Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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11 Et il MDieu dit :
— Que la terre fasse germer de la prairie, de l'herbe
Vl'herbe verte portant semence
V Samet l'arbre à fruit portant du fruit selon son espèce
Vgenre ayant en soi sa semence, sur la terre.
Et il fut Vfait ainsi.
11 Et Dieu dit :
— Que la terre fasse pousser de la prairie, de l'herbe portant semence selon l'espèce et selon la similitude
et l'arbre à fruit faisant du fruit ayant en soi sa semence selon l'espèce sur la terre.
Et il fut ainsi.
11 Et Dieu dit :
— Que la terre fasse sortir de la prairie, de l'herbe portant semence selon son espèce
et l'arbre à fruits faisant des fruits selon son espèce ayant en soi son germe, sur la terre.
Et il fut ainsi.
12 Et la terre fit sortir de la prairie, de l'herbe
V l'herbe verte portant semence selon son espèce
et des arbres
Vl'arbre portant du fruit
et chacun portant M Samsa semence selon son espèce.
Et Dieu vit que c'était bon.
12 Et la terre fit sortir de la prairie, de l'herbe portant semence selon l'espèce et selon la similitude,
et l'arbre à fruit faisant du fruit ayant en soi sa semence selon l'espèce sur la terre.
Et Dieu vit que c'était beau.
12 Et la terre fit sortir de la prairie, de l'herbe portant semence selon son espèce
et l'arbre faisant des fruits ayant en soi son germe selon son espèce.
Et Dieu vit que c'était bon.
3–31 Dieu dit + « Dieu fit » RHÉTORIQUE Anaphores PRAGMATIQUE Actes de parole NARRATION Caractérisation de Dieu
L'auteur intègre ainsi p.ê. à une conception plus spirituelle de la création une tradition ancienne, parallèle à celle du second récit (Gn 2,4b-25), où Dieu « fait » le ciel et la terre, l'homme et les animaux. Surtout, il fait de son récit une véritable cosmogonie de la parole, ou du logos, plutôt que de l'agôn, (Genres littéraires Gn 1,1–2,4) car la création apparaît ici comme un acte de parole. Le monde surgit du néant ou du chaos par la puissance d'une énonciation. Nommer une chose, c'est lui donner une essence et un droit à l'existence. La parole n'est pas seulement un moyen de communication, mais une puissance d'engendrer des effets.
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1,1–2,4 Ici commence + les générations du ciel et de la terre quand elles furent réées : Quels genres pour raconter le « commencement » ?
On peut envisager la création in fieri (l’acte de création, la façon dont on imagine l’advenue des créatures à l’existence), ou la création in actu (la création achevée). Le premier point de vue se déploie en cosmogonies, le second en cosmologies.
Alors que le second récit parle essentiellement de la formation de l'homme et de la femme, le premier offre un aperçu complet de l'origine des êtres selon un plan réfléchi. Tout vient à l'existence sur l'ordre de Dieu et tout est créé selon un ordre croissant de dignité. Dieu est antérieur à la création et tous les êtres ont reçu de lui le don de l'existence ou de la vie. L'homme et la femme, créés à l'image de Dieu, se trouvent au centre des œuvres créées ; de par la volonté de Dieu ils ont reçu le pouvoir de dominer sur les autres vivants.
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11ss Que la terre fasse germer RELIGION Dieu jardinier au Proche Orient ancien Très en amont des Écritures saintes, divers mythes cosmogoniques mésopotamiens mettaient en scène des dieux transformant les déserts en jardin en des jeux plus ou moins sexuels.
En témoigne, par exemple, le dieu Enki sur ce sceau-cylindre d’il y a 4300 ans, conservé au British Museum :
Sceau Adda (détail), (gravure sur pierre verte, vers 2300 av. J.-C., Sippar ?), 3,9 (h) × 2,55 (p) cm, Sceau-cylindre
BM 89115, The British Museum © Avec l'autorisation du British Museum→. Trustees of the British Museum.
De gauche à droite : Dieu guerrier avec un lion ; déesse guerrière Ishtar avec des ailes et tenant des dattes ; dieu soleil tenant une scie et surgissant des montagnes ; dieu de l'eau Ea avec des ruisseaux et des poissons, avec un oiseau prédateur perché sur la main, un taureau sous le pied, et le vizir biface Usmu derrière lui. Les personnages sont identifiés comme des dieux par leurs chapeaux pointus à cornes multiples.
Derrière lui se tient Usimu, son vizir (ministre principal) à deux visages.Au centre de la scène se trouve le dieu du soleil, Shamash (en sumérien Utu), dont les rayons sortent de ses épaules. Il se fraie un chemin à travers les montagnes pour se lever à l'aube. À sa gauche se trouve une déesse ailée, Ishtar (Inanna en sumérien). Les armes qui sortent de ses épaules symbolisent son caractère guerrier.
La tradition biblique démythologise tout cela. Loin d’être emberlificoté dans les puissances génésiques, le Créateur domine le monde comme un jardinier la nature, l'opposition cosmos/chaos étant miniaturisée dans l'opposition jardin/nature : Arts visuels Gn 1,11ss
1,1–2,4 Au commencement Cosmogonie biblique et cosmogonies orientales La cosmogonie biblique (Genres littéraires Gn 1,1–2,4) charrie des motifs, des thèmes et même des vestiges linguistiques qui rappellent d’autres récits cosmogoniques du Proche Orient ancien. Plusieurs concepts, motifs cosmographiques ou mots dans les textes bibliques présentent des analogies avec ceux des cultures environnantes. Par ex. :
Le texte biblique et les mythologies environnantes sont en relation sans qu’il soit toujours possible de préciser s’il s’agit d’influences, d’emprunts à des sources communes, ou tout simplement de manifestations diverses d’archétypes liés à la psychè humaine. Est ainsi posée la question de la relation entre la Bible et les religions du Proche Orient ancien.
Cosmogonie et cosmographie bibliques se comprennent dans le cadre plus vaste du Proche-Orient ancien, l’Égypte, la Syrie, les Hattis, la Mésopotamie, et plus tard le monde hellénistique-romain. La Bible s’écarte de ces cultures sur des points essentiels :
L'interprétation des parallèles dans la culture commune et les concepts généraux de l’Orient ancien. En effet, aussi bien les textes bibliques que le matériel extra-biblique sont difficiles à dater (par exemple, on peut connaître l’identité du roi qui a commandé tel objet, mais la chronologie proposée pour ce roi n'est pas nécessairement établie). De plus, la première attestation matérielle d’une idée ne donne pas nécessairement la date de l’idée représentée (un concept peut circuler pendant des siècles avant la première attestation préservée). Il est donc souvent difficile de savoir qui/quoi vient en premier, et qui a emprunté de qui (s’il s’agit d’emprunt et non pas d’une base commune).
Aux yeux d’occidentaux modernes, certaines représentations du monde peuvent sembler naïves. Néanmoins, les connaissances astronomiques du Proche-Orient ancien monde étaient loin d’être primitives. La science proche-orientale antique des mouvements des planètes et des astres, par exemple, est impressionnante. Le défaut le plus important est probablement le manque de compréhension de la rotation des planètes autour du soleil, mais on n’y parvint qu’au 17e s. de notre ère et cela non sans difficultés… En réalité, notre représentation moderne et contemporaine du monde (et de l’au-delà) s’enracine dans celle de l’Antiquité — fondée sur l’observation d’une réalité qui n’a guère changé depuis.
Le parallèle le plus proche de la cosmogonie biblique est sans doute le récit babylonien Enuma Elish (dénommé par son incipit : Enūma eliš lā nabû šamāmū « Lorsque là-haut les cieux n’étaient pas encore nommés… »). Ce récit est attesté à partir du 9e s., (à l'époque où commencèrent les contacts entre Assyrie et Israël sous le roi Achab), mais il semble avoir été composé dans les siècles précédents: la plupart des chercheurs optent pour une composition vers la fin du 2e millénaire.
Fragment d'une tablette du mythe babylonien Enuma Elish, ou Épopée de la Création, (7e s. av. J.-C.), mis au jour à Ninive, dans la « Bibliothèque d'Assurbanipal »
K.3473, British Museum, Londres (Royaume Uni), photo Zunkir © CC-BY-SA-4.0→
L’œuvre compte environ 1100 lignes réparties sur sept tablettes cunéiformes. Redécouverte au 19e s. sous forme de fragments dans la bibliothèque d’Assurbanipal à Ninive, elle a pu être presque entièrement reconstituée grâce à d’autres découvertes.
Comme dans la Genèse, le ciel (ici constitué de la dépouille de Tiamat) est une barrière solide et sa fonction première est hydraulique.
On a proposé d'identifier Marduk chevauchant son dragon Mušḫuššu et triomphant dans les eaux primordiales de Tiamat sur ce sceau-cylindre : la ligne séparant les deux plans d'eau indiquerait que Marduk a déjà fendu Ti'āmat en « eaux supérieures » et « eaux inférieures » :
Anonyme (9e s. av. J.-C.), Marduk ou Bel chevauchant le mušḫuššu, le « serpent féroce », triomphant des eaux de Ti'āmat vaincue, à l'occasion du Nouvel An babylonien, (sculpture et gravure sur lapis-lazuli, ca 855 – 819 av. J.-C.), sceau-cylindre dédié à Marduk par le roi babylonien Marduk-zākir-šumi,
Dessin tiré de : F.H. , Babylonische Miscellen. Wissenschaftliche Veröffentlichungen der Deutschen Orient-Gesellschaft 4 (Leipzig, 1903), p.16, fig. I. © Domaine public→
Le 18 avril 1900, dans les décombres d’Isan ‘Amrän ibn Ali, on découvrit l’atelier d’un fabricant de perles. L’une des plus belles pièces est un sceau en lapis-lazuli portant le relief du dieu Marduk, accompagnée d'une inscription suivante en caractères néo-babyloniens disant en substance :
Cependant, pour les spécialistes, Tiamat ne possède pas d’iconographie fixe. C’est cohérent avec cela même qu’elle symbolise le chaos. Les tentatives d’identification dans l’iconographie antique sont donc des reconstructions interprétatives : on croit voir Tiamat dans des représentations de l’océan primordial, parfois figuré sous la forme d’un serpent ou dragon, d’une créature hybride, ou d’un chaos aquatique personnifié.
Une lutte primordiale ou agon cosmique fut peut-être un mythe ancien du Proche-Orient. Dans cette cosmogonie le dieu-guerrier cosmique, après sa victoire sur les puissances du chaos, aurait créé le monde et construit sa demeure terrestre, le temple. Comme les profondeurs abyssales étaient le lieu du Chaos et de la Mort, par contraste, le temple du dieu vainqueur était bâti dans les hauteurs, sur une montagne symbolique.
Les cosmogonies sont rares en Mésopotamie et la naissance du monde n’est nulle part mise en image. Outre Enūma Eliš dont le passage cité plus haut évoque un agon cosmique entre le dieu Marduk et le chaos Tiamat, les autres récits de création ne mentionnent pas de lutte :
Quoi qu’il en soit d’un agon cosmique, ces cosmogonies font en général sortir le monde de l'eau. Il en allait de même en Égypte, où une cosmogonie bien plus développée faisait tout sortir paisiblement de l’océan primordial, appelé nwn (Noun), au fond des ténèbres. C'est le modèle d'une cosmogonie de la parole ou du logos qui se profile ici.
En Égypte, la cosmogonie est beaucoup plus développée.
Tout est sorti de l’océan primordial, appelé nwn (Noun), au fond des ténèbres :
C’est de Noun qu’est tiré le dieu démiurge, Atoum :
Les dieux vont alors se multiplier. Chou et sa sœur-et-épouse Tefnout (déesse de l’humidité) engendreront Geb (dieu de la terre) et Nout (déesse du ciel) le soleil, qui à leur tour vont engendrer Isis, Osiris, Seth et Nephtys, constituant ainsi les neuf dieux primordiaux, l’Ennéade.
(19e dynastie), Livre des Morts, Papyrus d'Ani (image 3) : le jugement d'Ani, détail du registre supérieur, (pigments à la détrempe sur papyrus, 67 x 42 cm page encadrée), tombeau d’Ani, Thèbes, Égypte, ca 1250 av. J.-C.
n°EA10470.3, British Museum, Royaume-Uni © CC-BY-SA-3.0→
Dans le « Livre des Morts », sur le papyrus d’Ani, la scène principale est au registre inférieur, qui occupe les 2/3 de la hauteur de l'image. Elle représente le jugement d'Ani, dans la Salle du Jugement. Au centre, la balance pèse le cœur d’Ani face à la plume de Maât, symbole de vérité et d’ordre, sous la surveillance d’Anubis, tandis que Thot consigne le résultat et qu’un monstre attend de dévorer le cœur en cas d’échec.
Dans le registre inf. à g., introduit avec son épouse, Ani s’incline et récite le Sortilège 30B du « Livre des Morts », adressé à son cœur sur la balance : « Ma mère, cœur de ma mère, cœur de mes formes, ne témoignez pas contre moi, ne vous opposez pas à moi au tribunal, ne vous détournez pas de moi devant le maître de la balance. Vous êtes mon ka, qui était en moi. » Sous le regard de ces divinités, son âme attend l’issue de la pesée, qui déterminera son accès à l’au-delà...
Dans la mythologie héliopolitaine, une butte, appelée bnbn (Benben), émergea des eaux du Noun. C’est sur ce tertre originel que le dieu créateur Atoum se manifesta lui-même et engendra le premier couple divin, marquant le commencement du monde.
Cette butte primordiale pourrait être le prototype des pyramidions, pierres de faîte monolithiques des pyramides et des obélisques.
Pyramidion du roi Amenemhat III de la 12e dynastie, (sculpture sur granit, h. ca 135 cm x base ca 185 cm)
Dahchour, ca 1860-1814 av. J.-C.
n° JE 35133, Musée égyptien du Caire, Égypte © CC BY-SA 4.0→
Relativement bien conservé, ce pyramidion porte des inscriptions hiéroglyphiques autorisant le roi à s'adresser au dieu soleil. Sur le bas des quatre faces supérieures, deux lignes d'inscriptions sont inscrites. L'inscription orientale commence par : « Le visage du roi Amenemhat s’ouvre, il observe le Seigneur de l’Horizon traverser le ciel », celle du côté nord avec : « Plus haute est l’âme (Ba) du roi Amenemhat que la hauteur d’Orion, et elle rejoint le Duat. »
Dans la Genèse, Dieu dit : « — Que la lumière soit », et la lumière fut. La parole divine structure le chaos par le commandement (Procédés littéraires Gn 1,3–31), si bien que le récit biblique présente à la fois des traces résiduelles d'un agon primordial qu'elle cherche à dépasser ( Genres littéraires Gn 1,1–2,4) et le modèle presque pur d'une cosmogonie de la parole (logos).
C'est dans le sens de cette dernière que sont allées les méditations sapientiale et apocalyptique sur la →Sagesse, le Logos et la Tora dans l’œuvre de la Création, et sur les →entités protoctistes, ou originaires, de la création.
1,1–2,7 La Création
Aaron , In the Beginning (CD, 2015), 1947
James Morrow (dir.), Susanne Mentzer (mezzo-soprano), University of Texas Chamber Singers
American Classics, Naxos, © License YouTube Standard→, © NaxosofAmerica
Cette œuvre représente l'histoire de la création, chantée a cappella, c'est-à-dire sans accompagnement instrumental. Aaron la composa suite à une commande pour un Symposium sur la critique musicale à l'Université de Harvard. Chaque partie du texte est exprimée de manière appropriée au fur et à mesure que la musique se déroule avec une originalité sonore propre à Copland.