La Bible en ses Traditions

Écoles ou « partis » juifs à l’époque dite « du second Temple »

Le NT fait de fréquentes allusions aux « pharisiens », « sadducéens » et autres « hérodiens ». C'est un coin du voile sur la grande diversité du judaïsme à l'époque où se déroule le ministère de Jésus, qu'il vaut la peine d'essayer de reconstituer pour mieux comprendre les enjeux des relations du Christ avec ses coreligionnaires.

Dans un contexte politico-religieux (→Rome à Jérusalem : les Juifs, Jésus et ses disciples face à l'occupation) où la question de l'autorité était centrale (→Autorité de Jésus durant son ministère; →Haut sacerdoce à l’époque de Jésus), la base de ce qu'on a appelé le « judaïsme commun » (Sanders 1992) se constitue autour du Temple (→Centralité du Temple à l’époque hérodienne ; →Problématique du Temple au tournant de notre ère) et des Écritures (→Avoir, savoir et croire les Écritures ; →Accomplir les Écritures). 

1 — LES PARTIS

Le témoignage de Flavius Josèphe

À plusieurs reprises, Flavius Josèphe mentionne les « écoles » où « sectes » juives :

Son témoignage est d’autant plus précieux qu’il assure dans son autobiographie avoir fréquenté chacune de ces « écoles » :

Pharisiens

→Pharisiens ; →Pharisiens chez Mt et dans le contexte du NT.

Sadducéens

Les sadducéens sont le parti de l'aristocratie sacerdotale, opposé au parti religieux et populaire des pharisiens. Les sadducéens rejetaient toute tradition autre que la Loi écrite. L'antagonisme des pharisiens et des sadducéens fera plus d'une fois des premiers les alliés des chrétiens (Lc 20,27.39 ; Ac 23,6-10).

Sources
Nouveau Testament
Flavius Josèphe
Croyances et halaka

Les sadducéens suivent la Tora (seulement les cinq premiers livres « de Moïse ») et ne respectent pas les « traditions » pharisaïques, relativement nouvelles. Ils se tiennent à une stricte application des préceptes rituels.

Les sadducéens croient au libre arbitre, mais minimisent grandement le rôle de la Providence divine. Ils ne croient pas en un jugement dernier qui récompenserait les bons et conduirait au châtiment les impies dans un monde à venir. Les sadducéens nient également toute résurrection.

Le parti des grands prêtres (→Haut sacerdoce à l’époque de Jésus) était composé surtout des sadducéens.

Esséniens

→Esséniens.

Les autres « écoles »

Zélotes

→Zélotes.

Hérodiens

Les « Hérodiens » dont parle le NT furent sans doute moins des fonctionnaires de l'administration royale que des Juifs politiques zélés en faveur de la maison d'Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et Pérée, et influents auprès de lui. Ils apparaissent trois fois dans les évangiles synoptiques : à deux reprises chez Marc (Mc 3,6 ; 12,13), une fois chez Matthieu (Mt 22,16), toujours associés aux pharisiens dans une tentative de piéger Jésus.

Le texte ne dit rien de leurs croyances mais certains historiens, tels Hugo Grotius au 17e s., ou Robert Eisler ou Étienne Nodet au 20e s. ont suggéré que ce groupe eût vu en Hérode et sa descendance une figure messianique (→Messianisme à l’époque du NT). 

James Tissot, Les Pharisiens et les Hérodiens, (gouache et graphite sur papier vélin gris, ca.1886-96), 17,1 x 22,7 cm, illustration pour La Vie du Christ

inv. 00.159.97, Brooklyn Museum of Art, New York, USA, © Domaine public→ 

Samaritains

Les Samaritains sont mentionnés à quelques reprises dans le NT : Mt 10,5 ; Lc 9,52 ; 10,33 ; 17,16 ; Jn 4,7.9.39-40 ; 8,48 ; Ac 8,25.

Flavius Josèphe relaye à plusieurs reprises les querelles opposant les Juifs aux Samaritains : Josèphe B.J. 2,232-246 ; A.J. 9,288-291 ; 12,10 ; 13,74-79 ; 20,118-136.

Les Samaritains ne reconnaissent que leur propre version de la Tora, et non celle de Jérusalem. Ils célèbrent le culte non au Temple mais au mont Garizim. L’opposition entre les Samaritains et les Judéens est très vive. Les Samaritains attendent un sauveur ultime qui restaurera la demeure de Dieu.

Les disciples de Jésus

Un passage chez Flavius Josèphe, le célèbre « testimonium flavianum » de l'apologétique chrétienne, dont l'intégrité sinon l'authenticité est disputée, fait également mention de la vie de Jésus et de ses disciples :

Les gens du peuple (am hā'āreṣ)

Ce sont les gens simples, qui composent la majeure partie de la population israélite. Contrairement aux pharisiens et aux sadducéens, qui sont des personnes lettrées, les gens du peuple n’ont, pour la plupart d’entre eux, pas eu accès à l’éducation.

2 — LE « JUDAÏSME COMMUN »

Le « judaïsme commun », terme forgé par Sanders 1992, désigne les pratiques communes à tous ces groupes, pratiques qui seraient les marqueurs identitaires propres à ceux qui s’identifiaient comme Juifs :