La Bible en ses Traditions

Psaumes 24,1–2

M
G S
V

MPsaume de David.

MA YHWH est la terre et Mce qu’elle renferme

le Mmonde et ceux qui l’habitent.

...

PSAUME DE DAVID AVANT LE SABBAT

Au Seigneur la terre et sa plénitude,

l'orbe terrestre et ÷ tous : ceux qui y habitent !

Car c’est lui qui l’a fondée sur les mers

qui l’a affermie sur les fleuves.

... 

※Car: c'est lui qui l'a fondé sur les mers

et sur les fleuves il l'a préparé.

Réception

Comparaison des versions

1 V—IUXTA HEBR.

  • Chant de David. | Au Seigneur est la terre et sa plénitude | le globe [du monde] et ceux qui l'habitent.

2 V—IUXTA HEBR.

  • Car c'est lui qui l'a fondée sur les mers | qui l'a affermie sur les fleuves.

Liturgie

1 Au Seigneur la terre et sa plénitude CHANT GRÉGORIEN Lecture typologique : exclamation de triomphe au moment de l'Incarnation rédemptrice Le premier verset de ce psaume, couplé à une exclamation trimphale venue de l'Exode, accompagne l'introït de la messe de la Vigile de la Nativité

« Hodie scietis »

Traditionnel, Introït - Hodie scietis

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ex 16,6s ; Ps 24,1

Pièce chantée pour la Messe de la Vigile de Noël.

Paroles
  • Hodie scietis, quia veniet Dominus, et salvabit vos : et mane videbitis gloriam eius.

Aujourd’hui vous saurez que le Seigneur va venir et il vous sauvera : et au matin vous verrez sa gloire.

Musique

1–10 Au Seigneur la terre et sa plénitude Du cosmos à l'intime — un seul souffle Le Psaume 24 s'ouvre comme une proclamation cosmique — « Au Seigneur la terre et sa plénitude, l'orbe terrestre et tous ceux qui y habitent » — avant de se resserrer sur une question intime : qui peut monter vers Dieu, qui peut se tenir en son lieu saint ? De l'universel au personnel, d'un seul souffle.

21e s.

Entrer dans la plénitude du monde

Silvestrov traduit ce mouvement avec une économie saisissante : une voix soliste s'avance d'abord presque seule, portant le texte avec la simplicité d'un récitant qui n'a pas besoin d'effets, avant que l'harmonie environnante ne l'élargisse progressivement vers quelque chose de plus vaste. Les textures se superposent par touches légères, comme des couches de lumière qui s'accumulent sans jamais s'alourdir. Ce n'est pas la grandeur qui impressionne — c'est la certitude tranquille de celui qui sait que la plénitude du monde n'écrase pas l'homme mais l'invite à s'y tenir debout, les mains pures et le cœur droit.

Valentin Silvestrov (1937-...), Three Spiritual Songs, Op. 2: II. Psaume de David 23 [V:24], 2010

Kiev Chamber Choir, One Thousand Years of Ukrainian Sacred Music, Vol. 3. Valentyn Sylvestrov: Sacred Works

© Licence YouTube Standard→, Ps 24,1-10

Compositeur

Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.

Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.

Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.

Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :

  • Constantin Sigov, « La liberté de l’Ukraine et la musique de Valentin Silvestrov » : « Les sons incomparablement libres des mélodies de Silvestrov nous entraînent au-delà de ces deux tendances [d'aliénation de la musique classique : l'ignorance en gros et dans le détail et l'adoration décorative de ses façades philarmoniques], présentant de manière inattendue de nouvellesformes de connexion entre la musique et les paroles, de la poésie contemporaine en passant par le classique et jusqu’aux stichères liturgiques et aux psaumes. La nouvelle musique "dégivre" les textes figés et gelés, connus mais oubliés justement en raison de leur familiarité » (Revue La Règle du Jeu n°57→, mai 2015).