La Bible en ses Traditions

Matthieu 1,18–23

Byz S TR Nes
V

18 Or Byz S TR Nesde Jésus [comme] Christ la Byz S TR Nesgenèse se fit ainsi :

comme Marie, sa mère, avait été fiancée à Joseph

il se trouva, avant qu’ils eussent habité ensemble, qu’elle [l']avait dans ses entrailles de par l'Esprit Saint.

18 Or, la génération du Christ se fit ainsi :

comme Marie, sa mère, avait été fiancée à Joseph

il se trouva, avant qu’ils eussent habité ensemble, qu’elle [l']avait dans ses entrailles de par l'Esprit Saint.

Byz V S TR Nes

19 Joseph, son époux, qui était juste et ne voulait pas la faire montrer du doigt

Vtraduire [en justice]

se proposa de

Vvoulut la renvoyer secrètement.

20 Comme il était dans cette pensée

Vméditait cela

voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit :

— Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi

Vd'accueillir Marie ton épouse

car certes ce qui est engendré

V en elle est de l'Esprit Saint.

21 Et elle enfantera un fils et tu l'appelleras du nom de « Jésus »

car lui-même sauvera son peuple de ses péchés.

22 Tout cela arriva

pour que s'accomplît la parole dite 

V Sce qui a été dit par le Seigneur à travers le prophète qui disait :

23 « Voici, la Vierge sera enceinte et enfantera un fils, et on l'appellera du nom d'"Emmanuel" »

ce qui se traduit : « Dieu avec nous ».

Réception

Liturgie

18 Cum esset

Offertoire "Cum esset"

Offertoire - Cum esset

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Mt 1,18

Cinéma

1,18–2,19 Histoire de la Nativité Une intense poésie se dégage de ce film d'animation russe.

Mikhail Aldashin, Noël (мультфильм Михаила Алдашина), (film d'animation, 1997)

musique :  Johann Sebastian Bach, Concerto en D minor pour clavecin, BWV 1052 (Clavecin: Jim Long) ; L. van Beethoven, Symphonie No. 7 en A Major, Op. 92: II. Allegretto (Rafael Frühbeck de Burgos; Wyn Morris ; London Symphony Orchestra).

Prod. : Primoluz, Рождество © Licence YouTube standard, Mt 1,1-2,19 ; Lc 1,26-2,20

Le film Noël du réalisateur et artiste Mikhail Aldashin cherche à faire toucher au miracle de la naissance du Sauveur parmi les hommes. L'intrigue respecte le texte canonique, en y ajoutant bien des traits naïfs et émouvants tirés des récits apocryphes. Mikhail Aldashin est l'un des principaux réalisateurs du studio Pilot. Ses films ont remporté le succès dans de nombreux pays, dans divers festivals internationaux. Le film Noël, tourné en 1997 la même année, a reçu le prix de la meilleure réalisation et la première place dans une classification professionnelle au Festival panrusse d'animation de Tarus ; au Golden Fish International Film Festival à Moscou et de nombreuses autres récompenses.

La scène de l’appel des trois mages endormis dans le même lit et tirés de leur sommeil par un petit ange qui les touche du doigt vient directement d’un chapiteau du 12e s. de la cathédrale Saint-Lazare d’Autun, sculpté par maître Gislebertus : Arts visuels Mt 2,1s

Arts visuels

18 Or, la génération du Christ se fit ainsi Iconographie contemporaine

Enluminure

Éric Mortreuil (1964 -), Incarnation. Page Chi-Rhô., (enluminure sur vélin : pigments à l'orpiment, minium, garance, ocre doré, lapis-lazuli, vert de gris, cochenille, indigo, 2020),  33 x 25,5 cm

Coll. part., France

D.R. É. Mortreuil→© BEST aisbl

Enlumineur depuis 2016, É. M. s’inspire de textes bibliques et chrétiens et de la spiritualité scoute pour élaborer des compositions dans la tradition de l’enluminure occidentale, avec une préférence pour le style irlandais « insulaire » (Livre de Kells, Evangiles de Lindisfarne, etc.) et pour le gothique du 13e s.

La page Chi-Rhô (folio 34r du Livre de Kells) est emblématique des manuscrits insulaires. Elle désigne le chrisme, composé des lettres grecques X (khi) et P (rhô), initiales de Jésus-Christ en grec. 

Anonyme, Livre de Kells, (vélin avec de l'encre noire, rouge, mauve ou jaune, ca. 800), Manuscrit illustré de motifs ornementaux, Folio 34r, 33 x 25

Irlande, Bibliothèque du Trinity College Dublin→© BEST aisbl

En s'inspirant de l'illustration Chi-Rhô, É. M. illustre les premiers mots de la péricope de Saint Matthieu : « XPI (Christi) autem generatio sic erat ».

L'enluminure de É. M. intègre aussi des éléments symétriques et circulaires, ainsi que des motifs celtiques médiévaux, comme ceux du Bouclier de Battersea.

Anonyme, Le bouclier de Battersea, (bronze et verre, ca. 350 BC - 50 BC), 77,7 x 35,7 cm, N° d’inventaire : 1857,0715.1

British Museum→© BEST aisbl

La calligraphie quant à elle est empruntée aux lettres du folio 95r des Évangiles de Lindisfarne.

Anonyme, Évangiles de Lindisfarne, (Enluminures sur parchemin, ca. 700-715), Manuscrit enluminé, 34 × 27 cm,

N° d’inventaire : Cotton Ms. Nero D.IV, Folio 95r,

Lindisfarne, British Library

L'enluminure Incarnation. Page Chi-Rhô d'É. M. peut évoquer : 

  • La vision du char d'Ez 1, où les quatre évangélistes sont symbolisés par leurs figures traditionnelles : l’homme, le bœuf, le lion et l’oiseau. Le dessin des roues (Ez 1,15) s’inspire des éléments circulaires du Bouclier de Battersea.
  • Les multiples points verts et orangés représentent la descendance innombrable d'Abraham.
  • L'encadrement contient des passages du Credo relatifs à l'incarnation et le mot « Hosanna » en lettres runiques.

Théologie

21 Jésus Le nom de Jésus La sacralisation du nom de Jésus dans le christianisme primitif, devenu l’équivalent de celui de Dieu, suggère un culte précoce de Jésus. En effet, les scribes chrétiens, qui rédigent en grec, appliquent au nom de Jésus l’estime qu’avaient les scribes hébreux pour le →tétragramme. L’usage des →christogrammes, avant même la période constantinienne et la diffusion du graphisme chi-rhô à des fins d'unification politico-religieuse, reflète l'adoration rendue au Christ dès les époques les plus anciennes. Cet usage prolonge l’expérience juive du →nom, en particulier du →Nom divin.

Origine du nom « Jésus » en hébreu

Avanto, Trois graphies du nom « Josué/Jésus » en lettres hébraïques couronnées (image numérique, 2007)

© Domaine public→

Le nom hébreu « Yeshua » ישוע écrit avec les lettres yod - shin - waw - `ayin de l'alphabet hébreu se trouve dans l'hébreu de l'Ancien Testament en Esd 2,2.6.36.40 ; 3,2.8-10.18 ; 4,3 ; 8,33 ; Ne 3,19 ; 7,7.11.39.43 ; 8,7.17 ; 9,4-5 ; 11,26 ; 12,1.7-8.10.24.26 ; 1Ch 24,11 ; et 2Ch 31,15 (et aussi en araméen en Esd 5,2).  

Traductions du nom « Jésus / Josué »

Le nom donné à Jésus (via une révélation angélique) par Joseph en Mt 1,21.25 et par Marie en Lc 1,31, Iêsous, est la version grecque de Josué. Mt 1,21 présente un jeu étymologique sur le nom même de Jésus, qui ne peut être compris qu'en hébreu : « Et elle enfantera un fils et tu l'appelleras du nom de "Jésus", car lui-même sauvera son peuple de ses péchés. »

Étymologie du jeu de mots matthéen
  • Le verbe hébreu yš‘, sauver (qu'on retrouve dans les conjugaisons niphal et hiphil) présentait à l'origine une racine primitive wš.
  • C'est cette initiale que l'on retrouve dans le nom de Josué/Jésus fils de Nun, homonyme du Christ (→Jésus avant Jésus : homonymes de Jésus dans l'AT). Celui-ci s'appelait primitivement « Osée », en hébreu Hôšéa, infinitif hiphil du verbe « sauver », signifiant donc [YHWH] sauve (avec YHWH sous-entendu). Nb 13,16 ajoute ensuite un yod à Hôšéa pour le transformer en « Josué », Yᵉhôšūa, où le waw de YHW est à la fois troisième lettre du tétragramme YHWH et la première radicale du verbe yš‘ (YHWšūa').
Prolongements philologiques

Toutefois, cette nouvelle vocalisation ne correspond plus au hiphil et ressemble davantage à un substantif yᵉšû‘â « salut » (Jean-Marie Mathieu, Le Nom de Josué-Jésus en hébreu et en arabe, Paris : Outre-part, 2002). Suivant cette interprétation, plusieurs idées de traduction du nom de Josué-Jésus ont été proposées :

  • Olivier Odelain et Raymond Séguineau, Dictionnaire des noms propres de la Bible, Paris : Cerf, 1978 : Josué signifie Yah est généreux, [...] noble, magnanime » (214, 354).
  • René Laurentin, Structure et théologie de Luc I-II (Études bibliques 42), Paris : Gabalda, 1957 : šūa est un substantif et le prénom se traduit donc : YHWH Sauveur (124-125 n. 4).
  • Selon d'autre chercheurs, le substantif šūa‘ signifierait un cri à l'aide lancé par quelqu'un qui demande d'être secouru. Le nom signifierait Dieu est un cri à l'aide.
Avatars graphiques et phonétiques

On trouve diverses graphies et vocalisations du nom dans la tradition manuscrite :

Yehoshua

C'est le nom hébreu théophore le plus ancien, il apparaît 218 fois dans la Bible hébraïque.

  • La graphie hébraïque déjà mentionnée de Josué-Jésus en Nb 13,16 est Yᵉhôšūa/ YHWšūa'.
  • En Dt 3,21 et Jg 2,7, le nom de Josué est écrit Yhwšw‘, vocalisé Yᵉhôšûa.
  • 2R 23,8 écrit Yhwš‘ et vocalise Yᵉhôšūa‘.
  • 4QpaleoExodusm (= 4Q22), col. 17 ll. 23, 30, lit Yhšw‘ en paléo-hébreu (DJD 9,93) ;

En hébreu plus tardif, l'élément théophore Yeho- fut contracté en  Yo-;  p. ex.  יהוחנן, Yehokhanan devint  יוחנן, Yokhanan.  On ne trouve cependant guère de nom où le morphème Yeho- soit devenu Ye-.

Yeshua

Cette forme apparaît cependant dans les livres tardifs du Tanakh : 1 fois pour Josué, fils de Noun, et 28 fois pour Josué le grand prêtre et d'autres prêtres ainsi prénommés (également nommés Yoshua dans 11 autres passages des livre d'Aggée et de Zacharie).

  • Dès le 4e s. av. J.-C., le nom Josué-Jésus était écrit en araméen Yšw‘ et prononcé Yēšûa (Esd 5,2, le grand prêtre Josué), comme en hébreu.
  • Dans les derniers livres de la Bible hébraïque, la graphie est abrégée en Yšw‘ et vocalisée Yēšûa, notamment pour plusieurs homonymes de Josué-Jésus : le chef de la neuvième classe de prêtres (1Ch 24,11), l'un des six lévites sous les ordres de Qoré (2Ch 31,15), le grand prêtre (Esd 2,2) et le chef de famille apparenté à Pahat-Moab (Esd 2,6).

Yesha ?
  • Une des lettres de Bar Kochba présente la graphie particulière Yš‘, d'où le waw est absent (Cross Frank M., « La lettre de Simon ben Kosba », Revue biblique 63 [1956] 47 n. 3).
Yeshu ?

Les résonnances étymologiques et poétiques du noms sont si fortes que les Juifs qui ne reconnaissent pas Jésus pour messie semblent avoir altéré ou du moins adopté une graphie altérée de son nom (cf. Jr 11,19) :

  • b. Sanh. 43a présente la graphie Yšw, et toute la tradition rabbinique utilise « Yéshou » sans le ‘ayin

Ce serait un acronyme signifiant : yimach shemo ve-zichrono : que son nom et sa mémoire soient effacés. Mais Thierry Murcia, « Yeshu : un acronyme insultant ? », Judaïsme ancien / Ancient Judaism 2, (2014), 196-201 conclut son analyse en proposant que si la polémique antichrétienne juive a tiré avantage de cette élision de la consonne finale, elle n'en est cependant pas l'origine. De fait la formule d'exécration ou de damnatio memoriæ héritée de la mélédiction contre Amaleq (Dt 25,19 ; Ex 17,14), rarement ajoutée au nom de Jésus (p. ex. Genizah MS, British Museum, Or. 91842) dans la tradition écrite, est en usage dans certains milieux populaires juifs.

Les philologues chrétiens ne manquèrent donc cependant pas d'y répondre :  

  • Maldonat Comm. ev. Mt 1,21 « Les Juifs ont coutume d'appeler [le Christ] non pas Yhwš‘, mais Yšw, une partie d'entre eux, parce qu'ils n'entendent pas ce son, une autre partie, par dérision (irrisione) et malignité, signifiant par là que le Christ n'est pas Yhwš‘, Sauveur (servatorem), mais Iesu, parce que pour eux il semble que ce nom ne signifie rien, sinon un homme quelconque. Mais comme ils ne peuvent aisément retirer la divinité du Christ, il est beaucoup plus facile pour eux de lui enlever des syllabes. »
  • Honoré-Richard Simon, Grand dictionnaire de la Bible (Lyon: Certe, 1717) « [Les Juifs] ne prononcent plus [le nom de Jésus] Iehossuagh ; mais par un mystère d'iniquité ils disent Issu, Iod, Schin, Vau. Ils ne se contentent pas que leurs pères aient déployé toute leur rage, leur haine et leur fureur contre la Personne Sacrée du Messie, lors qu'il conversait parmi eux, il faut encore que leurs enfants soient les héritiers de leur malice, et qu'ils tâchent d'effacer, s'il leur était possible, de la mémoire des hommes, le nom de Iesus » (1,645).
Šyw ?
  • Dans le Sefer Yossipon (apocryphe de Flavius Josèphe composé par un juif italien au 10e s., le nom « Yéshou » subit une inversion de sa première et deuxième lettres (Šyw au lieu de Yšw), caractéristique de certaines pratiques magiques apotropaïques : cf. Jean-Pierre  Osier, L’Évangile du Ghetto. La légende juive de Jésus du IIe au Xe siècle (L’Autre Rive), Paris : Berg International, 1984, 131. Centré sur l'histoire du Second Temple, et accentuant la fierté nationale, non la dévotion religieuse, c'est le premier livre qui subvertit la description fameuse du Serviteur « comme un mouton à l'abattoir » (Is 53,7) pour s'opposer au martyre pacifique : Matityahu y est loué pour avoir dit : « — Soyez forts et soyons fortifiés et mourons en combattant et ne mourons pas comme les moutons conduits à l'abattoir » durant la révolte des Maccabées. 

En résumé, la graphie du nom « Jésus-Josué » a connu des évolutions successives, de cinq (Yhwš‘) à six (Yhwšw‘) lettres en hébreu, à cinq (Yhšw‘) à Qumrân, à quatre (Yšw‘), à trois (Yš‘) sous la plume de Bar Kochba ou par mutilation (Yšw) dans les écrits rabbiniques.

Un usage sacramental

Le nom de Jésus, qui est également l'Emmanuel « Dieu avec nous » (Mt 1,23), est gros de toute sa mission rédemptrice (→Autorité de Jésus durant son ministère).

Culte du nom de Jésus

Le nom de Jésus est inséparable de sa personne : →Nom (onoma, šēm). Le nom de « Jésus » se substitue au nom de Dieu « YHWH », et synthétise toute la foi chrétienne : Ac 5,41 ; 3Jn 7 emploient le mot « nom » seul pour désigner le Christ. Le nom de Jésus est le fondement et l’objet de la prédication chrétienne (Lc 24,47 ; Ac 8,12 ; 3Jn 7). Professer la foi revient à tenir ferme le nom de Jésus (Ap 2,13 ; 3,8). Les chrétiens sont identifiés comme ceux qui invoquent le nom (Ac 9,14.21 ; 22,16 ; 1Co 1,2 ; 2Tm 2,22) et sont appelés à souffrir pour son nom (Mt 10,22 ; 24,9 ; Ac 5,41 ; 21,13 ; 1P 4,14). Celui qui invoque ce nom, ­c'est-à-dire qui reconnaît Jésus comme Seigneur, ­sera sauvé (Jn 20,31 ; Ac 2,21 ; 4,12 ; Rm 10,9). À la résurrection (Intertextualité biblique Ac 2,36b), Jésus a reçu « le Nom au-dessus de tout nom » : le nom de « Seigneur » jusqu'alors réservé à Dieu (Ph 2,9-11). 

Dans le/Au/Par/Pour le nom [de Jésus]

La formule « dans le/au/par/pour le nom [de Jésus] » traduit la nouvelle économie du salut. Le baptême est réalisé « sur le nom de Jésus Christ » (Ac 2,38 epi tôᵢ onomati), ou « dans le/au nom de Jésus » (Ac 10,48 en tôᵢ onomati), ou encore « pour le nom de Jésus » (Ac 8,16 eis to onoma ; →Baptême). Chacune de ces expressions désigne un aspect particulier du rapport au nom, et donc au Christ.

  • Dans le premier cas, le nom apparaît comme le fondement de la vie chrétienne sur lequel elle prend appui.
  • Dans le deuxième, c’est la puissance libératrice du Christ qui est soulignée, dans/par lequel l'homme est libéré des puissances de la mort.
  • Dans le troisième, le nom est le terme vers lequel le baptême fait tendre le fidèle.

Bref, c’est le résumé de la prédication du salut : « car il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné parmi les hommes, par lequel (en hôᵢ) il nous faut être sauvés » (Ac 4,12 ; cf. Ac 2,21). Le pardon des péchés se réalise au nom de Jésus (Ac 10,43 ; 1Jn 2,12).  

L’épistolaire paulinien reprend cet usage du nom. Paul agit et parle au nom du Christ (Rm 1,5 ; 1Co 1,2.10). Toute la vie chrétienne est appelée à se réaliser « dans/par le nom (en onomati) du Seigneur Jésus » (Col 3,17), en lequel nous rendons grâce au Père (Ep 5,20).

Le nom de Jésus est puissant et sa prononciation est efficiente. Apôtres et disciples l’emploient comme s’il s’agissait de celui de Dieu (cf. Jn 1,12) : 

Balbutiements de christologie

Une théologie du nom de Jésus se repère dans la littérature produite au sein des premières communautés.

  • Déjà présente dans les Actes (Ac 4,12) et dans des écrits protochrétiens non canoniques (l’Évangile de Thomas, les Actes de Pierre), l’application de la théologie juive du nom divin s’explique par une intellectualisation de l’incarnation encore balbutiante. Jésus, après la résurrection, a une manière d'être divine, mais il n’est pas possible de l’appeler « Jésus est Dieu » dans la langue du NT (« Dieu » étant le nom personnel du Père). En l'absence de discours philosophique pour exprimer l'essence divine de Jésus, la théologie du nom établit une relation entre le Père et le Fils.
  • La reconnaissance de Jésus comme Dieu, commencée dans l’Évangile selon Jn, développe cette conviction (Jn 2,23 ; 3,18). 

Agissant comme une hypostase (proche de l'Esprit ou de la sagesse), le « nom » devient le support élémentaire pour concevoir l’incarnation de la transcendance divine (Mt 1,21 ; Lc 1,31 ; Jn 1,14). C’est ce phénomène que les christogrammes, et plus largement les nomina sacra, accompagnent en se faisant l’incarnation visuelle au sein de la Parole de questions christologiques.

Le « nom nouveau » de re-naissance (ou de résurrection, ou de gloire)  

Existence de ce nom

Beaucoup de héros des Écritures, lorsqu'ils reçoivent leur vocation ou entrent dans une étape décisive de sa réalisation, reçoivent un nouveau nom. Il en va de même pour Jésus : entré dans la gloire par sa résurrection, il reçoit (en héritage) un Nom au-dessus de tout nom. 

  • Ph 2,9-10 et He 1,4 assurent que ce nom est au-dessus de tout nom (Ep 1,21 invite à comprendre « au-dessus de tout être »).
  • Le nom Kurios « Seigneur » (qui paraphrase le nom de YHWH dans G) pour Jésus semble indiquer qu’il est sur le même plan que Dieu (Is 42,8). 
  • Ap 2,17 ; 3,12 ; 19,16 évoque son nom nouveau, connu de lui seul et de son Père, marquant avec celui du Père le front des élus (Ap 14,1).  
Réticence à dévoiler le nom

L'Écriture fait une équivalence entre nom, gloire et présence et, du coup, Dieu semble souvent réticent à le révéler (Gn 32,30 ; Jg 13,17-18).  

Progressif dévoilement ?

Dans la continuité du littéralisme juif antique, la tradition chrétienne s'est efforcée de mettre à jour ce nouveau nom. La lignée origénienne semble avoir connu le tétragramme enrichi du shin : YHŠWH (YeHoŠWaH) (Évagre le Pontique, In ΠΙΠΙ, dans Jérôme, Graeca fragmenta libri nominum hebraicorum, PL 23,1275-1280). Ce shin est parfois rapproché du double shin (l'un à trois branches, à droite ; l'autre à quatre branches, à gauche) sur les tefillin liés au front des Juifs priants. Attachée au siège corporel de la pensée même, la lettre pourrait ainsi désigner la nature humaine. Son insertion dans le tétragramme renverrait à la glorification de la nature humaine du Fils par le Père et dans l'Esprit (Jn 17,1-2). 

À la Renaissance, le pentagramme apparaît dans diverses œuvres d'art. Il est théorisé par l'humaniste Jean Reuchlin, encouragé par le pape Léon X :

  • Jean Reuchlin, De Verbo mirifico, Bâle : Johannes Amerbach, 1494 ; repris en De arte cabalistica libri tres, Hagenau : Thomas Anselm, 1517.

Par rapport au nom YHŠW‘ (cf. 4Q22), la forme YHŠWH a remplacé la lettre ‘ayin (signifiant « œil », dont il est originairement le signe pictographique) finale par la seconde lettre du tétragramme (), comme en écho de l'annonce de l'invisibilité du Christ glorifié (Jn 16,16). 

Domenikos Theotokópoulos, dit : El Greco (1541-1614), Adoration du Saint Nom de Jésus, (huile sur toile, 1577-79), 140 × 110 cm

Monasterio de El Escorial, Madrid © Domaine public→

Également connue comme La Gloria , Le Rêve de Philippe II ou Allégorie de la Sainte Ligue, la composition représente, en écho terrestre aux anges et aux saints adorateurs du Nom au Ciel, sur la terre le roi Philippe II d'Espagne, probable commanditaire de la peinture, le pape saint Pie V et le doge Sebastiano Venier, tous trois fondateurs de la Sainte Ligue, ainsi que Don Jean d'Autriche, vainqueur de la bataille de Lépante. En bas à droite s'ouvre la bouche de l'enfer en forme de Léviathan, influencée par Jérôme Bosch. Le chromatisme reflète aussi une certaine influence de Michel-Ange sur le Gréco.

Quelques échos dans le Catéchisme

Le Catéchisme de l'Église Catholique voit dans le nom de Jésus la possibilité désormais de donner un nom à Dieu comme conséquence de l'Incarnation.

  • CEC 2812 : "Finalement, c’est en Jésus que le Nom du Dieu Saint nous est révélé et donné, dans la chair, comme Sauveur (cf. Mt 1,21 ; Lc 1,31) : révélé par ce qu’il Est, par sa Parole et par son Sacrifice (cf. Jn 8,28 ; 17,8 ; 17,17-19). C’est le cœur de sa prière sacerdotale : " Père saint ... pour eux je me consacre moi-même, afin qu’ils soient eux aussi consacrés en vérité " (Jn 17,19). C’est parce qu’il " sanctifie " lui-même son Nom (cf. Ez 20,39 ; 36,20-21) que Jésus nous " manifeste " le Nom du Père (Jn 17,6). Au terme de sa Pâque, le Père lui donne alors le Nom qui est au-dessus de tout nom : Jésus est Seigneur à la gloire de Dieu le Père (cf. Ph 2,9-11)."

L'invocation du nom de Jésus appelle sur celui qui prie toute la puissance divine de salut : 

  • CEC 2666 : "Mais le Nom qui contient tout est celui que le Fils de Dieu reçoit dans son Incarnation : JÉSUS. Le Nom divin est indicible par les lèvres humaines (cf. Ex 3,14 ; 33,19-23), mais en assumant notre humanité le Verbe de Dieu nous le livre et nous pouvons l’invoquer : " Jésus ", " YHWH sauve " (cf. Mt 1,21). Le Nom de Jésus contient tout : Dieu et l’homme et toute l’Economie de la création et du salut. Prier " Jésus ", c’est l’invoquer, l’appeler en nous. Son Nom est le seul qui contient la Présence qu’il signifie. Jésus est Ressuscité, et quiconque invoque son Nom accueille le Fils de Dieu qui l’a aimé et s’est livré pour lui (cf. Rm 10,13 ; Ac 2,21 ; 3,15-16 ; Ga 2,20)."