La Bible en ses Traditions

Psaumes 139,8

M
G S
V

Si je monte au ciel, tu es là

si je me couche au shéol, te voilà !

...

Si je monte au ciel, tu y es

si je descends vers l'enfer t'y voici !

7–10 Nul ne peut se cacher de Dieu Jr 23,23-24 ; Am 9,2-3 Dieu inatteignable Jb 11,8-9 ; 23,8-9 8 Même le shéol est devant Dieu Pr 15,11

Propositions de lecture

8 enfer V = les régions inférieures

Réception

Histoire des traductions

8 Dieu présent aux cieux et au séjour des morts

  • Lévinas Sacré  "Si j'escalade les cieux, tu es là. Si je fais du séjour des morts ma couche, te voici encore" (131).

Philosophie

1–14 Investi par Dieu et responsable de l'autre 

  • Lévinas Sacré "[...] l'humanité de l'homme serait la fin de l'intériorité, la fin du sujet. Tout est ouvert. Je suis partout traversé par le regard, touché par la main. On comprend dès lors que Jonas n'ait pas pu échapper à sa mission. Voilà ce qui signifie le fait d'avoir deux visages. Avec un seul visage, j'ai un occiput où s'accumulent mes arrière-pensées et mes réserves mentales. Refuge où toute ma pensée peut tenir. Et voici, à la place de l'occiput, un deuxième visage ! Tout est exposé, tout en moi fait face et doit répondre. Je ne peux même pas, par le péché, me séparer de ce Dieu qui me regarde et me touche. Le Mal, ultime recours de la rupture, ultime repli de l'athéisme, n'est pas une rupture : le psaume 139 nous dit que ce repli est sans défense. Dieu traverse les ténèbres du péché. Il ne vous lâche pas ou vous rattrape. Vous êtes toujours à découvert ! Mais vous êtes dans ce psaume d'allégresse découvert dans la joie ; c'est l'exaltation de la proximité divine que chante ce psaume : une exposition sans coin d'ombre. [...] Que signifie cette façon d'être investi par Dieu, sinon l'image même qui lui sert d'allégorie ? Être sous le regard sans sommeil de Dieu, c'est précisément, dans son unité, être porteur d'un autre sujet — porteur et supporteur —, être responsable de cet autre, comme si le visage, pourtant invisible, de l'autre prolongeait le mien et me tenait en éveil de par son invisibilité même, de par l'imprévisible dont il menace. Unité du sujet un et irremplaçable dans l'assignation irrécusable à la responsabilité pour cet autre — plus proche que toute proximité et pourtant inconnu. Manière essentielle pour l'être humain d'être exposé jusqu'à y perdre la peau qui le protège, peau devenue tout entière visage, comme si, noyauté autour de soi, un être subissait une dénucléation et, se dénoyautant, était 'pour l'autre' avant tout dialogue ! Ce n'est pas dans un dialogue qu'à tel point l'humain s'exposerait. Il faut cette tête à deux visages. Tête humaine, singulière dans son unité sans synthèse et sans synchronie, où s'inscrit ma responsabilité pour l'autre, sans que moi et l'autre nous formions — en nous reconnaissant mutuellement l'un dans les yeux de l'autre — une corrélation des termes, d'emblée réciproquables" (132-133).

1–10 Élection de celui qui vit en présence de Dieu

  • Lévinas Sacré "Toujours la main de Dieu me saisit et me guide. Il est impossible d'échapper à Dieu, ne pas être présent sous son regard sans sommeil. Regard, qui n'est pas ressenti comme un malheur, contrairement à l'effroi qu'en éprouve la Phèdre de Racine : [...]. Ici, certes, la présence de Dieu signifie : être assiégé par Dieu ou obsédé par Dieu. Obsession ressentie comme une élection" (Philosophie Ps 139,1–14) (131).

Arts visuels

1–10.24 L'homme guidé par Dieu

Renaissance italienne, 15e s.

Filippino Lippi (1457-1504), Tobie et l'ange, (huile et tempera sur panneau, ca. 1475-1480), 32,7 × 23,5 cm

National Gallery of Art, Washington, domaine public © Wikimedia commons→, Tb 6

7–12 Le Christ descend jusqu'aux Enfers

15e s.

Fra Angelico (ca. 1395-1455), Le Christ aux Enfers, (fresque, 1441-1442), 183 x 166 cm

cellule 31, Couvent San Marco, Florence, Domaine public © Wikimedia commons→, Ps 139

Tradition juive

1–24 Toi

  • Buber Récits « L'hymne que le Rabbi de Berditshev aimait particulièrement à chanter le voici : "Où que j'aille : c'est Toi ! / Où que je sois : c'est Toi ! / Seulement Toi, rien que Toi, toujours Toi / Toi ! Toi ! -- Tout va-t-il bien ? C'est Toi ! / Suis-je en douleur ? C'est Toi ! / Seulement Toi, rien que Toi, toujours Toi / Toi ! Toi ! -- Le ciel : c'est Toi ; la terre : Toi ! / En-haut, c'est Toi ! En-bas, c'est Toi, / Où que ce soit que je me tourne, / Au bout de tout, c'est Toi / Seulement Toi, rien que Toi, toujours Toi / Toi ! Toi ! » (300).

Comparaison des versions

8 V—IUXTA HEBR.

  • Si je monte au ciel, tu es là | si je me couche en enfer, tu y es présent !

Arts visuels

7–12 Omniscience du Créateur

Peinture contemporaine

Roberto Mangú Quesada (1948-), El de Dios, (huile sur papier, 2003), 21 x 30 cm

Coll. part., D.R. R.M→. © BEST a.i.s.b.l.

 Ps 36,10 ; Ps 44,22 ; Ps 139,7-12 ; Am 9,2-3 ; Jr 23,23-24 ; Dn 2,22 ; Jb 12,22 ; Jb 31,4 ; He 4,13

Le peintre lui-même cite le verset suivant comme l'inspiration de cet œil étonnant : « Él es quién revela lo profundo y lo escondido; conoce lo que está en tinieblas, y la luz mora con ÉL » (Dn 2,22). Cette nuit dans la lumière, cette profondeur dans la surface, en une petite peinture, captent un fragment de l'omniscience divine.