La Bible en ses Traditions

Genèse 37,26–36

M G V S Sam

26 M G S SamEt Juda dit Vdonc à ses frères :

— Quel profit Vpour nous si nous tuons notre frère et couvrons

Vdissimulons son sang ?

M G S Sam
V

27 Allons et vendons-le donc aux

Gà ces Ismaélites

SArabes et que notre main ne soit pas sur lui

car lui notre frère [est] notre chair.

Gil est notre frère et notre chair.

Slui est notre frère et notre chair. Et ses frères l'écoutèrent.

27 Mieux vaut qu'il soit vendu aux Ismaélites et que nos mains ne soient pas souillées

en effet il est [notre] frère et notre chair. Les frères acquiescèrent à ses paroles.

28 Et passèrent des hommes des Midianites des marchands

Gpassaient les hommes les Madianites les marchands et ils retirèrent et firent monter Joseph de la citerne

et ils vendirent Joseph aux Ismaélites

SArabes pour vingt pièces d'argent

Gd'or

et ils emmenèrent Joseph

Gfirent descendre Joseph

Sl'emmenèrent en Égypte.

28 Et comme passaient des Madianites, des marchands, le tirant de la citerne

ils [le] vendirent vingt pièces d'argent aux Ismaélites

qui le menèrent en Égypte.

29 Et Ruben revint à la citerne et voici que Joseph n'est pas

Gil ne voit pas Joseph dans la citerne

et il déchira ses vêtements.

29 Et Ruben, revenu à la citerne, ne trouve pas l'enfant.

30 Et il retourna vers ses frères et dit:

Sleur dit:

— L'enfant n'y est plus

S— Le garçon où est-il et moi où vais-je ?

G et moi dès lors où vais-je ?

S moi où irai-je ?

30 Et après avoir déchiré ses vêtements, se dirigeant vers ses frères, il dit :

— L'enfant n'est pas là et moi, où irai-je ?

31 Et ils prirent

Gprenant la tunique de Joseph et ils égorgèrent

Stuèrent un bouc d'entre les chêvres

G Schevreau et trempèrent

Gtachèrent la tunique dans le

Sson sang.

31 Et ils emportèrent sa tunique et dans le sang d'un chevreau qu'ils avaient occis ils [la] trempèrent

32 Et ils envoyèrent la tunique bigarrée

Sà manches [longues] et la firent apporter

G Samon l'apporta à leur père et ils dirent :

— Nous avons trouvé ceci, examine donc si ce n'est pas la tunique de ton fils.

G Sreconnais-tu si c'est la tunique de ton fils ou non ?

32 l'envoyant pour qu'on l'apporte au père et qu'on [lui] dise :

— Nous avons trouvé ceci : vois si [c'est] la tunique de ton fils ou non.

33 Et il la reconnut

Samfut saisi d'épouvante et dit :

 — La

G S SamC'est la tunique de mon fils une bête féroce l'a dévoré Joseph a été vraiment mis en pièces.

S l'a dévoré Joseph mon fils a été vraiment mis en pièces.

G s'est emparé de Joseph.

33 Comme le père avait reconnu celle-ci, il dit :

— C'est la tunique de mon fils, une bête très féroce l'a mangé

une bête a dévoré Joseph.

34 Et Jacob déchira sa robe

G Sses vêtements et mis

Sattacha un sac sur ses reins et porta le deuil de son fils de nombreux jours.

34 Et après avoir déchiré ses vêtements, il se revêtit d'un habit en poil de chèvre, pleurant son fils fort longtemps.

35 Et tous ses fils et toutes ses filles se levèrent pour

Grassemblèrent et vinrent le consoler

et il refusa de se laisser consoler

Gne consentit pas à être consolé

Sne voulut pas se laisser consoler et dit :

— Car je descendrai vers mon fils en deuil au Shéol.

Gportant le deuil en Hades.

Scar je suis en deuil au Shéol.

Et son père le pleura.

35 Et l'ensemble de ses enfants s'étant rassemblés pour adoucir la douleur de leur père

il ne voulut pas recevoir de consolation et dit :

— Je descendrai en deuil vers mon fils dans l'enfer.

Et tandis qu'il persistait dans ses pleurs

M G V S Sam

36 M G S SamEt  les Madianites le vendirent

G V Sam vendirent Joseph en Égypte

à Pôṭîpar

GPetephrê

VPutiphar, eunuque de Pharaon, chef des bourreaux.

Gde Pharaon, chef cuisinier.

Vde Pharaon, général en chef.

Schef des gardes de Pharaon.

Propositions de lecture

37,2–50,26

Le cycle de Joseph

Ici commence l'histoire de Joseph, d'un caractère nettement distinct du cycle de Jacob. Alors que ce dernier se termine au ch.35 avec l'achèvement de l'ensemble des institutions nécesssaires à la vie des tribus établies en →Terre promise, l'histoire de Joseph annonce l'Exode et le thème du Retour.

La Providence rédemptrice

Au contraire des précédentes, cette histoire se déroule sans intervention visible de Dieu, sans révélation nouvelle, mais elle est tout entière un enseignement, exprimé en clair à la fin (Gn 50,20 et déjà Gn 45,5-8) :

  • La Providence se joue des calculs des hommes et sait faire tourner au bien leur mauvais vouloir. Non seulement Joseph est sauvé, mais le crime de ses frères devient l'instrument du dessein de Dieu : la venue des fils de Jacob en Égypte prépare la naissance du peuple élu.
  • C'est toujours la même perspective de salut (« sauver la vie à un peuple nombreux », Gn 50,20) qui traverse tout l'AT pour déboucher en s'élargissant dans le NT. C'est une esquisse de la →Rédemption, comme plus tard l'Exode. ­

Indices de la datation de la rédaction

De nombreux traits du récit témoignent d'une certaine connaissance des choses et des usages de l'ancienne Égypte, tels que les documents égyptiens nous les révèlent. Cependant,

  • les parallèles que l'on peut dater se rapportent à l'époque où ces traditions furent rédigées,
  • et non à celle de la descente de la famille de Jacob en Égypte, qu'on pourrait approximativement situer vers le 17e s. av. J.-C.

Réception

Musique

37,2–50,26 Jacob préférait Joseph Joseph et ses frères - Oratorio Le cycle de Joseph occupe les quatorze derniers chapitres de la Genèse. Vendu par ses frères, esclave puis prisonnier en Égypte, il devient le second du royaume ; la famine conduit ses frères devant lui, qui ne le reconnaissent pas. Il les éprouve, les retient, les renvoie, puis se fait reconnaître. Le récit se conclut sur une parole adressée aux frères : « Vous aviez voulu me faire du mal, Dieu l’a changé en bien » (Gn 50,20).

Joseph pleure huit fois dans ce récit, souvent en cachette. Hændel puis Méhul ont écrit sur cette histoire deux œuvres qui s’attachent moins aux événements qu’aux sentiments éprouvés par les personnages.

19e s.

L’opéra-comique de Méhul, sur un livret d’Alexandre Duval, est créé à Paris en février 1807. C’est l’œuvre la plus célèbre du compositeur, longtemps jouée en France et en Allemagne.

Méhul choisit la sobriété. 

Aucune intrigue amoureuse, aucune épouse égyptienne : le seul rôle aigu est celui de Benjamin, chanté par une soprano. Le drame se resserre sur le père, les fils et le frère perdu.

Joseph, devenu ministre de Pharaon sous un nom égyptien, y chante le souvenir de la vallée d’Hébron et de la maison paternelle. Sa romance « À peine au sortir de l’enfance » raconte sa propre histoire à ceux qui ne le reconnaissent pas.

Siméon porte le poids de la faute. C’est lui que le remords ronge, jusqu’à l’aveu devant son père.

Étienne Nicolas Méhul (1763-1817), La légende de Joseph en Égypte, 1807

Claude Bardon (dir.), Ensemble Choral Intermezzo, Orchestre régional de Picardie: Le Sinfonietta

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18e s.

L’oratorio est achevé à l’été 1743 et créé à Covent Garden le 2 mars 1744, après Messiah, Samson et Semele. Le livret est de James Miller, pasteur et auteur de comédies, mort quelques semaines après la création ; il adapte en partie un drame d’Apostolo Zeno (1722).

L’œuvre ne commence pas au puits de Gn 37. Au lever du rideau, Joseph est en prison, « dans une attitude mélancolique » ; l’acte I le conduit de l’interprétation des songes de Pharaon à son mariage avec Asenath (Gn 41,45). La trahison des frères n’est jamais montrée : elle n’existe que dans les remords.

Ces remords ont un visage, celui de Siméon, rôle créé par le ténor favori de Haendel, John Beard. Dans la Genèse, Joseph le garde en otage (Gn 42,24) ; Siméon est aussi l’un des deux frères qui avaient pris l’épée à Sichem. L’acte II s’ouvre sur lui en prison, en miroir de Joseph à l’acte I, et Haendel en fait le personnage le plus tourmenté de l’œuvre. C’est la parole des frères en Gn 42,21 : « Vraiment, nous sommes coupables envers notre frère. »

Benjamin est confié à une voix d’enfant, créée par le jeune Samuel Champness. Ses airs, délicats, sont entrecoupés de nombreux silences. Dans la scène centrale, il chante sa pitié pour son père tandis que Joseph, sans se faire connaître, exprime son angoisse en apartés : un duo dont les deux voix ne se répondent pas. Ce sont les larmes de Gn 43,30, quand Joseph, bouleversé à la vue de son frère, sort en hâte pour pleurer à l’écart.

Quand les frères refusent de repartir sans Benjamin, Joseph se fait reconnaître, et l’oratorio s’achève dans la réconciliation.

Georg Friederich Händel (1685-1759), Joseph and his brethren HWV 59, 1744

Nicholas McGegan (dir.), Philharmonia Baroque Orchestra & Chorale

© Licence YouTube Standard→, Gn 37,2-50,26