La Bible en ses Traditions

Apocalypse 17,3

Byz V S TR Nes

3 Et il me transporta dans un désert en esprit

et je vis une femme siégeant sur une bête écarlate pleine de noms de blasphème

ayant sept têtes et dix cornes.

Texte

Procédés littéraires

1,1–22,21 NARRATION Construction d'un espace qui transcende l'espace

De la terre au ciel et retour ?

Psyberartist, Patmos, (photographie numérique, 2013)

© CC BY 2.0→ Ap 6,14 ; 20,12-15

Quand l’île a un relief aussi torturé que Patmos, elle s’avère à la fois solide et fragile: trouée vers le ciel par le vent et par l’eau et en constant contact avec les enfers à travers les séismes. À Patmos, le haut et le bas, l’ici et le là-bas se mêlent; on est assez suspendu entre ciel et terre. Et de fait, il est difficile de suivre les mouvements du Voyant de l’Apocalypse et de le situer précisément au fil du récit, entre rivage et mer, montagne et désert, ciel et terre :

  • D’abord, en Ap 1,9 il est dans l’île de Patmos.

Il monte ensuite deux étapes : 

  • Ap 1,10, saisi par l’Esprit, il se retourne (transe ?) ; 
  • Ap 4,1 : il monte vers le ciel dont une porte s’est ouverte ; il y observe une liturgie grandiose avec des échanges entre ciel et terre (les sceaux ouverts Ap 6, les humains marqués Ap 7), toutes sortes de catasrophes cosmiques aux sept coups de trompette (Ap 8-11) des anges debout ou s’activant entre ciel et terre (Ap 10,6) finalement dans le ciel le signe de la femme accouchant sur la terre, son enfant menacé par le dragon mais enlevé au ciel, le dragon restant aux aguets sur le sable de la mer (Ap 12,18) d’où émerge une terrifiante bête, bientôt rejointe par une autre montée, elle, de la terre (Ap 13).

Le voyant semble alors entre ciel et terre, entendant des voix venant du ciel (Ap 14,2.13).

  • puis il se concentre à nouveau sur le sanctuaire céleste d’où sont envoyés les septs anges porteurs de coupes (Ap 16) 
  • Il est rejoint par un ange qui le transporte dans un désert pour lui montrer la prostituée Babylone (Ap 17,1), dont il déchiffre la vision, puis il voit descendre du ciel (Jn 18,1) l’ange qui annonce sa chute ; entend dans le ciel l’alleluia de la foule des élus (Ap 19,1), voit au ciel le Verbe sur son cheval blanc et ses armées (Jn 19,11) ; un ange descend du ciel avec chaîne et clef pour enfermer le dragon (Ap 20,1), puis en présence de celui qui siège sur le trône blanc (au ciel ?)

Du cosmos au Logos et retour

Il est donc bien difficile de situer le Voyant. Finalement, le lieu où l'on est toujours le plus certain de se trouver, c’est encore la page du livre. Et justement, l'apocalypticien ne cesse de comparer le monde à un livre Procédés littéraires Ap 6,12–16 ; 20,12–15 ; 22,7–10.18s

Réception

Arts visuels

1–18 la grande prostituée Regardez-moi

Enluminure du 8e s. 

Beatus de Liébana (ca. 730-798), Commentaire sur l'Apocalypse (ca. 784), manuscrit, Latin 8878, folio 52v

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine public→

L'inversion mariale caractérise ici la « grande prostituée », très couverte de bleu comme Marie. Seuls son voile écarlate, sa posture arrogante qui sied mal à l'intériorité de la Vierge et surtout son regard mauvais (sans oublier sa monture grimaçante) renseignent son identité infernale.

Enluminure du 15e s. 

Anonyme, Apocalipsis in dietsche (enluminure sur parchemin, 1401-1500), 84 x 24 cm, manuscrit, folio 20r, Département des Manuscrits. Néerlandais 3

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine public→

Le jeu de regards est intéressant : la « grande prostituée » est dans une attitude de défi face à Jean qui la considère, indigné et « saisi » (Ap 17,6). Le tout n'échappe pas au regard du Christ au ciel, qui demeure impassible.

Cinéma

1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse

  • Ingmar Bergman, Det sjunde inseglet [« le septième sceau »] (1957).
  • Vincente Minnelli, The Four Horsemen of the Apocalypse (1961).
  • Andrei Tarkovski, Offret [« le sacrifice »] (1985).
  • Peter Jackson, The Lord of the Rings (en particulier le 3e film, 2003).