La Bible en ses Traditions

Yom Kippour dans la littérature paléochrétienne (NT, Pères apostoliques)

Les premiers rapporteurs de la vie de Jésus ont cherché le sens de sa mort tragique : sans exclure des allusions au rite méditerranéen du pharmakos (Milieux de vie Rm 8,3), plusieurs passages du NT présentent un recours cohérent à la liturgie de →Yom Kippour. Cette fête présente deux figures principales :

Pour les croyants chrétiens, cette figure est finalement assumée par Dieu lui-même en la personne de Jésus crucifié. L'Épître de Barnabé (→Barn. 7,2-12) compare spécifiquement la Passion et la parousie de Jésus au bouc émissaire et à la chèvre sacrificielle, présente une interprétation typologique des boucs de Yom Kippour et de la vache rousse et utilise les rites liturgiques comme s'ils étaient des unités interprétables semblables à des textes, ainsi que des prescriptions halakhiques, pas seulement bibliques, montrant à quel point ce premier auteur chrétien était profondément enraciné dans la vie du judaïsme.

Plusieurs passages du NT montrent que cette typologie, reprise et développée ensuite par Justin, Tertullien et Origène, n’a pas pour origine la seule épître de Barnabé, mais qu’elle était déjà subtilement utilisée par les premiers témoins de la Passion de Jésus.

1 — Allusions à Yom Kippour dans le NT

Lettre aux Hébreux

La référence la plus évidente à Yom Kippour est l'épître aux Hébreux, qui comporte :

Présence dans l'évangile : Matthieu
Barabbas comme bouc émissaire dans Mt 27,15-23 // tirage au sort des boucs dans le rituel de Yom Kippour

Cf. →Origène Hom. Lev.10.2.2 (SC 287,134).

Le lavage des mains et la « confession » d'innocence / culpabilité de la congrégation : Mt 27,24-26 
Contrepoint entre Jésus et le grand prêtre ?

Le passage traduit une double ironie. Comme dans Mt 16,16-17, Jésus questionné sur sa prétention à être →Fils de Dieu répond en se désignant comme →Fils de l’homme). Il corrige les conceptions de ses interlocuteurs sur le messie (Mt 16,21) ou sur sa venue en tant que juge du monde (Mt 26,64). Mieux, le Fils de l'homme présidera le jugement eschatologique : les juges injustes de Jésus seront jugés par lui à sa parousie !

Il est possible que cette ironie soit soulignée par une discrète allusion au symbolisme cosmique des →ornements du grand prêtre dans cette description du Fils de l’homme en majesté. (→Jésus (grand) prêtre ?)  Si tel est le cas, alors le verset suivant, Mt 26,65 « déchira ses vêtements » équivaut à un véritable sarcasme : ce faisant, le grand prêtre, garant de l'honneur de Dieu et de l'application de la Tora, les transgresse violemment, confirmant ce que Jésus dit de ceux qui sont assis dans la chaire de Moïse (Mt 23,3). En tout cas, pour Mt, cette déchirure des →ornements du grand prêtre préfigure ironiquement le déchirement du voile du temple qu'il sert (Mt 27,51).

Présence dans Paul

Comment un messie maudit, pendu au bois de la croix peut-il apporter le salut ? La réponse se donne dans le langage du bouc émissaire :

Paul élabore sa réflexion à partir de l'imagerie de Yom Kippour / bouc émissaire :

Le rituel du bouc émissaire comme catalyseur de l'utilisation du Is 53 par NT
Jn 1,29 (« Agneau de Dieu ») 

Cela pourrait être une allusion à Yom Kippour, bien qu'il soit difficile de conclure :

1P 2,22-24 (hymne christologique) 

2 — Typologie du Yom Kippour dans la littérature paléochrétienne

Les textes principaux
Épître de Barnabé
Justin le martyr
Tertullien
Origène
Constat : une connaissance réelle de tradition juive

L'interprétation prototypologique de Yom Kippour est basée non seulement sur les Écritures, mais aussi sur la halakha (cf. →Stökl Ben Ezra 2003, ch. 4), indice du milieu judéo-chrétien vivant dans lequel elle fut élaborée.

Par la suite, l'utilisation de Yom Kippour par Barnabé semble avoir été rétro-projetée dans le récit évangélique de →Év. P.(ca. 150/200 AD) : →Év. P. 3,6-9 (moqueries) ; →Év. P. 5,15-16 (boisson sur la croix).