Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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1 VOr Dina, la fille que Léa avait enfantée à Jacob,
Vde Lia, sortit pour voir les filles du pays.
Vfemmes de cette région.
1 ...
2 V Et lorsque Sichem, fils de Hamor
VÉmor le Hivivite
Vl’Evéen, prince du pays, l'ayant aperçue
Vde cette terre, la vit
Vil s'éprit d'elle et l’enleva ,
V et coucha avec elle et lui fit violence.
V, opprimant de sa violence une vierge.
2 ...
3 Son âme s’attacha à Dina, fille de Jacob
il aima la jeune fille et parla au cœur de la jeune fille.
3 ...
3 Son âme s'attacha fortement à elle
et il tâcha de soulager la malheureuse par ses caresses.
4 Et Sichem dit à
Vallant trouver Hamor
VÉmor, son père :
— Prends-moiV, dit-il, cette jeune fille pour femme.
4 ...
5 Or
VLorsque Jacob apprit qu’il avait outragé Dina, sa fille
Vcela
Mmais, comme ses fils étaient aux champs avec son troupeau
Vétaient absents et s'occupaient des troupeaux dans le pâturage
Jacob
Vil garda le silence jusqu’à leur retour.
5 ...
6 VOr, Hamor
VÉmor, père de Sichem, sortitM vers Jacob pour Mlui parlerV à Jacob.
6 ...
7 Et les fils de Jacob vinrent du champ
quand ils [l'] apprirent et ces hommes s'irritèrent et brûlèrent d'une grande colère
car il avait commis une infamie en Israël
en couchant avec la fille de Jacob, ce qui ne devait pas se faire.
7 Voici, ses fils arrivaient du champ
et, entendant ce qui était arrivé, ils s'irritèrent fortement
parce qu'il avait commis un acte infâme en Israël
et [qu']ayant violé la fille de Jacob, il avait perpétré un acte illicite.
7 ...
8 Et
VC'est pourquoi Hamor
VÉmor leur parla Men disant :
— L’âme de Sichem, mon fils, s’est attachée à votre fille
donnez-la-luiM, je vous prie, pour femmeM.
8 ...
9 Alliez-vous avec nous
Vet lions entre nous des mariages
vous nous donnerez
Vremettez-nous vos filles, et vous prendrez
Vrecevez nos fillesM pour vous
9 ...
10 vous habiterez avec nous
et le pays devant vous, habitez-y, trafiquez et ayez-y des possessions.
10 et habitez avec nous
la terre qui est en votre possession, travaillez[-la], trafiquez, et possédez-la.
10 ...
11 Et
VMais Sychem
VSichem dit à son père et à ses frères :
— Que je trouve grâce à vos yeux
Vdevant vous et ce que vous me direz,
Vfixerez, je le donnerai.
11 ...
12 Augmentez beaucoup pour moi le prix et le présent et je donnerai ce que vous me direz
et donnez-moi la jeune fille pour femme.
12 Augmentez la dot [et] les présents, exigez, j'accorderai avec joie ce que vous aurez demandé
seulement donnez-moi cette jeune fille pour épouse.
12 ...
13 Les fils de Jacob répondirent à Sichem et à MHamor, son pèreM, avec ruse Met parlèrent
parce qu'il avait déshonoré Dina,
Venragés par le viol de leur sœur.
V :
13 ...
14 MIls leur dirent : — Nous ne pouvons pas faire cette chose
Vce que vous demandez
de
Vet donner notre sœur à un homme Mqui est incirconcis
car ce serait un opprobre pour
Vc'est illlicite et une impiété chez nous.
14 ...
15 En cela seulement, nous nous accorderons avec vous
si vous devenez comme nous
en circoncisant tout mâle parmi vous.
15 Mais en cela nous pourrons faire alliance
si vous voulez bien être pareils à nous,
et que soit circoncis parmi vous tout sexe de mâle.
15 ...
16 Et
VAlors nous vous donnerons nos filles et nous prendrons pour nous vos filles
Vdonnerons et recevrons mutuellement nos filles et les vôtres
et nous habiterons avec vous et nous serons un seul peuple.
16 ...
17 Mais si vous ne nous écoutez pas pour vous circoncire
Vvoulez pas être circoncis, nous prendrons notre fille et nous nous en irons
Vpartirons.
17 ...
18 Et leurs paroles furent bonnes aux yeux de Hamor et aux yeux de Sichem, fils de Hamor.
18 Leur offre plut à Émor et à Sichem, son fils.
18 ...
19 Et le jeune homme ne tarda
Vdifféra pas à faire la chose
V, bien plus, il accomplit aussitôt ce qu'on lui demandait
car il aimait la fille de Jacob
Vbeaucoup la jeune fille
et il
Vlui-même était considéré de tous dans
Villustre dans toute la maison de son père.
19 ...
20 Et Hamor et Sichem, son fils, allèrent à la porte de la ville et parlèrent aux hommes de leur ville, en disant :
20 Et, ayant passé la porte de la ville, ils parlèrent au peuple :
20 ...
21 — Ces hommes sont paisibles à notre égard, qu'ils habitent dans le pays
et qu’ils y trafiquent, voici que le pays est assez vaste devant eux
et nous prendrons pour nous leurs filles pour femmes, et nous leur donnerons nos filles.
21 — Ces hommes sont pacifiques et veulent demeurer avec nous :
qu'ils trafiquent dans cette terre et la travaillent car elle est vaste et étendue et a besoin d'agriculteurs !
Nous prendrons leurs filles pour femmes et nous leur donnerons les nôtres.
21 ...
22 Ces hommes s'accorderont avec nous pour habiter avec nous, pour devenir un même peuple, à la condition
de circoncir parmi nous tout mâle, comme ils sont circoncis.
22 Il est une seule chose qui diffère un si grand bien :
si nous circoncisons nos mâles, imitant le rite de leur nation,
22 ...
23 Et leur bétail et leurs biens et toutes leurs bêtes ne seront-ils pas à nous ?
Seulement, accordons-nous avec eux
et qu'ils habitent avec nous.
23 leurs biens et leurs troupeaux et tout ce qu'ils possèdent seront à nous ;
consentons seulement à cela
et habitant ensemble, nous deviendrons un seul peuple !
23 ...
24 Et tous ceux qui sortaient par la porte de sa
Gleur ville écoutèrent Hamor
GEmmor et Sichem
GSuchem son fils, et tout mâle fut circoncis, tous ceux qui sortent par la porte de sa ville.
Gils circoncirent la chair de leur prépuce, chaque mâle.
24 Tous ayant donné leur assentiment, l'ensemble des mâles furent circoncis.
24 ...
25 Et voici, le troisième jour, pendant qu’ils étaient souffrants
Vquand la douleur des blessures est la plus pénible
deux fils de Jacob, Siméon et Lévi, frères de Dina, prirent chacun son
Vayant pris leur glaive
vinrent
Ventrèrent sans crainte sur
Vdans la ville
et tuèrent tous les mâles.
Vayant tué tous les mâles
25 ...
26 MEt ils passèrent au fil de l'épée
Vfirent périr également Hamor
VHémor et SichemM, son fils
et ils prirent
Vprenant DinaV, leur sœur, de la maison de SichemM et sortirent.
26 ...
27 Les fils de Jacob vinrent sur les morts
et pillèrent la ville parce qu’ils avaient déshonoré leur sœur.
27 Lesquels sortis, les fils de Jacob restants se jetèrent sur les occis
et dévastèrent la ville en vengeance du viol.
27 ...
28 Leurs brebis, leurs bœufs
V et leur bétail et leurs ânes, Vsaccageant l'ensemble de ce qui était dans la ville
Vles maisons et Mce qui était dans les champsM, ils les prirent.
28 ...
29 Et tous leurs biens et tous leurs enfants et leurs femmes, ils les emmenèrent captifs et pillèrent tout ce qui était dans les maisons.
29 Leurs tout-petits aussi et leurs femmes, ils les emmenèrent captifs.
29 ...
30 Et
VLorsqu'ils eurent achevé cela, Jacob dit Vhardiment à Siméon et à Lévi :
— Vous m’avez troublé, en me mettant en mauvaise odeur
V et rendu odieux auprès des habitants du pays,
Vde cette terre, des Cananéens
VCananéens [Chananeis] et des Perizzites
VFéréziens [Ferezeis],
et moi quelques hommes m'entourent. Ils
Vnous sommes un petit nombre et eux, s'étant rassemblés, me frapperont et me détruiront,
Vje serai détruit, moi et ma maison.
30 ...
31 Et ils dirent :
VIls répondirent : — Traitera-t-on notre sœur
GEst-ce que notre sœur doit être traitée
VEst-ce qu'ils devaient abuser de notre sœur comme Vd'une prostituée ?
31 ...
5 Jacob garda le silence Deux silences à Sichem Jacob apprend que sa fille Dina a été violée. Ses fils sont aux champs ; il se tait jusqu'à leur retour. À leur arrivée, Siméon et Lévi massacrent la ville de Sichem. Le silence du père n'a pas empêché la violence : il l'a seulement différée.
L'Évangile connaît un autre silence devant l'injustice, celui de Jésus face aux faux témoins, et Bach en a fait l'un des moments de méditation les plus intenses de sa Passion selon saint Matthieu.
The Arabian Passion According to J. S. Bach, conçue par Vladimir Ivanoff avec l'ensemble Sarband, reprend des pages des deux Passions de Bach. Ivanoff y rapproche la souffrance de Jésus, dans un Proche-Orient occupé au temps du Nouveau Testament, des tensions de la région aujourd'hui, et présente son projet comme un plaidoyer musical pour la paix.
Le récitatif Mein Jesus schweigt et l'air Geduld, Geduld ! y reçoivent une couleur nouvelle : des percussions arabes soutiennent la voix, et la pièce s'achève sur un solo improvisé d'un instrument à cordes arabe. La patience de Bach est chantée par une voix du Levant. Sichem est l'actuelle Naplouse. La patience demandée par Bach aux fidèles de Leipzig est chantée ici pour le pays même où Siméon et Lévi avaient pris l'épée.
Johann Sebastian (1685-1750), arr. Vladimir (1956-...), The Arabian Passion according to J. S. Bach : Mein Jesus schweigt zu falschen Lügen stille (My Jesus is silent at false lies), 2009
Ensemble Sarband, Fadia el-Hage (alto), Modern String Quartet
Revenir à l'original permet d'entendre ce que cette transposition a conservé. Bach consacre au silence de Jésus devant le Sanhédrin un moment de méditation en deux temps. Dans le récitatif de ténor, les hautbois jouent des accords brefs séparés de silences : l'ensemble instrumental parle peu, et chaque pause fait entendre ce qui n'est pas répondu. On peut se demander si les trente-huit silences de cette page renvoient au Psaume 38 et à l'homme « qui n'a pas de réplique dans la bouche » (Ps 38,14-15)... quoi qu'il en soit, tout l'accompagnement tend vers le silence et la patience.
Dans l'air qui suit, avec viole de gambe, deux motifs s'opposent : les huit premières croches disent la patience, et le rythme pointé, qui reviendra pour la flagellation, figure les fausses langues qui piquent. La dernière phrase donne la clé : so mag der liebe Gott meines Herzens Unschuld rächen, que Dieu venge l'innocence de mon cœur. La vengeance que les fils de Jacob avaient prise de leurs mains est remise à Dieu.
Johann Sebastian (1685-1750), St. Matthew Passion BWV 244 : « Mein Jesus schweigt zu falschen Lügen stille », n° 34, 1727
Jaeil Kim & Academy of Ancient Music
La grâce ne supprime pas le silence de la nature : elle le guérit de son ressentiment et l'élève jusqu'au don. Bach en a écrit la forme, avec ses pauses et sa patience obstinée ; The Arabian Passion la rapporte sur la terre de Sichem.