Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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1 Et les cieux et la terre furent achevés et toute leur armée.
1 Et le ciel et la terre furent achevés et tout leur ornement.
1 Alors les cieux et la terre furent achevés et tout leur ornement.
2 Et Dieu acheva le septième
Samsixième jour son œuvre qu’il avait faite
et il se reposa le septième jour de toute son œuvre qu’il avait faite.
2 Et Dieu acheva le sixième jour ses œuvres qu’il avait faites
et il se reposa le septième jour de toutes ses œuvres qu’il avait faites.
2 Et Dieu compléta le septième jour son œuvre qu’il avait faite
et il se reposa le septième jour de toute son œuvre qu’il avait réalisée.
3 Et Dieu bénit le septième jour et le sanctifia
parce qu’en ce jour-là il s’était reposé de toute l’œuvre qu’il avait créée en la
Stoutes les œuvres qu’il avait créées en les faisant.
3 Et Dieu bénit le septième jour et le sanctifia
parce qu’en ce jour-là il s’était reposé de toutes les œuvres qu’il avait commencé à faire.
3 Et il bénit le septième jour et le sanctifia
parce qu’en ce jour-là, il s'était abstenu de toute œuvre sienne que Dieu créa pour qu'elle fût faite.
1,1–2,4a Un récit à double détente théologique L'enseignement de cette section est théologique,
C'est pour mieux transmettre ce deuxième enseignement que le schéma de la semaine a été utilisé. Comme il y a huit œuvres, elles sont réparties de manière symétrique : il y en a deux le troisième et le sixième jour. Ainsi le “repos” de Dieu au septième jour devient le modèle que l'homme doit imiter.
1,1–2,4 Ici commence + les générations du ciel et de la terre quand elles furent réées : Quels genres pour raconter le « commencement » ?
On peut envisager la création in fieri (l’acte de création, la façon dont on imagine l’advenue des créatures à l’existence), ou la création in actu (la création achevée). Le premier point de vue se déploie en cosmogonies, le second en cosmologies.
Alors que le second récit parle essentiellement de la formation de l'homme et de la femme, le premier offre un aperçu complet de l'origine des êtres selon un plan réfléchi. Tout vient à l'existence sur l'ordre de Dieu et tout est créé selon un ordre croissant de dignité. Dieu est antérieur à la création et tous les êtres ont reçu de lui le don de l'existence ou de la vie. L'homme et la femme, créés à l'image de Dieu, se trouvent au centre des œuvres créées ; de par la volonté de Dieu ils ont reçu le pouvoir de dominer sur les autres vivants.
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1,1–2,4 Au commencement Cosmogonie biblique et cosmogonies orientales La cosmogonie biblique (Genres littéraires Gn 1,1–2,4) charrie des motifs, des thèmes et même des vestiges linguistiques qui rappellent d’autres récits cosmogoniques du Proche Orient ancien. Plusieurs concepts, motifs cosmographiques ou mots dans les textes bibliques présentent des analogies avec ceux des cultures environnantes. Par ex. :
Le texte biblique et les mythologies environnantes sont en relation sans qu’il soit toujours possible de préciser s’il s’agit d’influences, d’emprunts à des sources communes, ou tout simplement de manifestations diverses d’archétypes liés à la psychè humaine. Est ainsi posée la question de la relation entre la Bible et les religions du Proche Orient ancien.
Cosmogonie et cosmographie bibliques se comprennent dans le cadre plus vaste du Proche-Orient ancien, l’Égypte, la Syrie, les Hattis, la Mésopotamie, et plus tard le monde hellénistique-romain. La Bible s’écarte de ces cultures sur des points essentiels :
L'interprétation des parallèles dans la culture commune et les concepts généraux de l’Orient ancien. En effet, aussi bien les textes bibliques que le matériel extra-biblique sont difficiles à dater (par exemple, on peut connaître l’identité du roi qui a commandé tel objet, mais la chronologie proposée pour ce roi n'est pas nécessairement établie). De plus, la première attestation matérielle d’une idée ne donne pas nécessairement la date de l’idée représentée (un concept peut circuler pendant des siècles avant la première attestation préservée). Il est donc souvent difficile de savoir qui/quoi vient en premier, et qui a emprunté de qui (s’il s’agit d’emprunt et non pas d’une base commune).
Aux yeux d’occidentaux modernes, certaines représentations du monde peuvent sembler naïves. Néanmoins, les connaissances astronomiques du Proche-Orient ancien monde étaient loin d’être primitives. La science proche-orientale antique des mouvements des planètes et des astres, par exemple, est impressionnante. Le défaut le plus important est probablement le manque de compréhension de la rotation des planètes autour du soleil, mais on n’y parvint qu’au 17e s. de notre ère et cela non sans difficultés… En réalité, notre représentation moderne et contemporaine du monde (et de l’au-delà) s’enracine dans celle de l’Antiquité — fondée sur l’observation d’une réalité qui n’a guère changé depuis.
Le parallèle le plus proche de la cosmogonie biblique est sans doute le récit babylonien Enuma Elish (dénommé par son incipit : Enūma eliš lā nabû šamāmū « Lorsque là-haut les cieux n’étaient pas encore nommés… »). Ce récit est attesté à partir du 9e s., (à l'époque où commencèrent les contacts entre Assyrie et Israël sous le roi Achab), mais il semble avoir été composé dans les siècles précédents: la plupart des chercheurs optent pour une composition vers la fin du 2e millénaire.
Fragment d'une tablette du mythe babylonien Enuma Elish, ou Épopée de la Création, (7e s. av. J.-C.), mis au jour à Ninive, dans la « Bibliothèque d'Assurbanipal »
K.3473, British Museum, Londres (Royaume Uni), photo Zunkir © CC-BY-SA-4.0→
L’œuvre compte environ 1100 lignes réparties sur sept tablettes cunéiformes. Redécouverte au 19e s. sous forme de fragments dans la bibliothèque d’Assurbanipal à Ninive, elle a pu être presque entièrement reconstituée grâce à d’autres découvertes.
Comme dans la Genèse, le ciel (ici constitué de la dépouille de Tiamat) est une barrière solide et sa fonction première est hydraulique.
On a proposé d'identifier Marduk chevauchant son dragon Mušḫuššu et triomphant dans les eaux primordiales de Tiamat sur ce sceau-cylindre : la ligne séparant les deux plans d'eau indiquerait que Marduk a déjà fendu Ti'āmat en « eaux supérieures » et « eaux inférieures » :
Anonyme (9e s. av. J.-C.), Marduk ou Bel chevauchant le mušḫuššu, le « serpent féroce », triomphant des eaux de Ti'āmat vaincue, à l'occasion du Nouvel An babylonien, (sculpture et gravure sur lapis-lazuli, ca 855 – 819 av. J.-C.), sceau-cylindre dédié à Marduk par le roi babylonien Marduk-zākir-šumi,
Dessin tiré de : F.H. , Babylonische Miscellen. Wissenschaftliche Veröffentlichungen der Deutschen Orient-Gesellschaft 4 (Leipzig, 1903), p.16, fig. I. © Domaine public→
Le 18 avril 1900, dans les décombres d’Isan ‘Amrän ibn Ali, on découvrit l’atelier d’un fabricant de perles. L’une des plus belles pièces est un sceau en lapis-lazuli portant le relief du dieu Marduk, accompagnée d'une inscription suivante en caractères néo-babyloniens disant en substance :
Cependant, pour les spécialistes, Tiamat ne possède pas d’iconographie fixe. C’est cohérent avec cela même qu’elle symbolise le chaos. Les tentatives d’identification dans l’iconographie antique sont donc des reconstructions interprétatives : on croit voir Tiamat dans des représentations de l’océan primordial, parfois figuré sous la forme d’un serpent ou dragon, d’une créature hybride, ou d’un chaos aquatique personnifié.
Une lutte primordiale ou agon cosmique fut peut-être un mythe ancien du Proche-Orient. Dans cette cosmogonie le dieu-guerrier cosmique, après sa victoire sur les puissances du chaos, aurait créé le monde et construit sa demeure terrestre, le temple. Comme les profondeurs abyssales étaient le lieu du Chaos et de la Mort, par contraste, le temple du dieu vainqueur était bâti dans les hauteurs, sur une montagne symbolique.
Les cosmogonies sont rares en Mésopotamie et la naissance du monde n’est nulle part mise en image. Outre Enūma Eliš dont le passage cité plus haut évoque un agon cosmique entre le dieu Marduk et le chaos Tiamat, les autres récits de création ne mentionnent pas de lutte :
Quoi qu’il en soit d’un agon cosmique, ces cosmogonies font en général sortir le monde de l'eau. Il en allait de même en Égypte, où une cosmogonie bien plus développée faisait tout sortir paisiblement de l’océan primordial, appelé nwn (Noun), au fond des ténèbres. C'est le modèle d'une cosmogonie de la parole ou du logos qui se profile ici.
En Égypte, la cosmogonie est beaucoup plus développée.
Tout est sorti de l’océan primordial, appelé nwn (Noun), au fond des ténèbres :
C’est de Noun qu’est tiré le dieu démiurge, Atoum :
Les dieux vont alors se multiplier. Chou et sa sœur-et-épouse Tefnout (déesse de l’humidité) engendreront Geb (dieu de la terre) et Nout (déesse du ciel) le soleil, qui à leur tour vont engendrer Isis, Osiris, Seth et Nephtys, constituant ainsi les neuf dieux primordiaux, l’Ennéade.
(19e dynastie), Livre des Morts, Papyrus d'Ani (image 3) : le jugement d'Ani, détail du registre supérieur, (pigments à la détrempe sur papyrus, 67 x 42 cm page encadrée), tombeau d’Ani, Thèbes, Égypte, ca 1250 av. J.-C.
n°EA10470.3, British Museum, Royaume-Uni © CC-BY-SA-3.0→
Dans le « Livre des Morts », sur le papyrus d’Ani, la scène principale est au registre inférieur, qui occupe les 2/3 de la hauteur de l'image. Elle représente le jugement d'Ani, dans la Salle du Jugement. Au centre, la balance pèse le cœur d’Ani face à la plume de Maât, symbole de vérité et d’ordre, sous la surveillance d’Anubis, tandis que Thot consigne le résultat et qu’un monstre attend de dévorer le cœur en cas d’échec.
Dans le registre inf. à g., introduit avec son épouse, Ani s’incline et récite le Sortilège 30B du « Livre des Morts », adressé à son cœur sur la balance : « Ma mère, cœur de ma mère, cœur de mes formes, ne témoignez pas contre moi, ne vous opposez pas à moi au tribunal, ne vous détournez pas de moi devant le maître de la balance. Vous êtes mon ka, qui était en moi. » Sous le regard de ces divinités, son âme attend l’issue de la pesée, qui déterminera son accès à l’au-delà...
Dans la mythologie héliopolitaine, une butte, appelée bnbn (Benben), émergea des eaux du Noun. C’est sur ce tertre originel que le dieu créateur Atoum se manifesta lui-même et engendra le premier couple divin, marquant le commencement du monde.
Cette butte primordiale pourrait être le prototype des pyramidions, pierres de faîte monolithiques des pyramides et des obélisques.
Pyramidion du roi Amenemhat III de la 12e dynastie, (sculpture sur granit, h. ca 135 cm x base ca 185 cm)
Dahchour, ca 1860-1814 av. J.-C.
n° JE 35133, Musée égyptien du Caire, Égypte © CC BY-SA 4.0→
Relativement bien conservé, ce pyramidion porte des inscriptions hiéroglyphiques autorisant le roi à s'adresser au dieu soleil. Sur le bas des quatre faces supérieures, deux lignes d'inscriptions sont inscrites. L'inscription orientale commence par : « Le visage du roi Amenemhat s’ouvre, il observe le Seigneur de l’Horizon traverser le ciel », celle du côté nord avec : « Plus haute est l’âme (Ba) du roi Amenemhat que la hauteur d’Orion, et elle rejoint le Duat. »
Dans la Genèse, Dieu dit : « — Que la lumière soit », et la lumière fut. La parole divine structure le chaos par le commandement (Procédés littéraires Gn 1,3–31), si bien que le récit biblique présente à la fois des traces résiduelles d'un agon primordial qu'elle cherche à dépasser ( Genres littéraires Gn 1,1–2,4) et le modèle presque pur d'une cosmogonie de la parole (logos).
C'est dans le sens de cette dernière que sont allées les méditations sapientiale et apocalyptique sur la →Sagesse, le Logos et la Tora dans l’œuvre de la Création, et sur les →entités protoctistes, ou originaires, de la création.
2,1–3,24 PERSONNAGE Adam
Adam et Eve (fresque, 300-337), Catacombes de Marcellin et Pierre (Rome)
Cette représentation d’Adam et Ève compte parmi les premières représentations d’Adam et Ève. Placés de chaque côté de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, Adam et Ève cachent leur nudité et se tiennent tête inclinée, yeux baissés, honteux de la faute qu’ils viennent de commettre.
Statue d'Adam (1260), Notre-Dame de Paris, Musée national du Moyen Âge
Photo : Thesupermat © CC-BY-SA-3.0→
Cette statue d'Adam nu est la preuve que les médiévaux connaissaient bien l'anatomie humaine : les muscles, les côtes, correspondent à la réalité.
, La Madone au serpent (ou La Madone des palefreniers), Galerie Borghèse (Rome)
© Domaine public→, Gn 2,16 ; 3,15
Parce qu'Adam a fait entrer le péché dans le monde, l'homme pécheur est assimilé à Adam.
Rapprochement entre Adam et Jésus Christ:
1,1–2,7 Dieu créa le ciel et la terre La Création en musique : pour donner voix au commencement Comme si le récit de la création portait en lui-même une vocation sonore, Gn 1-2 a invité chaque époque à trouver dans son propre langage musical une forme pour dire le geste de Dieu sur le chaos.
Rendue mondialement célèbre par son utilisation dans 2001 : L'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick (1968), Lux Aeterna de Ligeti dépasse le cadre cinématographique pour rejoindre l'une des questions les plus anciennes de la Bible : d'où vient la lumière, et comment naît-elle du chaos ?
Ligeti traite la lumière par ce qu'il appelle la micropolyphonie, qu'il décrit comme « une polyphonie complexe des parties individuelles, incarnée dans un flux harmonique dans lequel les harmonies ne changent pas soudainement mais fusionnent les unes dans les autres, une combinaison d'intervalles se brouillant progressivement » (, « À propos du Concerto de chambre » dans L'atelier du compositeur, Éditions Contrechamps, 2013, pp. 258-259).
Les seize voix a cappella tissent une toile sonore dont les dimensions semblent cosmiques, forçant l'auditeur à reconsidérer sa perception du temps et de l'espace. Les ténèbres et la lumière n'ont pas encore été séparées, quelque chose d'incertain et de lumineux commence à sourdre du chaos...
György (1923-2006), Lux Aeterna, 1966
Helmut Franz (dir.), Chor des Norddeutschen Rundfunks
In the Beginning est une œuvre de dix-sept minutes pour mezzo-soprano soliste et chœur mixte a cappella à huit voix, composée en 1947 pour un symposium de critique musicale à Harvard, sur le texte intégral de Gn 1,1-2,7 dans la version King James.
Copland a expliqué sa démarche simplement : « Je cherchais un style narratif doux, utilisant la formule biblique « Et le jour suivant...» pour clore chaque section ». Ce découpage en sept jours structure l'œuvre de l'intérieur, comme une respiration liturgique qui avance sans se presser.
La musique est empreinte du shuckling juif (cette manière de balancer le corps en récitant la Torah) et mêle polytonalité, références au jazz et au blues, pour produire un récit de la création qui sonne résolument américain sans rien perdre de sa gravité biblique. Copland murmure la création : la voix soliste raconte, le chœur répond, et l'absence d'accompagnement instrumental laisse résonner le texte dans toute sa nudité.
Aaron , In the Beginning (CD, 2015), 1947
James Morrow (dir.), Susanne Mentzer (mezzo-soprano), University of Texas Chamber Singers
American Classics, Naxos, © License YouTube Standard→, © NaxosofAmerica
Die Schöpfung est l'acte de foi le plus accompli de Haydn, homme profondément religieux dont la dévotion, selon son biographe Greisinger, était « non pas sombre et souffrante, mais joyeuse et réconciliée ».
L'oratorio en trois parties, pour solistes, chœur et orchestre, suit les six jours de la création tels que les raconte Gn 1-2, complétés par le Paradis perdu de Milton et des psaumes, dans une mise en musique d'une ambition narrative sans précédent. Trois solistes représentent trois anges qui racontent et commentent les six jours de la création du monde selon la Genèse : Gabriel (soprano), Uriel (ténor) et Raphaël (basse).
Le prélude orchestral La Représentation du Chaos, d'une étrange modernité harmonique, dépeint le tohu-bohu de Gn 1,2 avant que l'explosion du chœur sur Et la lumière fut ne produise l'un des moments les plus saisissants de toute la musique occidentale.
Haydn traite le Genèse comme une joie à partager : chaque créature (le lion, le tigre, le ver de terre...) reçoit son propre portrait musical, comme si le compositeur prolongeait lui-même le geste du Créateur en nommant ce qu'il a fait.
Joseph (1732-1809), Gottfried (livret), Die Schöpfung (Hob. XXI:2) [The Creation], 1796-1798
Christopher Hogwood (dir.), Academy of Ancient Music