Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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4 quoique je puisse Vmoi aussi avoir confiance dans la chair ;
si quelqu’un d’autre
Sen effet pense se confier dans la chair
je le puis d'avantage, moi :
Vmoi, davantage :
5 circoncision le huitième jour
Vcirconcis le huitième jour
Scirconcis à huit jours
de la race d’Israël
de la tribu de Benjamin
Hébreu d’Hébreux
quant à la Loi : pharisien
VPharisien,
6 quant au zèle : persécuteur de
Vpersécutant l’Église Vde Dieu,
quant à la justice qui est dans la Loi :
Vavant mené un vie sans reproche...
7 Mais ces choses qui étaient pour moi des gains
Sun gain
je les ai considérées, à cause du Christ, comme une perte.
8 Mais, bien plus, je considère que tout Scela est perte
auprès de l’éminente connaissance
Sla grandeur de la connaissance de Jésus Christ
VJésus-Christ, mon Seigneur,
pour qui je me suis dépouillé de toutes choses
et les considère comme des ordures
Vdu fumier, afin de gagner le Christ
3,1–4,1
4a dans la chair signifie, dans le contexte (v.4b-6), les privilèges reçus et les mérites acquis (liés à l’identité ethnique), attitude opposée à la fierté mise dans le Christ. Tradition chrétienne Ph 3,4a
6b la justice qui est dans la Loi renvoie au concept juif de justice, liée au bien qui doit être fait par l’observance de la Loi mosaïque (Littérature péritestamentaire Ph 3,6b).
8b la connaissance de Jésus Christ (Vocabulaire Ph 3,10a) indique un rapport de communion et d’appartenance au Christ (cf. v.10). Il repose sur toute la tradition biblique et judaïque. Il a une fonction centrale en v.7-11 et 3,1–4,1.
6a Église Addition V F G : de Dieu.
7a Mais Omission possible
5e pharisien Sens neutre ou positif Le mot n'a pas encore les connotations péjoratives et stéréotypées de légalisme exagéré ou d'hypocrisie qu'il aura dans les évangiles, rédigés à une période où les →pharisiens cherchèrent sans doute à prévaloir contre ce qui restait des autres "partis" du temps du Temple, et à exclure ceux qu'ils considéraient comme déviants, dont les Juifs disciples de Jésus (Jn 9,22 ; 12,42 ; 16,2).
9b en Christ = gén. objectif plutôt que « la foi du Christ » (gén. subjectif), étant donné qu’en v.7-11 le Christ n’est pas le sujet actif, mais l’objet de la connaissance de Paul.
4 Comparaison exploitée par Paul, initiée au v.3 à propos des fidèles opposés aux ennemis et repris aux v.20-21, dans sa confrontation avec un adversaire supposé.
4b–6 La concessio est un raisonnement où l’auteur commence par admettre le point de vue de l’interlocuteur pour en montrer ensuite les limites et le dépasser. Paul fait de même avec un représentant fictif du groupe des adversaires.
7–11 Amplification des termes et des images pour souligner la différence avec la situation présentée dans les v.4b-6 (Textes anciens Ph 3,4b–14).
3,1–4,1 Exemplum Tout ce passage oppose le mauvais exemple des adversaires au bon exemple de Paul et des croyants.
4b–14 Périautologie L'auteur fait son propre éloge. En Ph 3, il est composé de trois étapes :
Il a aussi une finalité exemplaire (v.17 : Textes anciens Ph 3,17a). Souvent la responsabilité en est imputée aux adversaires (v.2.18-19) et on mêle son propre éloge à celui des auditeurs (v.3.15.20 : Textes anciens Ph 3,3a.15a.20a).
7 La vocation de Paul Paul fait sans doute allusion à sa vocation, advenue lors de sa rencontre avec le Christ sur la route de Damas (Ac 9,1-19).
5a circoncision Importance ? La →circoncision est un élément constitutif de l’identité juive-judéenne pour beaucoup, diversement interprétée et mise en pratique par les Juifs du 1er s. Tradition chrétienne Ph 3,5a
5e pharisien Paul pharisien ?
Aussi bien ici qu'en Ga 1,13 ou en Ac 23,6 (« pharisien fils de pharisiens ») Paul s'enorgueillit de sa formation de →pharisien (cf. Ac 22,3 ; 26,4-5). Ac en général donne une image plutôt positive des pharisiens : Ac 5,34-36 ; 15,5 ; 21,20-21). Ce que l’on parvient à soupçonner de ses positions avant sa rencontre avec le Christ s’accorde cependant mal avec la description du pharisien type que donne Flavius :
Certains rapprochent l’activisme précoce de Paul, son insistance sur les thèmes de l’Alliance, sur les « Églises », son recours à des expressions comme « fils de la lumière / des ténèbres » (1Th 5,5) d’un tropisme essénien plus que pharisien. Sans aller aussi loin, on peut du moins penser que le terme pharisien (au départ non technique, signifiant « séparé ») recouvrait des réalités religieuses plus diverses que ne laisse supposer la division en trois « philosophies » proposée par Josèphe.
4b–14 Nouvelle compréhension de soi selon le stoïcisme Lorsque, grâce à la connaissance de la Raison inhérente à toute la réalité, le sage fait l’expérience du Bien, il accède à une conscience plus haute :
6b la justice qui est dans la Loi
9s Justice et connaissance de Dieu
4a quoique je puisse avoir confiance dans la chair L’argumentation de Paul ne vient pas d’une frustration
5a circoncision le huitième jour Judaïsme authentique
5d Hébreu Origine du mot Thomas d'Aquin propose deux étymologies possibles, riches de sens :
Cf. également Gn 10,21.
5e pharisien Identification
7a des gains Concesso non dato
7b.8d une perte + ordures — Caducité de la Loi
7b à cause du Christ Divisio textus : le Christ objet de connaissance et d’amour
8b connaissance de Jésus Christ Le contenu de la « connaissance du Christ », sur la terre et au ciel
9a justice + de la Loi — Justice légale, vertueuse ou non
8 Connaissance du Christ
1–21 qui transfigurera le corps de notre humiliation Ce que Dieu peut
Dans une vallée aride et sombre se presse une humanité souffrante : hommes, femmes et enfants, jeunes et vieilards, pauvres, rois et clercs traînent péniblement un « corps de misère » abîmé par la douleur.
Un chemin escarpé mène au Christ, source de lumière. Vêtu d'une tunique blanche resplendissante, portant sa croix d'une main et appelant à lui l'humanité de l'autre, il apparaît dans un « corps de gloire » vainqueur de la mort. Au-dessus de lui, une arche de lumière le désigne comme médiateur d'une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes.
(1832-1883), La Vallée de larmes (huile sur toile, 1883), 413,5 x 627 cm
Petit Palais, Paris (France) © Domaine public→
4b–14 Autoportait de Paul L'allusion au « modèle » de Paul (Ph 3,17) peut fournir l’occasion de faire un bilan sur l’image de Paul dans l’art chrétien antique.
Quand Paul, au retour de son troisième voyage, fait ses adieux aux Anciens d’Asie qu’il avait appelés auprès de lui, il leur dit ces paroles : « Et maintenant, voici que, je le sais, vous ne reverrez plus mon visage, vous tous au milieu de qui j’ai passé en proclamant le Royaume ». Tous alors éclatèrent en sanglots et se jetèrent à son cou « affligés surtout de la parole où il avait dit : qu’ils ne devaient plus revoir son visage » (Ac 20,25.38). Quel était ce visage qu’ont vu les Anciens d’Asie, quel était son aspect physique ?
On ne peut tirer aucun élément de réponse des Actes des apôtres ou des lettres mêmes de l’Apôtre, sinon une indication brève mais décisive dans la seconde lettre aux Corinthiens, lorsque Paul rapporte une phrase qui circulait à Corinthe à son propos :
Ce contraste décisif entre la faiblesse de l’aspect physique de l’Apôtre et sa force spirituelle réapparaît dans le célèbre « portrait » tracé dans les Actes de Paul et Thècle, à la fin du 2e s. : Onésiphore, un fidèle d’Iconium, va à la rencontre de Paul sur la Via Augusta qui relie Éphèse à Lystres ; ne le connaissant pas « physiquement mais seulement spirituellement », il se fie à la description que lui en avait faite le disciple Tite, et finalement il le reconnaît :
La référence à la calvitie – un élément de base du « portrait » de Paul des apocryphes et de l’iconographie chrétienne – tire peut‐être son origine, même si c’est de manière contradictoire, de l’épisode raconté encore dans les Actes, où il est dit qu'« à Cenchrées [dans le Péloponnèse, durant le second voyage] il s’était fait couper les cheveux à cause d’un vœu qu’il avait fait » (Ac 18,18).
Les autres éléments du portrait semblent tirés du type iconographique gréco-romain du philosophe (→ ; → ; →). Paul, le penseur chrétien par excellence, dont les lettres sont retenues dans le canon NT en même temps qu’étaient produits les apocryphes cités, jouissait d’une réputation immense même dans les milieux syncrétistes et nous savons que ses portraits étaient vénérés dans ces milieux parmi les effigies de Pythagore, Platon et Aristote.
Sans que l’on connaisse avec certitude aucun portrait de Plotin (→ 2001) on peut parler d’un « type Plotin » avec une sensibilité, un état d’âme, une tension bien particuliers, qui – au même titre que l’« orant » ou le « penseur » – servira à « typifier » les portraits de gens ordinaires de l’époque où se fixe celui de Paul.
C’est ce type, sans doute plus qu’aucun souvenir de ressemblance exacte (→, 164), qui apparaît dans les premiers portraits de Paul. Ce rapprochement des visages avec le père du néoplatonisme, n’est peut-être pas le fait du hasard, cet homme de grande stature morale et spirituelle qui, dans ses Ennéades, prêche la doctrine de l’Un qui existe « avant tout ce qui existe » :
À ces concepts, il lie des thèmes comme celui de la Providence, de l’ascèse mystique de l’âme dans son retour à l’Un, auxquels les Pères de l’Église puisèrent à plus d’une occasion, en particulier durant le 3e s., lorsque Plotin vit et prêche entre l’Orient et Rome, à l’époque où s’élabora le portrait de Paul (→, 64-65).
Ces traits iconographiques de Paul (comme par ailleurs ceux de Pierre) se sont affirmés graduellement. Pendant la première moitié du 4e s., ils se confondent et alternent :
Dès la seconde moitié du 4e s., à l’époque de Damase, les traits sont fixés sur le visage « plotinien » :
Les peintures funéraires présentent quelques-uns des plus beaux exemples du visage de Paul dans l’Antiquité chrétienne (→, 181-185 nos 53-57) :
L’image de Paul se développe aussi à l’intérieur du Collège apostolique aux côtés du Christ et faisant pendant à Pierre. L’insertion de Paul dans le Collège apostolique est sans fondement dans la mémoire historique sur la vie de Jésus, ni dans celle des débuts de son mouvement si l’on songe à l’élection de Matthias en remplacement de Juda, en Ac 1. Elle manifeste l’accueil positif de l’autoproclamation de Paul comme « apôtre par vocation » (Rm 1,1), « apôtre de Jésus-Christ par volonté de Dieu » (1Co 1,1). Un intéressant répertoire iconographique de l’évolution du collège apostolique peut être repéré parmi les peintures du cimetière de Domitille (→, nos 33, 39, 47, 18, 74).
Ce schéma iconographique se développe en même temps que d’autres typologies dans lesquelles figurent soit Pierre soit Paul : il apparaît au 3e s., et évolue tout au long du 4e s., sur les peintures funéraires.
Au 3e s., il n’y pas de différences iconographiques entre les Apôtres, mais petit à petit Pierre et Paul apparaissent comme chefs de file des deux groupes de six qui normalement entourent le Christ avec des caractéristiques physionomiques qui peu à peu vont s’affirmer.
À la fin du 4e s., on retrouve les deux Apôtres sur les sarcophages « aux portes de la cité » : sarcophages de l’Anastasis ; sarcophages « à étoiles et couronnes » :
La composition ternaire du Christ en majesté enseignant entre les deux Apôtres à l'origine de l'Église de Rome, au plan iconographique, est à l’évidence une réduction du Collège apostolique :
Elle aboutit à l'invention de plusieurs attributs iconographiques de Paul.
On retrouve le trio dans certaines scènes apocalyptiques parmi lesquelles se distingue la scène de la traditio legis :
Il existe une intéressante variante avec la remise du rouleau de la Loi nouvelle à Paul (habituellement c’est Pierre qui le reçoit) dans quelques exemples d'un milieu d'influence orientale :
Au cimetière ad decimum près de Grottaferrata ( 2006), Paul tient pour la première fois l’épée, attribut de son martyre (et peut‐être aussi allusion à l’« épée de l’Esprit, c’est‐à-dire de la Parole de Dieu » [Ep 6,17], véritable arme du chrétien, selon l’Apôtre).
Elle est désormais consacrée comme attribut canonique de l’iconographie paulinienne. Le portrait de Paul est fixé et se transmettra sans changement jusqu’à nos jours.