La Bible en ses Traditions

Philippiens 3,9

Byz V S TR Nes

9 et d'être trouvé en lui n'ayant pas ma justice, celle de la Loi,

mais celle de la foi en Christ,

qui est Dieu, Byz V TR Nesla justice dans la foi,

9 Justice par la foi Rm 1,17 ; 3,21-22 ; 9,30 ; Ga 2,16

Propositions de lecture

3,1–4,1 Structure

  • transition épistolaire (v.1)
  • exhortation négative à se garder des adversaires et sa justification (v.2-4a)
  • éloge de Paul par lui-même (v.4b-14)
  • conclusion exhortative pour une juste attitude de →Communion (v.15-16)
  • exhortation positive à imiter Paul et ses deux justifications (v.17-21)
  • conclusion (4,1)

3,1–4,1 Thèmes

Texte

Grammaire

9b en Christ = gén. objectif plutôt que « la foi du Christ » (gén. subjectif), étant donné qu’en v.7-11 le Christ n’est pas le sujet actif, mais l’objet de la connaissance de Paul.

Procédés littéraires

7–11 Amplification des termes et des images pour souligner la différence avec la situation présentée dans les v.4b-6 (Textes anciens Ph 3,4b–14).

Genres littéraires

3,1–4,1 Exemplum Tout ce passage oppose le mauvais exemple des adversaires au bon exemple de Paul et des croyants.

4b–14 Périautologie L'auteur fait son propre éloge. En Ph 3, il est composé de trois étapes :

  • son éloge dans la chair (identité ethnique et religieuse) (v.4b-6) ;
  • le même mais, inversé, dans le Christ (nouvelle identité dans le Christ) (v.7-11) ;
  • enfin celui chrétien, atténué (identité chrétienne en devenir) (v.12-14) (Textes anciens Ph 3,12ss).

Il a aussi une finalité exemplaire (v.17 : Textes anciens Ph 3,17a). Souvent la responsabilité en est imputée aux adversaires (v.2.18-19) et on mêle son propre éloge à celui des auditeurs (v.3.15.20 : Textes anciens Ph 3,3a.15a.20a).

Contexte

Textes anciens

4b–14 Nouvelle compréhension de soi selon le stoïcisme Lorsque, grâce à la connaissance de la Raison inhérente à toute la réalité, le sage fait l’expérience du Bien, il accède à une conscience plus haute :

  • →Cicéron Fin. 3,21 « Il a observé, dans ce que doit réaliser sa conduite, l’existence d’un ordre et, pour ainsi dire, d’une harmonie, cette harmonie lui paraît avoir beaucoup plus de prix que les objets premiers de sa dilection : et de tout ce que la connaissance réfléchie et la raison lui ont permis de recueillir, il conclut que c’est là que réside le souverain bien de l’homme, ce bien qu’il faut estimer et rechercher pour lui-même. »

Littérature péritestamentaire

9s Justice et connaissance de Dieu

  • →1QS 10,11-12 « Et à Dieu je dirai : 'ma justice' et au Très-Haut : 'fondation de mon bonheur, source de connaissance'. »

Réception

Tradition chrétienne

9a justice + de la Loi — Justice légale, vertueuse ou non

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « La justice est parfois prise comme une vertu spéciale, par laquelle l’homme met de la rectitude dans les choses qui relèvent de la vie commune de la société, et selon quoi elle donne une direction dans ces domaines. [Ainsi...] est dite justice la vertu générale, selon laquelle l’homme observe la Loi à cause du bien commun, et elle est souvent utilisée en ce sens dans la sainte Écriture pour désigner l’observance de la loi divine, comme dans Ps 119,121 'J’ai été équitable dans mes jugements, et j’ai fait justice', c’est-à-dire la Loi, qu’il observait par amour, comme un mouvement venant de lui-même : et telle est la vertu. Mais ce n’est pas le cas si c’est fait d’une autre façon, c’est-à-dire par une cause extérieure, par exemple pour le gain ou à cause des châtiments, et si l’observance déplaît. »

Arts visuels

1–21 qui transfigurera le corps de notre humiliation Ce que Dieu peut

Ressusciter la chair

Dans une vallée aride et sombre se presse une humanité souffrante : hommes, femmes et enfants, jeunes et vieilards, pauvres, rois et clercs traînent péniblement un « corps de misère » abîmé par la douleur.   

Un chemin escarpé mène au Christ, source de lumière. Vêtu d'une tunique blanche resplendissante, portant sa croix d'une main et appelant à lui l'humanité de l'autre, il apparaît dans un « corps de gloire » vainqueur de la mort. Au-dessus de lui, une arche de lumière le désigne comme médiateur d'une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes. 

Gustave Doré (1832-1883), La Vallée de larmes (huile sur toile, 1883), 413,5 x 627 cm

Petit Palais, Paris (France) © Domaine public→

4b–14 Autoportait de Paul L'allusion au « modèle » de Paul (Ph 3,17) peut fournir l’occasion de faire un bilan sur l’image de Paul dans l’art chrétien antique. 

Naissance du portrait de Paul dans l'art antique

Quand Paul, au retour de son troisième voyage, fait ses adieux aux Anciens d’Asie qu’il avait appelés auprès de lui, il leur dit ces paroles : « Et maintenant, voici que, je le sais, vous ne reverrez plus mon visage, vous tous au milieu de qui j’ai passé en proclamant le Royaume ». Tous alors éclatèrent en sanglots et se jetèrent à son cou « affligés surtout de la parole où il avait dit : qu’ils ne devaient plus revoir son visage » (Ac 20,25.38). Quel était ce visage qu’ont vu les Anciens d’Asie, quel était son aspect physique ?

Éléments bibliques : petite taille et calvitie ?

On ne peut tirer aucun élément de réponse des Actes des apôtres ou des lettres mêmes de l’Apôtre, sinon une indication brève mais décisive dans la seconde lettre aux Corinthiens, lorsque Paul rapporte une phrase qui circulait à Corinthe à son propos :

  • 2Co 10,10 « Les lettres, dit-on, sont énergiques et sévères ; mais, quand il est là, c’est un corps chétif, et sa parole est nulle. »

Ce contraste décisif entre la faiblesse de l’aspect physique de l’Apôtre et sa force spirituelle réapparaît dans le célèbre « portrait » tracé dans les Actes de Paul et Thècle, à la fin du 2e s. : Onésiphore, un fidèle d’Iconium, va à la rencontre de Paul sur la Via Augusta qui relie Éphèse à Lystres ; ne le connaissant pas « physiquement mais seulement spirituellement », il se fie à la description que lui en avait faite le disciple Tite, et finalement il le reconnaît :

  • Ac. Paul Thècle 2,3 (dans →Ac. Paul) « C’était un homme de petite taille, la tête chauve, les jambes arquées, le corps bien formé, les sourcils joints, le nez quelque peu saillant, mais [un homme] plein d’amabilité. Parfois, en fait, il avait la ressemblance d’un homme, d’autrefois son visage était celui d’un ange. »
  • Philopatris, un écrit transmis sous le nom de Lucien de Samosate (seconde moitié du 2e s.), confirme aussi l’image de la calvitie et du nez aquilin, mais l’ouvrage est dorénavant considéré comme apocryphe dans le catalogue de cet auteur et il est attribué à un anonyme constantinopolitain de l’époque d’Héraclée (610-641), voire de Nicéphore II Phocas (963-969).

La référence à la calvitie – un élément de base du « portrait » de Paul des apocryphes et de l’iconographie chrétienne – tire peut‐être son origine, même si c’est de manière contradictoire, de l’épisode raconté encore dans les Actes, où il est dit qu'« à Cenchrées [dans le Péloponnèse, durant le second voyage] il s’était fait couper les cheveux à cause d’un vœu qu’il avait fait » (Ac 18,18).

Éléments non bibliques

Les autres éléments du portrait semblent tirés du type iconographique gréco-romain du philosophe (→Marrou 1964 ; →Zanker 1997 ; →Giannitrapani 2000). Paul, le penseur chrétien par excellence, dont les lettres sont retenues dans le canon NT en même temps qu’étaient produits les apocryphes cités, jouissait d’une réputation immense même dans les milieux syncrétistes et nous savons que ses portraits étaient vénérés dans ces milieux parmi les effigies de Pythagore, Platon et Aristote.

  • Les « jambes arquées » et les « sourcils joints » sont attribués aussi à Socrate.
  • L’attribut le plus important, typiquement philosophique, avec la calvitie, est la barbe, jamais citée dans les sources anciennes ; elle rapproche son « visage » de celui des philosophes.
Le modèle de Plotin ?

Sans que l’on connaisse avec certitude aucun portrait de Plotin (→Fischer-Bossert 2001) on peut parler d’un « type Plotin » avec une sensibilité, un état d’âme, une tension bien particuliers, qui – au même titre que l’« orant » ou le « penseur » –  servira à « typifier » les portraits de gens ordinaires de l’époque où se fixe celui de Paul.

C’est ce type, sans doute plus qu’aucun souvenir de ressemblance exacte (→Bisconti 2009, 164), qui apparaît dans les premiers portraits de Paul. Ce rapprochement des visages avec le père du néoplatonisme, n’est peut-être pas le fait du hasard, cet homme de grande stature morale et spirituelle qui, dans ses Ennéades, prêche la doctrine de l’Un qui existe « avant tout ce qui existe » :

  • →Plotin Enn. 5,3 « l’Un ne peut être l’une des choses auxquelles il est antérieur : c’est pourquoi tu ne pourras le nommer Intelligence. Tu ne le nommeras pas non plus Bien, si Bien voulait désigner une chose parmi les autres. Mais si Bien indique Celui qui existe antérieurement à toutes les choses, alors qu'on l'appelle ainsi. »

À ces concepts, il lie des thèmes comme celui de la Providence, de l’ascèse mystique de l’âme dans son retour à l’Un, auxquels les Pères de l’Église puisèrent à plus d’une occasion, en particulier durant le 3e s., lorsque Plotin vit et prêche entre l’Orient et Rome, à l’époque où s’élabora le portrait de Paul (→Testini 1969a, 64-65). 

Premiers témoins de Paul seul

Ces traits iconographiques de Paul (comme par ailleurs ceux de Pierre) se sont affirmés graduellement. Pendant la première moitié du 4e s., ils se confondent et alternent :

  • médailles dévotionnelles, inscriptions figuratives (→Utro 2009, 195, 199 nos 66, 70).
  • sarcophage à colonnes avec la maiestas Domini du musée Pio Cristiano : apparence de l’Apôtre dans la scène de la decollatio (inv. 31429, →Deichmann 1967, 54s no 57 tab. 18 ; →Utro 2009, 189-190 no 62).

Dès la seconde moitié du 4e s., à l’époque de Damase, les traits sont fixés sur le visage « plotinien » :

Les peintures funéraires présentent quelques-uns des plus beaux exemples du visage de Paul dans l’Antiquité chrétienne (→Mazzei 2009, 181-185 nos 53-57) :

  • Cimetière de sainte Thècle, proche du sanctuaire paulinien de la Via Ostiense, « chambre des Apôtres » : portrait de Paul→, isolé sur un bouclier, avec celui de Pierre et de deux autres Apôtres, démontre la persistance d’une iconographie nettement « plotinienne » à la fin du 2e s. (→Mazzei 2010, tab. 42).
Paul comme pendant à Pierre dans le collège des Apôtres 

L’image de Paul se développe aussi à l’intérieur du Collège apostolique aux côtés du Christ et faisant pendant à Pierre. L’insertion de Paul dans le Collège apostolique est sans fondement dans la mémoire historique sur la vie de Jésus, ni dans celle des débuts de son mouvement si l’on songe à l’élection de Matthias en remplacement de Juda, en Ac 1. Elle manifeste l’accueil positif de  l’autoproclamation de Paul comme « apôtre par vocation » (Rm 1,1), « apôtre de Jésus-Christ par volonté de Dieu » (1Co 1,1). Un intéressant répertoire iconographique de l’évolution du collège apostolique peut être repéré parmi les peintures du cimetière de Domitille (→Nestori 1993, nos 33, 39, 47, 18, 74).

Ce schéma iconographique se développe en même temps que d’autres typologies dans lesquelles figurent soit Pierre soit Paul : il apparaît au 3e s., et évolue tout au long du 4e s., sur les peintures funéraires.

Au 3e s., il n’y pas de différences iconographiques entre les Apôtres, mais petit à petit Pierre et Paul apparaissent comme chefs de file des deux groupes de six qui normalement entourent le Christ avec des caractéristiques physionomiques qui peu à peu vont s’affirmer.

À la fin du 4e s., on retrouve les deux Apôtres sur les sarcophages « aux portes de la cité » : sarcophages de l’Anastasis ; sarcophages « à étoiles et couronnes » : 

  • sarcophage milanais de Stilicone à Saint-Ambroise (→Dresken-Weiland 1998, 56-58 no 150 tab. 59-61) ;
  • sarcophage du musée Pio Cristiano, représentant le Collège entourant le Bon Pasteur, ca. 375-400 (fig. 4 Invent. 31534, →Deichmann 1967, 27-28 no 30 tab. 10 ; →Utro 2009, 192-194 no 64) ;
  • mosaïques comme à Sainte-Pudentienne (→Andaloro 2006, 114, 124).

Le Christ entre Pierre et Paul : attributs de Paul

La composition ternaire du Christ en majesté enseignant entre les deux Apôtres à l'origine de l'Église de Rome, au plan iconographique, est à l’évidence une réduction du Collège apostolique :

  • fragment de couvercle d’un sarcophage du Musée Pio Cristiano (inv. 31456), d’époque théodosienne (→Dresken-Weiland 1998, 28 no 89 ; →Utro 2009, 186-187 no 59).

Elle aboutit à l'invention de plusieurs attributs iconographiques de Paul.

Traditio legis

On retrouve le trio dans certaines scènes apocalyptiques parmi lesquelles se distingue la scène de la traditio legis :

  • sarcophage avec la maiestas Domini du Musée Pio Cristiano (inv. 31429, →Deichmann 1967, 54-55 no 57 tab. 18 ; →Utro 2009, 189-190 no 62).

Il existe une intéressante variante avec la remise du rouleau de la Loi nouvelle à Paul (habituellement c’est Pierre qui le reçoit) dans quelques exemples d'un milieu d'influence orientale :

  • sarcophage des « douze Apôtres » de Ravenne (→Dresken-Weiland 1998, 119 no 381 tab. 110-111) ;
  • situla – seau d’usage liturgique – avec la traditio legis faite à Paul, fin du 4e-première moitié du 5e s.,  Musées du Vatican (Musée chrétien de Benoît XIV, inv. 60846, →Goffredo 2000, 218 no 75 ; dessin par →Garrucci 1880, tab. 426).
L'épée

Au cimetière ad decimum près de Grottaferrata (Pennesi 2006), Paul tient pour la première fois l’épée, attribut de son martyre (et peut‐être aussi allusion à l’« épée de l’Esprit, c’est‐à-dire de la Parole de Dieu » [Ep 6,17], véritable arme du chrétien, selon l’Apôtre).

  • Elle apparaît encore sur la mosaïque de l’arc triomphal de la basilique de la Via Ostiense du temps de Léon le Grand, malheureusement refaite au 19e s. (→Solimine et Bordi 2006) ;
  • sur une lampe à huile africaine de Akhmîn-Panopolis du 5e ou 6e s., aujourd’hui au Musée de Cologne (→Testini 1969b, 307 no 103).

Elle est désormais consacrée comme attribut canonique de l’iconographie paulinienne. Le portrait de Paul est fixé et se transmettra sans changement jusqu’à nos jours.