Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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10 de manière à le connaître lui
et la puissance de sa résurrection
et la communion à ses souffrances
étant conformé à sa mort,
10 de manière à ce que je connaisse Jésus
et la puissance de sa résurrection
et que je communie à ses souffrances
et sois conformé à sa mort,
11 si par un quelconque moyen je peux parvenir à la résurrection des morts.
V Nesd'entre les morts.
11 ...
12 Non que je l’aie déjà obtenu ou que je sois devenu parfait.
Mais, je poursuis, si je peux par quelque moyen comprendre, ce que j'ai compris par le Christ Jésus.
Scours afin de saisir ce pour quoi Jésus le Christ m'a saisi.
13 Mes frères
Byz TR NesFrères, moi, je ne considère pas l’avoir déjà atteint
mais, Sje sais une seule chose :
oubliant ce qui [est] derrière
et tendu vers ce qui [est] devant,
13 Frères, moi, je ne considère pas l’avoir déjà atteint
mais seulement,
oubliant ce qui est derrière
et m'avançant vers ce qui est devant,
14 je tends vers
Set je cours vers le but en vue du prix de la vocation
Spour obtenir la victoire de l’appel d’en haut, de Dieu dans le Christ Jésus
Sen Jésus le Christ.
3,1–4,1 Structure
3,1–4,1 Thèmes
12a obtenu Addition Après D*.c P46 Ambrosiaster insèrent : ou déjà ai été justifié.
13a ne Addition א D* P Cl : pas encore.
10a le connaître Sens intensif Au v.8, il s’agissait du fait d’avoir connu le Christ. Ici nous est montrée la dynamique de la connaissance du Christ vécue quotidiennement par Paul qui reproduit, soutenu par l’action de Dieu, le même itinéraire de mort et de résurrection (Ph 2,6-11). Littérature péritestamentaire Ph 3,9s
10a de manière à le connaître La phrase a une valeur consécutive, n’exprimant pas une nouvelle finalité, mais un autre aspect de « gagner le Christ et être trouvé en lui », après celui de la justice.
12–13a Ellipse de l’objet Trois fois l’objet du verbe, nécessaire grammaticalement, est omis pour souligner le processus non conclu exprimé par les verbes. Si l’objet devait être explicité, ce serait, dans la logique des v.8-11, la pleine connaissance et communion avec le Christ.
12b si L’expression grecque (ei kai) introduit une autre phrase hypothétique.
7–11 Amplification des termes et des images pour souligner la différence avec la situation présentée dans les v.4b-6 (Textes anciens Ph 3,4b–14).
10bc sa résurrection + ses souffrances — Hystérologie (hysteron proteron) Anticipation inhabituelle de la résurrection du Christ sur ses souffrances pour mettre en évidence que Paul, comme tout croyant, fait avant tout l’expérience du Seigneur, avec sa force de Ressuscité (v.8), pour pouvoir ensuite vivre aussi avec lui la tribulation (Théologie Ph 3,10d).
10d conformé Répétition de racine Le terme développe Ph 2,6-7.
12s Double correctio qui permet d’éviter que les auditeurs croient Paul arrivé au terme du cheminement chrétien.
3,1–4,1 Exemplum Tout ce passage oppose le mauvais exemple des adversaires au bon exemple de Paul et des croyants.
4b–14 Périautologie L'auteur fait son propre éloge. En Ph 3, il est composé de trois étapes :
Il a aussi une finalité exemplaire (v.17 : Textes anciens Ph 3,17a). Souvent la responsabilité en est imputée aux adversaires (v.2.18-19) et on mêle son propre éloge à celui des auditeurs (v.3.15.20 : Textes anciens Ph 3,3a.15a.20a).
4b–14 Nouvelle compréhension de soi selon le stoïcisme Lorsque, grâce à la connaissance de la Raison inhérente à toute la réalité, le sage fait l’expérience du Bien, il accède à une conscience plus haute :
12ss Imperfections
13s Métaphore sportive fréquente, à travers l’image athlétique, dans la philosophie populaire pour illustrer l’engagement dans la conquête de la vertu :
9s Justice et connaissance de Dieu
10d conformé à sa mort
12a parfait Une petite quaestio sur la perfection : terrestre et céleste
10d étant conformé Conformation au Christ
1–21 qui transfigurera le corps de notre humiliation Ce que Dieu peut
Dans une vallée aride et sombre se presse une humanité souffrante : hommes, femmes et enfants, jeunes et vieilards, pauvres, rois et clercs traînent péniblement un « corps de misère » abîmé par la douleur.
Un chemin escarpé mène au Christ, source de lumière. Vêtu d'une tunique blanche resplendissante, portant sa croix d'une main et appelant à lui l'humanité de l'autre, il apparaît dans un « corps de gloire » vainqueur de la mort. Au-dessus de lui, une arche de lumière le désigne comme médiateur d'une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes.
(1832-1883), La Vallée de larmes (huile sur toile, 1883), 413,5 x 627 cm
Petit Palais, Paris (France) © Domaine public→
4b–14 Autoportait de Paul L'allusion au « modèle » de Paul (Ph 3,17) peut fournir l’occasion de faire un bilan sur l’image de Paul dans l’art chrétien antique.
Quand Paul, au retour de son troisième voyage, fait ses adieux aux Anciens d’Asie qu’il avait appelés auprès de lui, il leur dit ces paroles : « Et maintenant, voici que, je le sais, vous ne reverrez plus mon visage, vous tous au milieu de qui j’ai passé en proclamant le Royaume ». Tous alors éclatèrent en sanglots et se jetèrent à son cou « affligés surtout de la parole où il avait dit : qu’ils ne devaient plus revoir son visage » (Ac 20,25.38). Quel était ce visage qu’ont vu les Anciens d’Asie, quel était son aspect physique ?
On ne peut tirer aucun élément de réponse des Actes des apôtres ou des lettres mêmes de l’Apôtre, sinon une indication brève mais décisive dans la seconde lettre aux Corinthiens, lorsque Paul rapporte une phrase qui circulait à Corinthe à son propos :
Ce contraste décisif entre la faiblesse de l’aspect physique de l’Apôtre et sa force spirituelle réapparaît dans le célèbre « portrait » tracé dans les Actes de Paul et Thècle, à la fin du 2e s. : Onésiphore, un fidèle d’Iconium, va à la rencontre de Paul sur la Via Augusta qui relie Éphèse à Lystres ; ne le connaissant pas « physiquement mais seulement spirituellement », il se fie à la description que lui en avait faite le disciple Tite, et finalement il le reconnaît :
La référence à la calvitie – un élément de base du « portrait » de Paul des apocryphes et de l’iconographie chrétienne – tire peut‐être son origine, même si c’est de manière contradictoire, de l’épisode raconté encore dans les Actes, où il est dit qu'« à Cenchrées [dans le Péloponnèse, durant le second voyage] il s’était fait couper les cheveux à cause d’un vœu qu’il avait fait » (Ac 18,18).
Les autres éléments du portrait semblent tirés du type iconographique gréco-romain du philosophe (→ ; → ; →). Paul, le penseur chrétien par excellence, dont les lettres sont retenues dans le canon NT en même temps qu’étaient produits les apocryphes cités, jouissait d’une réputation immense même dans les milieux syncrétistes et nous savons que ses portraits étaient vénérés dans ces milieux parmi les effigies de Pythagore, Platon et Aristote.
Sans que l’on connaisse avec certitude aucun portrait de Plotin (→ 2001) on peut parler d’un « type Plotin » avec une sensibilité, un état d’âme, une tension bien particuliers, qui – au même titre que l’« orant » ou le « penseur » – servira à « typifier » les portraits de gens ordinaires de l’époque où se fixe celui de Paul.
C’est ce type, sans doute plus qu’aucun souvenir de ressemblance exacte (→, 164), qui apparaît dans les premiers portraits de Paul. Ce rapprochement des visages avec le père du néoplatonisme, n’est peut-être pas le fait du hasard, cet homme de grande stature morale et spirituelle qui, dans ses Ennéades, prêche la doctrine de l’Un qui existe « avant tout ce qui existe » :
À ces concepts, il lie des thèmes comme celui de la Providence, de l’ascèse mystique de l’âme dans son retour à l’Un, auxquels les Pères de l’Église puisèrent à plus d’une occasion, en particulier durant le 3e s., lorsque Plotin vit et prêche entre l’Orient et Rome, à l’époque où s’élabora le portrait de Paul (→, 64-65).
Ces traits iconographiques de Paul (comme par ailleurs ceux de Pierre) se sont affirmés graduellement. Pendant la première moitié du 4e s., ils se confondent et alternent :
Dès la seconde moitié du 4e s., à l’époque de Damase, les traits sont fixés sur le visage « plotinien » :
Les peintures funéraires présentent quelques-uns des plus beaux exemples du visage de Paul dans l’Antiquité chrétienne (→, 181-185 nos 53-57) :
L’image de Paul se développe aussi à l’intérieur du Collège apostolique aux côtés du Christ et faisant pendant à Pierre. L’insertion de Paul dans le Collège apostolique est sans fondement dans la mémoire historique sur la vie de Jésus, ni dans celle des débuts de son mouvement si l’on songe à l’élection de Matthias en remplacement de Juda, en Ac 1. Elle manifeste l’accueil positif de l’autoproclamation de Paul comme « apôtre par vocation » (Rm 1,1), « apôtre de Jésus-Christ par volonté de Dieu » (1Co 1,1). Un intéressant répertoire iconographique de l’évolution du collège apostolique peut être repéré parmi les peintures du cimetière de Domitille (→, nos 33, 39, 47, 18, 74).
Ce schéma iconographique se développe en même temps que d’autres typologies dans lesquelles figurent soit Pierre soit Paul : il apparaît au 3e s., et évolue tout au long du 4e s., sur les peintures funéraires.
Au 3e s., il n’y pas de différences iconographiques entre les Apôtres, mais petit à petit Pierre et Paul apparaissent comme chefs de file des deux groupes de six qui normalement entourent le Christ avec des caractéristiques physionomiques qui peu à peu vont s’affirmer.
À la fin du 4e s., on retrouve les deux Apôtres sur les sarcophages « aux portes de la cité » : sarcophages de l’Anastasis ; sarcophages « à étoiles et couronnes » :
La composition ternaire du Christ en majesté enseignant entre les deux Apôtres à l'origine de l'Église de Rome, au plan iconographique, est à l’évidence une réduction du Collège apostolique :
Elle aboutit à l'invention de plusieurs attributs iconographiques de Paul.
On retrouve le trio dans certaines scènes apocalyptiques parmi lesquelles se distingue la scène de la traditio legis :
Il existe une intéressante variante avec la remise du rouleau de la Loi nouvelle à Paul (habituellement c’est Pierre qui le reçoit) dans quelques exemples d'un milieu d'influence orientale :
Au cimetière ad decimum près de Grottaferrata ( 2006), Paul tient pour la première fois l’épée, attribut de son martyre (et peut‐être aussi allusion à l’« épée de l’Esprit, c’est‐à-dire de la Parole de Dieu » [Ep 6,17], véritable arme du chrétien, selon l’Apôtre).
Elle est désormais consacrée comme attribut canonique de l’iconographie paulinienne. Le portrait de Paul est fixé et se transmettra sans changement jusqu’à nos jours.
10d étant conformé à sa mort
L’art chrétien antique eut en horreur, à peu d’exceptions près, les scènes de martyre : que l’on pense à celle du sacrifice de Pierre, habituellement représentée par la scène de son arrestation, ou tout au plus par sa marche vers le martyre, avec la croix sur les épaules. Ou que l’on pense encore à la crucifixion de Jésus que l’on ne représentera pas avant que s’entrouvrent les portes de bois de Sainte-Sabine, quatre cents ans après sa mort sur le Calvaire. La scène de la mort de Paul (par décollation) est donc une véritable rareté. La scène de la décollation de Paul a quelque chose d’audacieux ; elle ne pouvait naître qu’au lieu où, plus que n’importe où ailleurs, son sacrifice était vénéré : celui de sa sépulture.
Ce sarcophage apparaît comme un fruit de la communauté romaine qui l’a produit en méditant la réalité du martyre, le sens du « témoignage » du sang versé quelques décennies auparavant, sur la vénération due aux martyrs/témoins, lesquels relient ainsi indivisiblement l’Église à ses origines apostoliques et son origine ultime, le Christ :
Les Apôtres, martyrs du Christ, et tous les fidèles de la communauté romaine témoin, se reflètent alors dans le « martyre » de leur Rédempteur, contemplant la centralité de l’Anastasis, c’est‐à‐dire de la résurrection victorieuse.