Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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2 Et soudain vint du ciel un bruit
comme provenant d’un coup de vent impétueux
et il remplit toute la maison où ils étaient assis.
2 ...
3 Et leur apparurent des langues séparées, comme de feu
et il s’en posa une sur chacun d’eux.
3 ...
4 Et tous furent remplis de l'Esprit Saint
et ils se mirent à parler en d’autres langues
selon ce que l’Esprit Saint leur donnait à prononcer.
Vdire.
4 ...
5 Or il y avait séjournant à Jérusalem des Juifs, hommes pieux, de toutes les nations qui sont sous le ciel.
5 ...
6 Ce son s’étant produit
la foule s’assembla et fut bouleversée
parce que chacun les entendait parler en sa propre langue.
6 ...
7 Ils
VTous étaient stupéfaits et s’étonnaient, disant :
— Voici, tous ces gens qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens ?
7 ...
8 Et comment nous, les entendons-nous chacun dans notre propre langue maternelle ?
8 Et comment avons-nous entendu, chacun dans notre langue de naissance ?
9 Parthes, Mèdes, Élamites
ceux qui habitent la Mésopotamie
la Judée, la Cappadoce
le Pont, l’Asie
9 ...
10 la Phrygie, la Pamphylie
l’Égypte, les territoires de la Lybie voisine de Cyrène
étrangers venus de Rome
10 ...
11 tant Juifs que prosélytes
Crétois et Arabes
nous les entendons
Vavons entendus dire dans nos langues les merveilles de Dieu.
11 ...
12 Et ils étaient tous stupéfaits et ne savaient que penser
Vs'émerveillaient, se disant l’un à l’autre :
— Qu’est-ce que cela peut être ?
12 ...
13 Mais d’autres disaient en se moquant
qu'ils sont pleins de vin doux !
13 ...
1–4 le jour de la Pentecôte était arrivé ... et celui de l'Esprit saint
, La Pentecôte (sculpture romane, ca. 1000)
cloître de San Domingo de Silos, Burgos (Espagne) © ninetasninetas→
Dans cette scène de la Pentecôte, c’est le ciel qui s’ouvre tel un rideau tenu par deux anges. Entre les nuées qu’ils écartent, apparaît la main du Père ; la Vierge reçoit l’Esprit les mains jointes, les yeux ouverts, avec un doux visage : mère du Christ, elle devient mère de l’Eglise. C’est pourquoi elle est placée au centre et au-dessus du collège apostolique. Les Apôtres reçoivent l’Esprit Saint qui descend du ciel. Ils sont serrés les uns contre les autres pour tisser les liens d’une seule communion, en une puissante verticalité, d’élévation et de don : ce bas-relief illustre les trois versets d'Ac 2 : « Tous ensemble dans un même lieu… ».
Le sculpteur a longtemps médité ce texte à la lumière de la foi pour traduire en image la naissance de l’Eglise. Point de flamme, point de langue de feu… Ici c’est la légère ondulation des corps qui révèle que les Apôtres sont eux-mêmes ces flammes, vives flammes de l’unique feu, brasier de la présence divine. Ils tiennent le livre de la Parole, dans un profond recueillement, celui de la prière qui enflamme tout leur être, étreinte d’une Bonne Nouvelle dont ils deviennent les messagers… En ce cloître, chambre haute des moines, ouverte vers le ciel, s'offre un chemin de contemplation qui unit au chant grégorien du Veni Creator. (Cf. P. J.-M. Nicolas).
Le tympan de la basilique de Vézelay représente cette scène d'envoi des Apôtres, avec autant de force que le récit des Actes. L'Esprit saint semble sortir des mains mêmes du Christ, par des rayons :
, Envoi en mission (tympan de la basilique de Vézelay, 12e s.)
basilique de Vézelay (France) © Domaine public→
Domínikos Theotokópoulos, dit (ca. 1541-1614), Pentecôte (huile sur toile, ca. 1597-1600), 275 x 127 cm
Musée national du Prado, Madrid (Espagne) © Domaine public→
La candeur est ici à l'honneur dans tous ces visages jeunes et lumineux, au premier rang desquels celui de la Vierge Marie. Originalité de cette représentation, une autre femme est présente pour plus de fidélité à Ac 1,14 qui ne mentionne en effet pas seulement la Vierge Marie, mais aussi « des femmes ».
François-Xavier de (1966-...), La Pentecôte (lavis d'encre, 2017), 125 x 100 cm
Coll. part., © Fr-X. de Boissoudy→
La confirmation, associée au baptême, est le sacrement de l'Esprit saint par excellence, comme le montrent de manière très narrative et dynamique l'ensemble des Actes des apôtres.
Nicolas (1594-1665), Les Sept Sacrements I : La Confirmation (huile sur toile, ca. 1636-1640), 95,5 × 121 cm, Collection dal Pozzo
Fitzwilliam Museum, Cambridge (Angleterre, Royaume-Uni) © Domaine public→
Nicolas (1594-1665), Les Sept Sacrements II : La Confirmation (huile sur toile, 1645), 117 × 178 cm, Collection du duc de Sutherland
National Gallery of Scotland, Édimbourg (Écosse, Royaume-Uni) © Domaine public→
1–11 le jour de la Pentecôte FÊTE - la Pentecôte La fête de la Pentecôte célèbre la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres cinquante jours après Pâques : →Esprit Saint. Cette fête clôture le temps pascal et marque le temps liturgique qui la suit jusqu’à la fin de l’année.
Attestée dès le 2e siècle dans certaines communautés chrétiennes, la célébration de cette fête remonte au 4e siècle pour Rome et Milan. Elle fait écho à la fête juive de Shavouoth (Liturgie Ex 23,16), la fête de la Récolte. Cette fête du début des moissons acquit le sens de la commémoration du don de la Tora au Sinaï.
La Pentecôte, miniature des Évangiles de Rabula, fol 14v, (586)
Plut. I.56, Bibliothèque laurentienne, Florence (Italie) © Domaine public→
Comme son nom l’indique, la Pentecôte, du grec πεντηκοστὴ ἡμέρα « le cinquantième jour », est toujours célébrée cinquante jours après la fête de Pâques. Septième dimanche après la Résurrection, sa fête se place toujours entre le 10 mai et le 13 juin.
Comme d’autres grandes fêtes comme Noël et Pâques, la Pentecôte a aussi sa Vigile. La Pentecôte était autrefois un jour où l’on baptisait les catéchumènes qui n’avaient pu l’être à Pâques, aussi la messe de la Vigile avait-elle beaucoup de rapports avec celle du Samedi Saint.
La Vigile est aujourd’hui appelée « Messe de la veille au soir ». On y retrouve, vestige de l'antique Vigile, un choix de trois lectures pour la Messe parmi sept propositions : Gn 11,1-9 - Ex 19,3-8.16-20 - Ez 37,1-14 - Jl 3,1-5 - Ps 104,1s.24-30 - Rm 8,22-27 - Jn 7,37-39.
La première lecture livre le récit de l’événement selon les Actes des Apôtres (Ac 2,1-11). Le Psaume demande l’envoi de l’Esprit-Saint (Ps 104,29-34). La deuxième lecture tirée de la lettre de saint Paul aux Romains (Rm 8,8-17) est centrée sur le rôle de l’Esprit-Saint qui habite dans le cœur des fidèles. L’évangile de saint Jean (Jn 14,15-26) annonce de la bouche de Jésus l’envoi de l’Esprit-Saint par le Père sur les Apôtres : « l’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout ».
La Pentecôte est aussi attendue pour sa célèbre séquence, parfois appelée « la séquence dorée », le Veni Sancte Spiritus. Sa composition fut attribuée au Pape Innocent III (fin du 12e s.).
Sancti spiritus assit nobis gratia (ca. 840-912)
Ordo Virtutum, Stefan Morent
Très concrètement, en ce jour, quiconque croit Jésus messie se voit offrir l'Esprit saint avec tous ses dons, en tant qu''accomplissement parfait de la Torah, don fondamental (cf. Liturgie Ex 23,16b) : sa conscience éclairée est le cœur de chair dans lequel le Seigneur avait promis d'inscrire sa Loi, en lieu et place des tables de pierre (Jr 31,33 ; He 8,10 ; 10,16).
Au temps de la moisson, il était coutume dans les campagnes françaises de tresser une croix de moisson avec du blé récolté. Cette croix était conservée jusqu’à la moisson suivante, en gage de bénédictions.
« Croix » de moisson en forme d'ostensoir, paille tressée, Normandie.
6ss chacun les entendait parler en sa propre langue La gestion de l'intraduisible de l'hébreu : Jérôme et l'inculturation latine Chaque langue impose ou suppose des cadres mentaux qui modifient le sens de ce qu’on veut traduire. En passant de l’hébreu au latin, Jérôme rencontre donc des ruptures de sens qui témoignent des limites de tout système linguistique ( 1971 ; 2006) et des écarts entre différents systèmes (Steiner, 1978). Des concepts fondamentaux (par exemple, hesed en hébreu : amour constant, miséricorde, grâce, bienveillance, ou logos en grec : Parole, discours, message, enseignement, raison, intelligence, principe divin, Verbe ) résistent à une transposition littérale et imposent des choix interprétatifs qui marquent une modification du sens ( 1971).
C’est dans ces choix que Jérôme s’avère souvent génial. Jérôme attribue une grande importance à l'elegantia car son texte, comme toute littérature antique, était destiné à être lu à voix haute, déclamé, récité, même dans le cadre de la lecture privée. (→ Conf. 6, 3, 3 raconte combien il fut étonné de surprendre Ambroise de Milan lisant sans bouger les lèvres). C’est pourquoi, surtout dans les textes narratifs où ne faut pas inutilement détourner l’attention du lecteur de l’histoire racontée, pour éviter qu’on s’arrête à des formulations trop étranges ou énigmatique, Jérôme parfois se contente d’une certaine « approximation », dans laquelle se déploie une grande sagesse, sinon un certain génie. En voici quelques exemples, liés aux éléments géographiques du monde gréco-romain, au vocabulaire militaire et administratif et à … la mythologie.
Pour Jérôme, le respect du sens littéral englobe le souci du contexte original, comme le montre la manière dont il justifie sa traduction :
Fait encore plus remarquable, dans un texte religieux comme celui des Écritures, Jérôme adapte les divinités païennes proche-orientales au panthéon gréco romain. Le lecteur de la bible latin a de quoi être surpris en y rencontrant certains personnages de la mythologie gréco-romaine tels qu’Adonis (Ez 8,14), Priape (1R 15,13 ; 2Ch 15,16) ou Mercure (Pr 26,8)... Ces figures, évidemment pas présentes dans texte hébreu traduit par Jérôme, sont des choix de traduction s’inscrivant dans ce qu'on a coutume d’appeler l’« interpretatio romana ». Cette pratique consiste à assimiler des divinités étrangères à celles de Rome, associant par exemple des dieux grecs à leurs équivalents romains (Zeus à Jupiter, Héra à Junon, Poséidon à Neptune, etc.).
Ainsi donc, Jérôme va assez loin pour faciliter au lecteur l’entrée dans l’histoire racontée par la bible sans qu’il soit trop distrait par un “exotisme” anecdotique et sans importance théologique. Cependant, il était très conscient du fait que la grammaire hébraïque est porteuse d’une expérience du monde singulière, dans laquelle s’est cristallisée une grande part de la révélation divine. L’autorité de Dieu lui-même est attachée à certaines manières de verbaliser l’expérience du monde. C’est pour cette raison d’ailleurs que les traducteurs de l’hébreu qui l'avaient précédé, en grec ou en latin, avaient été souvent très littéraux, parfois aux limites de l’incompréhensible. Jérôme reconnaît là une particularité des Écritures, et l’accepte : le latin lui-même n’en sortira pas indemne !
Jean († 1462), Saint Jérôme vérifiant sa plume, (enluminure en grisaille sur parchemein, Milieu 15e s.), enluminure dans Jean (ca 1420-1472, Les Miracles de Notre-Dame,
ms Français 9198, f.2r, Bibliothèque nationale de France, Paris, France © Domaine public→
Magnifique exemple d'hérméneutique artistique dans la continuité de la logosphère inspirée. Lui-même prêtre, écrivain et traducteur, il fut secrétaire particulier des ducs de Bourgogne Philippe le Bon et Charles le Téméraire, humaniste comme Jérôme (il traduisit du latin et de l'italien en français de nombreux ouvrages, tant religieux que profanes, tout en composant ses propres écrits (poèmes et essais) et en compilant des recueils. L'ensemble de sa production pour le compte du duc de Bourgogne s'apprécie à 22 ouvrages, dont les exemplaires furent très tôt dispersés dans les divers ateliers d'imprimeurs d'Europe : la plupart ont été imprimés dans les années suivant sa mort, et ils ont par là exercé une influence certaine sur le développement de la prose de langue française). Jean Le Tavernier représente saint Jérôme qui vérifie sa plume, écrivant sur un rouleau médiéval, un codex posé devant lui. Dans le lutrin, un rouleau, des plumes et des bésicles... Quelques folios plus loin, c'est l'auteur même de la compilation hagiographique des Miracles de Notre-Dame qui est représenté d'une manière analogue : tous deux participent d'une même histoire du salut et histoire de la littérature.