La Bible en ses Traditions

Philippiens 3,10–14

Byz V TR Nes
S

10 de manière à le connaître lui

et la puissance de sa résurrection

et la communion à ses souffrances

étant conformé à sa mort,

10 de manière à ce que je connaisse Jésus 

et la puissance de sa résurrection

et que je communie à ses souffrances

et sois conformé à sa mort,

10 Communion à la vie du Christ Rm 6,5 ; 8,17 ; 2Co 4,10-11 ; Ga 2,20

11 si par un quelconque moyen je peux parvenir à la résurrection des morts.

V Nesd'entre les morts.

11 ...

11 parvenir à résurrection Lc 20,35 ; Rm 8,11 ; 1Co 6,14 ; 1Th 4,16
Byz V S TR Nes

12 Non que je l’aie déjà obtenu ou que je sois devenu parfait.

Mais, je poursuis, si je peux par quelque moyen comprendre, ce que j'ai compris par le Christ Jésus.

Scours afin de saisir ce pour quoi Jésus le Christ m'a saisi.

12a parfait Col 1,28
Byz S TR Nes
V

13 Mes frères

Byz TR NesFrères, moi, je ne considère pas l’avoir déjà atteint

mais, Sje sais une seule chose :

oubliant ce qui [est] derrière

et tendu vers ce qui [est] devant,

13 Frères, moi, je ne considère pas l’avoir déjà atteint

mais seulement,

oubliant ce qui est derrière

et m'avançant vers ce qui est devant,

13c derrière Lc 9,62
Byz V S TR Nes

14 je tends vers

Set je cours vers le but en vue du prix de la vocation

Spour obtenir la victoire de l’appel d’en haut, de Dieu dans le Christ Jésus

Sen Jésus le Christ.

14 d’en haut Col 3,2

Propositions de lecture

3,1–4,1 Structure

  • transition épistolaire (v.1)
  • exhortation négative à se garder des adversaires et sa justification (v.2-4a)
  • éloge de Paul par lui-même (v.4b-14)
  • conclusion exhortative pour une juste attitude de →Communion (v.15-16)
  • exhortation positive à imiter Paul et ses deux justifications (v.17-21)
  • conclusion (4,1)

3,1–4,1 Thèmes

Texte

Critique textuelle

12a obtenu Addition Après D*.c P46 Ambrosiaster insèrent : ou déjà ai été justifié.

13a ne Addition א D* P Cl : pas encore.

Vocabulaire

10a le connaître Sens intensif Au v.8, il s’agissait du fait d’avoir connu le Christ. Ici nous est montrée la dynamique de la connaissance du Christ vécue quotidiennement par Paul qui reproduit, soutenu par l’action de Dieu, le même itinéraire de mort et de résurrection (Ph 2,6-11). Littérature péritestamentaire Ph 3,9s

Grammaire

10a de manière à le connaître La phrase a une valeur consécutive, n’exprimant pas une nouvelle finalité, mais un autre aspect de « gagner le Christ et être trouvé en lui », après celui de la justice.

12–13a Ellipse de l’objet Trois fois l’objet du verbe, nécessaire grammaticalement, est omis pour souligner le processus non conclu exprimé par les verbes. Si l’objet devait être explicité, ce serait, dans la logique des v.8-11, la pleine connaissance et communion avec le Christ.

12b si L’expression grecque (ei kai) introduit une autre phrase hypothétique.

Procédés littéraires

7–11 Amplification des termes et des images pour souligner la différence avec la situation présentée dans les v.4b-6 (Textes anciens Ph 3,4b–14).

10bc sa résurrection + ses souffrances — Hystérologie (hysteron proteron) Anticipation inhabituelle de la résurrection du Christ sur ses souffrances pour mettre en évidence que Paul, comme tout croyant, fait avant tout l’expérience du Seigneur, avec sa force de Ressuscité (v.8), pour pouvoir ensuite vivre aussi avec lui la tribulation (Théologie Ph 3,10d).

10d conformé Répétition de racine Le terme développe Ph 2,6-7.

12s Double correctio qui permet d’éviter que les auditeurs croient Paul arrivé au terme du cheminement chrétien.

Genres littéraires

3,1–4,1 Exemplum Tout ce passage oppose le mauvais exemple des adversaires au bon exemple de Paul et des croyants.

4b–14 Périautologie L'auteur fait son propre éloge. En Ph 3, il est composé de trois étapes :

  • son éloge dans la chair (identité ethnique et religieuse) (v.4b-6) ;
  • le même mais, inversé, dans le Christ (nouvelle identité dans le Christ) (v.7-11) ;
  • enfin celui chrétien, atténué (identité chrétienne en devenir) (v.12-14) (Textes anciens Ph 3,12ss).

Il a aussi une finalité exemplaire (v.17 : Textes anciens Ph 3,17a). Souvent la responsabilité en est imputée aux adversaires (v.2.18-19) et on mêle son propre éloge à celui des auditeurs (v.3.15.20 : Textes anciens Ph 3,3a.15a.20a).

Contexte

Textes anciens

4b–14 Nouvelle compréhension de soi selon le stoïcisme Lorsque, grâce à la connaissance de la Raison inhérente à toute la réalité, le sage fait l’expérience du Bien, il accède à une conscience plus haute :

  • →Cicéron Fin. 3,21 « Il a observé, dans ce que doit réaliser sa conduite, l’existence d’un ordre et, pour ainsi dire, d’une harmonie, cette harmonie lui paraît avoir beaucoup plus de prix que les objets premiers de sa dilection : et de tout ce que la connaissance réfléchie et la raison lui ont permis de recueillir, il conclut que c’est là que réside le souverain bien de l’homme, ce bien qu’il faut estimer et rechercher pour lui-même. »

12ss Imperfections

  • →Plutarque Laude 13 (543f) « certaines gens ne présentent pas leur propre éloge dans tout son éclat, ni à l’état pur, mais y introduisent quelques imperfections, erreurs et fautes légères » (trad. Klaerr et Vernière 1974, 75).

13s Métaphore sportive fréquente, à travers l’image athlétique, dans la philosophie populaire pour illustrer l’engagement dans la conquête de la vertu :

  • →Philon d’Alexandrie Leg. 2,108 « Mène cette lutte comme une très belle bataille ; efforce-toi d’être couronnée, contre le plaisir qui a sur tous la victoire, d’une belle et glorieuse couronne, que ne propose aucune fête solennelle, par les hommes. »

Littérature péritestamentaire

9s Justice et connaissance de Dieu

  • →1QS 10,11-12 « Et à Dieu je dirai : 'ma justice' et au Très-Haut : 'fondation de mon bonheur, source de connaissance'. »

Réception

Tradition chrétienne

10d conformé à sa mort

  • →Calvin Comm. NT insiste sur le fait que le thème de conformation au Christ à travers les souffrances et les épreuves vient après celui de la « puissance de la résurrection ». Il y a une double conformation à la mort du Christ. D’abord, une participation intérieure, que l’Écriture appelle la mortification de la chair. Ensuite une participation extérieure dans les épreuves. C’est à la fois la crucifixion de l’homme ancien et l’endurance de la croix. 

12a parfait Une petite quaestio sur la perfection : terrestre et céleste

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Tendant vers un autre, il désire deux choses, à savoir atteindre celui qu’il cherche, et jouir de lui. En effet, il le chercherait en vain, s’il ne jouissait pas de lui, et n’adhérait pas à lui. Et c’est pourquoi il dit : Ce n’est pas que j’aie déjà saisi, à savoir, la gloire que je cherche. Selon Sg 5,17 'Ils recevront de la main du Seigneur un royaume admirable, et un diadème éclatant de gloire.' Ou que j’aie déjà atteint la perfection, comme il est dit dans 1Co 13,10 'Mais lorsque nous serons dans l’état parfait, tout ce qui est imparfait sera aboli.' En sens contraire, il y a Mt 5,48 'Soyez donc, vous autres, parfaits', et Gn 17,1 'Sois parfait'. Je réponds qu’il faut dire qu’il y a une double perfection, celle de la patrie, et celle du chemin. Car la perfection de l’homme consiste en cela qu’il adhère à Dieu par la charité, parce que chacun est parfait selon le mode par lequel il adhère à sa perfection. Or l’âme peut adhérer à Dieu parfaitement d’une double manière. [1] D'abord, de sorte qu’elle rapporte toute son action à Dieu de manière actuelle, et qu’elle le connaisse autant qu’il est connaissable : et c’est la perfection de la patrie. [2] Ensuite selon l’union du chemin, qui est double. L’une est de nécessité de salut, à laquelle tous sont tenus, et qui est telle que quelqu’un n’applique en rien son cœur à ce qui est contre Dieu, mais rapporte toute sa vie à lui de manière habituelle. Et c’est selon ce mode que le Seigneur dit dans Mt 22,37 'Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, etc.' L’autre est de surrérogation, quand quelqu’un adhère à Dieu au-delà de l’état commun, ce qui se fait en écartant son cœur des biens temporels, et ainsi, il approche davantage de la patrie ; parce que plus la cupidité diminue, plus la charité croît. Ce qui est dit ici s’entend donc de la perfection de la patrie. »

Théologie

10d étant conformé Conformation au Christ

  • →Vatican II GS 22 « associé au mystère pascal, devenant conforme au Christ dans la mort, fortifié par l’espérance, [le chrétien] va au-devant de la résurrection. »

Arts visuels

1–21 qui transfigurera le corps de notre humiliation Ce que Dieu peut

Ressusciter la chair

Dans une vallée aride et sombre se presse une humanité souffrante : hommes, femmes et enfants, jeunes et vieilards, pauvres, rois et clercs traînent péniblement un « corps de misère » abîmé par la douleur.   

Un chemin escarpé mène au Christ, source de lumière. Vêtu d'une tunique blanche resplendissante, portant sa croix d'une main et appelant à lui l'humanité de l'autre, il apparaît dans un « corps de gloire » vainqueur de la mort. Au-dessus de lui, une arche de lumière le désigne comme médiateur d'une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes. 

Gustave Doré (1832-1883), La Vallée de larmes (huile sur toile, 1883), 413,5 x 627 cm

Petit Palais, Paris (France) © Domaine public→

4b–14 Autoportait de Paul L'allusion au « modèle » de Paul (Ph 3,17) peut fournir l’occasion de faire un bilan sur l’image de Paul dans l’art chrétien antique. 

Naissance du portrait de Paul dans l'art antique

Quand Paul, au retour de son troisième voyage, fait ses adieux aux Anciens d’Asie qu’il avait appelés auprès de lui, il leur dit ces paroles : « Et maintenant, voici que, je le sais, vous ne reverrez plus mon visage, vous tous au milieu de qui j’ai passé en proclamant le Royaume ». Tous alors éclatèrent en sanglots et se jetèrent à son cou « affligés surtout de la parole où il avait dit : qu’ils ne devaient plus revoir son visage » (Ac 20,25.38). Quel était ce visage qu’ont vu les Anciens d’Asie, quel était son aspect physique ?

Éléments bibliques : petite taille et calvitie ?

On ne peut tirer aucun élément de réponse des Actes des apôtres ou des lettres mêmes de l’Apôtre, sinon une indication brève mais décisive dans la seconde lettre aux Corinthiens, lorsque Paul rapporte une phrase qui circulait à Corinthe à son propos :

  • 2Co 10,10 « Les lettres, dit-on, sont énergiques et sévères ; mais, quand il est là, c’est un corps chétif, et sa parole est nulle. »

Ce contraste décisif entre la faiblesse de l’aspect physique de l’Apôtre et sa force spirituelle réapparaît dans le célèbre « portrait » tracé dans les Actes de Paul et Thècle, à la fin du 2e s. : Onésiphore, un fidèle d’Iconium, va à la rencontre de Paul sur la Via Augusta qui relie Éphèse à Lystres ; ne le connaissant pas « physiquement mais seulement spirituellement », il se fie à la description que lui en avait faite le disciple Tite, et finalement il le reconnaît :

  • Ac. Paul Thècle 2,3 (dans →Ac. Paul) « C’était un homme de petite taille, la tête chauve, les jambes arquées, le corps bien formé, les sourcils joints, le nez quelque peu saillant, mais [un homme] plein d’amabilité. Parfois, en fait, il avait la ressemblance d’un homme, d’autrefois son visage était celui d’un ange. »
  • Philopatris, un écrit transmis sous le nom de Lucien de Samosate (seconde moitié du 2e s.), confirme aussi l’image de la calvitie et du nez aquilin, mais l’ouvrage est dorénavant considéré comme apocryphe dans le catalogue de cet auteur et il est attribué à un anonyme constantinopolitain de l’époque d’Héraclée (610-641), voire de Nicéphore II Phocas (963-969).

La référence à la calvitie – un élément de base du « portrait » de Paul des apocryphes et de l’iconographie chrétienne – tire peut‐être son origine, même si c’est de manière contradictoire, de l’épisode raconté encore dans les Actes, où il est dit qu'« à Cenchrées [dans le Péloponnèse, durant le second voyage] il s’était fait couper les cheveux à cause d’un vœu qu’il avait fait » (Ac 18,18).

Éléments non bibliques

Les autres éléments du portrait semblent tirés du type iconographique gréco-romain du philosophe (→Marrou 1964 ; →Zanker 1997 ; →Giannitrapani 2000). Paul, le penseur chrétien par excellence, dont les lettres sont retenues dans le canon NT en même temps qu’étaient produits les apocryphes cités, jouissait d’une réputation immense même dans les milieux syncrétistes et nous savons que ses portraits étaient vénérés dans ces milieux parmi les effigies de Pythagore, Platon et Aristote.

  • Les « jambes arquées » et les « sourcils joints » sont attribués aussi à Socrate.
  • L’attribut le plus important, typiquement philosophique, avec la calvitie, est la barbe, jamais citée dans les sources anciennes ; elle rapproche son « visage » de celui des philosophes.
Le modèle de Plotin ?

Sans que l’on connaisse avec certitude aucun portrait de Plotin (→Fischer-Bossert 2001) on peut parler d’un « type Plotin » avec une sensibilité, un état d’âme, une tension bien particuliers, qui – au même titre que l’« orant » ou le « penseur » –  servira à « typifier » les portraits de gens ordinaires de l’époque où se fixe celui de Paul.

C’est ce type, sans doute plus qu’aucun souvenir de ressemblance exacte (→Bisconti 2009, 164), qui apparaît dans les premiers portraits de Paul. Ce rapprochement des visages avec le père du néoplatonisme, n’est peut-être pas le fait du hasard, cet homme de grande stature morale et spirituelle qui, dans ses Ennéades, prêche la doctrine de l’Un qui existe « avant tout ce qui existe » :

  • →Plotin Enn. 5,3 « l’Un ne peut être l’une des choses auxquelles il est antérieur : c’est pourquoi tu ne pourras le nommer Intelligence. Tu ne le nommeras pas non plus Bien, si Bien voulait désigner une chose parmi les autres. Mais si Bien indique Celui qui existe antérieurement à toutes les choses, alors qu'on l'appelle ainsi. »

À ces concepts, il lie des thèmes comme celui de la Providence, de l’ascèse mystique de l’âme dans son retour à l’Un, auxquels les Pères de l’Église puisèrent à plus d’une occasion, en particulier durant le 3e s., lorsque Plotin vit et prêche entre l’Orient et Rome, à l’époque où s’élabora le portrait de Paul (→Testini 1969a, 64-65). 

Premiers témoins de Paul seul

Ces traits iconographiques de Paul (comme par ailleurs ceux de Pierre) se sont affirmés graduellement. Pendant la première moitié du 4e s., ils se confondent et alternent :

  • médailles dévotionnelles, inscriptions figuratives (→Utro 2009, 195, 199 nos 66, 70).
  • sarcophage à colonnes avec la maiestas Domini du musée Pio Cristiano : apparence de l’Apôtre dans la scène de la decollatio (inv. 31429, →Deichmann 1967, 54s no 57 tab. 18 ; →Utro 2009, 189-190 no 62).

Dès la seconde moitié du 4e s., à l’époque de Damase, les traits sont fixés sur le visage « plotinien » :

Les peintures funéraires présentent quelques-uns des plus beaux exemples du visage de Paul dans l’Antiquité chrétienne (→Mazzei 2009, 181-185 nos 53-57) :

  • Cimetière de sainte Thècle, proche du sanctuaire paulinien de la Via Ostiense, « chambre des Apôtres » : portrait de Paul→, isolé sur un bouclier, avec celui de Pierre et de deux autres Apôtres, démontre la persistance d’une iconographie nettement « plotinienne » à la fin du 2e s. (→Mazzei 2010, tab. 42).
Paul comme pendant à Pierre dans le collège des Apôtres 

L’image de Paul se développe aussi à l’intérieur du Collège apostolique aux côtés du Christ et faisant pendant à Pierre. L’insertion de Paul dans le Collège apostolique est sans fondement dans la mémoire historique sur la vie de Jésus, ni dans celle des débuts de son mouvement si l’on songe à l’élection de Matthias en remplacement de Juda, en Ac 1. Elle manifeste l’accueil positif de  l’autoproclamation de Paul comme « apôtre par vocation » (Rm 1,1), « apôtre de Jésus-Christ par volonté de Dieu » (1Co 1,1). Un intéressant répertoire iconographique de l’évolution du collège apostolique peut être repéré parmi les peintures du cimetière de Domitille (→Nestori 1993, nos 33, 39, 47, 18, 74).

Ce schéma iconographique se développe en même temps que d’autres typologies dans lesquelles figurent soit Pierre soit Paul : il apparaît au 3e s., et évolue tout au long du 4e s., sur les peintures funéraires.

Au 3e s., il n’y pas de différences iconographiques entre les Apôtres, mais petit à petit Pierre et Paul apparaissent comme chefs de file des deux groupes de six qui normalement entourent le Christ avec des caractéristiques physionomiques qui peu à peu vont s’affirmer.

À la fin du 4e s., on retrouve les deux Apôtres sur les sarcophages « aux portes de la cité » : sarcophages de l’Anastasis ; sarcophages « à étoiles et couronnes » : 

  • sarcophage milanais de Stilicone à Saint-Ambroise (→Dresken-Weiland 1998, 56-58 no 150 tab. 59-61) ;
  • sarcophage du musée Pio Cristiano, représentant le Collège entourant le Bon Pasteur, ca. 375-400 (fig. 4 Invent. 31534, →Deichmann 1967, 27-28 no 30 tab. 10 ; →Utro 2009, 192-194 no 64) ;
  • mosaïques comme à Sainte-Pudentienne (→Andaloro 2006, 114, 124).

Le Christ entre Pierre et Paul : attributs de Paul

La composition ternaire du Christ en majesté enseignant entre les deux Apôtres à l'origine de l'Église de Rome, au plan iconographique, est à l’évidence une réduction du Collège apostolique :

  • fragment de couvercle d’un sarcophage du Musée Pio Cristiano (inv. 31456), d’époque théodosienne (→Dresken-Weiland 1998, 28 no 89 ; →Utro 2009, 186-187 no 59).

Elle aboutit à l'invention de plusieurs attributs iconographiques de Paul.

Traditio legis

On retrouve le trio dans certaines scènes apocalyptiques parmi lesquelles se distingue la scène de la traditio legis :

  • sarcophage avec la maiestas Domini du Musée Pio Cristiano (inv. 31429, →Deichmann 1967, 54-55 no 57 tab. 18 ; →Utro 2009, 189-190 no 62).

Il existe une intéressante variante avec la remise du rouleau de la Loi nouvelle à Paul (habituellement c’est Pierre qui le reçoit) dans quelques exemples d'un milieu d'influence orientale :

  • sarcophage des « douze Apôtres » de Ravenne (→Dresken-Weiland 1998, 119 no 381 tab. 110-111) ;
  • situla – seau d’usage liturgique – avec la traditio legis faite à Paul, fin du 4e-première moitié du 5e s.,  Musées du Vatican (Musée chrétien de Benoît XIV, inv. 60846, →Goffredo 2000, 218 no 75 ; dessin par →Garrucci 1880, tab. 426).
L'épée

Au cimetière ad decimum près de Grottaferrata (Pennesi 2006), Paul tient pour la première fois l’épée, attribut de son martyre (et peut‐être aussi allusion à l’« épée de l’Esprit, c’est‐à-dire de la Parole de Dieu » [Ep 6,17], véritable arme du chrétien, selon l’Apôtre).

  • Elle apparaît encore sur la mosaïque de l’arc triomphal de la basilique de la Via Ostiense du temps de Léon le Grand, malheureusement refaite au 19e s. (→Solimine et Bordi 2006) ;
  • sur une lampe à huile africaine de Akhmîn-Panopolis du 5e ou 6e s., aujourd’hui au Musée de Cologne (→Testini 1969b, 307 no 103).

Elle est désormais consacrée comme attribut canonique de l’iconographie paulinienne. Le portrait de Paul est fixé et se transmettra sans changement jusqu’à nos jours.

10d étant conformé à sa mort

La première représentation de la mort de Paul coïncide avec celle de la croix !

L’art chrétien antique eut en horreur, à peu d’exceptions près, les scènes de martyre : que l’on pense à celle du sacrifice de Pierre, habituellement représentée par la scène de son arrestation, ou tout au plus par sa marche vers le martyre, avec la croix sur les épaules. Ou que l’on pense encore à la crucifixion de Jésus que l’on ne représentera pas avant que s’entrouvrent les portes de bois de Sainte-Sabine, quatre cents ans après sa mort sur le Calvaire. La scène de la mort de Paul (par décollation) est donc une véritable rareté. La scène de la décollation de Paul a quelque chose d’audacieux ; elle ne pouvait naître qu’au lieu où, plus que n’importe où ailleurs, son sacrifice était vénéré : celui de sa sépulture.

La première représentation du martyre de Paul
  • Elle se trouve sur un spectaculaire sarcophage→ du type « ad alberi », du milieu du 4e s. provenant de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, conservé au Musée Pio Cristiano (inv. 28591, →Deichmann 1967, 57-58 no 61 tab. 19 ; →Utro 2009, 122-124 no 10). Il montre ensemble : une des plus anciennes représentations de la croix du Christ et la plus ancienne représentation connue du martyre de Paul.

Ce sarcophage apparaît comme un fruit de la communauté romaine qui l’a produit en méditant la réalité du martyre, le sens du « témoignage » du sang versé quelques décennies auparavant, sur la vénération due aux martyrs/témoins, lesquels relient ainsi indivisiblement l’Église à ses origines apostoliques et son origine ultime, le Christ :

  • La croix selon l’iconographie de l’Anastasis est transformée désormais d’instrument d’humiliation en enseigne glorieuse, sur laquelle se découpe le nom couronné du Seigneur.
  • Abel et Job, dans les deux scènes extrêmes (préfiguratrices du sacrifice du Christ), pour ainsi dire chronologiquement distantes du centre, se proposent comme un lointain « avant  », par rapport à la centralité historique de l’heure de l’événement du salut (le martyre et la glorification du Christ).
  • L’arrestation de Pierre et le martyre de Paul flanquent l’icône de l’Anastasis à gauche et à droite, avec le soldat qui tire l’épée du fourreau et les roseaux du Tibre ad Aquas Salvias, comme le racontent les sources apocryphes, ainsi qu’une poupe de navire faisant allusion à des structures portuaires.  Ces scènes représentent la propagation et l’émanation ex post de cet événement dans la vie de la communauté qui se fonde sur le témoignage rendu au Témoin. C’est aux Apôtres, in primis, qu’il revient de perpétuer dans l’histoire l’exemple du Maître, en annonçant l’Évangile du Sauveur pour toutes les créatures, et d’affronter pour cela « prisons et tribunaux », suivant son exemple sur le chemin de croix. Pierre et Paul, les deux Apôtres et martyrs sur lesquels se fonde l’Église entière (et plus précisément de la communauté romaine) rappellent au moment de l’épreuve l’exemple de leur Seigneur entouré lui aussi de ces soldats dont il s’est révélé « le plus fort », et donc confiants dans la puissance de leur « Vengeur » (Jb 19,25). 
  • Les deux colombes qui picorent les fruits font allusion directe aux deux Apôtres Pierre et Paul, que l’iconographie chrétienne place souvent aux côtés du Christ. Elles symbolisent également l’Église fondée sur leur témoignage : tous les fidèles qui se nourrissent des fruits de son salut, renés en lui à une vie nouvelle et espérant participer à sa Pâque (on considère toujours l’élément eschatologique, également personnel, quand on parle d’un sarcophage), comme le soulignent les frondaisons luxuriantes et débordantes de vie des arbres qui brodent le sarcophage.

Les Apôtres, martyrs du Christ, et tous les fidèles de la communauté romaine témoin, se reflètent alors dans le « martyre » de leur Rédempteur, contemplant la centralité de l’Anastasis, c’est‐à‐dire de la résurrection victorieuse.

Autres représentations primitives du martyre de Paul
  • Un fragment, pratiquement contemporain, du cimetière de Saint-Sébastien (→Deichmann 1967, 128-129 no 212 tab. 48 ; Mazzei in →Utro 2009, 188-189 no 61), est programmé autrement (signe que la scène a mis du temps à se fixer).
  • De l’an 359 date la représentation analogue sur le sarcophage de Giunio Basso découvert près de la Confession de l’autre prince des Apôtres, au Vatican (→Deichmann 1967, 279-283 no 680 tab. 104-105).
  • Plus vivante est la scène qui apparaît sur un sarcophage du Vatican de l’époque de Théodose : sarcophage à la maiestas Domini (musée Pio Cristiano, inv. 31429, →Deichmann 1967, 54-55 n° 57 tab. 18 ; →Utro 2009, 189-190 n° 62), qui semble avoir été flanqué de l’arrestation de Pierre.
  • Deux autres sarcophages théodosiens de production romaine sont conservés à Marseille. Sur l’un d’eux (→Christern-Briesenick 2003, 147-148 no 297 tab. 75), la scène du martyre de Paul fait face comme d’habitude à la scène de l’arrestation de Pierre.