La Bible en ses Traditions

Apocalypse 8,8–13

Byz V TR Nes
S

8 Et le deuxième ange sonna de la trompette :

et une sorte de grande montagne toute en feu fut jetée dans la mer

et le tiers de la mer devint du sang

8 ...

Byz V S TR Nes

9 et le tiers des créatures marines qui ont vie périt

et le tiers des navires fut détruit.

10 Et le troisième ange sonna de la trompette :

et il tomba du ciel une grande étoile ardente comme une torche

et elle tomba sur le tiers des fleuves et sur les sources des eaux.

11 Le nom de cette étoile est « Absinthe »

et le tiers des eaux fut changé en absinthe

et beaucoup d’hommes moururent de ces eaux parce qu’elles étaient devenues amères.

12 Et le quatrième ange sonna de la trompette :

et le tiers du soleil fut frappé ainsi que le tiers de la lune et le tiers des étoiles

pour que fût obscurci le tiers de ces [luminaires] et que le jour perdît un tiers de sa clarté et la nuit de même.

13 Puis je vis, et j’entendis un aigle

TRange qui volait au beau milieu du ciel

disant d’une voix forte :

— « Malheur ! » « Malheur ! » « Malheur ! » aux habitants de la terre

à cause des autres sonneries de trompette, celles des trois anges qui vont

Vallaient en sonner.

Texte

Procédés littéraires

1,1–22,21 NARRATION Construction d'un espace qui transcende l'espace

De la terre au ciel et retour ?

Psyberartist, Patmos, (photographie numérique, 2013)

© CC BY 2.0→ Ap 6,14 ; 20,12-15

Quand l’île a un relief aussi torturé que Patmos, elle s’avère à la fois solide et fragile: trouée vers le ciel par le vent et par l’eau et en constant contact avec les enfers à travers les séismes. À Patmos, le haut et le bas, l’ici et le là-bas se mêlent; on est assez suspendu entre ciel et terre. Et de fait, il est difficile de suivre les mouvements du Voyant de l’Apocalypse et de le situer précisément au fil du récit, entre rivage et mer, montagne et désert, ciel et terre :

  • D’abord, en Ap 1,9 il est dans l’île de Patmos.

Il monte ensuite deux étapes : 

  • Ap 1,10, saisi par l’Esprit, il se retourne (transe ?) ; 
  • Ap 4,1 : il monte vers le ciel dont une porte s’est ouverte ; il y observe une liturgie grandiose avec des échanges entre ciel et terre (les sceaux ouverts Ap 6, les humains marqués Ap 7), toutes sortes de catasrophes cosmiques aux sept coups de trompette (Ap 8-11) des anges debout ou s’activant entre ciel et terre (Ap 10,6) finalement dans le ciel le signe de la femme accouchant sur la terre, son enfant menacé par le dragon mais enlevé au ciel, le dragon restant aux aguets sur le sable de la mer (Ap 12,18) d’où émerge une terrifiante bête, bientôt rejointe par une autre montée, elle, de la terre (Ap 13).

Le voyant semble alors entre ciel et terre, entendant des voix venant du ciel (Ap 14,2.13).

  • puis il se concentre à nouveau sur le sanctuaire céleste d’où sont envoyés les septs anges porteurs de coupes (Ap 16) 
  • Il est rejoint par un ange qui le transporte dans un désert pour lui montrer la prostituée Babylone (Ap 17,1), dont il déchiffre la vision, puis il voit descendre du ciel (Jn 18,1) l’ange qui annonce sa chute ; entend dans le ciel l’alleluia de la foule des élus (Ap 19,1), voit au ciel le Verbe sur son cheval blanc et ses armées (Jn 19,11) ; un ange descend du ciel avec chaîne et clef pour enfermer le dragon (Ap 20,1), puis en présence de celui qui siège sur le trône blanc (au ciel ?)

Du cosmos au Logos et retour

Il est donc bien difficile de situer le Voyant. Finalement, le lieu où l'on est toujours le plus certain de se trouver, c’est encore la page du livre. Et justement, l'apocalypticien ne cesse de comparer le monde à un livre Procédés littéraires Ap 6,12–16 ; 20,12–15 ; 22,7–10.18s

Réception

Arts visuels

6–13 le premier sonna de la trompette Quatre trompettes et plein d'enterrements

Enluminure du 15e s. 

Anonyme, Apocalipsis in dietsche (enluminure sur parchemin, 1401-1500), 84 x 24 cm, manuscrit, Département des Manuscrits. Néerlandais 3, folio 9r

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→

Cet autel se caractérise par une étonnante capacité en « âmes de ceux qui avaient été immolés » (Ap 6,9) ...

12s le quatrième ange sonna Obscure enluminure Une enluminure excelle à « illuminer » les pages d'un manuscrit : or il s'agit ici de représenter l'obscurcissement. Les deux « tiers » obscurcis des deux ensembles « soleil » et « lune » sont géométriquement figurés. Quant aux étoiles, quelques rosaces suffisent... La réjouissante polychromie nous éloigne de beaucoup d'une lecture très inquiétante du livre de l'Apocalypse. Ce bel aigle est pourtant en train de clamer « Malheur ! »

Anonyme, Le quatrième Ange sonne de la trompette , in Beatus de l'Escorial (enluminure sur parchemin, ca. 950-955), 33,5 x 22,5 cm, Ms &.II.5, f.94v

monastère de San Millán de la Cogolla, conservé à la Bibliothèque de l'Escorial, San Lorenzo (Espagne) © Domaine public→

Cinéma

1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse

  • Ingmar Bergman, Det sjunde inseglet [« le septième sceau »] (1957).
  • Vincente Minnelli, The Four Horsemen of the Apocalypse (1961).
  • Andrei Tarkovski, Offret [« le sacrifice »] (1985).
  • Peter Jackson, The Lord of the Rings (en particulier le 3e film, 2003).