La Bible en ses Traditions

Apocalypse 5,1–5

Byz V S TR Nes

Puis je vis dans la main droite de celui qui était assis sur le trône un livre écrit en dedans et en dehors

et scellé de sept sceaux.

Et je vis un ange puissant qui criait d’une voix forte :

— Qui est digne d’ouvrir le livre et de briser ses sceaux ? 

Byz V TR Nes
S

Et personne ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ne pouvait ouvrir le livre ni le regarder.

...

Byz V Nes
S
TR

Et moi,

Nes[moi], je pleurais beaucoup parce que personne ne fut trouvé digne d’ouvrir le livre, ni de le regarder.

V même de le voir.

...

Et moi, je pleurais beaucoup parce qu’il ne se trouvait personne qui fût digne d’ouvrir, de lire le livre, ni de le regarder.

Byz V S TR Nes

Alors un des vieillards me dit :

— Ne pleure pas :

voici qu'il a vaincu, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David

[pour] ouvrir le livre et ses sept sceaux ! 

Réception

Tradition chrétienne

5 le lion de la tribu de Juda…a vaincu de manière à pouvoir ouvrir le livre

S’appliquer à l’étude et solliciter le Christ pour nous aider à ouvrir le sens des Écritures

  • Origène Hom. Gen. XII, 4 « ‘Le livre est scellé’ (Is 29,12). Cela montre qu’il faut non seulement nous appliquer à l’étude pour apprendre les lettres sacrées, mais encore supplier le Seigneur et le conjurer ‘jour et nuit’ (Jos 1,8), afin que l’Agneau vienne ‘ de la tribu de Juda’, et que, prenant ‘le livre scellé’, il daigne l’ouvrir ».
  • Origène Hom. Ezech. XIV, 2 « Tant que n’est pas venu mon Seigneur, fermée était la Loi, fermée la parole prophétique, voilé le texte de l’Ancien Testament, ‘et jusqu'à ce jour, quand on lit Moïse, un voile est posé sur le cœur des Juifs’ (2Cor 3,14s). Or il y en a qui aiment le voile et haïssent ceux qui en donnent l’interprétation; nous, par contre, convertissons-nous au Seigneur afin que, le voile enlevé, nous puissions dire: ‘Mais nous tous, le visage dévoilé, contemplant la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image de gloire en gloire’ (2Cor 3,16.18) ».

L’antéchrist singe le Christ-lion

  • Hippolyte Antichr. 6 « En tout donc le séducteur voudra être semblable au Fils de Dieu. Le lion est le Christ et le lion est le faux messie ».

Par sa grâce le Christ nous fait connaître la volonté du Père

  • Hippolyte Comm. Dan. IV, 34 « Tout ce qui autrefois avait été scellé est désormais ouvert pour les saints, par la grâce du Seigneur. Car il est le sceau parfait […]. Il a donc pris le livre et en a délié les sceaux de manière que ce qui y était dit à son sujet de façon obscure, soit annoncé sans ambages ‘sur les toits’ (Mt 10,27). C’est pourquoi l’ange dit à Daniel: ‘Scelle ces paroles car la vision se rapporte à des jours lointains’. Au Christ, en revanche, il ne fut pas dit ‘Scelle’, mais ‘Délie ce qui autrefois était lié’, pour que sa grâce nous fasse connaître la volonté du Père et que nous croyions ‘en celui que le Père a envoyé’ pour le salut des hommes, Jésus-Christ notre Seigneur ».
  • Bernard In Nativitate Domini II, 5 « Tant que le livre était fermé, aucun d’entre nous n’était capable d’atteindre à cette sagesse divine. Ouvre le livre, toi, l’Agneau de Dieu, douceur véritable. Présente au juif ‘tes mains et tes pieds à creuser’ [Ps 21,17] pour que paraisse ce qui s’y tient caché, le trésor du salut et ‘la richesse de la Rédemption’ [Ps 129,7] ».

Par sa victoire sur la mort, le Christ ouvre le sens des Écritures

  • Victorin In Apoc. V, 2 « Pour sa victoire sur la mort, il est appelé lion ; pour sa Passion en faveur des hommes, il est ‘comme un agneau mené à la mort’ […]. C’est donc lui qui ouvre et ôte les sceaux du testament qu’il avait lui-même scellé. Moïse le législateur, parce qu’il savait que ce testament devait être scellé et caché jusqu’à l’avènement de sa Passion, se voila le visage et parla au peuple dans cette mise [cf. Ex 34,33], manifestant par là que les paroles de la prédication sont voilées jusqu’à l’avènement du temps du Christ […]. Maintenant donc le visage de Moïse est découvert, maintenant il est dévoilé, et c’est pourquoi ‘Apocalypse’ veut dire révélation; maintenant, les sceaux du livre de Moïse sont ôtés, maintenant on comprend les offrandes  de victimes, maintenant on comprend ouvertement les sacerdoces et la fonction de l’oint de Dieu, la construction du Temple et les prophéties » (= Primase Comm. II; Autpert Exp. Ap. III; Ps.-A. le Grand Enarr. in Apocalypsim V; N. de Lyre Postilla V).

Le chrisme→, monogramme du Christ formé des deux lettres grecques X (chi) et P (rhô), premières lettres de Χριστός.

Arts visuels

1–14 un Agneau était debout : il semblait avoir été immolé Contemplation(s) de l'Agneau

12e s.

Beatus de Silos, Commentaire de l'Apocalypse (enluminure sur parchemin, 1109) 38 x 24 cm, Add MS 11695, f. 86v

abbaye Saint-Dominique de Silos (Espagne), British Library de Londres (Angleterre, Royaume-Uni) © Domaine public→

Anonyme, L'Agneau mystique (mosaïque, clipeus dans la voûte de la chapelle du Saint-Sacrement)

cathédrale Santa Maria Assunta, Torcello (Italie) © Domaine public→

Au zénith de la voûte de la chapelle, dans un cercle aux mosaïques chatoyantes où apparaît la couronne de la victoire, est représenté l’Agneau de laine blanche ; surmonté de la croix avec l’étendard de la résurrection dont il porte la hampe de la patte droite, et la tête nimbée d’une auréole crucifère. De son poitrail jaillissent huit jets de deux couleurs : de sang et d’eau.

Il y a là la représentation explicite de « l’Agneau égorgé » et vainqueur, tel que le célèbre le livre de l’Apocalypse (Ap 5,6-12), qui fait référence à plusieurs reprises au « juste » immolé décrit par Isaïe (Is 53,7). Grand prêtre et victime, le Christ sera l’ultime Agneau sacrifié : saint Jean (Jn 19,31) situe la mort de Jésus la veille de la Pâque juive, au moment où traditionnellement on immolait dans le Temple les agneaux pour le repas pascal en souvenir de l’exode. Dans le même évangile (Jn 1,29), prophétiquement, Jean-Baptiste désigne Jésus comme « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », Celui que présente le prêtre à chaque Eucharistie.

L’agneau symbole du Christ ressuscité trône donc avec une juste majesté au sommet de la chapelle du Saint-Sacrement. « Notre pâque, le Christ, a été immolé » comme le proclame saint Paul (1Co 5,7). Saint Irénée ajoute : « Dieu sauva les fils d’Israël…à travers l’immolation d’un agneau sans tache… ». L'Église est le peuple nouveau sauvé par l’Agneau immolé… (Cf. Père J.-M. Nicolas).

17e s.

Le célèbre agneau de Zurbaran n'est pas représenté debout et victorieux, mais les pattes liées pour le sacrifice, prêt à être immolé :

Franscisco de Zurbarán (1598-1664), Agnus dei (huile sur toile, entre 1635 et 1640), 38 x 62 cm

salle 010A, inv. P07293, musée du Prado, Madrid (Espagne)  © Domaine public→, Lv 22,17-30 ; G—Is 53,7-8 ; Ac 8,32

Peintre espagnol du siècle d'or, Francisco de Zurbaran se distingue dans les peintures religieuses où son art révèle une grande force visuelle et un profond mysticisme. Il a réalisé six versions de ce sujet qui diffèrent peu les unes des autres. L'agneau est traité avec un grand réalisme, et la toile porte l'inscription : « Comme une brebis, il fut conduit à l’abattoir ; comme un agneau muet devant le tondeur, il n’ouvre pas la bouche. » (Ac 8,32). L'animal ne se débat pas et consent humblement à son sort. L'absence de décor et la surface occupée par l'agneau met chacun devant sa responsabilité : « Ce sont nos souffrances qu’il a portées, c'est de nos douleurs qu’il s’est chargé ; et nous l’avons considéré comme puni, frappé de Dieu, et humilié. Mais il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. » (Is 53,4-5

5 lion de la tribu de Juda Le roi de la jungle

12es.

Le lion peut être un emblème ambigu (voir Ap 2,10) mais ses représentations médiévales ne parviennent pas toujours à en rendre la majesté...

Lambert (Lambertus de Sancto Audomaro, †1120), Liber floridus (p.122 : image du lion, incipit du chapitre sur le bestiaire ; tempera sur parchemin, scriptorium de Saint-Omer, abbaye Saint-Bertin)

Université de Gand (Belgique) © Domaine public→

Cinéma

1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse

  • Ingmar Bergman, Det sjunde inseglet [« le septième sceau »] (1957).
  • Vincente Minnelli, The Four Horsemen of the Apocalypse (1961).
  • Andrei Tarkovski, Offret [« le sacrifice »] (1985).
  • Peter Jackson, The Lord of the Rings (en particulier le 3e film, 2003).