Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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12 Et je vis quand il eut ouvert le sixième sceau
qu’il se fit un grand tremblement de terre
et le soleil devint noir comme un sac de crin
la lune entière
TRla lune parut comme du sang
13 et les étoiles du ciel tombèrent vers
Vsur la terre
comme les figues non encore mûres tombent d’un figuier secoué par un gros vent.
Vle figuier projette ses figues encore pas mûres lorsqu'il est secoué par un grand vent.
14 Et le ciel se retira comme un livre qu’on roule
et toutes les montagnes et les îles furent remuées de leur place.
15 Et les rois de la terre et les grands et les généraux
et les riches et les puissants et tout esclave ou
Vet homme
TRtout homme libre
se cachèrent dans les cavernes et les rochers des montagnes
1,1–22,21 NARRATION Construction d'un espace qui transcende l'espace
, Patmos, (photographie numérique, 2013)
Quand l’île a un relief aussi torturé que Patmos, elle s’avère à la fois solide et fragile: trouée vers le ciel par le vent et par l’eau et en constant contact avec les enfers à travers les séismes. À Patmos, le haut et le bas, l’ici et le là-bas se mêlent; on est assez suspendu entre ciel et terre. Et de fait, il est difficile de suivre les mouvements du Voyant de l’Apocalypse et de le situer précisément au fil du récit, entre rivage et mer, montagne et désert, ciel et terre :
Il monte ensuite deux étapes :
Le voyant semble alors entre ciel et terre, entendant des voix venant du ciel (Ap 14,2.13).
Il est donc bien difficile de situer le Voyant. Finalement, le lieu où l'on est toujours le plus certain de se trouver, c’est encore la page du livre. Et justement, l'apocalypticien ne cesse de comparer le monde à un livre Procédés littéraires Ap 6,12–16 ; 20,12–15 ; 22,7–10.18s
12–16 ; 20,12–15 ; 22,7–10.18s livres MOTIF Le livre plus solide que le monde Dans Ap le livre, fruit concret de l'écriture (Procédés littéraires Ap 1,3), et le monde sont sans cesse mis en regard :
Tout se passe comme si le texte et le livre eux-mêmes constituaient, en fait, le pôle de stabilité véritable qui permet de traverser l’épreuve de l’espace et du temps de la première création dans laquelle le lecteur est encore plongé …
Divers designers contemporains, aidés de l'IA, créent des images qui donnent à voir quelque chose de ce dialogue entre livre et monde, analogue aux relations du Logos et du cosmos. En voici deux exemple ; ce n'est peut-être pas un hasard qu'ils proviennent de pays à majorités musulmanes, quand on pense à l'importance du livre en islam.
Sait , Nature voyage paysage ciel, (image numérique, 2018), Pixabay→
Chez ce designer turc, le monde du livre et le livre du monde (lui-même plat comme une page ?) communiquent, par l'intermédiaire de l'eau, sur fond de ciel.
Ahmad , Photo Manipulation Art Design, (image numérique, 2018) © D.R. Mamdoh→
Sur fond de ciel aussi, le designer égyptien contemporain rêve le monde dans le livre comme le locus amœnus qu'est un port de plaisance et une réserve inépuisable d'eau qui fait déborder la vie : du livre au monde, de l'artiste à son spectateur.
12–17 les étoiles du ciel tombèrent sur la terre Le 6e sceau : enluminé ou enjolivé ?
(ca. 730-798), Commentaire sur l'Apocalypse (ca. 784), manuscrit, folio 116r
Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→
C'est surtout l'ouverture du sixième sceau que l'on retrouve ici. L'ensemble est moins effrayant que dans le texte, avec une mention spéciale au beau ciel bleu roulé « comme un livre », à la lune plutôt changée en fleur qu'en « sang », au soleil plutôt éclipsé que devenu « noir comme un sac de crin » et aux étoiles qui forment comme un tapis de fleurs, elles qui sont dites tomber « comme le figuier projette ses figues non encore mûres lorsqu'il est secoué par le vent ».
12–16 ; 20,12–15 ; 22,7–10.18s comme un livre qu'on roule + le livre de la vie + ces choses ... Le livre plus solide que le monde L'apocalypticien compare volontiers le monde à un livre : →Apocalyptique (littérature —), 6.
Ici, il évoque la fragilité du cosmos ; à la fin du livre, qui coïncide avec celle du cosmos, tout laisse place à des livres (Ap 20,12-15) et le livre se termine comme il a commencé avec une insistante thématisation de l’écrit et livre eux-mêmes : Procédés littéraires Ap 6,12–16 ; 20,12–15 ; 22,7–10.18s
Si les savants ont peine à entrer dans le langage du cosmos, les artistes, eux, le connaissent bien. Plusieurs peintres ont été sensibles à cette inscription du livre et du paysage l’un dans l’autre. (Cf. , Arts visuels Ap 1,11 ; 12,1 ; 15,1 ; 19,13).
Sur cette petite peinture méconnue de Botticelli, par exemple, le livre que Jean est en train d’écrire et les rochers sur lesquels il s’appuie ne ressemblent-ils pas à des tomes sur une étagère dérangée ?
Sandro (1445-1510), Saint Jean à Patmos (tempera sur panneau de bois, ca. 1490 -1492), 21 x 269 cm (prédelle entière), partie inférieure d'une prédelle
Galleria degli Uffizi, Florence (Italie) © Domaine public→
Et ne nous font-ils pas porter un regard nouveau sur les rochers volcaniques de Zouloufi, au nord de Patmos ?
, Zouloufi (photographie numérique, 2013), laves solidifiées
Patmos (Grèce) © Domaine public→
1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse