Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
Pour nous apporter votre aide, cliquer ici
12 Je me suis enracinée dans un peuple glorifié
dans la part du Seigneur, dans son héritage.
12 Alors le Créateur de l’univers m’a parlé et m’a donné ses ordres
et celui qui m’a créée a reposé dans ma tente.
10–22 Structure du récit En trois versets denses est décrit comment la →Sagesse imprègne le culte, la vie politique et la culture populaire d’Israël :
Avec cette dernière métaphore, le Siracide passe de l’image de la femme à celle de l’arbre, qui est développée à travers divers exemples précis (v.13-17). Ces végétaux produisent des fruits délicieux qui ravissent les gens ; la Sagesse apparaît dès lors comme une source hautement désirable de plaisirs (v.19-22).
12 celui qui m’a créée a reposé dans ma tente : V | [M] G S—Si 24,8 « et celui qui m’a créée m'a fait poser ma tente » : une lecture christologique / mariale des traducteurs vieux-latins ? Il n'est guère surprenant de trouver un langage relatif à la création dans ce verset (cf. creator omnium en VL Si 24,12a). En effet, le Siracide établit un lien explicite entre le culte et la création (cf. Jordan A. , Wisdom, Cosmos, and Cultus in the Book of Sirach (Deuterocanonical and Cognate Literature Studies, 42), Berlin-Boston, Mass. : De Gruyter, 2019).
L'ensemble de Si 24 fait référence à plusieurs reprises à l'idée que la Sagesse se manifeste à Jérusalem, le Temple (= « la tente ») pendant le culte.
Les versions grecque et syriaque continuent l'insistance de l'Exode sur le fait que la « tente » (c.-à-d. le Tabernacle, משׁכן, cf. S—Si 24,8 ܡܫܟܢܐ, mškanā) est un signe visible de la présence de Dieu.
Les formulations données par les versions latines sont plus étranges.
Le topos littéraire utilisé ici est celui d'une femme qui joue le rôle d'hôtesse, peut-être en présentant la Sagesse comme ʾēšet ḥayil (femme de valeur) de Pr 31,10ss.
Selon les règles du latin classique, c'est paradoxal, car in + accusatif connote un mouvement, alors que requiesco met l'accent sur le repos : trouver de nouveau le repos, parvenir au repos complet ... (NB : la diffférence entre l'usage des deux cas après in commence à s'estomper en latin, à l'oral dès le 1ers ap. J.-C., et à l'écrit dès les 4e s.). Doit-on essayer de comprendre et qui creavit me requievit in tabernaculum meum
Le paradoxe latent dans cette formulation ne pourrait-il pas faire allusion à la maternité divine de la Vierge Marie, dont la Sagesse personnifiée est un type ?
Se pourrait-il que le scribe vieux-latin ait fait une interprétation christologique du passage, en ayant en tête l'engendrement éternel du Fils (cf. Ps 110,3) et une typologie du corps de Jésus comme tabernacle véritable (Jn 1,14 ; Jn 2,21) ?
Se pourrait-il que le scribe vieux-latin ait déjà fait une interprétation mariale du passage, en ayant en tête le moment de l'annonciation et une typologie de Marie arche d'alliance ?
(NB On ne peut trop presser cette interprétation, car les verbes creare et gignere sont presque synonymes en laitn classique, le premier signifiant dans l'ordre culturel, institutionnel ou poliique installer dans un office (comme encore aujourfhui en français « créer un cardinal») et le second signifiant dans l'ordre biologique ou naturel donner naissance à un enfant. Ils se spécialisent dans le latin chrétien sans doute après le Concile de Nicée, creare se spécialisant dans l'acte du créateur divin ex nihilo)
La géniale complexité de la transmission latine dece verset, mise en relation avec l'étonnante incise sur Jésus en Si 43,25, ne donne-t-elle pas un relief saisissant à la typologie mariale de la Sagesse ?
———————
Pour aller plus loin : VL, éd. Walter ), Sirach (Ecclesiasticus), (Vetus latina : die Reste der altlateinischen Bibel, 11/2), Freiburg im Breisgau : Herder Verlag, 1996, p.683. NB : ce vol. va jusqu'à Si 24,47, ensuite éd. A. Forte. Plus généralement sur la version latine du Siracide, voir ICI→ ; Maurice à propos de Si 24 ICI→; Si 24,6 ICI→) ; Anthony ( ICI→ ; ICI→ ) ; Bonifatia (ICI→).
Frontispice de la bible Polyglotte d’Alcalà (1514-1517), (gravure sur bois), © Domaine public→
Voici la traduction du décryptage allégorique imprimé au-dessus de ce frontispice, un écu à quinze carreaux surmontés de la croix et du chapeau cardinalice : « Les quinze carrés de cet écu représentent les quinze jours que passèrent ensemble à Jérusalem saint Pierre qui prêchait aux juifs ou à ceux de la synagogue et saint Paul, apôtre des nations. Le chiffre 7 (et en conséquence les 7 carrés de couleur de cet écu) signifie la loi antique ou Ancien Testament ; le chiffre 8 (ou les huit carrés de l'autre couleur) signifient la loi de grâce ou le Nouveau Testament. Le nombre 15 (donc les quinze carrés) les contient tous. »
1–22 SÉQUENCE Discours de la Sagesse Ce morceau est à comparer :
1–47 ICONOGRAPHIE ORTHODOXE. De la sagesse biblique à la « Sagesse hypostatique », au Christ et à sa Mère École russe
(russe), La Sainte Sagesse (Type de Novgorod), (tempera sur panneau de bois, fin du 16e s.)
église Saint Georges de Vologda, Russie © Domaine public→,
Sg 7,22-8,1 ; Sg 8,4-6 ; Sg 9,9-10 ; Si 1,4.9.15 ; Si 24 ; Ba 3,29-37 ; Lc 2,40 ; Lc 11,49 ; Mc 6,2 ; Mt 11,19 ; 1Co 1,17-2,13 ; Col 2,3 ; Jc 3,13-18 ; Ap 5,10
L'identification du Christ Logos avec la Sainte Sagesse (Hagia Sophia) est souvent représentée dans la tradition iconographique russe. Parmi les icônes de la Mère de Dieu (Theotokos), un type est nommé « La Sagesse a bâti sa maison », citation de Pr 9,1 typologiquement lue comme prophétie de l'incarnation, Marie étant la maison choisie pour demeure par la « Sagesse hypostatique » (c'est-à-dire la Sagesse en tant que personne de la Trinité).
(russe), « La Sagesse a bâti sa maison », (tempera sur panneau de bois, ca 1548), 146 x 106 cm, icône, monastère Kirillovsky, Novgorod
Musée National Russe — 28830, © Domaine public→
Sg 7,22-8,1 ; Sg 8,4-6 ; Sg 9,9-10 ; Si 1,4.9.15 ; Si 24 ; Ba 3,29-37 ; Lc 2,40 ; Lc 11,49 ; Mc 6,2 ; Mt 11,19 ; 1Co 1,17-2,13 ; Col 2,3 ; Jc 3,13-18 ; Ap 5,10
La composition est centrée sur une « Fête de la Sagesse » divine donnant à voir la dispensation du mystère de la Sagesse (Ep 3,8-12).
12 celui qui m’a créée a reposé dans ma tente (V) Allusion mariale Il est bien possible que le traducteur propose une interprétation mariale du passage (Comparaison des versions Si 24,12) : la Vierge Marie n'est-elle pas, dans la poésie et les arts visuels chrétiens, le nouveau Tabernacle, la nouvelle Arche dans lesquels repose la présence du Verbe divin ?
Piero (1412/20-1492), La Madonna del Parto, (fresque, 1455-60 (?), maçonnée en 1785, redécouverte en 1889, restaurée et déposée en 1993), Vierge parturiente, 260 × 203 cm
Église Santa Maria di Momentana, Monterchi, musée de Monterchi, Toscane (Italie) © Domaine public→
Monterchi était la ville natale de la mère du peintre, cela explique sans doute la charge émotionnelle et théologale de l'œuvre, où la Vierge apparaît sous une figure presque paysanne, tranchant sur modèles à longs cheveux blonds. L'image est un exemple parfait de Virgo paritura (Vierge parturiente), type précédant chronologiquement la Vierge à l'Enfant et aussi sujet pictural bien moins répandu dans les arts. Debout et face au spectateur dans une attitude hiératique à la manière des représentations byzantines, Marie pose la main gauche sur la hanche, la droite soutient son ventre proéminent qu'elle montre par l'échancrure. Elle est entourée de deux anges parfaitement symétriques réalisés à partir d'un même carton et de couleurs complémentaires, qui écartent délicatement les pans du rideau du baldaquin, brodé de grenades symbolisant la Passion du Christ. Le tableau joue un rôle important dans le film Nostalghia→ d'Andreï (1983).
Les anges écartent le lourd rideau cramoisi évoquant le Voile de l'entrée du sanctuaire au Temple de Jérusalem, dévoilant la Vierge enceinte. La main posée sur le ventre, elle attire l'attention sur sa robe elle-même ouverte par le bébé divin qui s'annonce.