre du roi est étendu par le Seigneur, c'est-à-dire que le roi tient sa puissance de la royauté divine à laquelle il est subordonné : la domination sur l'ennemi ne part pas de lui-même mais de Sion élue par Dieu.
1 l'escabeau de tes pieds MŒURS AULIQUES Marchepied du trône de Toutânkhamon Le trône du pharaon Toutânkhamon (XVIIIe dynastie, 1355-1346 av. J.-C.) date des premières années de son règne, quand il vivait à Tell el Amarna.
Marche-pied et trône d'or de Toutânkhamon, (Nouvel Empire, vers 1332-1323 av. J.-C.), trouvé dans la tombe de Toutankhamon (KV62), Vallée des Rois, Thèbes-Ouest
JE 62028, Musée égyptien du Caire, (Égypte) © photo prise au Parc des Exposition, « Toutankhamon : son tombeau et ses trésors», Paris, mai-sept 2012, Fair use
Datant du début du règne de Toutankhamon, le trône porte le nom du roi et celui de son épouse Ankhsenamen (l'inscription dit « Toutankhaten » et « Ankhsenpaaten », noms qui leur ont été donnés à la naissance). Il est doté d'un marchepied sculpté en bois stuqué et doré, orné sur la face supérieure d'un motif composé de six arcs qui représentent trois ennemis nubiens et trois ennemis asiatiques de l'Égypte, tous sous le contrôle du pharaon qui les piétine chaque fois qu'il monte sur son trône.
Marche-pied du trône de Toutânkhamon, (Incrustations de faïence bleue et de pierres jaunes, détrempe et or sur bois massif et stuqué, ca 1335-57 av. J.-C.), L : 63,5 cm
Musée égyptien des antiquités, Le Caire, Égypte © Domaine public→
Il n'y a ici que six figures, mais sans doute renvoient-elles aux « Neuf Arcs », terme générique pour les ennemis traditionnels de l'Égypte antique, dont la première représentation connue date de la fin de la période prédynastique (3200-3000 av. J.-C.) et qui sont bien présents sur d'autres marchepieds de Toutânkhamon conservés. Le chiffre 3 était symbole de pluriel dans la langue égyptienne, 3 x 3 symbolisait le pluriel des pluriels et pouvait désigner la totalité des ennemis de l'Égypte. Leur liste n'est pas fixée, mais on peut énumérer aux frontières maritimes : les Peuples de la mer (Palestiniens, Sardes, Grecs ... ?) ; méridionale : les Nubiens (connus pour leur utilisation d'arcs et de flèches) ; occidentale : les Lybiens ; orientale : les Asiatiques, dont les Hittittes, les Assyriens, les Babyloniens, les Cananéens souvent représentés comme des captifs avec les bras attachés dans le dos.
1 V—IUXTA HEBR.
2 V—IUXTA HEBR.
3c je t'engendrai : G V | M V—IUXTA HEBR. : la rosée de ta jeunesse : Harmonisation avec le Ps 2,7 faite par G ?
Cependant
1–7 La Rédemption Alleluia
, Alleluia Redemptionem
Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux
3 Engendré avant la lumière - Antienne
, Antienne - Ante luciferum genitus
Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux
Antienne chantée à l'Office des Laudes de la solennité de l'Épiphanie du Seigneur.
3 Avec toi, [moi] le principe Emploi et signification durant la liturgie de Noël.
Ce psaume a sans doute été choisi à cause des mots « ex utero genui te » (du sein je t'ai engendré) qui se rapproche beaucoup de la formule « ego hodie genui te » ( je t’ai engendré aujourd’hui) du Ps 2,7 qui sert d'introït et d'alleluia à la messe de minuit Liturgie Ps 2,7. Même si l'introït et la communion chantent la génération éternelle du Verbe, ici contrairement au Ps 2 dans lequel l'Église met l'introït dans la bouche du Verbe incarné, c'est le Père qui parle. Dans l'esprit de la liturgie et des pères Tradition chrétienne Ps 2,7, Jésus n’est pas une simple créature et Dieu peut lui dire en vérité : « Du sein, avant l’aurore, je t’ai engendré », c’est-à-dire : « Tu es vraiment pour moi un Fils, engendré de toute éternité, avant qu’aucune aurore ait marqué le commencement du temps ». La formule dies virtutis signifie le jour de l'avènement suprême du Christ environné de gloire et de puissance. Le Père se tournant vers le Christ qui siège à sa droite dans les cieux lui dit avec une tendresse infinie : « Au jour de ta puissance, voici que je suis avec toi, moi le Principe, moi qui t'ai engendré de mon sein dans la splendeur du ciel, avant que le monde ne fût. » Toutes les étapes du mystère du Christ sont anticipées et contemplées dans un hodie éternel.
Le répons graduel est suivi du v.1 .
, Graduel Tecum principium (→Grad. 42-43)
Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux
© Abbaye du Barroux→, Ps 110,3.1 ; Ac 2,35 ; Mc 12,36 ;Lc 20,43 ; Mt 22,44
« Il était difficile de rapprocher plus heureusement que ne le fait l'Église en ce répons graduel le mystère de la génération divine du Verbe (Ex utero genui te) et celui de son dernier avènement (In die virtutis tuae). Rapprochement d'autant plus remarquable que, par un mode de contraste, il fait admirablement ressortir la scène touchante dont l'Église nous donne le récit dans l'évangile. C'est ainsi qu'après avoir entrevu de loin la magnificence du grand jour du Seigneur, nous assistons ensuite à l'humble naissance de Jésus, fils premier-né de la Vierge Marie, dans l'étable de Bethléem. » (→ 1950, 70-71).
Coloration du psaume dans le cadre liturgique de Noël « Le Psaume 109/110 est le Psaume du Christ ressuscité. Le Père éternel qui dit au Fils revenu vers lui dans sa chair glorifiée : Assieds-toi à ma droite, je suis avec toi au jour de ta puissance, moi qui t'ai engendré... Dans le cadre liturgique de Noël, l'interprétation en doit être légèrement modifié, d'autant que l'ordre des versets est interverti ; le 3e étant ici le 1er, et le 1er le 2e. Elle s'établirait bien ainsi. Le Père, au moment où son Fils revêt les formes les plus humbles de la nature humaine, lui dit : le jour où ta puissance, si réduite maintenant en apparence, aura à s'exercer, moi, le Principe de tout, moi qui t'ai engendré, je serai avec toi. In die virtutis tuae est donc entendu ici non seulement au sens du jour de la Résurrection et du Jugement dernier, mais au sens de toutes les circonstances où le Christ aura à manifester sa puissance. Au Verset, ce n'est plus le Père qui est en scène, c'est David. Lui aussi est père de l'enfant ; il vient, à son tour, chanter, sur le berceau si pauvre de son descendant, la prophétie de la glorieuse résurrection, qu'il a entendu le Seigneur dire à son Seigneur : Assieds-toi à ma droite. Il y a quelque chose d'infiniment grand dans ce chant des deux Pères planant au-dessus du Christ abaissé jusqu'à l'impuissance totale. Comme si, au moment où il commence sa vie d'abnégation et de souffrance, ils voulaient, chacun à sa façon, le réconforter par la vision de son origine divine et de son triomphe final » (Dom L'expression du chant grégorien, 1,69-70).
Interprétation musicale Comme l'Hodie scietis de la Vigile, c'est une adaptation géniale du type habituel des graduels du 2e mode que l'on retrouve dans l'année : Justus ut palma, Requiem aeternam, Haec dies de Pâques, pour n'en nommer que les plus connus. « Mais le compositeur n'était pas un simple copiste, c'était un artiste de génie ; et, sans s'embarrasser de son modèle, il n'a pas hésité, ici comme à l'Haec dies de Pâques, à s'évader du type normal quand il a voulu dire quelque chose de spécial qu'il entendait souligner. Et c'est ce qui fait l'une des principales beautés de cette pièce, comme ce qui jette un jour particulier sur la liberté de composition et la souplesse des mélodies grégoriennes » (→ Les plus belles mélodies grégoriennes, 50-51). Tout le début est original et caractéristique : on y sent le souffle d'enthousiasme qui soulève l'auditeur à in die virtutis tuae. Le double Do doit être attaqué avec vigueur, car il faut chanter de toute notre âme la splendide affirmation de l'éternité et de la toute-puissance de l'Enfant qui vient de naître ; après le tuae qui reprend le type connu, la mélodie rebondit à in splendoribus sanctorum qu'il faut donner à pleine voix, à plein coeur. Toute cette phrase est conduite en crescendo et même avec insistance jusqu'à la fin de ex utero, bien rythmé, en arrondissant le Do Ré Mi et en soulevant le pressus amenant la cadence (cf. → Les plus belles mélodies grégoriennes, 50-51). — Les formules mélodiques de in splendoribus... ex utero vont se retrouver au verset sur donec ponam inimicos tuos. — De là, la mélodie sans s'arrêter se nuance de tendre admiration et de fierté sur la génération du Verbe exprimée par ante luciferum genui te. À partir d'ante luciferum et dans tout le verset nous retrouvons les formules habituelles du 2e mode, sauf à donec ponam inimicos tuos. Le verset est chanté dans un mouvement très alerte et joyeux. Domino meo est baigné de tendresse. C'est David qui contemple Celui vers qui ont monté depuis des siècles tous les désirs de sa race. Transmise par lui, la voix du Père éternel chante à nouveau, avec autorité aimable et douce sur sede a dextris meis. « C'est la même volonté puissante qui s'impose et le même accent de joie enthousiaste, sur donec ponam inimicos tuos, sur scabellum, et jusque sur les salicus de pedum tuorum où tout s'achève dans une grandeur et une noblesse incomparable » (Dom L'expression du chant grégorien, 1,72).
Le psaume est encore chanté dans la communion « In splendoribus sanctorum, ex utero ante luciferum genui te » (Dans les splendeurs des saintes relations divines, du sein avant l'étoile du matin je t'ai engendré). (→Grad. 44). « Quelles que soient les difficultés des exégètes pour interpréter ce texte dans le psaume 109 (110), le sens ici n'est pas douteux, nouvel exemple de l'acception spéciale que peut donner l'Église à un texte scripturaire, qu'elle détache du contexte pour l'introduire dans sa liturgie » (→ Les plus belles mélodies grégoriennes, 70 note 1). Ainsi faut-il comprendre qu'il s'agit des splendeurs de la vie divine, ou plus simplement du ciel, sanctorum peut aussi bien être un neutre ou un masculin.
, Communion - In splendoribus (→Grad. 44)
Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux
, Antienne - Tecum principium (→LM 1,65)
Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux
La merveille de la 1re partie des 2e Vêpres de Noël est la 1re antienne Tecum principium in die virtutis tuae, in splendoribus sanctorum ex utero ante luciferum genui te, si belle qu'elle défie tout commentaire. Il semble que ce texte a eu le don d'inspirer les compositeurs. On se rappelle l'incomparable graduel de la Messe de Minuit où Dom Gajard signalait « comme une sorte d'explosion d'adoration, de louange, surtout d'admiration, d'émerveillement, devant ce paradoxe vivant d'un tout petit enfant de quelques heures à qui l'on dit cette chose extraordinaire : Tecum principium, in die virtutis tuae in splendoribus sanctorum, ex utero ante luciferum genui te (Avec toi le principe, au jour de ta puissance, dans les splendeurs des saints, du sein avant l'étoile du matin, je t'engendrai). » Ici aussi, il en va de même, bien que la mélodie soit assez différente, n'ayant plus le souffle d'enthousiasme et de lyrisme qui soulevait le graduel. On ne trouve plus qu'un « long regard, fait de recueillement, de contemplation, d'adoration » (cf. → Les plus belles mélodies grégoriennes, 70-72).
3 Avec toi [moi] le Principe + je t'engendrai (G V) Mystagogie de la fête de Noël : présence primordiale du Père
Dans toute la liturgie de Noël qui s'appuie sur l'interprétation des pères, « le Père céleste apparaît comme le principe et le terme de ce grand mystère de Noël qui commence et s'achève dans l'éternité. Selon saint Augustin et Cassiodore, dont les interprétations sont particulièrement importantes au point de vue du sens liturgique, Principium signifie le Père, qui est le Principe du Fils » (Dom Emmanuel , Le mystère de Noël, 71, note 4)
Les Pères lisant G ou V, y ont vu l'annonce prophétique de l'origine céleste du Messie.
1 l'escabeau de tes pieds Les obstacles à penser Dieu
1–7 Interprétation messianique : accomplissement des Écritures
, Willem (1635-1711), texte, L. , Hans ,et artistes aux monogrammes AW and MS, ill. (?), Accomplissement des Écritures, (gravure sur bois), h. 36 cm, illustration dans Goeree, Willem (1635-1711), Voor-bereidselen tot de bybelsche wysheid, en gebruik der heilige en kirklijke historien: uit de alder-oudste gedenkkenissen der Hebreen, Chaldeen, Babyloniers, Egiptenaars, Syriers, Grieken en Romeinen... Door een liefhebber der Joodische oudheden, Amsterdam, 1690, vol.1 p. 412
© Domaine public — numérisation : Pitts Theology Library→ , Candler School of Theology, Emory University,
Sur une stèle que Moïse invite à lire de son index pointé, sont gravés les versets de prophéties accomplies dans le Nouveau Testament. En haut, Moïse tournant le dos à une idole brisée contemple les rois mages apportant leurs présents à l'Enfant. Les citations mises en exergue aux pieds du groupe inférieur sont : Gn 3 ; Ps 2 ; Is 2 ; Jos 11 ; Is 11; Is 46; Ps 110.