La Bible en ses Traditions

Apocalypse 1,10

Byz V TR Nes
S

10 Je fus [ravi] en esprit le jour du Seigneur

et j’entendis derrière moi une voix forte comme une trompette

10 ...

Texte

Procédés littéraires

1,1–22,21 NARRATION Construction d'un espace qui transcende l'espace

De la terre au ciel et retour ?

Psyberartist, Patmos, (photographie numérique, 2013)

© CC BY 2.0→ Ap 6,14 ; 20,12-15

Quand l’île a un relief aussi torturé que Patmos, elle s’avère à la fois solide et fragile: trouée vers le ciel par le vent et par l’eau et en constant contact avec les enfers à travers les séismes. À Patmos, le haut et le bas, l’ici et le là-bas se mêlent; on est assez suspendu entre ciel et terre. Et de fait, il est difficile de suivre les mouvements du Voyant de l’Apocalypse et de le situer précisément au fil du récit, entre rivage et mer, montagne et désert, ciel et terre :

  • D’abord, en Ap 1,9 il est dans l’île de Patmos.

Il monte ensuite deux étapes : 

  • Ap 1,10, saisi par l’Esprit, il se retourne (transe ?) ; 
  • Ap 4,1 : il monte vers le ciel dont une porte s’est ouverte ; il y observe une liturgie grandiose avec des échanges entre ciel et terre (les sceaux ouverts Ap 6, les humains marqués Ap 7), toutes sortes de catasrophes cosmiques aux sept coups de trompette (Ap 8-11) des anges debout ou s’activant entre ciel et terre (Ap 10,6) finalement dans le ciel le signe de la femme accouchant sur la terre, son enfant menacé par le dragon mais enlevé au ciel, le dragon restant aux aguets sur le sable de la mer (Ap 12,18) d’où émerge une terrifiante bête, bientôt rejointe par une autre montée, elle, de la terre (Ap 13).

Le voyant semble alors entre ciel et terre, entendant des voix venant du ciel (Ap 14,2.13).

  • puis il se concentre à nouveau sur le sanctuaire céleste d’où sont envoyés les septs anges porteurs de coupes (Ap 16) 
  • Il est rejoint par un ange qui le transporte dans un désert pour lui montrer la prostituée Babylone (Ap 17,1), dont il déchiffre la vision, puis il voit descendre du ciel (Jn 18,1) l’ange qui annonce sa chute ; entend dans le ciel l’alleluia de la foule des élus (Ap 19,1), voit au ciel le Verbe sur son cheval blanc et ses armées (Jn 19,11) ; un ange descend du ciel avec chaîne et clef pour enfermer le dragon (Ap 20,1), puis en présence de celui qui siège sur le trône blanc (au ciel ?)

Du cosmos au Logos et retour

Il est donc bien difficile de situer le Voyant. Finalement, le lieu où l'on est toujours le plus certain de se trouver, c’est encore la page du livre. Et justement, l'apocalypticien ne cesse de comparer le monde à un livre Procédés littéraires Ap 6,12–16 ; 20,12–15 ; 22,7–10.18s

Réception

Musique

10 Visions prophétiques

20e s.

Jean Langlais (1907-1991), III. Visions prophétiques (Cinq Méditations sur l'Apocalypse), 1973

Bruno Mathieu

© Licence YouTube standard→, Ap 1,10.9,11.10,1ss

Composition

Le troisième mouvement de cette composition pour orgue s'ouvre avec une mélodie de trompette (Ap 1,10). Il évoque ensuite la vision horrifique de l'Apocalypse (Ap 9,11) par un thème jouant sur la discordance. Aveugle dès l'âge de deux ans, Jean Langlais fit des études à l'Institut national des jeunes aveugles de Paris. Il y apprend le violon, le piano, l'écriture, l'orgue. Il reçoit en 1930 le premier prix do'orgue puis il se perfectionne dans l'art de l'improvisation grégorienne. Il fut organiste titulaire de l'orgue de Notre-Dame-de-la-Croix de Ménilmontant, puis de celui de Saint-Pierre-de-Montrouge à Paris pendant dix ans, et enfin de 1945 à 1987 à la basilique Sainte-Clothilde de Paris. Improvisateur réputé, il fut aussi un compositeur prolifique. Si la musique d'orgue et la musique liturgique constituent la part la plus importante de son catalogue, il se consacra aussi à la musique instrumentale et vocale profane. Il donna notamment 300 récitals aux États-Unis entre 1952 et 1981. Né près de Rennes, Jean Langlais s'inspire souvent du légendaire celtique et de la musique bretonne. 

Cinéma

1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse

  • Ingmar Bergman, Det sjunde inseglet [« le septième sceau »] (1957).
  • Vincente Minnelli, The Four Horsemen of the Apocalypse (1961).
  • Andrei Tarkovski, Offret [« le sacrifice »] (1985).
  • Peter Jackson, The Lord of the Rings (en particulier le 3e film, 2003).