Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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4 Il n’en est pas ainsi des impies
ils sont comme la paille que le vent emporte.
4 ...
4 Pas comme ça les impies ÷pas comme ça:
mais comme la poussière que projette le vent ÷depuis la face de la terre:
5 Ainsi
SCar ceci : les méchants ne se relèveront pas au jugement
ni les pécheurs au rassemblement
Sà l'assemblée des justes
5 C’est pourquoi les impies ne se relèveront pas au jugement
ni les pécheurs au conseil des justes
5 voilà pourquoi les impies ne ressusciteront pas au jugement
ni les pécheurs au conseil des justes
6 car YHWH
Vpuisque le Seigneur connaît la voie des justes
et le chemin des pécheurs mène à la ruine.
Vla route des impies s'en ira.
6 ...
4 ÷pas comme ça: + « ÷à la face de la terre: » Bible latine : obèles (et astérisques) On appelle « obèle » le petit signe ÷ . Il a une grande importance dans l'histoire de la constitution et de la transmission des bibles que nous lisons aujourd'hui. En transmettant la bible latine (→Recensions), en effet, →Origène ou saint Jérôme ne voulurent pas livrer un texte prêt-à-lire. Ils choisirent de montrer les « coutures » de la Bible en cours d'élaboration, pour inviter les lecteurs à accueillir le texte sacré dans toute son effervescente interactivité.
Outre la division même du texte en →cola et commata et les →titres et didascalies qu’il interpole dans certains livres, Jérôme souligne cette effervescence du texte biblique d'une version à l'autre, par des signes typographiques devenus fameux : les « astérisques » et « obèles ».
Un obèle pointé
Dans les manuscrits anciens l'obèle simple (—) signale une interpolation, une répétition ou une erreur dans un manuscrit ancien.
L’obèle pointé (÷) signale l'incertitude sur le fait de laisser ou retirer le passage qui suit.
Dans l’érudition alexandrine, ces signes furent d'abord utilisés pour l'édition critique des textes grecs. Ils revêtirent ensuite des formes et des fonctions diverses dans les papyri littéraires grecs et latins en Égypte, aux époques romaine et byzantine.
Papyrus d'Oxyrhynque III,445 (détail), (encre sur papyrus, 2e-3e s. présentant Iliade VI,121-148,173-199,445-529) Brit.Libr. 1190, British Library, Londres © Domaine public
L’astérisque est l’un des sept signes critiques utilisés par (ca 216-145) pour éditer Homère. Placé dans la marge, il signale un vers authentique incorrectement inséré ailleurs dans l’œuvre d’Homère. Les astérisques de ce papyrus illustrent cet usage : les vers 490-493 du chant z de l’Iliade y apparaisent placés à tort dans les chants α et θ de l’Odyssée. Sur le papyrus, manque le quatrième astérisque (pour Z 493).
Quand il embrasse l'idéal d'une veritas hebraica à partir de 390, Jérôme s’inspire d’Origène :
Origène lui-même s’en expliquait ainsi :
Pour Jérôme comme pour Origène, ces signes sont d’abord les instruments de la recherche d'une plus grande proximité avec le texte hébraïque dont ils disposent :
L' astérisque ※ signale un passage oublié par la version grecque courante, mais qui existe dans l’hébreu et les autres versions.
L'obèle ÷ signale un passage ajouté dans la version grecque, mais qui n’apparaît pas dans l'hébreu.
Quand c’est un verset, un colon ou un comma entiers qui sont concernés, l’astérisque ou l’obèle est simplement placé au début de la ligne ; lorsque le manque ou l’ajout concerne seulement un mot ou un groupe de mots, Jérôme marque la fin de ce groupe par les deux points : « : ». Cela peut prêter à confusion en langue française, où ce signe de ponctuation existe déjà — mais l'usage des deux points est suffisamment polysémique pour qu’on puisse lui ajouter aussi cette fonction, ont déterminé les auteurs de la présente traduction.
Jérôme lui-même explique le système dans sa préface à sa révision du Psautier de la Septante :
Vers 386-389, saint Jérôme recommande à ses chères Paula et Eustochion, grandes matrones romaines devenues ses disciples, d’y être particulièrement attentives dans les livres de Salomon qu’il vient de restaurer :
On a le droit de ne pas trouver ce système très facile à comprendre. Le grand saint Augustin lui-même s’est attiré des sarcasmes de saint Jérôme à cause de ses questions « idiotes » à ce sujet. Le moine de Bethléem reproche à l’évêque d’Hippone, qui ne l’encourageait pas suffisamment dans son travail, de … « sembler ne pas comprendre sa propre question » :
Des millions d’amateurs de bande dessine connaissent ces mots par les célébrissimes héros de Goscinny. Remplacez la terminaison –isque par –ix, en hommage rimé au chef gaulois Vercingétorix, et vous obtenez « Astérix » ; faites opération semblable avec l’obèle et vous obtenez « Obélix ».
, Astérix et Obélix (et Idéfix), (Image numérique, 2009, Vecteur créé pour un article célébrant le 50e anniversaire de la création des héros (Pilote 1, 29 octobre 1959, p.20) © CC→
Quand on prend l’hébreu comme point de référence, dans la version grecque l’astérisque signale un moins, et l’obèle un plus. On comprend donc que leurs noms, « gallicisés », désignent respectivement un petit et un grand (non, on ne dit pas gros !) personnages.
« Obélix » vient d’abord de cet obélisque typographique, mais cela n’empêche pas de remarquer que l'imposant monument égyptien qu’on appelle obélisque aussi (il y en a un place de la Concorde), ainsi que le menhir, son avatar gaulois dont Obélix fait justement commerce, conviennent à la carrure du Gaulois roux !
Loin d’être une coïncidence, le choix de ces noms constituerait un hommage à la mémoire du grand-père de Goscinny, imprimeur-typographe. Tout comme les deux amis Astérix et Obélix, l’astérisque et l’obèle sont étroitement liés par leur usage jusqu’à aujourd’hui :
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Pour aller plus loin : Gabriel Nocchi et Maria Chiara (dir.), Signes dans les textes, textes sur les signes, « Papyrologica Leodiensia 6 », Liège : Presses universitaires de Liège, 2017 — Frederick , Origenis Hexaplorum, Oxford : Clarendon Press, 1875, t.1, LXI-LXIII — Robert , Introduction à l'étude des manuscrits grecs, Paris : Klincksieck, 1954, 73-75.
4 V—IUXTA HEBR.
Il n’en est pas ainsi des impies | ils sont comme la poussière que le vent emporte.
1–6 L'homme juste et l'arbre. L'homme juste est comparé à un arbre dans ce psaume. Cette comparaison a été diversement interprétée dans les arts visuels.
(1783-1869), Saint Louis rendant justice sous le chêne de Vincennes, huile sur toile, 1826, 320 x 260 cm
Château de Versailles
Domaine public © Wikicommons→
Le chêne suffit ici à traduire la vertu du roi Louis IX : le corps du monarque prolonge visuellement le tronc de l'arbre. Le peintre souligne ainsi la vertu affermie du roi, gage d'une justice droite.
L'homme juste a aussi été représenté sous la forme d'un arbre : le comparé et le comparant ne forment plus qu'un !
Le peintre Roberto a lu Mc 8,24 et le rapprochement ne lui a pas échappé, pour un résultat saisissant :
Roberto Quesada (1948-), Grand Vivant, huile sur toile, 2019, 180 x 130 cm
Coll. de l'artiste, D.R. R.M.→ © BEST a.i.s.b.l., Ps 1 ; Mc 8,24
« Heureux l’Homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants... il est comme un arbre planté à la rupture des eaux ». Ps 1 « J’aperçois les hommes, mais j’en vois comme des arbres et qui marchent » (Mc 8,24)
1–6 Heureux l'homme Deux racines, un seul arbre : Silvestrov et Rachmaninov face au Psaume 1 Le Psaume 1 est le seuil du Psautier tout entier — une béatitude qui ouvre, avant tout cri et toute lamentation, sur l'image de l'homme enraciné : « il sera comme le bois qui fut planté près d'un cours d'eau ».
Silvestrov compose une pièce d'une brièveté saisissante — à peine trois minutes — où chaque accord semble peser son propre silence. Les voix ne proclament pas la béatitude : elles la déposent, doucement, comme une évidence qui n'a pas besoin d'être démontrée. Il n'y a ni ornement ni emphase — seulement cette ligne chorale unie, lumineuse, qui avance avec la certitude tranquille de celui dont « le feuillage ne pendillera pas ». Dans l'univers de Silvestrov, la béatitude n'est pas un éclat — c'est une profondeur, celle de la racine invisible qui tient l'arbre debout quand tout vacille autour de lui.
Valentin (1937-...), Blessed Is He (Psaume 1), 2006-2008
Mykola Hobdych (dir.), Kiev Chamber Choir, Album: Sacred Songs (2008)
Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.
Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.
Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.
Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :
Valentin (1937-...), Psaumes 1 & 27 à la cathédrale Notre-Dame de Rouen, 2006-2008
Mykola Hobdych (dir.), Kiev Chamber Choir, enregistrement de Constantin Sigov (25/03/26), saison culturelle « Voyage en Ukraine »
Sergueï Rachmaninov (1873-1943) compose sa Vigile de toute la nuit en 1915, en deux semaines à peine — comme si l'œuvre était déjà là, attendant d'être transcrite. Ce monument de la musique chorale orthodoxe russe, entièrement a cappella, puise dans les traditions du chant znamenny et du chant grec pour forger une langue sonore d'une densité spirituelle rare.
Le troisième mouvement, Blessed is the Man, met en musique le Psaume 1 dans une alternance entre le soliste basse — voix grave et souveraine, presque venue des profondeurs de la terre — et le chœur qui lui répond par un Alléluia lumineux et répété, comme un écho qui n'en finit pas de résonner.
Là où Silvestrov dépose la béatitude dans le silence, Rachmaninov l'ancre dans le sol : cette basse qui ouvre le psaume est l'arbre lui-même, massif, enraciné, inébranlable. La béatitude, ici, ne murmure pas — elle s'affirme, portée par la plénitude d'une voix qui sait ce qu'elle porte.
Sergei (1873-1943), All-Night Vigil (Vespers), Op.37 III. Blessed is the Man (Psalm 1), 1915
Valeri Polyansky, USSR Ministry of Culture Chamber Choir
Serge est un compositeur, pianiste et chef d'orchestre russe, naturalisé américain. Son œuvre est d'un romantisme hérité de ses maîtres — Frédéric Chopin, Tchaïkovski et Rimski-Korsakov — et reste indifférente à l'évolution de son époque. Il est notamment connu pour ses célèbres concertos pour piano numéro 2 et 3, et son poème symphonique L'île des morts et sa Rhapsodie sur un thème de Paganini. Il a laissé plusieurs enregistrements de ses propres œuvres.
Son style est également très influencé par les chants russes de la religion orthodoxe. Une grande partie de son matériau thématique (pour la composition de ses mélodies) est inspiré de ces chants. Les Vêpres est une composition a cappella pour chœur mixte écrite et créée en 1915. Elle consiste en un groupe de textes extraits de la cérémonie des Vigiles nocturnes de l'Église orthodoxe. On en a dit que c'était la composition la plus profonde de Rachmaninov et « l'une des plus grandes réalisations musicales pour l'Église orthodoxe russe ». C'était une de ses deux compositions favorites avec Les Cloches, et il demanda que le cinquième mouvement soit chanté à ses funérailles.
Les Vêpres est l'une des deux compositions religieuses (l'autre étant la Liturgie de Saint Jean Chrysostome) d'un compositeur qui avait cessé depuis longtemps de fréquenter les églises. Comme cela est requis par l'Église orthodoxe, Rachmaninov a basé dix des quinze mouvements sur le principe des modes. Les cinq autres (1, 3, 6, 10, & 11) sont cependant tellement influencées par ce principe que le compositeur en parlait comme de « contrefaçons conscientes ».