Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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25 Tireras-tu Léviathan avec un hameçon ? Serreras-tu sa langue avec une corde ?
25 ...
25 Pourras-tu tirer Léviathan avec un hameçon ? Lieras-tu sa langue avec une corde ?
26 Mettras-tu un jonc dans ses narines ? perceras-tu sa mâchoire avec un crochet ?
26 ...
26 Est-ce que tu mettras un anneau dans ses narines ? Perceras-tu sa mâchoire avec un anneau ?
27 Multipliera-t-il les supplications vers toi ? te dira-t-il des choses douces ?
27 ...
27 Est-ce qu'il multipliera les prières à ton égard ou te dira-il de douces paroles ?
28 Concluera-t-il une alliance avec toi ? le prendras-tu comme serviteur à vie ?
28 ...
28 Est-ce qu'il fera un pacte avec toi ? Le prendras-tu comme un esclave éternel ?
29 Joueras-tu avec lui comme avec un oiseau ? le lieras-tu pour tes filles ?
29 ...
29 Est-ce que tu te joueras de lui comme d'un oiseau ? Le lieras-tu pour tes servantes ?
30 Des companions l'acquerront-ils ? le partageront-ils entre marchands ?
30 ...
30 Les amis le découperont-ils ? Les commerçants le partageront-ils ?
31 Rempliras-tu sa peau de javelots ? sa tête de harpons de pêche ?
31 ...
31 Est-ce que tu rempliras de sa peau les filets ? et de sa tête les nasses des poissons?
32 Pose la main sur lui souviens-toi du combat tu ne continueras pas
32 ...
32 Pose la main sur lui, souviens-toi du combat et ne continue pas à parler !
25 un hameçon La croix de Jésus comme hameçon et appat dans la grande œuvre de la pêche au Léviathan Dans une pièce lyrique magnifique, la tradition syriaque déploie la typologie du Christ en croix comme appat divin (Arts visuels Jb 40,25) pour attirer la mort et la tuer :
Thomas (1844-1916), Crucifixion, (huile sur toile, 1880), 243,8 x 137,2 cm
Philadelphia Museum of Art, États-Unis, © Domaine public→, Mt 27 ; Mc 15 ; Lc 23 ; Jn 19
25 Est-ce que tu prendras Léviathan à l'hameçon? Thème iconographique : La pêche au Léviathan Ce thème iconographique, très rare mais pas unique, est un bel exemple de la magnifique capacité d’invention allégorique des théologiens et des artistes de l’époque romane. Le passage de Jb 40,25-26 a fait l’objet d’une exégèse reliée à l’image du Christ compris comme un appât tendu par Dieu au Léviathan. Ce dernier est pris au piège par la divinité du Sauveur cachée dans l’Incarnation. En croyant éliminer cet appât, il permet l’accomplissement du sacrifice, et par là le Salut des hommes.
(1125 ? - 1195), Le Léviathan, (enluminure, 12e s. )
in Hortus deliciarum (Le Jardin des délices), Abbaye de Hohenburg au Mont Saint-Odile, Alsace (France) , illustration, f. 84 © Domaine public→
La composition (au folio 84) se lit avec d’autant moins d’hésitations qu’elle est éclairée par des inscriptions. En haut, Dieu le Père tient une canne à pêche (« La Divinité jette l’hameçon dans la mer du siècle »). Le long du fil se voient sept médaillons avec des personnages barbus en bustes (« patriarches et prophètes »), et tout en bas, sur l’hameçon, se trouve le Christ debout contre la croix, la tête ceinte d’un nimbe crucifère. Un énorme animal marin, à queue gigantesque, a ouvert sa gueule pour avaler l’appât, mais l’hameçon lui transperce la mâchoire. Le Christ est devant la croix pour montrer que son aspect humain masque sa divinité. Les inscriptions évoquent entre autres le dard de la Divinité, le fait que la pierre qui s’est plantée dans le front de Goliath est la Divinité qui perfore la gueule du Léviathan, et que celui-ci est un poisson marin en forme de dragon et qui signifie le diable.
Dans la suite de la tradition des Pères et des auteurs postérieurs, l’abbé et important théologien (mort près de Cologne en 1129), citant les versets de Job, précise, dans les Œuvres du Saint-Esprit : « Notre Seigneur fit de lui-même une sorte d'hameçon pour la ruine du diable […] le diable nous laissa échapper, nous qu'il tenait avec un certain droit ».
Ce thème iconographique correspond bien à la dimension imaginative, féconde, visionnaire de l’art roman, et disparaît quasiment dans les périodes postérieures. (Christian Heck).
Dans la planche *E* de la Biblia pauperum→, consacrée à la Crucifixion, ce verset apparaît en latin sur le phylactère tenu par Job, dans le registre inférierieur gauche. Il est transcrit dans une graphie gothique riche en abréviations et ligatures.
Job est représenté derrière une baie géminée séparée par un meneau en forme de pilier. Le nom de son œuvre et le numéro du chapitre sont inscrits en chiffres romains au début du phylactère. Un trait fin sépare ces inscriptions du verset en question.
(continuant ), Prophète inférieur gauche avec un phylactère, (impression xylographique, 1460s), 27,5 x 20,5 cm, détail,
Planche .E., f.24v de la Biblia pauperum seu historiæ Veteris et Novi Testamenti, , Bibliothèque nationale de France→,
Selon l'imagier médiéval, ce verset préfigure l'épisode de la Crucifixion : en effet, seul Jésus-Christ, sur la croix, est à même d'attraper le Léviathan, cette créature chaotique que Dieu seul peut dominer. Celui qui ôte les péchés du monde et en accorde la rémission est aussi celui qui prend le Léviathan à l’hameçon.
(continuant Albrecht Pfister), Scène centrale : La Crucifixion, (impression xylographique, 1460s), 27,5 x 20,5 cm, détail,
Planche *E*, f.24v de la Biblia pauperum seu historiæ Veteris et Novi Testamenti, Bibliothèque nationale de France→,
À côté de Job, se tient le prophète Habaquq, avec l'inscription et le verset correspondant (Arts visuels Ha 3,4). Tous deux se tiennent sous le triptyque central de la planche.
(continuant Albrecht Pfister), « Isaac élevé sur le bûcher puis épargné, La Crucifixion, Le peuple épargné grâce au serpent d'airain élevé par Moïse », (impression xylographique, 1460s), 27,5 x 20,5 cm,
Planche *E*, f.24v de la Biblia pauperum seu historiæ Veteris et Novi Testamenti, Bibliothèque nationale de France→,
La prophétie de Job lue comme la préfiguration de la Crucifixion se reflète sur les autres phylactères de la planche.
Pour une lecture complète de la planche, voir : Arts visuels Mc 15,25–41.