La Bible en ses Traditions

Genèse 14,1–13

M V S Sam
G

1 Et

VOr, il arriva aux jours d'Amrāphel

Ven ce temps-là qu'Amrafel, roi de Shinéar

VSennaar

d’'Aryôk

VArioc, roi de 'Ellāsār

Vdu Pont

Sde Dalasar 

Kᵉdor-Lā‘ōmer

VCodorlahomor, roi d'Élam

Vdes Élamites

et Thid‘āl

VThadal, roi des Gôyim

VNations

Sexilés

1 Or il arriva sous le règne d'Amarphal, roi de Shinéar

Ariôch, roi d'Ellasar 

que Chodollogomor, roi d'Élam

et Thargal, roi des nations

M G V S Sam

2 M Samil arriva qu’ils firent la guerre à Bera‘

GBalla

VBara, roi de Sodome

Vdes Sodomites

à Birša‘

GBarsa

VBersa, roi de Gomorrhe

à Šinᵉ'āv

GSennaar

VSennaab, roi d’Adma

VAdama

à Šem'ēver

GSumobor

VSéméber

SShmaïr, roi de Çeboyim

VSéboïm

et au roi de Bela‘

VBala

GBalak, qui est Çoar

VSégor.

3 Tous ceux-ci se réunirent dans la vallée de Śiddîm

Gsalée

VSilvestre

Sdes [gens] de Sodome, qui est Vmaintenant la mer du sel.

4 Douze ans Ven effet ils avaient servi Kedor-Laomer

VCodorlahomor

et treize ans

G Vla treizième année ils se révoltèrent

Gs'éloignèrent

Vse retirèrent [loin] de lui.

5 Et

VAlors la quatorzième année, Kedor-Laomer

VCodorlahomor vint avec les rois qui étaient avec lui

et ils frappèrent les Rᵉphā'îm

VRaphaïtes [Rafaim]

G Sgéants qui étaient à ‘Aštᵉrōth-Qarnayim

GAstarôth Karnain

VAstharothcarnaïm

les Zûzîm à Hām

VZuzites [Zuzim] avec eux

Gnations puissantes avec eux

Spuissants qui y étaient

les 'Émim à Šāwēh-Qiryāthāyim

VÉmites [Emim] à Savé-Cariathaïm [Savecariathaim]

GOmmaioi de la ville de Sauê

6 et les Ḥōrî

GChorraioi

VHorrites dans leur montagne

G V S Samles montagnes de Śē‘îr

GSêir

VSéir

jusqu’à Él-Pā'rān qui est près du désert

G Sau térébinthe de Pharan, qui est dans le désert

Vaux campagnes de Pharan, qui est dans la solitude.

7 Et ils s’en retournèrent et vinrent à ‘Én-Mišpāṭ

G Sla source du jugement

Vla source de Mesfat, qui est Qadesh

GKadês

VCadès

et ils frappèrent toute la campagne des ’Ămālēqî

Gtaillèrent en pièce les princes d'Amalêk

Sfrappèrent tous les princes des Amalécites

Vfrappèrent toute la région des Amalécites [Amalechitarum]

et aussi les 'Ĕmōrî qui habitaient à Haçaçôn-Tāmār

Get les Amorraioi qui habitaient à Asasanthamar

Set les Amorites qui habitaient à la source de Gad

Vet l'Amorrhéen [Amorreum] qui habitait à Asasonthamar.

8 Alors sortirent le roi des Sodomites et le roi de Gomorrhe

le roi d’Adama, le roi de Séboïm

et

Vnon sans le roi de Bala, qui est Çoar

VSégor

et ils rangèrent leur troupe

Vligne de front contre eux dans la vallée de Siddim

Sdes [habitants] de Sodome

Gdu sel

V Silvestre

9  contre Kedor-Laomer

VCodorlahomor, roi d’Elam

Vdes Élamites

Thadal, roi de Goïm

G V Sdes Nations

Amraphel

VAmrafel, roi de Shinéar

VSennaar

et Aryok

VArioc, roi d’Ellasar

Vdu Pont

Sde Dalasar :

M G S Samles quatre rois contre cinq.

10 Et

GMais

VQuant à la vallée de Siddim n'était que

Sdes [habitants] de Sodome n'était que

Gdu sel était un [vaste]

VSylvestre, elle possédait de nombreux puits de bitume.

Et

VAinsi, le roi de Sodome

Vdes Sodomites et celui de Gomorrhe prirent la fuite

Vtournèrent le dos, et ils y tombèrent. 

Et ceux qui étaient demeurés s'enfuirent dans la montagne.

11 Et

VOr, ils prirent tous les biens

Gtoute la cavalerie de Sodome et de Gomorrhe

et tous leurs vivres

Vla totalité de ce qui touche à la nourriture, et ils s’en allèrentM G S Sam.

M G S Sam
V

12 Ils prirent aussi Lot, fils du frère d’Abram, et ses biens et ils s’en allèrent

Samil s’en alla

et

Gcar il habitait à Sodome.

12 non sans Lot et ses biens

le fils du frère d'Abram qui habitait à Sodome.

M G V S Sam

13 Et Vvoici, un de ceux qui s'étaient évadés

Gavaient été secourus vint l’annoncer

Vl'annonça à Abram l’Hébreu

Gle errant

qui demeurait aux chênes

Sdemeurait au chêne

Ghabitait au chêne

Vhabitait dans la vallée de Mambré

VMambre l'Amorite

VAmorrhéen

frère de 'Eškōl et frère de ‘Ānēr.

Vd'Escol et frère d’Aner.

Gd'Eschôl et frère d’Aunan.

Sd'Aner et frère d'Eshkol.

Samd'Eshkol Escolet frère d’Anram.

Ils avaient en effet fait alliance avec Abram.

Propositions de lecture

1–24 Histoire de la composition : un fragment adventice ? Ce chapitre n'appartient à aucune des trois grandes traditions de la Genèse. Le narrateur a sans doute voulu rattacher Abraham à la « grande histoire » et ajouter à sa figure une auréole de gloire militaire. Genres littéraires Gn 14,1–24 ; Repères historiques et géographiques Gn 14,1–24

Texte

Genres littéraires

1–24 Pastiche de l’antique ? Ce chapitre a les traits d'une composition tardive pastichant l'antique (Repères historiques et géographiques Gn 14,1–24) :

  • Les noms des quatre rois de l'Orient ont des formes anciennes, mais ils ne sont identifiables à aucun personnage connu,
  • Les noms des rois de Sodome et Gomorrhe semblent factices : Béra et Birsha sont les rois “en malice” et “en méchanceté”, nouvelle allusion au péché des deux villes.

Contexte

Repères historiques et géographiques

1–24 Historicité ? La valeur historique de ce chapitre est très diversement appréciée : Propositions de lecture Gn 14,1–24 ; Genres littéraires Gn 14,1–24. Il est historiquement impossible que l'Élam ait jamais dominé sur les villes du sud de la mer Morte, et ait pris la tête d'une coalition qui aurait réuni un roi amorite (Amraphel), un roi hurrite (Aryok) et un roi hittite (Tidéal).

1–24 Abraham à la poursuite des rois d'Orient

Campagne des quatre rois d'Orient, (numérique, Jérusalem : 2022)

M.R. Fournier © BEST AISBL, Gn 14

Note

L'emplacement de la ville Ellasar est incertaine.  Elle correspond probablement à Larsa, à 50 km de Ur, où des ruines et des inscriptions ont été découvertes (site de Senqara).

Toponymie

Élam, Sodome, Gomorrhe, Adma, Çeboyim, Béla (Çoar), vallée de Siddim, Ashterot-Qarnayim, Ham, Qiryatayim, montagnes de Séïr, El-Parân, Cadès, Haçaçôn-Tamar, Chênes de Mambré, Dan, Hoba au nord de Damas, Mambré, Shinéar, Ellasar.

7 Haçaçôn-Tamar Ein Gedi Aussi Ein-geddi ou Ein-Gaddi, le « printemps de l'enfant », anciennement Hazzazan-Tamar. Une oasis sur la côte ouest de la mer Morte.

La palmeraie d'Ein Gedi (photographie : E.B.A.F., déc. 2016)

© BEST AISBL 

Gn 14,7 ; Jos 15,62 ; 1S 24 ; 2Ch 20,2 ; Ct 1,14 ; (G) Si 24,14 ; Ez 47,10

Dominicains, Tente plantée près de la source d'Ein Gedi pendant la croisière sur la mer Morte (7 Janvier 1909) 

© Couvent St-Étienne de Jérusalem — É.B.A.F.

Le père Jaussen O.P. mène, fin 1908 - début 1909, une expédition sur la mer Morte accompagné des Pères Savignac, Abel et de 17 étudiants ou invités. Parmi eux était le comte de Piellat. Partis le 28 décembre ils font le tour de la mer Morte par l'est et arrivent le 7 janvier à Ein Gedi où ils campent une nuit près de la source. « Le site est pittoresque : beaucoup de verdure, surtout d'acacia seyal, arbre dont était fait l'arche d'alliance, des roseaux, des pommes de Sodome. » A. Loth

Récits bibliques

  • À l'origine, le site s'appelait Hazzazan-Tamar (ou Hazezon-Tamar) et appartenait aux Amoréens (Gn 14,7 ; 2Ch 20,2).  
  • Le site faisait partie des territoires alloués à la tribu de Juda (Jos 15,62).
  • Dans la prophétie d'Ézéchiel, il est annoncé qu'à l'avenir, tous les pêcheurs d'Ein Gedi à Ein-Eglaïm trouveront du poisson en abondance (Ez 47,10). 
  • Alors qu'il était poursuivi par le roi Saül, David et ses soldats s'installèrent à Ein Gedi. David finit par tenir Saül à sa merci, mais il l'épargna (1S 24).
  • Dans les textes poétiques, Ein Gedi symbolise la beauté : en Ct 1,14, la personne aimée est comparée à « un bouquet de fleurs de henné provenant des vignes d'Ein Gedi », tandis que Ben Sira (Si 24,14) compare la sagesse à « un palmier d'Ein Gedi ».  

Grottes d'Ein Gedi (photographie : M.R. Fournier, déc. 2016)

© BEST AISBL

Autres sources écrites

  • Au cours du 1er s. ap. J.-C., le site était réputé pour ses plantations de palmiers et son précieux baume (→Josèphe A.J. 9,7). C'était aussi la tête d'une toparchie (→Josèphe B.J. 3,55).
  • Au cours de la première révolte juive, la ville fut attaquée par les Sicaires lors de la fête des pains sans levain ; ils y tuèrent 700 habitants avant d'emporter leurs provisions (→B.J. 4,402-404).
  • →Pline Nat. 5,73 rapporte qu'Ein Gedi était célèbre pour la fécondité de ses palmiers, mais qu'elle est maintenant en ruine.
  • Dans une grotte voisine, surnommée la « grotte aux lettres », des documents de Juifs essayant d'échapper aux violences lors de la seconde révolte juive (132-135 ap. J.-C.) ont été retrouvés. Ces documents décrivent Ein Gedi comme étant un domaine impérial romain où une garnison était postée (→P. Yadin 46). Au cours de la révolte, Bar Kokhba y établit l'un de ses centres militaires et administratifs. Le chef de la révolte se plaignit d'ailleurs du manque de coopération envers la rébellion de la part des habitants juifs d'Ein Gedi (→P. Yadin 49).
  • Eusèbe de Césarée et Jérôme (→Eusèbe de Césarée Onom. s.v. « Engaddi » 28v) et ( →Jérôme Locorum 89) présentent Ein Gedi comme « un grand village juif près de la mer Morte où l'on trouve des baumes ».

La source de David (photo : E.B.A.F., 2016)

© BEST AISBL

Sources archéologiques

  • Des murs de briques crues du temple chalcolithique (3000 av. J.-C.), il ne reste rien, mais les fondations en pierre demeurent. Chacune des deux entrées fait face à une source plus en aval de la colline. L'entrée principale était équipée d'un banc. À côté de l'autre entrée, une petite ouverture au bas du mur servait de passage pour l'évacuation du bassin autrefois plâtré. Deux bâtiments sont encore visibles. L'un d'entre eux peut avoir été un débarras ou même le domicile d'un prêtre résident. L'autre était certainement utilisé à des fins cultuelles, puisque les offrandes étaient enfouies dans de petites fosses. Le sacrifice était offert au centre où une épaisse couche de cendres contenait des os d'animaux, des perles et des figurines brisées. Pour une raison inconnue, le temple a été abandonné à un moment donné et il semble probable que le trésor de 416 objets en cuivre, trouvés dans la « Grotte du Trésor » à Nahal Mishmar (6 km au sud), appartienne au temple.

 Le temple chalcolitique d'Ein Gedi (photographie : E.B.A.F., déc 2016)

© BEST AISBL

  • Du temple, un sentier monte vers les falaises ; une route sur les pentes a été construite pour la première fois au cours du 7e s. av. J.-C. et les Romains l'ont améliorée durant le 2e s. ap. J.-C. en construisant des murs de soutènement. De la même époque, il reste une tour située à l’est de la source et un fort israélite (mitzpe) avec un mur de protection polygonal.
  • Datant du 2e s. ap. J.-C., un fort romain a été identifié, avec une cour fortifiée et une tour renforcée par un glacis, ainsi qu'une pierre roulante massive pouvant bloquer l'entrée. Deux bassins ont été reliés au bâtiment, mais leur fonction reste inconnue.
  • La structure ronde a été identifiée comme étant un four à chaux des 2e-5e s. ap. J.-C., utilisé pour produire de la chaux vive par combustion du calcaire.
  • De la fin de la période romaine et byzantine, un petit bâtiment fortifié a été fouillé ainsi qu'un moulin à farine. Récemment, une rue byzantine avec des maisons et un système de plomberie a été découverte.
  • La synagogue a été érigée au cour du 3e s. ap. J.-C. Elle fut constamment agrandie et embellie tout au long des siècles qui suivirent jusqu'à sa destruction au début du 6e s. ap. J.-C. Trois portes donnaient accès à la synagogue depuis un porche contenant un miqvé. Des piliers parallèles à trois côtés soutenaient le toit. Une petite mosaïque rectangulaire avec un oiseau dans un médaillon se trouvait devant la plate-forme (bimah) sur laquelle était placée l'arche de la loi. Elle était flanquée d'un siège en gradins. La mosaïque principale du tapis, datée de la fin du 5e s. ap. J.-C., est restée intacte. Le cercle central contient quatre petits oiseaux ; des paires de paons grignotent des raisins dans les coins du carré. Le bas-côté ouest contient une grande inscription en hébreu et en araméen. Il y a des noms de patriarches, les signes du zodiaque et le nom des mois hébraïques. Sur l'inscription, il y a aussi une malédiction portée contre ceux qui trahiraient leur propre peuple et une injonction de se souvenir de plusieurs individus qui ont réalisé de bonnes actions. Parmi les débris, une menorah en métal a été récupérée.

Mosaïque de la synagogue (photographie : E.B.A.F., déc. 2016)

© BEST AISBL

Réception

Comparaison des versions

7 Ein-Mishpat

  • M: ‘Ēyn Mišpāṭ;
  • Sam: ‘yn Mšpṭ;
  • G:  tên pêgên tês kriseôs; S: ‘yn dyn’ (traduction littérale): la source du jugement;
  • V: fontem Mesfat (traduction partielle et translittération): la source de Mesfat.

7 Haçaçôn-Tamar 

  • M: Ḥaçᵉçōn Tāmār;
  • Sam: Ḥççwn Tmr;
  • G:  Asasanthamar;
  • V: Asasonthamar;
  • S: ‘yn gd: la source de Gad (interprétation libre).

Tradition juive

7 Les princes d'Amalek D'où viennent-ils ? Dans un procédé typique du Midrash, on se demande ce que fait Amalek dans cette liste des ennemis d'Abraham. En effet, Amalek est le petit-fils d'Esaü, fils du patriarche Gn 36,12 :

  • →Gen. Rab. 42,7 « Et frappa tout le champ des Amalécites » – Amalek n’était pas encore né, et pourtant vous dites : « Et frappa tout le champ des Amalécites » ? »

Le Talmud ouvre une voie de réponse à la question,

  • →Pesaḥ. 6b « Rav Menashya bar Tallifa a dit au nom de Rav : Il n'y a ni avant ni après dans la Tora ».

et le commentaire met en pratique ce principe herméneutique :

  • →Gen. Rab. 42,7 « L’explication est que [Dieu] « annonce le résultat dès le début » Is 46,10 ».

Les interprétations ne sauraient être tributaires de la date d'apparition des personnages ou du classement des livres bibliques. Par exemple, on fait de Dina, fille de Jacob, la femme de Job :

  • →T. Jb. 1, 5 : « Je suis un des fils d'Ésaü. Mon frère est Nachor, et votre mère est Dina. C'est par elle que je vous ai engendrés. »

L'exégèse rabbinique n'est donc pas fondée sur la critique historique des textes, mais sur une conception du temps qui est exprimée par la grammaire de l'hébreu biblique : le vav conversif placé devant un  verbe au futur exprime en fait un passé, et vice-versa. Le présent n'existe que comme transition mouvante entre passé et futur, image de la Tradition qui renouvelle les textes anciens.

Arts visuels

11,27–25,11 PERSONNAGE - Abraham

Représentation antique

Le sacrifice d'Isaac dans la synagogue de Doura-Europos (Fresque, vers 250)  

Doura Europos (Syrie), © Domaine public→

La plus ancienne représentation de l'aqeda (ligature d'Isaac) retrouvée à ce jour se trouve sur le ciborium de l'arche sainte de la synagogue de Doura Europos (3e siècle). Le manque d'espace a contraint le peintre à superposer les différents éléments de Gn 22 : Abraham , vêtu d'un himation blanc et d'un chiton, de dos, tient le couteau sacrificiel dans sa main droite. A sa gauche , sur l'autel, sur des fagots de bois, est allongé Isaac. La Main de Dieu surgit du ciel au-dessus de l'autel pour arrêter Abraham. En bas de la scène un bélier sans cornes est attaché à un arbre. En haut à droite se tient un personnage (peut être Sarah) , à l'entrée d'une tente.

Attributs iconographiques

Guerchin, Portrait du patriarche Abraham (1657)

Pinacothèque de Brera, Milan, Italie, © CC BY-SA 4.0→,

Abraham est souvent représenté portant une tunique longue et une grande barbe mais il n'a pas d'attributs particuliers. 

Iconographie narrative

Iconographie typologique

Pfister Albrecht ,  Biblia Pauperum (Bible des pauvres) (1462-1463)

Bibliothèque d’État de Bavière © Domaine public→

Abraham / Dieu le Père
  • Abraham est une figure paternelle et donc une image de Dieu le Père: Il est le père de tous les croyants.
  • Abraham accepte de sacrifier son fils unique tout comme Dieu le Père sacrifie son Fils sur la croix. cf Image ci-dessus
Abraham / Marie
  • Abraham est loué pour sa foi, tout comme Marie.
  • Abraham recoit la visite de 3 anges pour lui annoncé qu'il aurait un fils, Marie recoit la vistite de l'ange Gabriel pour lui annoncé qu'elle serait la mère du Messie. Arts visuels Gn 12,1–23,20
  • Abraham n'hésite pas à offrir son fils unique en sacrifice pour accomplir la volonté de Dieu/ Marie offre aussi son Fils en sacrifice . Arts visuels Gn 22,1–19

12,1–23,20 PERSONNAGE- Sarah

Représentation antique

L'hospitalité d'Abraham, (mosaïque, 432-440)

Basilique de Santa Maria Maggiore, Rome

© CC-BY-SA 03→

C'est sans doute la plus ancienne représentation (avec celle de Ravenne) que nous possédions sur ce thème.

  • Le registre supérieur représente Gn 18,2 Abraham vit les trois hommes, courut à leur rencontre et se prosterna jusqu'à la terre. L'artiste s'efforce de faire comprendre au spectateur que les hommes qu'approche Abraham représentent la Trinité. Tous les trois ont des auréoles, toges et cheveux identiques. La figure centrale rayonne la lumière à l'intérieur d'une mandorle, et ses pieds ne touchent pas le sol. On a peut-être là un très ancien témoin de l’exégèse à la fois christologique et trinitaire de Gn 18,1-15 : Abraham a vu trois hommes, dont l’un figurait le Verbe, en gloire entre 2 anges.
  • Dans le registre inférieur, sur la gauche, Abraham a ordonné à Sarah de faire des pains pour les visiteurs. A droite, il leur apporte un veau rôti. L'arrière-plan de la figure d'Abraham et de Sarah est relativement naturaliste, tandis que le fond derrière les visiteurs est d'or, soulignant encore que malgré ce que ses yeux lui montrent, Abraham voit Dieu lui-même. Divers éléments donnent à la scène un cadre liturgique : Le veau de Gn 18,7, où Abraham «courut au troupeau et prit un veau tendre et parfait», rappelle celui de Lv 9,2, où Moïse dit à Aaron «prends du troupeau un veau comme offrande pour le péché et une chèvre comme un holocauste, chacun immaculé, et offre-le au Seigneur». La structure derrière Sarah est bien plus que la tente de Gn 18,1. La mosaïque la présente de façon à rappeler au spectateur à la fois une église chrétienne et le temple de Jérusalem. Comme le temple représenté dans l'arche absidiale de la basilique à quelques mètres, la structure a un toit de tuiles en forme de touffe et une paire de rideaux à l'arrière de la porte. Mais comme une église, il y a une croix dans le fronton. Aux pieds des trois visiteurs, sous la table, se trouve le bassin d'eau qu'Abraham a fourni pour pouvoir se laver les pieds. (Ha13,1) 

Attributs iconographiques

Sarah (détail de la mosaïque de Ravenne, 6e s.)

© Domaine public

Sarah est souvent représentée âgée et parfois en train de rire ou sourire. Elle n’a pas d’attributs particuliers.

Iconographie narrative

Iconographie typologique

Jan Provoost, Abraham Sarah et l'ange

Musée du Louvre, © Domaine public→

Gn 18

Contrairement à ce qui est indiqué dans la bible, ce n'est pas 3 anges mais un seul qui est représenté sur ce tableau. Il annonce à Abraham la naissance d'un fils et Sarah placée derrière la porte rit en secret en entendant la nouvelle. Cette scène, par l'aspect de l'ange, par la posture des personnages, peut être mise en parallèle avec les scènes d'Annonciation à Marie.

Sarah / Marie
  • Sarah a reçu l’annonce de la naissance d’un fils par des anges venus parler avec Abraham (Gn18,10). Marie recevra l’annonce de la naissance d’un fils par l’ange Gabriel. (Lc 1,31)
  • Sarah et Marie donnent naissance au fils de la promesse, fils qui sera offert en sacrifice à Dieu. (Gn 22,16; Jn 19,17)

Cependant , par sa foi Marie ressemble plus à Abraham qu’à Sarah.

Sarah / Elisabeth (cousine de Marie)
  • Sarah et Elisabeth sont toutes deux des femmes qui ont enfantés miraculeusement puisqu'elles étaient stériles et avancées en âge.(Gn18,11; Lc1,7)
  • Dans les deux cas, la naissance miraculeuse est annoncée par un ange au père de l'enfant. (Gn 18,10; Lc1,11-17)
  • Les deux fils de ces femmes manifestent le rire et la joie qui découle de ce miracle: Issac est un nom qui se rattache à tsahaq qui signifie rire (Gn 21,5-6), et Jean Baptiste bondit de joie dans le sein maternelle lors de la visitation (Lc 1,44). Le caravage n'exprime-t-il pas cette ressemblance entre les fils de Sarah et d'Elisabeth dans le tableau jeunesse au Bénier qu'il a peint en 1602? Arts visuels Gn 21,13 

12,1–19,38 PERSONNAGE - Lot

Représentation antique 

La séparation de Lot et d'Abraham, (432 - 440),  Sainte Marie Majeure (Rome)

© domaine public→

Gn 13,9

Sur cette mosaïque du 5e siècle, Abraham et Lot, au premier plan, sont vêtus de la tunique et de la toge romaine. A gauche se tient Abraham reconnaissable à son fils. Avec toute sa famille il va partir vers la partie montagneuse de Canaan symbolisée par un temple et un arbre. A droite Lot lève la main pour montrer le lieu qu'il choisit: la plaine de Jericho avec les villes de Sodome et Gomorrhe. Il est reconnaissable à ses deux filles qui sont à ses côtés. 

Attributs iconographiques

Guido Reni (1575–1642), Lot et ses filles, (huile sur toile),

Musée des beaux-arts de Marseille, © Domaine public→

Lot n'a pas d'attributs particuliers. Il est généralement représenté barbu et vêtu d'une tunique. La présence de ses deux filles ou de Sodome en flamme permettent de le reconnaitre. 

Iconographie narrative

Iconographie typologique

Anonyme , Lot et ses filles, (vers 1517)

Musée du Louvre, © Domaine public→

Lot/ Noé
  • Lot (Gn 19,15), comme Noé (Gn 6,18), est prévenu par Dieu et est sauvé avec sa famille d'une catastrophe imminente. 
  • Lot et Noé vont vivre une destruction totale de leur environnement : l'un par le feu Gn 19,24, l'autre par l'eau Gn 7,17 . 
  • Dans les deux cas, Dieu les protège d'un danger exterieur en les faisant entrer d'abord  avec lui à l'interieur (arche ou maison), et en fermant la porte. Gn7,16 ; Gn19,10
  • Lot comme Noé est enivré puis abusé par ses propres enfants. Gn 9,20-22; Gn19,32 

Dans le tableau ci-dessus est représenté à droite la destruction de Sodome par le feu tandis que Lot et sa famille s’enfuit guidée par l’ange . Certains détails comme la ville qui s’enfonce dans l’eau, la présence de navires ou encore l’âne qui accompagne Lot, ne sont-ils pas des allusions au déluge de Noé?

Au premier plan à gauche c'est l’épisode de l’ennivrement de Lot par ses filles qui est représenté . L’arbre au pied duquel ils se tiennent sépare les deux épisodes bibliques . Son emplacement central lui donne une certaine importance : peut être que le peintre fait ici allusion à l’arbre de Gn 3 qui est à l’origine du péché, cause de la destruction de Sodome,  (à drtoie),  et sous lequel les filles de Lot s’apprêtent à tendre un nouveau fruit defendu en enivrant l’homme (à gauche) pour  qu’il commette deux incestes. 

La souche d’arbre mort et le cadavre d’animal (peut être l’ane) viennent renforcer l’idée de destruction et de mort de la partie droite du tableau. 

Lot/ l'homme pécheur

Lot représente l'homme pécheur qui, sans grande malice cohabite pourtant, par sa tiédeur et son amour du monde avec le mal: 

  • Il se sépare du chemin du Juste, Abraham, pour prendre son propre chemin; Gn13,9
  • Il choisit le lieu le plus prospère, le plus attrayant, le moins pénible pour s'installer, mais Sodome est aussi  le lieu où règne la perversion, le crime, la luxure. Gn13,10-11; 
  • il est sauvé non par ses propres mérites mais par les mérites d'un Juste: Abraham Gn 19,29. Il beneficie de la miséricorde de Dieu Gn 19,16. 

1–24 L'offrande de Melchisédec à Abram, type de la Cène ?  Dans la planche S consacrée à l'épisode de La Cène selon la →Biblia pauperum : un chef-d'œuvre du Moyen Âge, l'offrande de Melchisédec à Abram est présentée comme une figure typologique de cet épisode. Placée sur le côté latéral gauche du tryptique central, cette scène apparaît en miroir avec celle du don de la manne dans le désert (Arts visuels Ex 16,1–36) sur le côté latéral droit.

Anonyme (continuant Albrecht Pfister), scène latérale gauche et scène centrale, (impression xylographique, 1460s), 27,5 x 20,5 cm, détail,  

Planche S, f.18r de la Biblia pauperum seu historiæ Veteris et Novi Testamenti,  Bibliothèque nationale de France→,

© Domaine public→

Voici la lectio qui correspond à cette scène :

  • à g. On lit dans la Genėse, au chapitre 14, que lorsqu'Abram revint du pays de [ses] ennemis pour rapporter avec lui le grand butin qu'il avait extorqué à ses ennemis, alors, Melchisédec, grand-prêtre de Dieu, lui présenta du pain et du vin. Melchisédec signifie le Christ qui, au cours du repas, offrait à ses disciples le pain et le vin c'est-à-dire son corps à manger et son sang à boire (Gn 14).

Détails remarquables : 

  • Le couvre-chef de Melchisédec: Tout comme la manne descendue du ciel, Melchisédec, prêtre « sans généalogie » (He 7,3), est porteur de pain et de vin. Représenté avec une mitre, il préfigure, au-delà même du Christ, toute la hiérarchie sacerdotale qui en naîtra  Liturgie Ex 34,29–35.
  • Le calice de la Cène : Dans l'image latérale gauche, Melchisédec tient une hostie dans la main gauche et un calice dans la main droite. Ce dernier n'apparaît pourtant pas dans l'image consacrée à la Cène. Aurait-il été dérobé par le « roi de justice » ?
  • L'agneau pascal : L'agneau pascal est au centre de la scène, signe que la dernière Cène est inteprétée comme le repas pascal (→Dernière Cène : fut-elle un repas pascal ?). L’expiation sacrificielle du repas pascal y est célébrée, tout comme le sacrifice du Christ sur la Croix et lors de la Messe (→De la dernière Cène aux Eucharisties chrétiennes).

Anonyme (continuant Albrecht Pfister), « L'offrande de Melchisédec à Abram, La Cène, Le don de la manne dans le désert », (impression xylographique, 1460s, Pays-Bas ou Rhin inférieur), 27,5 x 20,5 cm,

Planche S, f.18r de la Biblia pauperum seu historiæ Veteris et Novi Testamenti,Bibliothèque nationale de France→,

© Domaine public→

Pour une lecture complète de la planche, voir : Arts visuels Mc 14,17–26.