La Bible en ses Traditions

Psaumes 28,1–5

M
G S
V

De David.

Vers toi, YHWH, je crie

mon rocher, pour moi ne reste pas sourd

de peur que, devant ton silence

je ne ressemble à ceux qui descendent dans la fosse.

... 

À CE DAVID.

Vers toi, Seigneur, je crierai : — Mon Dieu ne garde pas le silence pour moi 

de peur qu'un jour, tu ne t'arrêtes de parler, loin de moi :

alors je serai rendu semblable à ceux qui coulent au fond du lac !

Écoute la voix de mes supplications

quand je crie vers toi

quand j’élève mes mains vers ton saint des saints.

 ...

Exauce la voix de ma supplication pendant que je prie vers toi

pendant que j'élève les mains vers ton temple saint.

Ne me traîne pas avec les impies

et avec les artisans d’iniquité

qui parlent de paix à leur prochain

et le mal est dans leur cœur.

...

Ne me livre pas en même temps que les pécheurs

et avec les ouvriers d'iniquité ÷ne va pas me perdre !:

(eux qui parlent paix avec leur prochain

alors que les malheurs sont dans leurs cœurs) : 

Donne-leur selon leur conduite

et selon la malice de leurs actions 

donne-leur selon l’oeuvre de leurs mains

rends-leur leur salaire [qu'ils méritent]

...

donne-leur selon leurs œuvres mêmes

et selon la méchanceté de leurs inventions ;

selon les œuvres de leurs mains, rétribue-les,

rends-leur leur propre rétribution, à ceux-là !

Car ils ne comprennent pas les œuvres de YHWH

et l’ouvrage de ses mains :

il les détruira et ne les bâtira pas.

...

Puisqu'ils n'ont pas compris les œuvres du Seigneur

ni discerné dans les œuvres de ses mains,

tu les détruiras et tu ne les édifieras pas !

Réception

Comparaison des versions

1 V—IUXTA HEBR.

  • De David. | Vers toi, Seigneur, je crierai | ma force, pour moi ne reste pas sourd | de peur que, devant ton silence | je ne ressemble à ceux qui descendent dans la fosse.

2 V—IUXTA HEBR.

  • Écoute, Seigneur, ma supplication | quand je crierai vers toi | quand j'élèverai mes mains vers ton saint des saints.

3 V—IUXTA HEBR.

  • Ne me traîne pas avec les impies | et avec les artisans d'iniquité | qui parlent de paix à leurs amis | et le mal est dans leur cœur.

4 V—IUXTA HEBR.

  • Donne-leur selon leur conduite | et selon la malice de leurs machinations | donne-leur selon l'œuvre de leurs mains | rends-leur leur salaire [qu'ils méritent].

5 V—IUXTA HEBR.

  • Car ils ne comprennent pas les œuvres du Seigneur | et l'ouvrage de ses mains : | tu les détruiras et ne les bâtiras pas.

Arts visuels

1s silence Évocation picturale 

19e s.

Nikolaï Doubovskoï (1859-1918), Silence, (huile sur toile, 1890), 76,5 x 128 cm

Ж-4392, Musée russe de Saint-Pétersbourg © Domaine public→

Musique

1–9 Vers toi, Seigneur, je crierai Dans le silence de Dieu, le cri cherche ses mots Le Psaume 28 est un cri nu — celui de quelqu'un qui se tient au bord du gouffre et appelle : « ne garde pas le silence pour moi (...) alors je serai rendu semblable à ceux qui coulent au fond du lac ». Ce n'est pas la plainte résignée, ni la lamentation qui s'attarde sur elle-même : c'est l'urgence de celui qui sait que le silence de Dieu serait sa mort.

21e s.

Prier sans attendre de réponse

Silvestrov prend ce cri et le traduit en tourmente intérieure : les pupitres s'entrechoquent par instants, les dissonances se faufilent, les tensions harmoniques se nouent sans se résoudre, comme un homme qui cherche ses mots dans l'obscurité. Les voix ne s'élèvent pas sereinement — elles se heurtent, se cherchent, portées par une agitation sourde qui n'éclate jamais tout à fait mais que l'on sent frémir sous chaque accord.

Puis, progressivement, quelque chose se retourne : les harmonies s'éclaircissent, les tensions se dénouent, comme si l'acte même de crier avait suffi à transformer celui qui crie. Le psalmiste finit par louer — non parce que Dieu a répondu, mais parce qu'il a osé appeler. Silvestrov, lui aussi, semble croire que la prière qui traverse la tourmente porte en elle sa propre lumière.

Valentin Silvestrov (1937-...), To You, O Lord, I Call (Psaume 27 [V:28]), 2007

Mykola Hobdych (dir.), Kiev Chamber Choir, Album: Sacred Songs (2008)

© Licence YouTube Standard→, Ps 28,1-9

Compositeur

Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.

Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.

Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.

Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :

  • Constantin Sigov, « La liberté de l’Ukraine et la musique de Valentin Silvestrov » : « Les sons incomparablement libres des mélodies de Silvestrov nous entraînent au-delà de ces deux tendances [d'aliénation de la musique classique : l'ignorance en gros et dans le détail et l'adoration décorative de ses façades philarmoniques], présentant de manière inattendue de nouvellesformes de connexion entre la musique et les paroles, de la poésie contemporaine en passant par le classique et jusqu’aux stichères liturgiques et aux psaumes. La nouvelle musique "dégivre" les textes figés et gelés, connus mais oubliés justement en raison de leur familiarité » (Revue La Règle du Jeu n°57→, mai 2015).

Valentin Silvestrov (1937-...), Psaumes 1 & 27 à la cathédrale Notre-Dame de Rouen, 2006-2008

Mykola Hobdych (dir.), Kiev Chamber Choir, enregistrement de Constantin Sigov (25/03/26), saison culturelle « Voyage en Ukraine »

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